‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 21 sur 179 · VIVANTS · texte numérisé non relu

VIVANTS

Certaines eaux stagnantes sont tellement remplies d’infusoires , qu’il suffit de puiser au hasard pour en avoir abondamment ; ce sont particulièrement les Euglènes , les Phacus, les Diselmis, les Cryptomonas, et la plupart des Infusoires verts ou rouges qui se trouvent ainsi dans les fossés , dans les ornières , dans les mares , dont ils colorent fortement l’eau et les bords ; l’Euglène verte est celle qu’on rencontre le plus fréquemment autour des lieux habités dans ^les ornières et les égouts , mais j’ai vu le Diselmis viridis colorer entièrement en vert l’eau qui baignait du terreau dans un jardin , en juillet 1837 ; et cet hiver, à Toulouse , j’ai vu les fossés du boulevard remplis d’une eau verte, colorée exclusivement par le Phacus pleuronectes. On sait enfin que certaines eaux stagnantes ont paru avoir été changées en sang, par suite delà multiplication de VEuglena sanguinea et de quelques autres Infusoires rouges, et que telle est aussi la cause de la coloration des salines.

Certains Infusoires , sans remplir entièrement les eaux, forment une couche, soit au fond, soit à la surface ; tels sont le Dileptus anser que j’ai vu, dans les ornières au nord de Paris , former une couche brunâtre au fond de l’eau, et le Spirostomum ambiguum, bien visible à l’œil nu , et qui se montre quelquefois tellement abondant, qu’on croît voir flotter à la surface une poussière blanchâtre.

D’autres Infusoires visibles à l’œil nu , sans être aussi abondants, seront faciles à recueillir directement ; tels sont : le ^o/wa:, que l’on voit en nombre souvent considérable , monter et descendre en tournant dans le liquide, comme autant de globules verts ou jaune-brunâtres ; les Stentors verts ou bleus , fixés aux herbes, et surtout les Vorticelles qui forment des loulïes blanches comme un duvet plumeux , sur les tiges submergées , sur les petites coc£uilles , et même sur quelques insectes nageurs.

Mais le plus grand nombre des espèces ne peut frapper la vue d’aucune manière , et doit être pris en quelque sorte au hasard dans les eaux de la mer, des rivières , des marais ou des fossés. Toutefois , il ne faut pas croire que de l’eau puisée au hasard contiendra les animalcules que l’ou cherche , bien au contraire ; il y a mille à parier contre un que cette eau n’en contiendra pas si elle est prise dans les endroits où la mer est sans cesse agitée sur des galets , sur des rochers nus et sans végétation , ou si elle est prise dans le courant d’une rivière limpide , ou même au milieu d’un étang sans herbes marécageuses , ou enfin dans un fossé que la pluie vient de remplir. Il faut chercher les Infusoires là où l’eau moins agitée est peuplée d’herbes , et surtout de Con-

HISTÜIBE NATURELLE

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ferves de Leinna el de CdratophyUum , dans les marais , ou dé Céramiaires dans la mer. L’eau puisée au juilieu de ces herbes contiendra fréquemment ces animalcules , et l’on s’en assurera en regardant avec une loupe forte , ou une lentille , à travers un flacon de verre blanc rempli de celte eau ; elle en contiendra bien davantage encore si l’on a mis quelques toufles d’herbes dans le flacon , et surtout si l’on y a fait couler l’eau exprimée de plusieurs toufles.

Lespieri'es, les branches mortes, après quelque temps de séjour au fond des eaux peu agitées , se recouvrent d’une forêt de petites Conferves qui retiennent une foule de débris flottants, avec un peu de limon, d’où résulte une couche légère dans laquelle se multiplient indéfiniment de nombreuses espèces d’animalcules ; il conviendra donc de râcler et de faire couler un peu de cette couche avec l’eau qui la couvre , dans un flacon ; il serait mieux encore d’emporter quelques pierres ou quelques branches mortes assez petites pour pouvoir entrer dans lé flacon. Non-seulement ainsi on sera sûr de posséder les Infusoires vivant sur ces objets , mais encore , ori pourra les conserver longtemps , et les voir se multiplier dans le flacon.

Ce n’est pas tout que d’avoir fait une riche provision d Infusoires dans des flacons , il faut savoir les conserver vivants , et empêcher que la putréfaction ne vienne envahir plus ou moins rapidement tous les fl.'ïcons. Quelquefois, dans l’été , au bout de quelques heures , il ne reste plus rien de ce qui existait d’abord ; ce sont de nouveaux Infusoires qui se sont développés dans le liquide devenu une véritable infusion. Pour pré-^ venir cet inconvénient, il faut éviter de mettre trop d’objets dans l’eau d’un flacon ou du moins trop d’ani-

DKS INFUSOIRES.

maux ; car une fois que plusieurs de ces animaux sont morts l'aute d’air renouvelé dans le liquide , ils commencent à se décomposer , et la corruption fait de rapides progrès : mieux vaudrait multiplier le nombre des flacons et mettre peu dans chacun. On doit donc éviter aussi que le liquide, trop abondant, ne soit en contact avec le bouchon < parce qu’alors il ne resterait pas d’air au-dessus, et que certains auimapx autres que les Infusoires ne tarderaient pas à périr. Si l’on a rempli plusieurs flacons loin de chez soi , ou doit se hâter , en rentrant à la maison , d’en partager le contenu dans plusieurs vases , en ajoutant de l’eau de pluie ou de rivière, si ce sont des objets d’eau douce , ou de l’eau de mer pure dans le cas contraire.

Chaque vase ou flacon doit contenir, autant que possible , quelques végétaux bien vivants qui contribuent à maintenir l’eau fraîche. Pour l’eau de mer, ce sont lesülves et quelques Conferves ; pour l'eau douce, ce sont des Conferves, des Zygnèmes, des Callitriches, des Chara , et quelques autres plantes susceptibles de vivre longtemps en captivité. Ces vases sont laissés découverts ou débouchés jusqu’à ce que les objets contenus aient pris l’habitude d’y vivre ; on peut ensuite couvrir imparlaitement chacun d’eux pour empêcher une évaporation trop prompte, qui mettrait la plupart des liquides dans le cas d’une solution saturée de certains sels , et par conséquent impropre au séjour des animalcules vivants.

Ainsi, par exemple, certaines eaux des environs de Paris, notamment celles des ornières, deviennent, par 1 évaporation , complètement saturées de sulfate de chaux ; les eaux prises nu voisinage des lieux habités contiennent du sel marin, et du sulfate de potasse,

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outre le sulliile de chaux, etc.; l’eau de mer, comme on le doit penser, devient promptement ainsi une solution saturée de sel marin. On peut bien maintenir les eaux douces à peu près dans leur état primitif en ajoutant de temps en temps un peu d’eau de pluie; mais pour l’eau de mer on ne pourrait ajouter que de nouvelle eau de mer, ce qui n’empêcherait pas le sel d’être en excès, à moins que de verser chaque jour quelques gouttes d’eau douce pour remplacer à mesure ce qui est enlevé par l’évaporation. Cependant, le mieux est toujours de s’opposer autant que possible à cette évaporation ; s’il ne suffit pas de placer sur les vases une plaque de verre ou un verre de montre , on peut renverser une cloche par dessus. Je suis ainsi parvenu à conserver vivants pendant plus de cinq mois de petites Actinies , de petites Amphitrites et divers mollusques avec une foule d’infusoires dans un vase ouvert , placé sur une assiette et recouvert d’une cloche que j’enlevais quelquefois pour renouveler l’air , et que j’humectais pour retarder davantage l’évaporation.

Malgré toutes les précautions qu’on a prises , certains Infusoires cessent de vivre dans des flacons , tandis que d’autres s’y produisent successivement; il est donc à propos de garder longtemps les mêmes flacons en les étiquetant et en notant ce qu’on y a vu à diverses époques.

S’il est incertain et chanceux de pouvoir transporter et conserver vivants les Infusoires qu’on vient de recueillir dans un flacon ; il n’en est plus de même quand une fois ces animaux se sont acclimatés dans leur nouvelle habitation , quand des végétations de divers genres, des Diatomées , etc. , qui se sont développées sur les parois , leur offrent à la fois un abri et une

nourriture assurés. Ainsi, tandis que Ja plupart des flacons remplis de diverses productions vivantes, soit dans l’eau de mer , soit dans l’eau douce, sont fortement altérés dans les quelques jours suivants; ceux de ces flacons, qui, par suite d’une proportion convenable entre le volume du flacon et la quantité d’animaux ou de végétaux vivants , se sont conservés plus de dix ou quinze jours sans altération, peuvent être ensuite conservés indéfiniment, pourvu qu’on s’oppose à l’évaporation tout en permettant à l’air de se renouveler à la surface. J’ai pu transporter des bords de la Méditerranée à Paris , des Infusoires et d’autres animaux marins qui s’étaient de la sorte acclimatés dans des flacons d’eau de mer avec divers végétaux.

Certains Infusoires vivent, non pas simplement dans les eaux, mais dans des sites habituellement humectés, comme les toufles de mousses, et surtout les couches minces d’oscillaires, sur la terre ou sur les murs humides ; pour les trouver, il suffit d’agiter et de presser dans un vase d’eau successivement plusieurs touffes de mousse prise au pied des arbres, dans les lieux frais, ou au bord des ruisseaux ; ou bien de placer dans une soucoupe , avec un peu d’eau la pellicule enlevée à la surface du sol couvert d’oscillaires. J’ai été surpris quelquefois de voir la quantité d’infusoires obtenus ainsi.

D’autres animalcules enfin vivent parasites à l’extérieur ou à l’intérieur de certains animaux, ou même se multiplient habituellement dans leurs excréments liquides et dans plusieurs autres produits de l’organisme. On trouve particulièrement à la surface des Hydres ou polypes d’eau douce , une Uvceolaria et un Kéronien parasite. Un autre Infusoire vit sur un Distome

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<le la Grenouille; les cavités des lombrics et des Nais contiennent presque toujours des Leucopbres et plusieurs autres animalcules qui ne vivent que là; les excréments liquides des Batraciens en contiennent plusieurs autres du même jjenre avec des Monadiens remarquables par le nombre de leurs filaments ; l’intestin des Limaces m’a présenté avec ces Monacliens , tantôt des vers Nématoïdes ou des Systolides, et tantôt un Trichomonas différent de celui que M. Donné a trouvé dans les sécrétions muqueuses de certaines femmes ; le même observateur a rencontré des Baclerium ou Vibrions dans le pus ; Leeuwenboek enfin avait observé divers Infusoires dans ses dgections et dans la matière blanche pulpeuse qui s’amasse à la base des dents.

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