‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 148 sur 179 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

DES DIAEns OBJETS MICROSCOriQUES CONFOIVDUS PAR TES AUTEURS AVEC LES INFUSOIRES.

Avant d’être bien fixé sur les caractères des vrais Infusoires, on est exposé à confondre avec eux un grand nombre d’autres objets que le microscope nous fait connaître. Le premier indice que nous ayons de l’organisation chez ces objets, c’est le mouvement. On est donc tout d’abord porté à rapporter à la classe des Infusoires tout ce qu’on voit se mouvoir dans le champ du microscope, et comme on sait d’ailleurs que certains animaux, tels que les Amibes, les Rhizopodes, les Actinophryens , les Éponges, etc. , n’ont que des mouvements extrêmement lents , il en résulte que le moindre mouvement observé sous le microscope peut être pris pour un indice de la nature animale d’un objet que sa petitesse fait naturellement ensuite rapprocher des Infusoires ; c’est ainsi que tous les anciens micrographes et Müller lui-même , si habile observateur, ont réuni sous le même nom les objets les plus dissemblables. C’est parmi les corps organisés vivants doués de mouvements spontanés , qu’on a cru reconnaître des Infusoires ; mais cependant les corps inorganiques eux-mêmes ou privés de la vie ont pu donner lieu à des méprises ,’ lorsque , réduits en poudre trèsfine , ou en particules de 1/1000 à 1 /500 de millimètre, ils flottentdans un liquide. En effet alors ils sont animés

(l’un mouvement plus ou moins vif de titubation ou de va-et-vient dans tous les sens qui a fait prendre ces particules pour de très-petites Monades. Ce mouvement, qu’on nomme mouvement brownien ou mouvement moléculaire , est tout à fait indépendant de la nature des corps on sait seulement qu’il est d’autant plus vif que le liquide a moins de viscosité , que les particules sont plus fines, ou que leur densité est moins différente du liquide, et enfin que la tem pérature est plus élevée. C’est dans le lait ou dans une émulsion , et dans la gomme-gutte délayée, qu’on observe plus facilement ce mouvement, et qu’on peut apprendre à le distinguer de celui des Monadiens ou des Vibrioniens.

On a assez d’exemples de la motilité des plantes vivantes pour qu’on n’ait pas de peine à concevoir que des végétaux microscopiques ou des parties de végétaux pourront, sous le microscope , montrer des mouvements spontanés que l’amplification de l’instrument rend parfaitement appréciables. Nous pouvons ici nous dispenser de parler du mouvement de cyclose ou de la circulation dans les cellules végétales, dans celles des Charas , par exemple j nous ne parlerons pas non plus de la contractilité de la matière verte dans les articles des Zygnèmes, soit isolés , soit accouplés ; mais nous devons signaler les mouvements singuliers des Zoocarpes et ceux des Zoospermes de mousses, des Oscillaires , des Glostéries, et des Bacillariées. On a remarqué que la matière verte qui remplit les cellules des conferves et de certaines algues , se change à certaines époques en granules verts réguliers de grosseur uniforme, ou Zoocarpes, (jui s’agitent dans la cellule jusqu’à ce qu’une ouverture latérale, venant à se

DES INFUSOIBES.

produire , leur permette de se répandre au dehors et de nager dans le liquide pendant un certain temps , pour s’aller fixer aux corps solides et se développer en conferves semblables à celles d’où ces Zoocarpes sont sortis ; ce sont donc des corps reproducteurs d’un végétal paraissant jouir momentanément de la vie animale. Divers observateurs ont vu ces Zoocarpes sortir des cellules de plusieurs conferves ; moi-même je vis au mois d’avril 1836 les Zoocarpes de la confers^a riuularis , dont chaque article montrait vers le sommet un tubercule de plus en plus saillant , et enfin perforé pour livrer passage à ces corps reproducteurs que j’ai vus aussi nager librement dans l’eau ; ils tournaient en avant une partie plus mince et plus claire ; mais quoiqu’à cette époque je fusse en état de bien voir le filament flagelliforme des Monades , je n’ai pu voir aucun moyen de locomotion à ces Zoocarpes ; leur longueur était de 0,02, et certainement on eût pu les confondre avec des Thécamouadiens , qui sont également de couleur verte.

Les anthères des Sphagnum, des Charas et de plusieurs autres cryptogames, contiennent des filaments très-déliés , susceptibles de se mouvoir spontanément, et ressemblant beaucoup à des Vibrions ou à des Spirillum ; mais on les en distingue parce que leur motilité n’a pas une durée indéfinie comme celle de ces Infusoires; on les a décrits cependant comme des animalcules.

Les Oscillaires sont des végétaux extrêmement répandus, soit dans les eaux stagnantes , soit sur la terre humide ou au pied des murs ; ce sont des filaments minces, ordinairement verts , simples ou non rameux, composés d’une enveloppe gélatineuse plus ou moins

HISTOIUE NATURECLE

solide, mais non réellement membraneuse, à l’intérieur de laquelle se trouve la matière verte, formant une pile de petits disques superposés, d’où résulte l’apparence d’une structure articulée; ces fdaments d’Oscillaires sont continuellement en mouvement, se courbent lentement dans un sens et dans l’autre , et agitent visiblement leur extrémité plus mince et plus diaphane , comme ferait un animal avec une trompe ou un tentacule. Ces mouvements spontanés auraient assurément fait ranger les Oscillaires parmi les animaux , si leur forme en filaments allongés ne les rapprochait bien davantage des Conferves et des Zygnèmes; ils ont suffi néanmoins pour motiver l’opinion de quelques naturalistes qui les ont voulu placer dans un sous -règne intermédiaire aux végétaux et aux animaux , ainsi que les autres végétaux dont nous allons parler.

Clostéries ou Lunulines.

Les Clostéries , confondues par Müller avec les Vibrions sous le nom cle V^ihrio /M7z«/a(Inf. PI. VII , fig. 13, 15), en ont été séparées par M. Nitzsch sous cette dénomination que nous adoptons. M. Bory , et après lui» M. Turpin, les nommèrent Lunulines en les rapportant au règne végétal ; ce sont des corps verts fusiformes très-allongés ou presque cylindriques (de 0,20 à 0,56), plus ou moins courbés et offrant quelquefois la forme d’un croissant. Ils sont revêtus d’une membrane résistante, diaphane, marqués de huit h douze stries longitudinales , et contiennent à l’intérieur la matière verte entremêlée de globules huileux et laissant aux deux extrémités une petite cavité sphé-

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riqiie occupée par des granules rouges toujours agités du mouvement brownien , et au milieu un intervalle diaphane plus ou moins prononcé. Ils se muliipHent en se séparant par le milieu pour laisser sortir la matière verte qui forme les corps reproducteurs comme chez les Zygnèmes. On a de plus annoncé récemment [Linnœa^ 184-0, p. 278) l’existence d’une circulation intérieure qui paraît assez analogue à celle des Charas ; enfin on sait de plus que les Glostéries croissant par houppes vertes dans les eaux douces au milieu des conferves sont susceptibles de se mouvoir lentement , et qu’elles viennent se fixer aux parois éclairées des bocaux où on les conserve ; mais dans tout cela il n’y a rien qui ne puisse se concilier avec l’idée qu’on doit se faire de la nature végétale de ces êtres : aussi la plupart des naturalistes, comme MM. Bory, Turpin, Kützing , Morren, de Brébisson , les ont ils-classés parmi les végétaux. Cependant M. Ehrenberg les regarde comme des animaux de la classe des Polygastriques, et il en fait la famille des Closterina, composée du seul genre Clostevium , et parallèle à ses Vibrionia, ou représentant des Vibrions cuirassés. Il leur attribue des estomacs multiples qui sont les divers ftlobules qu’on voit à l’intérieur, une carapace spontanémentdivisibleet des papilles contractiles etmobiles dans l’ouverture de la carapace , nommant ainsi papilles les granules rouges que nous voyons dans la cavité bien close de chaque extrémité ; en outre , il les dit dépourvus de canal alimentaire. Il en compte seize espèces , les unes lisses, les autres striées, et différant entre elles par leur forme ])lus ou moins effilée, plus ou moins arquée.

Jjacillariées {.Diatomées et Desmidièes ), PI. XX.

Parmi ses Infusoires polygastriques anentérés, dans la section des Pseudopoda^ ou Infusoires munis d’appendices variables , M. Ehrenberg a réuni en une seule famille, sous le nom de Bacillariées^ une foule d’êtres vivants ou fossiles que la plupart des autres naturalistes considèrent aujourd’hui comme des végétaux. Ce sont pour MM. Agardh , Lyngbye , Kutzing , Duby, de Brebisson , etc. , des végétaux inférieurs, des algues formant les familles des Diatomées et des Desmidièes , composées d’un grand nombre de genres différant, entre eux de forme et de structure. Les Desmidièes sont le plus ordinairement revêtues d’une enveloppe membraneuse flexible , et ne jouissent que d’une motilité très-peu prononcée pour se porter lentement vers les points où arrive le plus de lumière. Les Diatomées^ au contraire, se meuvent, pour la plupart, d’un mouvement assez vif de va-et-vient, et sont revêtues d’un têt siliceux , diaphane , dur et cassant , qui résiste parfaitement à la décomposition ; de sorte que , dans des eaux habitées par ces êtres en grand nombre , il se dépose avec le temps une couche siliceuse pulvérulente qui est formée presque exclusivement de carapaces ou têts de Diatomées. Ce sont de tels dépôts accumulés dans certains endroits de la surface du globe pendant les périodes antédiluviennes, et connus sous le nom de tripoli { Polir schiejer) , de farine fossile {Bergniehl) , etc. , qui ont été décrits dans ces derniers temps comme des amas à! Infusoires fossiles ; mais on conçoit que cette dénomination est entièrement subordonnée à l’opinion qu’on veut adopter sur la nature des Diatomées ou des Bacillariées

en général, et que dans tous les cas il doit y avoir toujours une immense diüérence entre ces êtres vivants ou fossiles et les vrais Inlusoires que nous avons décrits précédemment ; à moins qu’on ne veuille établir quelque comparaison entre ces carapaces siliceuses et celles des Arcelles et des Péridiniens qui ont pu également se trouver à l’état fossile.

De toutes les Bacillariées , les plus remarquables et celles qui semblent se rapprocher le plus des animaux par leur motilité, ce sont les Naviciiles onFrustulies ; plusieurs d’entre elles ont été rangées par Müllcr dans le genre Vibrion , sous les noms de Vihrio bipunctatus et V. tripunctatus (Müll. Inf. PI. VII, fîg. 1 et fig. 2) ; le Vibrio paxillifcr (Müll, 1. c. f. 3-7) , qui excita si vivement l’admiration de cet auteur, appartient aussi à la même famille et a été nommé Bacillaria paradoxa par M, Ehrenberg , d’après Gmelin et M. Bory. Beaucoup de Nwicules , comme leur nom l’indique , ont la forme d’une navette ou d’une petite nacelle , et se meuvent aussi comme une navette dans un sens et dans l’autre, suivant leur longueur, en se détournant très-peu quand elles rencontrent des obstacles; cette forme de navette ne se voit que dans un sens, etleslNavicules, vues de côté, ont ordinairement une forme rectangulaire très-allongée. Leur têt siliceux est lisse ou diversement ciselé, et marqué de côtes ou de stries longitudinales ou transverses , suivant les espèces; il présente souvent au milieu et sur les angles une ligne plus saillante avec des renflements au milieu et aux extrémités ; ces renflements réfractant plus fortement la lumière, et jiaraissant alors plus vivement éclairés que le reste , ont été [)ris pour des ouvertures ; de même que les lignes longitudinales

sailhintes, eL aussi les cotes transverses, ont pu être prises pour des fentes; mais c’est bien à tort suivant nous , car cette enveloppe nous a paru toujours parfaitement close. A la vérité, elle est susceptible de se séparer en deux ou plusieurs parties , mais nous croyons quec’estpar uneru|)ture quia lieu naturellement suivant les lignes de moindre résistance. A l’intérieur on voit dans les Navicules vivantes une substance colorée en brun , en fauve ou en vert , distribuée assez régulièrement dans l’intérieur et entremêlée de globules d’apparence huileuse , comme la matière verte des Clostéries : cette partie vivante ne communique donc avec le liquide extérieur que parles pores de l’enveloppe que nos expériences nous ont montrée être perméable, non moins que la paroi des cellules végétales. Les observations les plus minutieuses et les plus persévérantes n’ont pu nous montrer les organes auxquels divers observateurs ont attribué le mouvement des Navicules , ni les appendices multiples et variables que M. Ehrenberg disait d’abord avoir vus sortir par les ouvertures du têt, ni le pied unique qu’il décrit en 1838 (Inf., p. 174) comme semblable au pied d’un Limaçon , et qu’il prétend avoir vu sortir par l’ouverture, moyenne ; ni les cils vibratiles que M. Valentin [Repenorium/ür Anatomie ^ t. II, p. 207) prétend avoir vus rangés sur chaque côté , comme des rames dont le mouvement , suivant qu’il a lieu dans un sens ou dans l’autre pour les deux rangées à la fois, fait avancer ou reculer la Navicule, et lui permet au contraire de rester en repos s’il est inverse dans les deux rangées. Nous le disons avec conviction : non, il n’existe rien de tel , et les prétendues ouvertures sont des parties saillantes.

Nous dormons (PI. XX , fig. 1, 2, 3, 6 et 13 ) les figures de diverses Navicules, déformé et de grandeur variées ( de 0,03 à 0,30 ) , appartenant à autant d’espèces différentes; il en existe encore beaucoup d’autres plus courtes et presque discoïdes ou plus effilées ; d’autres plus recourbées , etc. Les auteurs en ont décrit déjà au moins cinquante espèces. M. Turpin voulut faire un genre particulier de celles dont Ja forme est ovale , presque ronde, et qui sont fortement ciselées ; il les nomma Surirelles. Beaucoup de Bacillariées , au lieu de vivre toujours libres dans les eaux douces ou marines , sont d’abord fixées de diverses manières , et ne jouissent du mouvement qu’après avoir quitté leur point d’attache ou leur gîte. Les unes sont soudées latéralement en longues bandelettes , qui paraissent provenir d’une multiplication par division spontanée ; on en a fait les genres Diatoma ou Bacillaria ( PI. XX , fig. 10 ) quand elles se séparent à une certaine époque , en restant fixées par leurs angles , et le genre Fragillaria , quand elles ne se séparent point ainsi ; on a nommé Meridion celles dont les articles ou corpuscules étant plus larges à une extrémité forment une bandelette contournée en cercle ou en spirale au lieu d’ètre droite. D’autres , fixées immédiatement sans pédicules aux corps submergés , forment les genres ^nedra si elles sont en forme de baguettes , ou Podosphenia , si elles sont plus larges à une extrémité ; celles qui sont fixées par des pédicules simples ou rameux forment les genres Gomphonema ( PI. XX , fig. 11 et 12 ) et Cocconema (fig. 4- et S). D’autres , formant les genres Schizonenia^ Encjonema , etc., sont engagées dans des tubes mucilagineux simples ou rameux , ou dans des masses INFUSOIRES.

ji-élaLineuses , et ressemblent d’ailleurs aux vraies Navicules. A ces genres et à un grand nombre d’autres , composant la famille des des auteurs , ou

les sections des Nauicidacées , des Échinellées et des Lacernés dans la famille des Bacillariées de M. Ehrenberg, on a ajouté encore d’autres genres qui n’ont absolument aucune analogie avec des animaux ; tels sont les Gallionella , formées d’articles cylindriques ou globuleux , réunis en longs filaments lisses ou moniliformes. Mais les Desmidiées ou Desmidiacées , qui forment une famille distincte pour la plupart des auteurs , et qui sont seulement une première section des Bacillariées de M. Ehrenberg . se rapprochent encore bien davantage des algues véritables ; elles n’ont plus cette motilité inexplicable des Navicules , et il nous semble impossible que des observateurs , libres de tout esprit de système , les puissent prendre pour des animaux ; on en a fait un grand nombre de genres dont nous avons représenté quelques-uns dans la planche XX (fig. 16 à 23).

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