ROTIFÈRES, PI. XVII
Auimaux à corps fusiforme , contractile en boule , et pouvant , dans l’état d’extension , retirer la pointe antérieure , et faire saillir à la place un double lobe cilié qui présente l’apparence de deux roues en mouvement; terminés en arriére par une queue de plusieurs articles portant une ou plusieurs paires de doigts ou de stylets charnus sur les derniers articles. — Nageant au moyen du mouvement vibratile des cils, ou rampant à la manière des Sangsues , en fixant alternativement les extrémités de leur corps allongé. — Mâchoires en étrier. — Deux ou plusieurs points rouges oculiformes.
Les Rotifères réunis aux Vorticelles par Mülîer, et aux Furculaires par Lamarck, ont formé le genre Ezéchiéline de M. Bory. M. Ehrenberg rendit à plusieurs d’entre eux le nom de Rotifer, qui leur avait été donné primitivement par Font^na ; puis il forma avec plusieurs autres le genre Actinurus , qui n’en diffère que par le nombre des appendices ou plutôt par le développement de l’appendice terminal ; le genre Philoclina , qui a les points rouges placés plus en arrière au-dessus des mâchoires , et le genre Callidinc , qui manque lolaiemenl de points rouges ; c’est en y ajou-
l.int les genres lljdrias et Typhlina ^ basés sur des observations incomplètes laites durant son voyage en Egypte, et un genre qui doit être placé
ailleurs, qu’il a formé sa famille des Philodinœa , * placée parallèlement à celle des Brachionœa ; comme si l’absence de cuirasse était la seule dillérence qui les distinguât.
Il est bien certain que les Rotifères ne peuvent être réunis ni même rapprochés d’aucune autre famille de Systolides ; car, s’ils possèdent les caractères communs de la rétractilité ii l'intérieur des téguments , et d’un appareil digestif assez analogue, avec des mâchoires en étrier, comme celles des Mélicertiens et des Ptérodines , et enfin un système génital également semblable à ce qui se voit chez tous les autres Systolides , sauf l’éclosion des œufs qui , à certaines époques , a lieu dans le corps de la mère pour la plupart des Rolifères comme pour l’Albertia ; les Rotifères se distinguent absolument par leur double mode de locomotion et par le double aspect que présente la partie antérieure de leur corps dans l’un et l’autre mode de locomotion. En effet, dans l’état le plus ordinaire, ces animaux ont le corps fusiforme, aminci en avant et terminé par un tube cilié à l’extrémité , au moyen duquel ils se fixent aux objets solides pour exécuter leur mouvement de reptation ; puis tout à coup retirant à l’intérieur ce tube charnu , ils font saillir deux lobes arrondis pétaliformes , bordés de cils vibratiles , et que dans le premier état on distinguait à travers le tégument comme deux disques réniformes ou ovales , situés à moitié de l’inlervalle entre les mâchoires et l’e.\trémité du tube; ils cessent alors de ranijier, et restent fixés par l’extrémité de leur c[ueue , comme les
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Méliccrtieus , en produisant un double tourbillon dans le liquide, ou bien quittant leur point d’attache, ils nagent librement dans l’eau au moyen de ce double tourbillon. Sur la face où s’ouvre le prolongement antérieur du corps pour laisser sortir les lobes ciliés , au-dessous de ces lobes , et à l’opposite du lieu où vient rentrer le tube terminal , on observe un tube charnu beaucoup plus mince et dirigé perpendiculairement au corps : c’est ce que M. Ehrenberg a nommé l’éperon , en lui assignant d’abord des fonctions génitales , puis des fonctions respiratoires; mais il est vrai de dire qu’on ne sait encore cjuelle est sa vraie signification.
Une propriété bien extraordinaire que possèdent plusieurs Rolifères , c’est de pouvoir résister à la dessiccation ; ils vivent dans les mousses humides ou dans le sol entre les racines des plantes; puis, quand vient la sécheresse , ils se contractent en boule et peuvent résister ainsi à l’action du soleil le plus ardent , même sur des murs, sur des toits d’ardoise ou dans le sable des gouttières, et demeurer' dans un état de sommeil ou plutôt de vie latente jusqu’au retour de la saison pluvieuse. Cette singulière faculté de résurrection , constatée par Spallanzani , fut contestée par beaucoup de naturalistes qui appuyaient leur opinion sur des raisons très-concluantes; mais des expériences faites par M. Schultze , et répétées depuis par tous les micrographes , sont venues confirmer les résultats de Spallanzani. Il ne faut pas croire cependant que tous les Rotifères aient également le privilège de ressusciter ainsi. Ce sont seulement ceux qui ont été recueillis dans les touiles de Bryum, sur les toits , qui montrent bien ce phénomène.
IIISTOIHE NATURELLE
Les caractères employés par M. Ehrenberg, pour la distinction de ses genres de Philodinœa, ont véritablement trop peu de fixité pour être admis ; cet auteur lui-même a vu les points rouges, qu’il nomme des yeux , varier de nombre et de position dans ses Rotifères. Quant aux appendices de la queue, ils ne sont pas toujours également visibles , quoique existant réellement, parce que l’animal ne les fait saillir qu’à certains moments ; l’appendice terminal moyen , celui par le moyeu duquel les Rotifères se fixent aux corps solides, est lui-même plus ou moins allongé , mais il existe toujours. Nous pensons donc qu’on ne peut convenablement établir que deux genres ; l’un, Callidinaj caractérisé par le faible développement de ses organes ciliés rotatoires , et manquant tout à fait de points rouges; l’autre, Rotifei\ ayant deux ou plusieurs points rouges plus ou moins rapprochés de l’extrémité, et surtout ayant les lobes ciliés rotatoires très-développés.
M. Ehrenberg nomme Callidina elegans ( Ebr. Inf. PI, LX , fig. 1) une espèce longue de 0,37, qu’il a observée à Berlin ; je donne moi-même , dans la planche XVII (fig. 3) , la figure d’une Callidine observée à Toulouse en 1840 ; elle est longue de 0,5 , ses mâchoires présentent une rangée de petites dents parallèles , et son appareil cilié rotatoire est très-resserré, ce qui peut lui faire donner le nom de Callidina constricta.
Parmi les Rotifères qui forment des espèces assez nombreuses, il faut distinguer le JRotifer vulgaris (1)
(i) Animalcula biais rolulis, Leeuwenhoek , Arcan. nal. p. 386. ChsiMlo arj[uali(iue. • — Poissons à la grande gueule , Joblot , Micr,
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(PI. XVII, fig. 1) , très-commun partout , long de 0,50 à 1,00 lorsqu’il est le plus allongé , ayant ses organes ciliés rotatoires larges de 0,10 environ , et caractérisé par la position de ses deux points rouges très-rapprochés de Textrémité antérieure. M. Ehrenberg compte quatre autres espèces de Ro tilères, dont deux douteuses , et une espèce à'Actinurus [A. neptunius , Ehr. Inf. PI. LXI, fig. 1), ayant aussi les yeux frontaux rapprochés vers l’extrémité antérieure ; mais je dois dire qu’il ne m’a pas encore été possible de saisir de diflérences essentielles entre tous les Rotifères ayant les points rouges ainsi placés , soit que ces animaux vécussent dans l’eau des marais ou dans les eaux conservées pendant longtemps , ou dans la terre humide , ou sur les mousses vivantes ou sèches , ou enfin dans le sable des gouttières, quoique bien certainement tous ces Rotifères n’eussent pas également la faculté de résister à la sécheresse.
Le Rotifer injlatus ( PI. XVII , fig. 2 ) est bien distinct par sa forme proportionnellement moins elFdée , par ses organes ciliés moins larges , et par ses points rouges situés très-près des mâchoires ; sa longueur est de 0,45; il vit également dans les eaux et dans les toulles de mousses , et peut ofirir les mêmes phénomènes de résurrection que le précédent. M. Ehrenberg en a fait au moins quatre espèces , suivant la
Brachionus rotalorius , Pall.ns , El. zooph. p. 9^. — Rndmncher , Eichhorn, Beytr. p. n , fig. A-E.
Il rotifero , Spallanzani , Opus. fisic. 1776 , 1 1 , Pl. IV , fig. I-V. Vorticella rotatoria , Millier, Infus. Pl. XLII , fig. 11-16.
Rotifer redivivus , Cuvier, Tabl. Elem. — Dutrochet, Ann. mus. t. XIX, Pl. XVllI , f. 7, et t. XX.
Furcularia rcdiviva , Laniarck , An. sans vert. 2'^ éd. t. U , p. 45. Ezechielina Miillcri , Bory, Encycl. zooph. p. 536,'
Rotifer vulgaris , Ehr. Infus. Pl. LX , fig. 4*
mSTOIIlE NATUllELLE
leinle rose ou jiuinâlre qu’il présente, et suivant la forme des yeux et la longueur des appendices de la queue; savoir : 1“ la Philudina eiythrophUialma (Elir, Inf. PI. LXI, lig. 4) , blanche , lisse avec les yeux ronds et les pointes delà queue plus courtes ; 2»laP. roseola (loc. cit., fig. 5), qui n’en dill’èreque par sa teinte rosée et par ses yeux ovales ; 3° la P. citrina (loc. cit. fig. 8) , qui n’en dillère que par la couleur jaunâtre du milieu du corps; la P. macvostjla (loc. cit. fig. 7 ) , qui est blanche avec les yeux oblongs et les stylets de la queue beaucoup plus longs. Peut-être doit-on considérer comme espèces distinctes la P. collaris (Ehr. loc. cit. , fig. 6 ), indiquée comme ayant un pli saillant autour du cou, et comme étant deux fois plus petite; la P. megalotrocha [YjYiv . loc. cit. fig. 10), longue de 0,25, blanche, à corps plus renflé, et avec les organes ciliés très-développés ; enfin la P. aculeata (Ehr. loc. cit. fig. 9) , dont le corps blanc, long de 0,37, est tout hérissé d’épines molles.
DtS INFUSOIRES.
STSTOUSES MARCHEURS. ( Non ciliés. >