‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 24 sur 179 · DE EA MANIÈRE DE MESURER ET DE REPRÉSENTER EES INFUSOIRES · texte numérisé non relu

DE EA MANIÈRE DE MESURER ET DE REPRÉSENTER EES INFUSOIRES

Si l’on se bornait à regarder les Infusoires à l’aide du microscope , on aurait bientôt perdu le souvenir de leurs formes et des détails c[u’on y aurait reconnus ou découverts. Il est donc nécessaire , pour pouvoir reconnaître et comparer ceux qu’on a déjà vus , de les représenter par des dessins à mesure qu’on les observe ; c’est à la fois le moyen de les mieux étudier çt d’en conserver sûrement le souvenir. Leur extrême mobilité et l’instabilité de leurs formes s’opposent souvent à ce qu’on puisse les dessiner autrement que d’après l’impression qu’on en a conservée , et quand on les a revus mille fois pour en avoir une notion suffisante. Mais, lors même qu’ils se tiennent immobiles, dans le champ du microscope , on éprouverait une très-grande difficulté s’il fallait regarder alternativement l’objet et le dessin , en portant l’œil tantôt sur l’oculaire du microscope , et tantôt sur le papier. On devra donc s’accoutumer à regarder en même temps de l’œil gauche dans le microscope , et de l’œil droit sur son dessin ; alors, sans remuer la tête, on fixe alternativement ou simultanément son attention sur l’objet et sur le dessin quon en fait ; on peut même par instants fixer l’un et l’autre à la fois , et en croisant ou faisant converger

les axes visuels des deux yeux , faire coïncider l’image vue dans l’instrument , et celle que l’on dessine. De cette manière on constate , non-seulement la parfaite ressemblance des deux images , mais encore la grandeur réelle de l’objet, d’après la connaissance qu’on a d’avance du degré d’amplification du microscope. Car si l’on sait , par exemple , que l’instrument amplifie trois cents fois le diamètre des images , et si un dessin d’infusoire semblable à l’image vue dans le microscope est long de 30 millimètres , on conclut que cet Infusoire est en réalité long d’un dixième de millimètre.

Quelque talent qu’on ait pour dessiner des objets ordinaires , il faut un certain travail pour acquérir l’habitude de représenter les objets vus au microscope. Mais cette habitude, on peut bien l’acquérir sans avoir préalablement fait de grandes études de dessin , et l’on sait que beaucoup de naturalistes se sont formés , eux-mêmes et sans maîtres , à dessiner habilement les objets qu’ils avaient besoin de connaître et de faire connaître aux autres.

Pour ceux qui n’ont pas acquis l’habitude de dessiner, ou dont les deux yeux n’étant pas d’égale force , ne se prêtent pas à l’emploi du moyen que je viens d’indiquer , il faut avoir recours à l’usage de la Caméra lucida (1) , petit appareil placé devant l’oculaire du

(i) Des diverses caméra lucida la plus simple est le miroir de Sœmmering , petite plaque d’acier poli, large de deux à trois millimètres, tenue inclinée de ^5 degrés par une petite tige devant le milieu de l’oculaire du microscope horizontal. Dans cette position l’œil étant placé au-dessus reçoit à la fois par réflexion sur le miroir l’image transmise par le microscope , et , tout autour de ce même miroir, les rayons envoyés par une feuille de papier placée au-dessous à la distance de la vision distincte , ainsi que par le crayon dessinant dessus ou par la règle divisée. La caméra lucida d’Amici n’exige pas , comme le miroir de Sœm-

microscope , et servant à laisser arriver ou h transmettre en même temps à l’œil , les rayons de l’image formée dans le microscope composé, ou transmise par le microscope simple , et les rayons venant du papier sur lequel est projetée cette image et du crayon qui en peut suivre les contours avec une exactitude parfaite ; de telle sorte cjue , toujours et d’une manière invariable, on a sans peine la coïncidence des images obtenue par le moyen indiqué plus haut , et qu’on peut , en général , mesurer plus exactement la grandeur de l’objet ; mais les dessins faits au moyen de la Caméra lucida ont toujours une roideur que n’ont pas les dessins faits directement , et ce moyen ne peut guère s’appliquer à la représentation des objets vivants et mobiles ; car il faut qu’un Infusoire, pour être dessiné ainsi , reste assez longtemps en repos ou soit déjà mort.

La mesure du grossissement des objets est ordinairement déterminée par le pouvoir du microscope ; cependant, on peut, par certaines méthodes , être dispensé de passer par cet intermédiaire (1). Ainsi Leeu-

mering, que l'œil se place au-dessus de l’inslrument , au coniraire l'observaleur conünue à regarder l'image dans l’axe du microscope; mais en môme temps un petit miroir d’acier poli percé d'un trou correspondant à l’axe de l’instrument lui envoie par réflexion l'image d'un papier situé au-dessous, et déjà réfléchie une première fois par un prisme placé en avant : cette caméra lucida a de plus l’avantage de ne point, comme la précédente , renverser la position de Vimage donnée par le microscope et de causer moins de fatigue. On a récemment appliqué aussi avec succès la Caméra lucida au microscope vertical.

(l) Le micromètre de Frauenhofer dont on se sert très-peu aujourd’hui à cause de la difllculté de son exécution parfaite, donne immédiatement la grosseur réelle d’un objet microscopique au moyen d'une vis a filets très-fins et très-égaux , dont la tête porte un cadran divisé tournant devant un vernier , de sorte qu’on peut la faire avancer d’une trcs-pctite fraction d’un de ses tours , et avec elle lesupport et l’objet à

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weiihoek comparait directement un objet vu au microscope, avec un autre objet qu’il avait choisi comme terme de comparaison : c’était un grain de sable fin , comme celui qu’on met sur l’écriture et qu’on peut évaluer à un quart de millimètre en largeur (Baker l’évaluait à un centième de pouce anglais) ; si un objet était quatre fois plus petit en longueur, Leeuwenboek le disait quatre fois quatre, ou seize fois plus petit en surface , et quatre fois seize ou soixantequatre fois plus petit en volume; si l’objet était dix fois plus petit en largeur, il le disait de même mille fois plus petit en volume , car c’est par le volume qu’il comparait les objets. Jurin , au lieu du grain de sable, employa comme terme de comparaison des petits morceaux d’un fil métallique très-mince qu’il avait préalablement enroulé en hélice serrée autour d’une crosse épingle, afin de déterminer exactement son épaisseur, en mesurant la longueur occupée par un certain nombre de tours ; on conçoit en effet que si un tel fil métallique étant enroulé de la sorte, il faut cent de ses tours pour occuper une longueur d’un centimètre, l’épaisseur du fil lui-même n’est que d’un dixième de millimètre. Ce moyen offre l’avantage de permettre la comparaison directe , puisque si l’on a placé un ou plusieurs morceaux du fil métallique dans la goutte de liquide, on juge aisément de la grosseur relative des

mesurer. Un fil de soie ou d’araignée tendu au foyer de l’oculaire permet de juger exactement si l'objet s’est araneé de toute son épaisseur en travers de ce fil , ou si chacun de scs bords est venu successivement en contact avec ce fil. Par conséquent si le pas ou filet de la vis a un demi-millimètre , et si l'on a tourné la tète de la vis d'un cinquième de tour pour faire avancer de toute son épaisseur l'Infusoire à mesurer , on en conclut que cet Infusoire a de grosseur réelle la cinquième partie d’un demi-millimètre ou un dixième.

animalcules vus à côté ; il peut en même temps servir à déterminer le pouvoir amplifiant du microscope; car si Timagedu fil d’un dixième de millimètre, vue dans l’instrument, paraît aussi grosse qu’un centimètre , ou si , transposée sur le papier par le croisement des axes visuels, elle couvre un espace d’un centimètre , mesuré d’avance ou immédiatement avec une règle divisée ou un compas, on en peut conclure que le microscope agrandit cent fois le diamètre des objets; par conséquent si l’on voulait calculer comme Leeuwenhoek , on dirait qu’il amplifie cent fois cent, ou dix mille fois la surface , et cent fois dix mille ou un million de fois le volume; mais aujourd’hui on se contente généralement de compter le grossissement linéaire, ou le nombre de fois dont le diamètre des objets est rendu plus grand. Ce mo3"en , tout vieux et tout simple qu’il est, sera employé avec avantage quand on n’aura pas un micromètre , ou quand on voudra prendre à première vue une idée de la grandeur des objets : il serait même à désirer qu’on eût toujours sous la main de petits morceaux de fil d’argent ou de platine d’une épaisseur déterminée, et en rapport exact avec la longueur du millimètre , comme un vingtième , un cinquantième , etc. On trouve bien dans le commerce des fils très-minces d’argent et surtout de platine, mais leur épaisseur n’est pas dans un rapport aussi simple ;' cependant en choisissant convenablement , on parviendra à s’en servir directement, si le rapport est tel qu’on puisse faire de tête le calcul des grandeurs comparées ; ou bien on en fera un tableau comparatif si ce rapport est plus compliqué. Que , par exemple, quatre-vingts tours de fil aient occupé la lon-

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gueur d’un centimètre, on en conclura que ce Cl est épais d’un huitième ou 0,125 millimètres , et par la pensée on évaluera facilement la grandeur d’un objet paraissant quatre fois, cinq fois, ou dix fois moins large; mais si , pour cette longueur d’un centimètre, il faut quatre-vingt-dix tours , le Cl aura un neuvième ou 0,111 millimètre , et on ne pourra faire cette évaluation sans calcul.

A ce moyen on a substitué récemment avec avantage des plaques de verre , nommées micromètres , sur lesquelles a été tracée avec une pointe de diamant une échelle de petites lignes éloignées d’un centième , d’un deux-centième , ou même d’un cinq-centième de millimètre , suivant l’habileté de l’artiste et la perfection de ses instruments. Cette plaque , sur laquelle la simple vue n’aperçoit rien , montre sous le microscope des lignes plus ou moins espacées , suivant la force de l’instrument ; et si des objets à étudier ont été superposés , soit à sec, comme des grains de pollen, ou des écailles de papillon , soit dans un liquide , comme les globules sanguins , ou les Infusoires ; on a immédiatement la mesure absolue de ces objets , soit qu’ils couvrent plusieurs intervalles , soit qu’ils n’en couvrent qu’un seul , ou même qu’une portion. Qu’ainsi un Infusoire occupe huit intervalles du micromètre , divisé en cinq-centièmes de millimètres , on en conclut qu’il est long de huit cinq-centièmes, ou seize millièmes qu’on écrit ainsi 0,016 ; qu’il n’occupe que le tiers d’un centième , sa grandeur absolue est seulement 0,0033 , etc. Car dès cet instant il faut se souvenir que toutes les grandeurs d’infusoires indiquées dans cet ouvrage seront exprimées de cette manière en décimales de millimètre.

On évalue le pouvoir amplifiant, en rej^ardant à la fois (1) cette échelle micrométrique , seule dans le microscope, et une règle divisée en millimètres tenue devant l’œil à la distance ordinaire de la vision distincte ; si un cinquième de millimètre (ou 20 centièmes, ou 100 cinq-centièmes) est vu dans l’instrument, aussi grand que soixante millimètres vus directement sur la règle divisée , on en conclut que le microscope amplifîe’trois cents fois le diamètre des objets. Au lieu de se servir d’une règle divisée , on peut avoir des carrés de papier blanc, de 10, 20, 30, 4-0, etc., millimètres de côté , qui , étant placés sur un fond noir, à la distance delà vision distincte, sont facilement comparés avec telle ou telle portion de l’échelle micrométrique, vue dans le microscope , soit que du même œil on regarde alternativement et presque ensemble les deux objets , soit qu’on puisse regarder l’un de l’œil gauche, l’autre de l’œil droit , comme il a été dit précédemment. Lorsqu’en regardant ainsi des deux yeux à la fois , on s’est exercé à croiser les axes visuels , et qu’on peut transporter, par l’effet de ce croisement , l’image du micromètre vue de l’œil gauche , sur le papier servant à dessiner vu de l’œil droit , on mesure directement sur le papier une portion déterminée de l’échelle micrométrique , soit avec une règle divisée , soit avec une ouverture de compas reportée ensuite sur la règle. Dans ces divers cas, on a d’une manière exacte le deeré d’am-

plifîcation ou de grossissement ; et toutes les images

(l) La caméra lucida , qui permet de superposer exactement l’image du micromètre sur une règle divisée, fournit immédiatement la mesure du pouvoir amplifiant ; mais faisant moi-même peu d’usage de cet appareil, je parle dans tout ce qui suit comme si l’on ne devait pas s’cn servir.

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dessinées sur le papier, et pareilles à celles que montre le microscope , seront grossies au même degré. On pourra donc , en divisant leur grandeur effective par le nombre de fois dont elles sont grossies , connaître leur grandeur réelle. Que , par exemple , une figure d’infusoire ait 45 millimètres de longueur, et qu’elle soit grossie 300 fois , la grandeur réelle de l’Infusoire qu^elle représente , est la 300® partie de 45, ou quinze centièmes de millimètre , ou 0,15.

Sachant moi-même , par le croisement des axes visuels, transporter et juxta poser l’image vue dans le microscope , et le dessin que j’en fais sur le papier, je trouve souvent plus commode de mesurer directement cette image avec la règle divisée , ou avec le compas, sur mon papier avant de l’avoir copiée ; on est même obligé d’agir ainsi quand un Infusoire se meut avec rapidité, et ne fait que traverser le champ du microscope dans un sens et dans l’autre.

Mais , dans tous les cas , pour évaluer ces grossissements, il faut avoir préalablement fixé ce qu’on entend par distance de la vision distincte ; car, sans changer elle-même, f image vue dans le microscope sera trouvée d’autant plus petite , si on la mesure, que cette distance sera moindre ; et la règle divisée dont on se sert paraît au con traire de plus en plus grande si on la rapproche de l’œil en la comparant à l’image vue dans le microscope.

La distance de la vision distincte a été fixée, par quelques personnes , à 270 millimètres ( 10 pouces ) , par d’autres à 216 millimètres ( 8 pouces ) ; pour moi , étant un peu myope , je la prends de 180 à 200 millimètres, suivant la finesse des détails que je veux exprimerdansmon dessin. Or, si un instrument donne un

grossissement de 200 fois le diamètre évalué pour Une distance de 200 millimètres attribuée à la vision distincte ; ou , ce qui revient au même , pour l’image que donne le microscope, transportée, comme il a été dit, sur un papier placé à 200 millimètres de l’œil , ce même instrument , sans que l’image transmise ait réellement changé, donne un grossissement de 180, ou de 216, ou de 270 diamètres , si on place le papier à 180 , à 216 ou à 270 millimètres. Chacune de ces distances étant prise alors à volonté pour la distance de la vision distincte.

Si , pour la distance de 200 millimètres , le grossissement, au lieu d’être ce même nombre 200, était trouvé de 320 diamètres , par exemple ; alors , pour les autres distances de la vision distincte , ou , pour les diverses positions du papier sur lequel on dessine , les grossissements auraient varié dans le même rapport ; devenant 288 diamètres pour la distance de 180 millimètres ; 345 diamètres et 3/5 pour la distance de 216 millimètres; et enfin 432 diamètres pour la distance de 270 millimètres ; et ainsi de suite pour toute autre distance qu’on voudrait choisir. Mais il faut bien se le rappeler, dans ces divers cas , l’image transmise n’éprouve absolument aucun changement ; les rayons nui vont la peindre dans notre œil continuent à former entre eux les mêmes angles ; c’est simplement la surface occupée à différentes distances par cette image sur un papier où on l’aura transportée par le croisement des axes visuels , ainsi que le calque ou la copie qu’on en peut faire sur ce même papier, qui ont varié de grandeur.

Le dessin est ordinairement fait de la grandeur de l’image transmise par lemicroscope, etcelaestle plus convenable, quand les détails ollerts par cette image ne sont

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pas trop multipliés ou trop délicats pour être exprimés sur un dessin de cette dimension. Mais si à force d’application, ou en modifiant convenablement l’éclairage, on est parvenu <1 voir, avec un grossissement de 300 diamètres , des particularités de forme et de structure que le pinceau ne pourrait exprimer convenablement dans une figure grossie ce nombre de fois ; il faut faire son dessin deux ou trois fois plus grand que l’image. On inscrit soigneusement à côté le chiffre de la grandeur réelle et celui du grossissement, comme, d’ailleurs, on doit avoir soin de le faire pour toutes ses figures. Cependant , si l’on est pressé , on peut se contenter de tracer à côté de la figure plus ou moins grossie , une ligne droite exprimant la longueur exacte de l’image vue dans le microscope ; longueur que je prends dès le premier instant avec un compas appuyé sur mon papier, et que je marque ensuite sur la marge , en y enfonçant les deux pointes de ce compas, ce qui, plus tard , au moyen du chiffre de grossissement , écrit en même temps, permet de calculer la grandeur réelle de l’Infusoire et le degré d’amplification de la figure.

Gomme en général on doit , pour faire de bonnes observations au microscope , passer graduellement d’un grossissement plus faible à un grossissement plusfort; il arrivera souvent qu’une figure commencée avec le premier sera terminée avec le second ; ou bien , que , pour se rapprocher des dimensions observées d’abord et jugées suffisantes, on fera son dessin plus petit que, l’image transmise ; dans ce cas encore on indiquera soigneusement la grandeur réelle (1) et le degré d’amplification de la figure.

(i) La grandeur réelle d’un Infusoire étant indiquée, on trouve

Certains objets, comme des points ou comme des fils très-déliés , ne peuvent être mesurés directement , parce que l’œil ne peut saisir exactement le rapport de leur épaisseur avec la largeur d’une division du micromètre; il faut recourir alors à la comparaison de quelque objet , vu directement à la distance de la vision distincte, et dont on connaît l’épaisseur : si, par exemple , un fil de soie de cocon qu’on sait être épais d’un quatre-vingt-dixième de millimètre ou 0,0111 , paraît à la vue simple aussi gros et aussi distinct que le filament flagelliforme d’une Monade amplifiée 320 fois, on doit conclure que la grosseur réelle de ce filament d’infusoire est la trois cent vingtième partie d’un quatre-vingt-dixième de millimètre ou la 77^-® partie, environ un trente-millième de millimètre. Pour des épaisseurs déjà plus fortes, quoique très-dilficiles à évaluer directement, j e me sers d’un autre moyen ; j e ré pète un certain nombre de fois ces épaisseurs , et je mesure exactement la somme pour en déduire, par une simple division, l’épaisseur cherchée. Si je veux, par exemple, mesurer un très-petit Vibrion ou Bacterium , je trace avec une pointe fine sur mon papier, à côté du dessin , une ligne que , par de nombreuses comparaisons, je puisse juger aussi épaisse que l’animalcule ; je trace dix lignes parallèles , semblables , et écartées d’un intervalle , autant que possible , égal à leur épaisseur : j’ai ainsi une longueur égale à l’épaisseur de vingt animalcules. Je répète cinq fois cette longueur avec un

facilement le degré de grossissement de la ligure qui en a été faite , puisqu’il suffit de chercher combien de fois cette grandeur réelle est contenue dans la longueur de la ligure. Ainsi une figure longue de 3o millimètres, pour représenter un Infusoire long d'un huitième de millimétré (o,l25) est grossie deux cent quarante fois.

compas pour avoir le nombre rond de cent épaisseurs ; et si la longueur totale estdix-huit millimètres , ce qui suppose dix -huit centièmes de millimètre, ou 0,18 pour l’épaisseur d^uiie seule des lignes tracées, ou pour l’épaisseur d’un des animalcules grossis trois cents fois, par exemple, etdontl’épaisseurréelleest par conséquent la trois centième partie de 0,18, ou 0,0006 (six dix-millièmes de millimètre). On parvient à évaluer de la même manière des épaisseurs quatre , cinq et six fois moindres. On peut dès lors représenter à des grossissements exagérés de mille et deux mille diamètres , des Infusoires très-petits qu’on n’a vus réellement qu’à des grossissements de trois cents à cinq cents diamètres , mais chez lesquels un œil exercé a pu entrevoir ou soupçonner des détails de structure impossibles à rendre dans des dessins d’une moindre dimension.

Une condition bien importante pour mesurer ou les Infusoires , ou le pouvoir du microscope , non moins que pour dessiner les objets microscopiques , c’est que le papier paraisse aussi éclairé et aussi éloigné que le champ du microscope; sans cela on ne pourrait comparer facilement l’image transmise par l’instrument, et la représentation qu’on en veut faire, ou la règle servant à la’mesurer ; et, d’un autre côté, les yeux ne seraient point exposés sans un grave inconvénient à des impressions trop différentes l’une de l’autre. On doit en outre , comme dans toutes les observations microscopiques , en général , se préserver, autant que possible, de l’impression d’une lumière étrangère quelconque; éviter qu’un corps brillant ne réfléchisse une vive lumière vers l’observateur, éloigner ou cacher un objet blanc ou de couleur vive ,

une feuille de papier , par exemple , dont les rayons arriveraient obliquement a 1 œil ; ne conserver ouverte qu'une seule fenêtre, ou couvrir sa lampe d’un abatjour , et pour mieux faire enfin , s’abriter derrière un écran qui ne laisse arriver la lumière que sur le dessin , et même abaisser, jusque sur ses yeux, une visière ou un bonnet. Spallanzani a décrit les précautions qu’il prenait pour ses observations , et M. de Mirbel a si bien senti la nécessité .de se préserver de toute lumière étrangère , qu’il a disposé son microscope dans une sorte de chambre obscure portative.

Puisque , pour pouvoir se livrer longtemps sans fatigue à des observations microscopiques, on doit éviter toute position forcée, toute tension des muscles du cou, du dos , des épaules ou de la poitrine; il faudra , avant de se mettre à dessiner des Infusoires , avoir choisi un siège d’une hauteur convenable pour que l’œil, par une simple flexion du corps en avant, se vienne poser à l’oculaire du microscope; puis sur la table, qui sera plus ou moins haute, superposer quelques livres pour offrir un support d’une hauteur convenable au bras gauche dont la main viendra alternativement mouvoir le porte-objet, et se reposer sur le dessin. Enfin , sur une petite caisse ou sur une pile de livres , ou sur un support solide quelconque , on place son papier à une hauteur suffisante pour que l’œil droit en soit éloigné de deux cents millimètres , ou de toute autre distance qu’on a choisie , pendant que l’œil gauche est placé sur l’oculaire. La main droite seule s’appuie sur le papier à dessin, quand elle n’est pas occupée à rapprocher ou éloigner le porteobjet du microscope, et l’on est ainsi en mesure

de saisir les contours et de représenter les Infusoires c[ui se présentent dans le champ de l’instrument.

Ces animalcules étant rarement colorés , il est plus simple de ne se servir que de crayon et d’encre de Chine , en inscrivant à côté leur couleur quand elle est remarquable. Dans les expériences de coloration artificielle seulement, on a à marquer des points de couleur qui n’ont pas besoin d’être nuancés. Quand il s’agit de tracer l’apidement les contours et la forme des Infusoires vivants qu’on n’est pas sûr de pouvoir observer assez longtemps , il est préférable de dessiner au crayon en adoucissant les ombres , au moyen d’une petite estompe de papier roulé ; mais si l’on veut exprimer avec plus de précision des détails de structure, il faut se servir de pinceau et d’encre de Chine.

Les Infusoires ne se montrant à nous dans le microscope que par trunsjiarence , ce n’est point leur forme réelle que nous pouvons représenter, comme celle d’un corps opaque avec son relief exprimé par des clairs, des demi-teintes, des ombres et des reflets; -c’est le résultat des phénomènes de réfraction produits par des parties plus ou moins diaphanes, plus ou moins réfringentes , résultat variable suivant la distance des lentilles , et suivant le mode d’incidence de la lumière c[ui a traversé ces objets transparents. Ilfaudra donc toujours, se rappelant que le dessin des Infusoires représente non des formes en relief, mais des effets de réfraction ; il faudra , dis-je, chercher à comprendre ces effets avant de les représenter d’une manière qui puisse être comprise de môme d’après le dessin ; il faudra examiner si leur substance demi-transparente a un caractère

de mollesse et de demi-fluidité qu’on s’efforcera d’exprimer ; il faudra surtout rechercher si les globules contenus dans l’intérieur de ces animalcules agissent sur la lumière comme plus réfringents ou comme moins réfringents que la substance charnue environnante. On s’en assurera en les comparant avec des gouttelettes d’huile dans l’eau ou d’eau dans l’huile ; quant aux effets d’ombre et de lumière qu’ils présentent , en montrant leurs bords ou leur centre plus clairs et plus foncés quand on fait varier la distance des lentilles et la position des diaphragmes. On sait que l’huile réfracte la lumière plus fortement que l’eau , et l’on aura pu , une fois pour toutes, noter les effets présentés dans ces diverses circonstances par ces gouttelettes prises pour termes de comparaison, afin de n’avoir plus besoin de refaire l’expérience. D’ailleurs on a presque toujours des termes de comparaison tout prêts dans les Infusoires de diverse grosseur ou dans leurs débris , dans les petits grains de sable ou de fécule épars dans le liquide , dans les bulles d’air, etc.

Dès l’instant qu’on a su reconnaître si un globule intérieur réfracte la lumière plus ou moins que le reste du corps, on doit être à même de l’exprimer dans son dessin par des touches d’ombre ou de clair dont on n’aurait pas soupçonné l’importance auparavant, et qui cependant serviront ultéi’ieurement à décider , d’après ce dessin même , si ces globules sont des vacuoles pleines d’eau ou des gouttelettes d’huile , etc.

En général l’Infusoire, en raison de sa forme convexe et de sa densité supérieure à celle de l’eau , paraît plus clair au centre , et plus ombré près du bord ; mais si 1 on incline de côté le miroir ou le prisme d’éclairage ,

HISTOIRE KATÜRELLE

OU si en reculant de côté le diaphragme on intercepte une partie du faisceau de la lumière illuminante , alors le centre de l’Infusoire restant toujours clair , un côté seulement est plus fortement ombré, et le côté opposé peut devenir plus clair même que le centre. Dans ce cas les globules contenus dans l’intérieur manifesteront aussitôt leur nature en montrant une ombre formée du même côté que l’Infusoire , s’ils sont plus réfringents que la masse du corps , et du côté opposé s’ils sont au contraire moins réfringents. Il faudra donc que , dans un dessin , on ait soin de faire tomber d’un même côté les ombres des objets qui agissent de la même manière sur la lumière , et en même temps indiquer par une vivacité plus grande d’ombres et de clairs ceux dont l’action est la plus forte.

Quand les dessins d’infusoires auront été faits d’après ces indications , il y faudra soigneusement inscrire la date et les circonstances de l’observation , avec toutes les notes qu’on aura eu l’occasion de faire en les recueillant , en les conservant ou en les étudiant.

On trouvera peut-être convenable qu’après avoir tant parlé de la manière d’observer et de dessiner les Infusoires au moyen du microscope , je dise quelques mots sur le choix de l’instrument lui-même. Je répéterai d’abord ce que j’ai dit précédemment sur l’excellence du microscope simple; et j’ajouterai , que sans la fatigue causée à l’œil par le peu d’étendue du champ de cet instrument, et par la nécessité de tenir l’œil très-rapprocbé de la lentille , et conséquemment du porte-objet , d’où résulte un grande gêne pour manœuvrer les objets soumis à l’observation , et pour les dessiner, on aurait de l’avantage à employer les excel-

lents doublets (1) de 0,G millimètres (un ffiiartde ligne) de foyer fabriqués par M. Charles Chevallier , lesquels donnent un grossissement bien net de 333 diamètres pour une distance de 200 millimètres attribués à la vision distincte. Je dois dire que je m’en suis servi pour des observations très-délicates et très-précises. Les inconvénients signalés sont beaucoup moindres pour des doublets d’une longueur focale double (0,2 millimètres) ; mais on n’a alors qu’un grossissement de 166 , qui n’est pas toujours suffisant ; il faut donc recourir au microscope composé , dont toute la valeur repose sur la perfection des lentilles achromatiques. Les oculaires et la monture ne sont en quelque sorte que des accessoires , ils contribuent à faire un bon microscope , mais ils ne le font pas.

J’ai eu de fort bonnes lentilles achromatiques (2), soit de M. Ch. Chevallier, soit de M. G. Oherhaüser , et je me suis servi pendant longtemps du microscope horizontal de M. Ch. Chevallier , lequel est surtout commode pour l’emploi de la Caméra lucida ; mais depuis plusieurs années je me sers habituellement d’un microscope vertical fort simple , mais fort solide ,

(1) Les doublets de deux lignes (4,5 mlll.) de foyer et au-dessus coûtent dix francs, ceux de -j ligne et ^ de ligne coûtent quinze francs.

(2) Un bon objectif de microscope achromatique, formé de trois lentilles achromatiques , d’un court foyer , ne peut coûter moins de 3o francs; quand il est très-bon il doit valoir 5o francs , et s’il est parfait il n’a pas de prix. Un très-bon objectif achromatique de l’opticien anglais Ross , a été envoyé d’Angleterre pour l5o francs à M. Lindo qui depuis en a fait venir un autre d’un prix encore plus élevé. Un objectif composé de cinq lentilles faibles de force différente qu’on avait fait venir de Munich sur ma demande d’après la réputation du successeur du célèbre Fraunhofer, m'a coûté l5o francs.

HISTOinE NATUREELE

dont la monture m’a été faite par le même ingénieur opticien sur mes dessins; j’y ai adapté le système d’éclairage dont j’ai parlé ailleurs , et certaines combinaisons d’oculaires , et je m’en contente pour le moment ; cependant j’emploie quelquefois concurremment ou comparativement le microscope à platine tournante de MM. G. Oberhaüser et Trécourt, qui a également toute la stabilité que je désire. Au reste , la préférence que je donne au microscope vertical tient autant , si ce n’est plus , à la grande habitude que j’ai de dessiner de l’œil droit en regardant de l’œil gauche dans le microscope , quelle peut tenir à la plus grande netteté qu’on veut lui supposer (1).

(i) Un microscope composé avec ses accessoires plus ou moins nombreux n’est pas un objet dont on puisse indiquer le prix d’une manière absolue ; ce prix dépend nécessairement flu nombre des objectifs ou jeux de lentilles , du nombre des oculaires , des caméra lucida , des appareils pour l’éclairage des objets opaques , pour les expériences chimiques, etc. , etc., et l’on conçoit qu'il peut varier depuis le prix de 8oIrancs, auquel M. G. Oberhaüser donne un joli petit microscope vertical dans sa boîte, jusqu’au prix de 3oo fr. auquel il livre son excellent microscope à platine tournante, sans certains accessoires qui l’augmentent jusqu’à 4oo ou 450 fr. De même que M. Ch. Chevallier , dont le microscope universel pouvant être employé horizontalement ou verticalement, coûte 800 fr., fabrique à des prix inférieurs des microscopes non moins bons quoique bien moins complets.

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