‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 20 sur 179 · EXAMEN CRITIQUE DES CLASSIFICATIONS ANTÉRIEURES · texte numérisé non relu

EXAMEN CRITIQUE DES CLASSIFICATIONS ANTÉRIEURES

Tout imparfaite que puisse être notre classification, nous allons, pour essayer de la justifier, examiner comparativement les classifications précédemment proposées.

Les naturalistes qui , avant Müller , ont parlé des Infusoires, ne peuvent être cités que comme inventeurs de plusieurs noms de genre restés désormais dans la science. C’est ainsi que Hill , en 1752 , désigna dans son Histoire naturelle divers Infusoires par les noms de Paramecium , Cjclidium , Enchelys , dérivés des mots grecs Tlapaar, -/.rti (oblong), Kû-/.).oç (cercle) et strJoî ( forme ) , Ÿ.^iyzl-K ( anguille) , qui expriment bien le caractère qui frappe d’abord dans l’observation de ces animaux. Linné employait déjà le nom de Eolvox^ dérivé du mot latin volvere (rouler), en 1758 , et il introduisit, en 1767, dans la 12° édition du Systema naturœ^ le nom de Vorticelle , diminutif du mot vortex, tourbillon. Parmi les naturalistes qui sont venus depuis , nous ne pouvons guère citer Schranck , Lamarck et INitzscb sous le rapport de la classification , que comme créateurs de genres nouveaux qui ont dû être conservés , tels que les genres Ceratium et Trachelius du premier, le genre Urceolaria du second, et les genres Phacus et Coleps du. troisième ; de sorte qu’il ne reste à examiner que les classifications de Müller, de M. Bory et de M. Ehrenberg.

Müller n’avait pas à sa disposition d’instruments assez parfaits pour être k même d’apercevoir les détails

HISTOIRE NATUREEEE

d’organisation ou de structure (jue nous ont dévoilés récemment les microscopes achromatiques ; il a donc décrit comme entièrement nus, comme des globules animés , et comme des corpuscules ovoïdes, ou cylindriques , ou déprimés , des animaux que nous trouvons tous aujourd’hui pourvus de cils vihratiles trèsnombreux , ou de filaments flagcllifoi'mes. Il a bien vu que ces animaux se meuvent , mais il n’a pas aperçu leurs moyens de locomotion ; il a bien constaté la contractilité de plusieurs d’entre eux, mais il n’a pas vu comment leurs téguments se plissent en se contractant. Cependant la plupart de ses genres, caractérisés par la fo rme extérieure et par certains détails de structure, peuvent , en étant convenablement épurés , non-seulement être conservés, mais devenir le cadre d’autant de familles ; ainsi, dans la classification que je propose, onze de mes vingt familles représentent autant de genres de Muller, savoir : Monas , Protée ( Amibe) , Volvox , Vibrion, Encbélys , Paramécie , Trichode , Kérone , Bursaire, Leucopbre et Vorticelle , et trois autres genres de cet auteur sont nominativement conservés dans trois diverses familles, ce sont les C} c/i- (lluni , Goniiim et Kolpoda ; de sorte qu’il n’y a de supprimés que deux des seize genres établis par lui pour les Infusoires , puisque son genre Bracbion appartient tout entier aux Systolides : de ces deux genres , l’un, Himantopus, fut créé par Fabricius, après la mort de Müller, pour recevoir quelques fausses espèces établies sur des dessins d’infusoires altérés ou incom- ]det8, et une seule espèce réelle qui rentre dans notre genre Plœsconiu ; l’autre , Cercaria , doit être entièrement «upprimé , eor les travaux de Nitiêsch ont montre düpuia iongUmiiô t|uw le» prlmdpidtü.a eapC’êcrt sont des

DES INEUSOIlîES.

Dislomes clans le premier âge , et les autres se placent naturellement clans d’autres genres.

Quant à ses espèces , en général elles ont été établies sans critique sur des dessins imparfaits représentant le plus souvent des Infusoires altérés ou en partie décomposés , et d’après des notes consciencieuses , il est vrai, mais qui ne peuvent donner une idée sudisanleclece c[ue l’auleur n’a vu que très-incomplétement. Aussi doit-on faire un triage parmi ces espèces , comme M. Ehrenberg l’a déjà indiqué, et ne pas regarJer toutes les figures comme représentant des espèces distinctes et réelles.

Müller, qui rangeait parmi les Infusoires tous les animaux microscopiques exclus des autres classes liunéennes , divisa les Infusoires , parmi lesquels il confondait les Syslolicles, en deux ordres : 1° ceux cj^ui n’ont aucun organe extérieur ; 2° ceux cfui en sont pourvus ; puis il subdivisa ebaejue ordre en deux sections, suivant que les animalcules sont épaissis ou aplatis pour le premier ordre; suivant qu’ils sont nus ou munis d’un têt dans le deuxième. Mais cette dernière section précisément, ne comprend que ses Braebions. Chacun des genres ne fut ensuite caractérisé que par deux ou trois mots indiquant d’une manière absolue la forme du corps ; de sorte qu’en réunissant les notions générales, plutôt négatives que positives, de la classe , de l’ordre et de la section , avec l’idée fournie en dernier lieu par la phrase ou le mot caractéristique du genre , on n’avait en somme cju’une notion fort incomplète et fort insulfisanfc de tel ou tel groupe. On ne doit donc pas être surpris de voir entassées sans ordre, dans un même genre, par l’auteur, les espèces les plus disparalesT, n’ayant de commun (|u’uu caractère vague

de forme extérieure ou même de contour, sans rapport avec l’organisation, ou quelquefois rapprochées par un prétendu caractère négatif de l’absence de certains organes qu’on n’avait point su apercevoir.

On doit remarquer aussi que la concision linnéenne des phrases spécifiques de cet auteur, est absolument insufhsante pour faire reconnaître les espèces, puisque souvent , trois ou quatre mots latins , loin d’exprimer des cai’actères précis et essentiels , indiquent tout au plus des accidents de forme. Ce n’est donc qu’avec l’aide des figures et des notes généralement bien détaillées de l’auteur, qu’on peut aujourd’hui rapporter quelques-unes de ses espèces à celles qu’on sait observer d’une manière bien plus complète, mais aussi bien dilïéremment de ce que Millier a pu voir.

Son genre Monas , le premier de la section des épaissis, est caractérisé par un corps ponctiforme, ce qui veut dire seulement, que ce corps est trop petit jiqur avoir présenté d’autres caractères à l’auteur. Des dix espèces qu’il renferme , on peut à peine en reconnaître avec certitude six; ce sont bien d’ailleurs pour la plupart, des espèces de Monadiens, quoique imparfaitement décrites; mais la première est un Vibrionien, le Bacterium termo, et la troisième, Monas punctum, est un autre Bacterium; le Monas pulmsculus est un Tbécamonadien ; le Monas tranquilla , observé dans l’urine putréfiée avec de nombreuses moisissures, est probablement unes porule de cette moisissure.

Le second genre Proteus , cai’actérisé par sa forme variable, ne renferme que deux espèces, dont la pre-, mière est le t^^pc du, genre Amibe et de l;v famille des

Amibiens , et dont la seconde , Proteus tenax, d’après la description de l’auteur, ne pourrait qu’avec doute être rapportée à une espèce d’Euglénicn.

Le troisième genre , Volvox , a pour caractère une forme sphérique qui se voyait déjà plus en petit chez les Monas ; mais , avec des animalcules vivant isolés , comme ses quatre premières espèces, dont deux au moins {Vohox granuliim , V. globulus) font partie de la famille des Tîiécamonadiens , et deux autres , P. punctum, P.pilula , sont des Monadiens ; Tauteur y réunit plusieurs animaux comme le Volvox glohator et le Volvox morum, vivant réunis par une envc" loppe commune, et dont nous faisons le type de notre bimille des Volvociens. 11 y ajoute d’autres animaux , comme les Volvox uva , Volvox socialis et p'olvox vegetans , qui sont des Monadiens agrégés; celui-ci , type du genre Anihophy sa ^ ceux-là appartenant au genre Uvella, et enfin trois autres objets mal vus par l’auteur lui-même, et sur la nature desquels on ne peut avoir d’opinion bien formelle.

Le quatrième genre , Enchelis^ caractérisé par un corps cylindrique,, renferme parmi ses vingt-sept espèces, deux ou trois Monadiens, deux Tlrécamonadiens, deux ou trois Eugléniens, quelques Enchélyens, Leucopbryens et Paraméciens, dont l’auteur n’a point aperçu les cils vibra tiles, et au moins neuf espèces absolument douteuses, et qu’on ne peut rapporter avec certitude à rien de ce qu’on connaît aujourd’hui.

Le cinquième genre, Vihrio ^ le dernier de la première section, caractérisé par un corps allongé, ce <[ui ne le distingue pas du précédent , comprend, dans le nombre de ses trente-une espèces, les objets les

lHüTüIlîE iNATUHELLE

Vik

plus tlisparalcs ; apres en avoir tlislrait trois Bacillariées [Vibrio bipunctatiis ^ V. tripunctatus ^ F.paxil- Ufer Q.\. un Closterium [F. lunula) , comme végétaux, d’une part, et quatre vers Nématoïdes {F. coUiber , V. ariguilliila^ V. gordius , F. serpentidu s) ^ à’ üuivc part, il reste vingt-trois espèces d’animalcules dont deux ou trois ne sont probablement pas des Infusoires. Six d’entre eux sont de vrais Vibrioniens {F. lineola, F. ntgula , F. bacilltis , F- undula^ F. serpjens , F. spirilluni), un autre [F. aens) , est un Euglénien [Euglena)-, quant aux autres, l’auteur eût pu avec tout autant de raison les placer parmi scs Enchelys, ou ses Paramécies, quoique en général il paraisse avoir considéré comme Vibrions ceux qui , plus ou moins épais, plus ou moins déprimés, ]irésentent un certain amincissement aux deux extrémités. Ce sont surtout des Triebodiens, et des Paramécicns (v^/my?/u'- Icptus , Lacrymaria) , dont Müllcr n’a pu découvrir les cils vibra tiles.

La seconde section , celle des Infusoires, sans nul organe extérieur, mais à corps membraneux, comprend cinq genres caractérisés simplement, et de la manière la plus vague , par le contour ovale , oblong, sinueux ou anguleux, ou par la forme excavée de leur corps , sans mentionner encore les cils vibratiles très-fins de leur surface.

Le premier de ces genres, Cyclidiump[u\ aurait dû ne comprendre que des Infusoires d’une forme discoïdale, nous offre au contr.aire, avec diverses espèces douteuses, plusieurs Monadiens presque globuleux , ce qui tend à faire penser que le caractère desCyclides doit être complété et rectilié par 1 indication du mode de loromolion lent et uniibrme, en raison de la Ion-

giicur du filament flagelliforme , qui est simple et épaissi h sa base.

Le deuxième genre , Paramecium , présente u principale espèce (P. aurelia) qui , en raison de son abondance extrême dans les infusions végétales et dans les eaux de marais conservées à la maison, a été vue de tous les micrographes, et a reçu de plusieurs observateurs des dénominations significatives en rapport avec sa forme de pantoufle ou de chausson. Mais avec cette espèce type denosParaméciens , le genre de Millier contient un autre Paramécien , le Pleuronema (Parameciiim chrysalis), un Bursarien (P. mrsutum) , et deux espèces douteuses.

Le troisième genre, Kolpoda, qui , suivant la définition, ne devait contenir que des espèces à corps aplati et à contour sinueux , en présente plusieurs qui ne sont pas moins cylindriques que lesEnchelys {Kolpoda nucléus , K, pinim). Le type même de ce genre, le Kolpoda cucullus , est bien plutôt ovoïde que comprimé, comme l’indique le nom de Cornemuse, qui lui fut anciennement donné par Joblot. Parmi les treize autres espèces plus ou moins déprimées , se trouve un autre Kolpode {K. j'en)\ et le K. meleagris , faisant aussi partie de notre famille des Paraméciens ; un autre est le Chilodon {K. cucullulus) \ un autre est un Trachelius {K. lamella), de la famille des Trichodiens , ainsi que le K. rostruni. Le K. cucullio est un Loxodes , et le reste , au nombre de huit , est à laisser au moins provisoirement parmi les objets douteux.

Des quatre espèces composant le quatrième genre , G onium , caractérisé seulement par sa forme anguleuse, une seule est bien authentique, le Gonium pectorale ; une autre ( G. pult^inatum) , observée dans ÏNfüSOUlES. lü

Teaii de fumier, pourrait être uu végétal ; les trois autres sont de simples débris de quelques autres espèces.

Dans le cinquième genre enfin, Bursana, une seule espèce peut conserver ce nom ( Bursaria tmncatella) , et c’est le type de notre famille des Bursariens ; une autre espèce ( Bursaria hiruiidinella) appartient à la famille des Péridiniens; les trois autres sont douteuses, et deux d’entre elles [B. bullina, B. globina) , observées une seule fois dans l’eau de mer, paraissent appartenir à d’autres classes qu’à celle des Infusoires.

Le deuxième ordre de Müller, comprenant les Infusoires munis d’organes extérieurs, présente dans un premier genre, Cercaria , caractérisé par une queue , les objets les plus dissemblables. Il y a d’abord les Cercaria lemna et Cercaria inquiéta , qui sont à reporter dans la classe des Helminthes ; puis huit autres espèces, qui sont des SystoHdes. Il reste donc douze espèces seulement qu’on peut rapporter aux Infusoires avec plus ou moins de certitude, encore deux d’entre elles {Cercaria hirta ei C. podura) font-elles partie du groupe anomal des Infusoires symétriques. Des dix espèces restantes , il faut en reporter cinq aux Monadiens, une autre ( 6’. viridis) aux Eugléniens , une septième {C. pleuronectes) aux Thécamonadiens , une huitième ( C. tripos) aux Péridiniens, une neuvième ( C. turbo ) aux Urcéolariens , et une dernière enfin est un Tricbodien indéterminé , de sorte que ce genre a dû disparaître de la nomenclature.

Un second genre d’infusoires à organes extérieurs est celui des Leucopbres, qui ont pour caractère d’être velus ou ciliés sur toute leur surface. Plusieurs espèces

ici sont encore douteuses ; quelques-unes même ne sont pas des Infusoires , comme la Leucophra heteroclita reconnue depuis longtemps pour une jeune Al cyonelle , et les Leucophra jluxa et Z. ar milia qui sont des lambeaux de la brancliie d'une Moule dans l’eau de laquelle Müller les observa ; mais , des vingtsix espèces de l’auteur , il y en a au moins seize qu’on doit regarder comme des Leucopbryens , des Paraméciens , ou même des Bursariens , sans toutefois préciser l’espèce à laquelle ils se rapportent.

Un troisième genre, Trichoda, que caractérisent des cils ou des soies sur une partie plus ou moins considérable du corps, est peut-être le plus confus de tous ceux de Müller , ou du moins , sous ce rapport , on ne peut lui comparer que le genre Vorticelle du même auteur. En ellet , à part la dill'érence que présentent dans leur forme, dans leur disposition , et même dans leur usage , les cils aperçus par Müller , et qui souvent ne sont pas tous ceux qui devaient être vus, il y a parmi ces Tricbodes d’autres différences plus grandes encore pour la forme et pour la structure du corps ; à tel point que, dans ce genre, sont réunis avec des représentants de huit familles de vrais Infusoires , plus de trente-sept espèces fondées sur des dessins représentant des lambeaux d’infusoires , ou des animalcules diversement altérés, et en outre neuf espèces de Systolides. Dans les quarante-trois Tricbodes , qui peuvent être considérés comme des espèces réelles d’infusoires, se trouvent le Trichoda Larus ^ du groupe des symétriques , puis quatre Actinophryens dont les cils ne sont nullement vibratiles , savoir : les Trichoda sol , Solaris ^granata et Jixa; trois ou quatre Vorticelliens , (Z. inquilinus , T. ingcnila et 'T. innaLa)', Meux

HISTOIRE HATUKELLE

'Kmstivïens [Tr. amhigua et Tr. patula) , et le reste appartient aux familles des Trichodiens , Kéroniens , Plœsconiens, et peut-être des Leucophryens.

Le quatrième genre, Kerona, est mieux caractérisé par ses appendices corniculés d'où lui vient son nom ( de Kspa; corne ) ; et à part quatre espèces ( Kerona rastellum, K. haustelluin, K. haiistruni, et K. cj'pris), établies sur des lambeaux vivants de certaines espèces qui , en raison de leur facilité à se déformer , ont aussi donné lieu à l’établissement de diverses espèces de I Trichodes et d’Himantopus; à part, dis-je, ces espèces fictives , on ne voit dans les dix autres que des Kéroniens et deux Plœsconiens.

Le cinquième genre , Himantopus , qui est totalement à supprimer comme il a été dit déjà , fut institué par Fabricius d’après les notes incomplètes deMüller, pour le Plœsconia charon et six lambeaux vivants de Kérone qui se servaient de leurs cils ou longs appendices filiformes , comme de pieds pour marcher sur le porte-objet, d’où ce nom à’ Himantopus (i[x5c;, iy.xvTo; ^ lanière , Troü;, pied ).

Enfin le dernier genre Vorticelle, non moins confus que le genre Trichode , est caractérisé par sa contractilité et par un orifice garni de cils. Avec dix-liuit Systolides , huit Urcéolariens, dix-huit Vorticelliens , un Péridinien ( Korticella cincta) , et un Actinopbryen [V. tuberosa) , il ne contient pas moins de vingt-neuf fausses espèces établies sur des dessins imparfaits , ou répétant d’une manière inexacte d’autres espèces mieux décrites autrement.

Lamarck n’ayant point observé par lui-même, accepta les espèces établies par Millier, el modifia seu-

lement sa classification , en supprimant le j^enre Himantopus pour le réunir aux Kérones, et en instituant le genre Trichocerque aux dépens du genre Cercaire ; elles genres Urcéoîaire, Furcocerque et Furculaire aux dépens des Vorticelles.

M. Bory de Saint-Vincent tenta le premier d’établir une classification méthodique pour les Infusoires , qu’il nomma Microscopiques ; malheureusement il paraît, dans ses propres recherches , n’avoir rien aperçu de plus que Müller , et sa classification est uniquement fondée sur les caractères indiqués par cet auteur dans ses figures d’infusoires , quoique non exprimés toujours dans son texte. Il en résulte que ces figures , faitesà l’instant des observations, n’ayant été soumises à aucune critique , n’ayant même pas subi l’épreuve d’une dernière comparaison, et d’une épuration que fauteur n’eût pas manqué de faire , si la mort ne l’eût enlevé avant l’achèvement de son livre ; ces figures , dis-je , n’ont pu qu’induire en erreur M. Bory, quand il a pris pour des formes bien précises et persistantes ce qui n’était qu’un simple accident, ou le produit d’une décomposition partielle et quand il a voulu d’après cela établir de nouveaux genres.

Ce qu’il a y de plus regrettable encore dans sa classification , c’est l’ignorance où l’a laissé son microscope au sujet des organes ou appendices , ou des cils dont sont pourvus la plupart des Infusoires qu’il regarde comme entièrement nus , et qu’il nomme en conséquence des Gymnodés.

Mais avant d’aller plus loin, il est bon de dire que M. Bory a séparé des Infusoires les Vorticelles pédicellées dont il fait des Psychodiaires , en y laissant

150 HISTOIHE NATURELLE

SOUS divers noms ces mêmes Vorticelles détachées de leurs pédoncules. En même temps il réunit à cette classe. d’animaux les Zoospermes, les Systolides, et y laisse les Vers nématoïdes , antérieurement confondus avec les Vibrions , ainsi que les Helminthes , pris par Müller pour des Cercaires.

De ses Microscopiques ainsi conçus , il fait cinq ordres subdivisés en dix-huit familles et quatre-vingtdeux genres , dont cinquante seulement sont de vrais Infusoires ; et à défaut de caractères suffisants pris dans la forme ou dans les organes ou appendices , il a recours à des considérations , fort difficiles à comprendre et à expliquer, « sur la molécule organique constitutrice , tantôt jouissant d’une vie individuelle, tantôt asservie à une vie commune , et dans laquelle se prononcent pour certains types des globules hyalins plus visibles. »

Son premier ordre, celui des GYMNODÉS, nexlevait contenir, suivant lui , que des animaux très-simples , de forme parfaitement déterminée et invariable, ne montrant aucun organe , ni cirres vibratiles , ni même la moindre apparence de poils ou de cils quelconques. Cependant , à l’exception des vrais Vibrions , il n’est pas un des animaux de cet ordre qui ne contredise sa définition , soit par l’instabilité de sa forme , soit par la présence des filaments flagelliformes ou des cils qui lui servent d’organes locomoteurs. Neuf familles composent cet ordre : la première , celle des Mon AD AIRES, correspond en partie à nos 31 onadien s; elle coutient notamment un genre Cyclide , représentant celui de Müller; la deuxième famille, celle des Pan- DORTNÉES, répond à notre famille des Vohociens ^ et contient de plus son genre Uoella^ que nous plaçons

parmi les Monadiens ; la troisième famille , cfue mal à propos il nomme des VoLvociENS , est un assemblage d'animalcules fort différents , parmi lesquels , suivant l’auteur, pourraient être confondus des propagules vivants de Gonferves ou Zoocarpes. Il leur donne pour caractère commun, d’avoir un corps ovoïde ou cylindracé , déjà constitué par des molécules visibles , astreint à une forme constante , qu’il n’est pas donné à l’animal de défigurer à son gré. Dans cette famille il place un genre Gyges qui est peut-être un de nos Thécamonadiens ; un genre Volvox^ qui comprend bien à la vérité une espècede Müller, que nous croyons devoir reporter aussi parmi les Thécamonadiens {Volvox globulus ) , et non point le vrai Volvox globator^ connu de tous les auteurs sous cette dénomination, et que M. Bory seul a nommé Pandorina ; les autres Polvox de cet auteur sont des Infusoires ciliés , desEnchéliens ou Leucopbryens , qui n’ont avec les deux précédents aucun autre rapport qu’une forme obronde ou sphérique. Enfin , dans cette même famille se trouve un genre Enchelys , au corps cylindracé , plus ou moins pyriforme , toujours sensiblement atténué à son extrémité antérieure, renfermant plusieurs Enchelys ou Kolpodes du Müller, que nous croyons devoir être reportées dans des familles différentes.

Ses Kolpodinées , formant une quatrième famille , sont caractérisés par un « corps plus ou moins mem- » braneux , jamais cylindracé, où des globules hyalins » plus visibles se prononcent dans la masse de la molér> cule consti tutrice, et qui , évidemment contractile , » varie de forme au gré de l’animal. »

M. Bory y place quatre genres très-dissemblables , savoir ; 1“ le Triodonta formé avec le Kolpoda cuneus.

qu’il n’a point vu lui-même, et que Müller , qui l’a observé imparfaitement une seule fois , décrit comme ayant un corps cylindric[ue et produisant sur ses bords un mouvement d’agitation (de mication, micalio), qu’on ne peut attribuer qu’à des cils ; on devrait donc a|ourner l’inscription de cet animal dans la nomenclature , bien plutôt que d’en faire un genre ; 2“ le genre Kolpode^ auquel il attribue un corps parfaitement membraneux, très-variable, atténué au moins vers l’une de ses extrémités , et auquel cependant il rapporte les Vihrio utriculus et V^. intermeclius de Müller c[ui sont cylindriques, les Goniiim rectangulum clohtiisaiiguliim, qui sont décrits par le même auteur comme étant de forme invariable , et enfin plusieurs autres Infusoires ciliés, et notamment le Kolpoda méléagris de Müller qui doit faire partie de notre famille des Paraméciens ; 3“ le genre Amibe ayant pour type le Protée de Rœsel et le Protée dijfjluent de Müller, si bien caractérisés par l’instabilité de leur forme et par les appendices variables et comme diffluents que ces animaux émettent de tous côtés. Cependant M, Bory leur associe, dans le même genre, le ibrio anser de Müller, qui est rxolx e Dileptus ^ et le Kolpoda cucullus dont les caractères sont si différents et si frappants , et que sa forme bien reconnaissable a fait nommer jadis Cornemuse ou Pendeloque , h° enfin le genre Paramécie , dans lequel il réunit à la Paramécie aurélie , véritable type de ce genre , d’autres espèces n’ayant rien de commun que la forme oblongue , ou un corps membraneux qui présente un pli longitudinal et oblique quand il change de direction en nageant.

La cinquième famille , celle des Bursauiêes , caracté-

risée par la forme du corps membraneux , replié sur lui-même eu sac ou en petite coupe, se compose de trois genres , Bursaire , Hirondinelle et Cratérine , dont les espèces fort différentes doivent être rapportées à six de nos familles ; savoir : le genre Hirondinelle formé avec la Bursaria hirundinella de Millier qui est le Cevatiumàe notre famille des Péridiniens ; le genre Bursaria qui avec une vraie Bursaire {B. truiicatella) , contient les Cyclidium rostratum et liolpoda cuculio de Millier, qui sont des Loxodes , et le Paramecium chiy salis dont nous avons fait le genre Pleuronema dans la famille des Paraméciens ; et enfin dans les Bursariées M. Bory place son genre Cratérine formé avec un de nos Euglèniens {Enchelys viridis de Millier), et des Vorticelliens ou Urcéolariens , mal observés et jugés dépourvus de cils.

Dans sa sixième famille, celle des Vibrionides , caractérisée par un corps cylindracé, allongé , flexible, et qui est assurément Tune des plus confuses , deux genres seulement se rapportent à nos Vihrioniens ; ce sont le genre Melanella qui répond à nos B acterium et Spirillum , et le genre Vibrion , dans lequel, avec les vrais Vibrions, sont confondus des Vers nématoïdes, comme l’Anguille du vinaigre et celle de la colle. Un premier genre , Spirulina , est établi pour le Volvox grandinelta que Millier seul a vu, et dont la nature est fort équivoque. Un quatrième genre , Lacrymatoria, dont le corps cylindracé s’amincit en un cou terminé par une dilatation en manière de tête, contient, avec une espèce d’Euglènien acwi) , plusieurs

autres Infusoires qui méritent de former un genre particulier , mais qui ne doivent pas rester associés avec les vrais Vibrioniens , quoique Muller en ait placé

HI3T0inE NATURELLE

plusieurs dans son genre Vibrion; enfin, M. Bory place dans un dernier genre, Pupclla, des espèces d’Enclielys et de Vibrions de Müller , fort dilïérentes les unes des autres , mais qui , dit-il , « ne pouvant rentrer dans aucun des genres précédents , ne peuvent cependant en former de nouveaux; ce sont des Vibrions obtusés, plus épais , non uniformes. » Nous devons ajouter que ce sont des espèces pour la plupart douteuses, et qui d’ailleurs, si l’on savait comment elles sont ciliées , seraient assurément fort loin des Vibrions. ^

Sa septième famille , celle des Gercariées, caractérisée par la présence d’un appendice caudiforme , répond au genre Cercaria de Müller, moins les Furcocerques de Lamarck , mais elle est rendue plus hétérogène encore par l’adjonction des Zoospermes, que M. Bory regarde comme des animaux distincts, et dont il fait un genre à part. Un premier genre nommé

, comprend le Proteus tenax^ la Cercaria viridis , qui est le type du genre Euglena dans les Euglèniens , et dont les variations de forme sont si remarquables; puis d’autres espèces tout à fait différentes qui sont des Enchelys douteuses et mal connues de Müller. Un deuxième genre, Histrionella , à corps plus ou moins contractile, cylindracé, oblong, avec une queue fort distincte, renferme à la fois les Cercaria lemna et inquiéta de Müller, qui sont , comme nous avons dit , de vrais Helminthes , et avec elles V Enchelys pupula , qui est bien un Infusoire, mais impossible à déterminer. Le genre Cercaria, qui vient ensuite, est réduit à quelques espèces de Monadiens; un quatrième genre, Turbinella, est uniquement formé pour une espèce {Cercaria turbo) que M. Ehrenberg re-

porte aujourd’hui dans le voisinage des Vorticelles, en la nommant Urocentrum. Son genre F'irguline , a , dit-il, « un corps oblong , membraneux , aminci par sa partie postérieure en une très - petite queue fléchie en virgule. » Il y place la Cercaria pleuronectes , qui est un Thécamonadien du genre Phacus, et la Cercaria cyclidium, qui doit certainement faire partie d’un autre genre. Enfin, sou genre Tripos est formé avec la Cercaria Tripos, qui appartient à la famille des Péridiniens.

M. Bory, dans sa huitième famille, celle des Uro- DiÉES , dont le nom ressemble beaucoup trop à celui d’une autre famille (Urodées) , et que doit caractériser une queue fourchue, n’a compris que les Furcocerques de Lamarck , avec trois autres genres de Systolides qu’il en sépare; puis un genre {dj) établi sur une espèce problématique de Müller {Cercaria malleus) , et un genre Kérobalane , fait avec des Urcéolariens ou des Vorticelliens mal observés par Müller ou par Joblot seulement. De même aussi il forme une neuvième famille pour une seule espèce établie sur un simple débris de Kérone , la Kerona rastellum, M. , dont il fait le genre Tribuline.

Aux Microscopiques de son second ordre, à ses TRICHODES , M. Bory n’accorde « ni ouverture buccale , ni organes internes déterminés , mais seulement des poils ou des cirres non vibratiles , sur la totalité ou sur quelques parties d’un corps simple, contractile. » Il remarque que les corpuscules hyalins (et dans ce cas ce sont des vacuoles qu’il nomme ainsi), s’y multiplient et y deviennent beaucoup plus considérables. Il fait trois familles de sesTrichodés, savoir : les Polytriques, les Mjstacinées et les Urodées.

HISTOinE NATUnELLE

Chez les Polytriques « des poils très-fins et non flislinctement vibraliles , sont répandus en villosités sur toute la siud’ace du corps , ou en cils sur l’intégrité de sa circonférence, » ce qui fait dire à M. Bory que « ces animaux semblent être des ébauches du genre Béroë. » Ils forment quatre genres : 1° Le genre Leucophre répondant à celui de Millier avec peu de cliangements ; et par conséquent avec une grande partie de ses erreurs et de ses espèces très-douteuses ; 2° Le genre Diceratella , comprenant avec les deux principaux types de nos Infusoires symétriques {Trichoda larus , Cercaria hirta) , une espèce douteuse de Systolide {Leucophra cornuta)- 3® le genre Péritrique, dans lequel le corps n’a de poils ou cils qu’au pourtour et non sur toute la surface , est formé d’une réunion confuse d’Actinophryens [Trichoda sol , M.), et d’Urcéolariens [Korticella stellina , M.) , avec divers Triebodiens et Leucopbryens ; 4o le genre Stravolœma , que l’auteur regarde « comme un passage très-naturel aux vers intestinaux par les Echinorbinques, )) est établi seulement sur une espèce de Millier [Trichoda melitea) qui paraît appartenir au genre Lacry maria.

La deuxième famille , celle des Mystacinées (Muarat , moustache ) est caractérisée par la disposition des cils en petits faisceaux ou en séries. Le premier genre , Phialine , que distingue un seul faisceau de cils sur un bouton en forme de tête séparé du corps par un rétrécissement , renferme plusieurs Triebodes de Millier, qui peuvent être réunis au genre Zac/yma/va. Le deuxième genre, Trichoda, quoique considérablement réduit, présente encore beaucoup des incobérences si nombreuses dans celui de Millier; car

son caractère d’avoir un faisceau de cils non vibra liles en avant, et d’être glabre en arrière, est trop vague; aussi y trouve-t-on des Oxytriques , des Trachélius , des Tricbodiens , etc. Le troisième genre, Ypsistomum, établi d’après une figure de Millier, pour une seule espèce, Trichoda ig/iita, trop peu connue, est cependant aussi indiquée par l’auteur, comme faisant un passage aux Bipbores. Le quatrième genre , Plagiotrique, qui , comme l’indique son nom , doit avoir des poils ou cils disposés en une série longitudinale sur un des côtés du corps, contient des espèces très-dissemblables, parmi lesquelles sont quelques Tricbodiens mêlés à des espèces douteuses. Le cinquième genre, Mystacodelle , ne comprend que des espèces de Kéroniens douteuses ou altérées, vues seulement par Müller et Joblot, et représentées par eux comme ayant le corps terminé en avant par une fissure ou des lèvres inégales munies de cils en manière de moustaches. Le genre Oxy trique , qui, modifié et restreint convenablement, doit être conservé, est inexactement caractérisé, chez M. Bory, par des cils ou poils disposés en deux séries ou faisceaux, aussi contient-il avec de vraies Oxytriques , diverses espèces de Müller, qui sont très-douteuses ou indéterminables. Le genre Ophrydie^ qui doit être reporté avec lesVorticelliens, contient avec la Yorticella v^ersatilis, M, qui est le vrai type de ce genre, d’autres Vorticelliens, plus ou moins douteux, dont Müller avait fait des Trichodes.

Le genre Trinelle est établi pour le seul Trichoda Jloccus , qui n’est connu que par la figure de Müller et paraît être un Systolide. Le genre Keroiia , qui , outre les cils mobiles disposés sur un côté ou tout autour du corps , doit présenter des appendices particu-

HISTOIRE NATUREIiLE

liers en dentelures, eu cirres fort longs ou en cornes , comprend les Kérones et les Ilimantopes de Millier ; mais malheureusement il n’est presque formé que d’espèces douteuses. Le Kondyliostonie enfin , le dernier genre des Trichodés, est assez bien caractérisé par la forme cylindrique du corps avec un orifice buccal latéralement situé et bordé de cils plus grands que ceux du reste du corps.

La troisième famille de Trichodés , dont le nom Urodées ressemble trop à celui des Urodiées , qui en ellet ne s’en distinguent que par l’absence des cils , contient un genre de Systolides , et un autre genre Rotule formé de quelques Trichodiens ou Kéroniens à corps aminci postérieurement en forme de queue.

Le troisième ordre des Microscopiques de M. Bory est nommé par lui Stomoblépharés ( bouche , Biéipapov paupière, cils ), pour exprimer que ces animaux ont antérieurement une ouverture buccale , munie de cils ou cirres vibratiles. Ils sont toujours d’ailleurs, suivant M. Bory, formés d’une molécule constitutrice transparente où se voient des corps hyalins plus gros. Deux familles constituent cet ordre ; la première , celle des UucÉOLARiÉES, répond au genre Urcéolaire de Lamarck et à notre famille des Urcéolariens , dont elle contient les deux principaux genres uSte/zto/’ et Urceolaire^ mais , avec eux , elle contient divers autres Vorticelliens mal étudiés ; la seconde famille , celle des T hi- KiDÉEs , renferme quatre genres de Systolides avec le genre Va^inicole qui fait partie de nos Vorticelliens.

Un quatrième ordre, celui des Rotifères, formant une seule famille , ne contient que des Systolides , et le cinrjuième et dernier ordre, celui des Crustodés, formant trois familles , comprend tout le reste des Syslo-

lides , et les deux genres Plœsconic et Coccudine , rangés fort mal à propos avec les Anourelles dans la dernière famille.

Ainsi, des cinq ordres de M. Bory , quatre seulement renferment des Infusoires ; de ses dix-huit familles , quinze seulement sont dans le même cas ; et de ses quatre-vingt-deux genres , il n’y en a que cinquante qui puissent se rapporter avec plus ou moins de certitude à des Infusoires proprement dits, auxquels cependant on doit ajouter les Vorticelles. On voit d’ailleui's que tout en conservant environ vingt-trois de ces genres , nous sommes obligés de les circonscrire et de les caractériser d’une manière bien dillerente.

M. Ehrenberg publia pour la première fois, en 1830, une classification des Infusoires , divisés alors en 20 familles et 77 genres ; il y comprenait les Bacillariées et les Glostériées , qui formaient déjà dix genres. Depuis lors, en 1833, il a , par diverses additions et modifications, porté le nombre de ses familles à 21, et le nombre de ses genres à 106 ; mais il est vrai de dire que cette augmentation a surtout porté sur les Bacillariées , qui , au lieu de 9 genres, en ont formé 18 ; de sorte qu’en laissant de côté comme végétaux ces êtres et les Glostériées , il ne restait en définitive que 87 genres d’infusoires à cette époque. Enfin cet auteur, dans sou grand ouvrage publié en 1838 , a, par de nouvelles additions , porté le nombre des familles à 22 et celui des genres à 133, renfermant 533 espèces ; mais encore, dans ces nombres , il comprend 36 genres et 206 espèces de Bacillariées et Glostérinées, de sorte qu’il ne reste ^en définitive que 20 familles , 97 genres

160 IIISTOIKE NATURELLE

et 34-7 espèces plus ou moins réelles de vrais inl'usoires.

Cet auteur, dès le principe , regardant comme autant d’estomacs les vacuoles plus ou moins nombreuses à l’intérieur des Infusoires , nomma ces animaux des PoLïGASTRiQUES , etles subdivisa en Anentera sans intestin , Gt Eiiterodela pourvus d’un intestin ; puis cherchant un caractère dans la disposition qu’il croyait exister dans ce prétendu intestin , il partagea ces derniers , 1° en Anopisthia , sur lesquels les deux extrémités de l’intestin viennent aboutir à un même orifice , 2® en Enantiotreta , où les orifices de cet intestin sont situés aux deux extrémités ; 3° en Allotreta où l’un seulement des orifices de l’intestin est à une des extrémités du corps ; et h° enfin en Catotreta , qui ont les deux orifices de l’intestin situés à la face ventrale et non terminaux. Quant aux Anentera, il les partage en trois sections ; la première comprenant ceux qui sont sans pieds ou appendices, Gymnicui la deuxième ceux qui ont des pieds ou appendices variables , Pseudopoda ; la troisième enfin ceux qui sont ciliés, Epitricha.

Chacune de ses sept sections se divise ensuite en familles d’après diverses considérations, et surtout d’après la présence ou l’absence d’un têt ou d’une cuirasse ; considération que , dans ses premières publications , l’auteur avaitjugée si importante, qu’il partageait tout d’abord les Infusoires en deux séries parallèles , les ?ius et les cuirassés , s’eflbrçant de compléter cette seconde série au moyen de rapprochements fort peu admissibles, et par l’institution de divers genres créés dans ce seul but.

11 a donc ainsi sept divisions qu’on peut nommer

des ordres et qu’il divise en familles de la manière suivante : les Gymnica d’abord , suivant que la forme est invariable ou variable, et dans le premier cas , suivant qu’ils se multiplient par division spontanée complète ou incomplète ; les premiers forment les deux familles des Monadina et des Crjptomonadina ;\’viXie sans carapace , l’autre avec carapace ou cuirasse : les Gymniques à division incomplète forment les trois familles des Volvocina qui sont cuirassées et éprouvent la division spontanée dans toutes les directions ; des Vibronia qui sont nus et n’éprouvent la division spontanée que dans une seule direction ; des Closterina enfin qui sont cuirassés et se divisent aussi dans une seule direction. Les Gymniques à forme variable sontles^jtasiœa , s’ils sont nus, ou les Dinobrjina , s’ils sont cuirassés.

Les Pseudopoda nus forment la famille des Amœbaea , et ceux qui sont cuirassés sont des Arcellina , si leurs pieds à lobes multiples sortent d’une seule ouverture, et des Bacillaria , si un pied simple sort d’une seule ouverture ou de chaque ouverture , caractère que l’auteur seul a observé jusqu’ici. Les Epitrinus forment la famille des Cyclidina, et les cuirassés celle des Peridinœa.

Les Anopisthia nus ou cuirassés sont les Vorticellina et les Ophrydina ; les Enantiotreta nus ou cuirassés sont les Enchelia et les Colepina; les Allotreta nus, s’ils ont une bouche dépassée par une trompe et s’ils sont dépourvus de queue , forment la famille des Trachelina ; s’ils ont la bouche à l’extrémité antérieure et le corps aminci postérieurement en manière de queue, ce sont les Ophryocercina ; ceux qui sont cuirassés forment la famille des Aspidiscina.

1UST01HE NAÏUr.EELE

Les Calvotela nus, s’ils n’ont d’autres organes locomoteurs que des cils, sont des Colpodea; s’ils ont au contraire des organes locomoteurs de plusieurs sortes, ce sont les Oxj'^trichina ; ceux enfin qui sont cuirassés constituent la famille des Euplota, ou nos Plœsconiens^

Il est clair que n’admettant point l’existence d’un intestin chez les Infusoires , ni la présence d’un anus dans un endroit déterminé de leur corps, nous ne pouvons, non plus , reconnaître exactes ces distinctions artificielles de familles. Quelques-unes cependant sont à conserver, quand d’autres caractères suffisants étant employés par l’auteur, en ont fait des familles naturelles; telles sont celles des Volvocina , des Vibrionia , des Peridinœay des Vorticellhia i des Oxytrichina et des Euplçta , qui correspondent presque exactement à nos Volvociens^ Vihrioniens, Peridiniens, F^ovticelliens, Kéroniens ^ et Plœsconiens , sauf la réunion des^jpidiscina à cette dernière , et la réunion des Ophiydina aux Vorticelliens, d’où nous séparons au contraire les Urcéolaires. Telles sont encore les familles des Amoebaea et des Dinobryina qui, formées chacune d’un seul genre, ne pouvaient être circonscrites dilléremment et sont pour nous les Amibiens et les Dinobryens. Les Monadina sont bien aussi à peu près nos Monadiens ; autrement définis , les Cryptomo?ia~ dina augm-entés de quelques Astasiœa a formes constantes sont nos Thécamouadiens ; les ylstasiœa ainsi réduits pour répondre mieux au caractère d’instabilité déformé indiqué ])ar leur dénomination , sont nos Euglènicns ; Colpodea^ réunis aux Ophryocercina^ répondent en partie à notre famille des Paraméciens ; les 6Vc/tr/i/7.ÉE rentrent en jrartie dans nos Encheleins ; les 7 rachehua (\iwis nos Trichodiens et nos Bursa- ! tenf; et les Enchelia aussi en parlie dans nos F.cuco-

UES IMEUSOIRES.

phryens, et en partie dans nos Bursariens ; les Arcolforment une section de nos Bhizopodes. Les Colepina, enfin, ne forment qu’un genre de notre groupe anomal des Infusoires symétriques. Quant aux Closteriiia et Bacillaria, qui seraient également des Infusoires symétriques s’il étiiit permis de les regarder comme des animaux , je persiste à penser qu’ils sont sans estomacs et sans pieds variables , comme sans cils vibratiles , et qu’ils n’ont point d’ailleurs les caractères des animaux. ^lais en outre de ces vingt-deux familles , M. Ehrenberg indique dans une note , à la suite de la famille des Enchelia (1) , la nécessité de créer une famille des Acinetines qui correspond à notre famille des ylctinophryens.

Si nous passons à l’examen des genres du même auteur, nous verrons une foule de rapprochements que rien ne justifie , et de distinctions sans nulle valeur , fondés sur des caractères fictifs ou douteux ; mais cet examen , nous aurons l’occasion de le faire successivement, lors de la description méthodique de nos familles : je me borne pour le moment , tout en avouant que moi-même j’ai plus d’une fois employé des caractères équivoques, pour la distinction des familles et des genres parmi ces animaux aux formes si variables et si aisément altérables , et dont l’organisation est souvent si simple en apparence ; jeme borne, dis-je, à faire remarquer que c’était une nécessité de présenter, au moins provisoirement , une classification en rapport avec les principes de la méthode naturelle , aujourd’hui que les classifications artificielles basées sur des faits inexacts ou sur de pures hypothèses , ont dû perdre tout leur crédit.

(l) Die Infiisioiislhiercl>'^n , i838 , ])• 3ifi.

IIISÏOIHE NATURELLE

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