‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 60 sur 179 · ORGANISATION DES ÉPONGES · texte numérisé non relu

ORGANISATION DES ÉPONGES

Quand on déchire des éponges d’eau douce ou spongilles vivantes , et qu’on soumet au microscope les parcelles flottantes et celles qui adhèrent à la plaque de verre, on reconnaît que ces parcelles (PL III, fîg. 19-h) sont pour la plupart munies de filaments vibra tiles d’une ténuité extrême , analogues à ceux des Monadiens , et qu’elles ont en outre la faculté d’émettre des expansions variables en lobes arrondis, comme certaines Amibes ; ce sont surtout les parcelles dépourvues de filaments vibratiles et reposant sur la plaque de verre (PL III, fig. 19, a. a, ) , qui rampent à la manière des Amibes au moyen de ces expansions diaphanes arrondies ; les autres nagent dans le liquide, ou bien, si elles reposent sur la plaque de verre , l’agitation continuelle qu’elles éprouvent empêche que leurs expansions ne soient aussi visibles. Toutes ces parcelles de spongille renferment des granules colorés et ordinairement verts, qui se comportent comme la cbromule des végétaux , et que dans aucun cas , je crois, on ne peut nommer les œufs de ces spongilles. En efiet, on voit paraître à une certaine époque de l’année , dans les spongilles , de nombreux globules jaunâtres, larges de deux tiers de millimètre environ , et qui sont les corps reproducteurs de ces etres. D’autres corps reproducteurs émis par ces mêmes spongilles, suivant les observations de M. Laurent, sont couverts de cils vibratiles , comme les corps INFUSOIRES. 20

reproducteurs des éponges marines , et se meuvent dans le liquide jusqu’à ce qu’ils se soient fixés pour se développer en éponges. Dans plusieurs éponges marines , et notamment dans une masse charnue encroûtant la hase du Fucus digitatus sur les côtes de la Manche, j’ai vu des parcelles, isolées par le déchirement de la masse , se mouvoir aussi à la manière des Amihes ; et d’ailleurs M. Laurent a vu des lobes ou fragments spontanément émis par les spongilles offrir ces mêmes caractères.

On ne peut sans doute penser que les éponges soient des amas d’infusoires intermédiaires entre les Amihes et les Monades ; tout, au contraire, tend à prouver qu’il y a dans ces êtres une vie commune. Ainsi M. Laurent a observé et m’a fait voir, à l’extérieur des jeunes spongilles, des expansions diaphanes membraneuses en forme de mamelons ou de tubes , dans lesquels se produit un courant de liquide ; et cette observation bien exacte ne peut se concilier avec les précédentes , qu’en admettant que cette même partie vivante commune peut être divisée en parcelles qui conservent la vie temporairement au moins, en offrant les mêmes phénomènes que certains Infusoires. Ainsi , de part et d’autre , dans les éponges comme dans les Amibiens et les Monadiens , s’observerait la même simplicité d’organisation; ce serait toujours une substanceglutineuse, homogène , susceptible d’émettre des expansions variables ou des filaments vibratiles.

Quant à la production des filaments cornés ou des spiculés des éponges, elle sex’ait analogue à la production du support rameux des Anlbopbyses et du têt des Rbizopodes etdes Tbécamonadiens qu’on voit dans les divers genres corné ou calcaire, ou même siliceux

VOLVOCIENS.

Animaux sans organisation interne appréciable, sans bouche, pourvus d’un ou de plusieurs filaments flagelliformes , et réunis par une enveloppe commune , ou pourvus d’enveloppes propres qui se soudent en une masse commune.

Les Volvociens paraissent généralement aussi simplement organisés que des Monadiens qui seraient fixés dans une masse commune comme un polypier ; ou plutôt ce sont des Tliécamonadiens , dont les enveloppes, plus épaisses et plus molles, se soudent en une masse commune à mesure que ces animalcules se multiplient par division spontanée. On connaissait depuis longtemps le Volvox , type de cette famille ; il avait excité l’admiration de Leeuwenhoek , de Rôsel , de Degeer, de Spallanzani , de Müller, etc. ; mais c’est à M. Ehrenberg qu’on doit , dans ces dernières années , une connaissance plus complète de sa structure. Ce n’est point un seul animal comme on l’avait cru ; c’est une agrégation d’animalcules occupant la surface d’une masse glutineuse , diaphane, d’abord pleine , puis offrant en son centre une cavité que vient occuper l’eau à mesure que la surface s’augmente par suite de la multiplication des animalcules, et dans laquelle se développent , sous forme de boules plus petites et plus compactes, de nouvelles agrégations d animalcules semblables. Chacun de ces animalcules, de consistance molle, coloré en vert ou en jaune brunâtre, est pourvu d’un ou de deux filaments flagelJi-

formes qu’il agite continuellement au dehors de la masse ; d’où résulte , à la surface externe , un mouvement vibratile irrégulier, très-dilEcile à reconnaître , qui détermine le mouvement général assez lent de rotation et de translation de la masse. Une petite tache irrégulière rouge , dans chacun des animalcules, a été prise pour un œil par M. Ehrenberg, et lui a fourni un^caractère distinctif pour plusieurs de ses genres de Volvociens.

Les caractères que nous venons de tracer sont ceux des Volvox proprement dits ; un autre genre, Pandorina^ en dillère parce que tous les animalcules forment un ou plusieurs groupes au centre d’une masse globuleuse diaphane , au lieu d’être répartis à la surface. Un troisième genre, Uroglena^ présente des animalcules retenus au centre d’une masse globuleuse diaphane servant d’enveloppe commune, par un prolongement caudiforme qui leur permet d’agiter à la surface leurs filaments flagelliformes. Dans un quatrième genre , Gonium , les animalcules , en se multipliant par division spontanée, restent agrégés en une plaque quadrangulaire , souvent régulière. Un cinquième genre enfin , Syncrjpta , se distinguerait , suivant M. Ehrenberg , par l’existence d’une double enveloppe ; savoir, une enveloppe propre à chaque animalcule , et une enveloppe glutineuse commune ; mais peut-être doit-on le reporter parmi les Thécamonadiens , comme notre Tétràbœna.

Millier institua le genre Gonium, et y plaça, 'avec l’espèce qui nous sert de type , quelques Infusoires fort douteux. Il adjoignit au Volvox globator de Linné une Pandorine sous le nom de Volvox morum , et plusieurs autres espèces douteuses ou tout à fait éti'angères à la famille des Volvociens.

M. Bory forma un genre Panclorina pour le Volvox globator et la Pandorina morum , et le prit pour type de sa famille des Pandorinées, qui comprend à la fois le genre Pectoraline , institué pour le vrai type du genre Gonium , et le genre [libella , que nous plaçons avec les Monadiens. Cet auteur créait en outre une famille des Volvociens avec les mauvaises espèces de Volvox de Millier, formant ses genres Gygès et Volvox, auxquels il ajoutait le genre Enclielys, qui n’a avec eux aucun rapport.

M. Ehrenberg , en 1830 , plaçait les genres Gonium , Volvox et deux autres genres nouveaux, très-voisins du Volvox, dans sa famille des Peridinœa, laquelle, parallèlement aux Cyclidina ^ devait contenir des Infusoires cuirassés de la deuxième section des Polygastriques anentérés , ou des Épitriclid , ayant pour caractère le corps cilié, la bouche tantôt ciliée , tantôt nue, etc. C’est qu’alors cet auteur regardait encore un Volvox , un Gonium , etc. , comme un animal unique pourvu de cils à sa surface , etc. ; mais dans son troisième mémoire (1833), il modifia sa classification d’après des observations plus exactes. Séparant les Volvocina des Peridinœa^ il en fait une famille placée à la suite de ses Cryptomonadina parallèlement aux Monadina^ c’està-dire dans la série des Infusoires cuirassés , en leur attribuant un corps spontanément divisible dans une cuirasse qui est commune à plusieurs et susceptible de destruction. Il y plaçait alors dix genres , divisés suivant la présence ou l’absence de la tache rouge qu’il nomme œil ; savoir, les Gygcs, Pandorina , Gonium , Sphærosira, Synciypta etSynura^ qui n’ont point d’œil ou de tache rouge ; et les Chlamidomonas , Eudorina , P olvox et Uroglena^ qui en sont pourvus. Il déclarait

alors que ce ne sont point des Polji^astriques épitriques , comme il l’avait cru d’abord , mais des Gymniques nus , agrégés , pourvus chacun d’une trompe filiforme qu’ils agitent d’un mouvement ondulatoire ; et qu’en conséquence on ne doit point supposer une bouche unique au globule entier formé par une telle agrégation d’animalcules : c’est alors chacun de ces animalcules en particulier quia une bouche , un appareil digestif, des œufs, etc.

En 1838 ( Infusionsthierchen , pag. 49 ) , l’auteur conserve les mêmes genres dans sa famille des Volvocina , en les caractérisant d’une manière différente , d’après la découverte des yeux ou points rouges dans les Sphœrosira , et la présence d’un double filament dans les , Volvox et Chlamidomonas . Ainsi, dans une première division , sont les Volvocina sans œil ; les uns , sans queue , forment , s’ils ont une cuirasse simple , les trois genres Gygès^ Pandorina et Gonium ; les deux premiers étant de forme globuleuse, le premier seul, sans trompe ou filament flagelliforme , et le troisième étant comprimé en forme de tablette. Le genre Syncrypta comprend ceux qui ont une cuirasse double : ceux qui ont une c[ueue constituent le genre Synura.

Les Volvocina pourvus d’un œil se partagent en cinq genres d’après leur mode de division spontanée ; si cette division est uniforme, simple, sans donner lieu à la formation de gemmes ou de groupes internes, ce sont ou des Uroglena, pourvus d’une queue; ou des Eudorina^ si, manquant de queue , ils ont une trompe simple, ou des Chlamidomonas , s’ils sont sans queue et avec deux trompes. Si , au contraire , la division sjDontanée n’a pas lieu uniformément , et s’il en résulte des gem-

mes ou des globules internes , ce sont , ou des Sphœqui n’ont qu’une seule trompe , ou des qui en ont deux.

Dans la définition actuelle , M. Ehrenberg dit que ses Volvocina sont des « Polygastriques anentérés , gymniques , à corps uniforme , semblables à des Monades , mais pourvus d’une enveloppe ou d’une cuirasse sous laquelle ils éprouvent une division spontanée complète , d’où résulte une sorte de polypier ; cette, cuirasse se rompant enfin , les animalcules devenus libres recommencent ce même cercle de développement. » Ensuite, dans les remarques subséquentes, il mentionne l’existence du filament simple ou double qu’il nomme une trompe; il considère comme produite par des œufs très-nombreux de grandeur égale , la coloration ordinairement verte de ces animaux ; il dit avoir vu les organes mâles sous la forme de deux glandes ovales bien distinctes dans les genres Gonium , Chlamidomonas , Volvoxç.\. Uroglena^ et avoir vu en outre des vésicules séminales contractiles dans les trois premiers de ces genres ; quant aux estomacs , il ne les a vus , dit-il, que d’une manière douteuse.

En admettant même cette définition , nous croirions devoir séparer de la famille des Volvociens les genres Gygès et Chlamidoinonas , pour les joindre aux Thécamonadiens ; et nous le ferions mieux encore d’après notre propre définition , qui veut que les vrais Volvociens soient réunis par une enveloppe commune , ou pourvus d’enveloppes particulières soudées entre elles. Ne pouvant d’ailleurs attribuer aux taches rouges la signification et l’importance que leur donne M., Ehrenberg, nous sommes conduits à réunir scs Eudorina aux Pandonna, ses Synura aux Uroglena -, à considérer

comme douteux son genre S/ncrjpta, et à rapprocher dubitativement les Spliœrosira des Pandorina. Ainsi nous ne conservons que quatre genres comme authentiques, même en nous fondant sur les observations de cet auteur.

Les Volvociens , ordinairement de couleur verte, n’ont été trouvés jusqu’à présent que dans les eaux douces limpides , entre les Gonferves et les autres plantes aquatiques.

1"'' Genre. VOLVOX. — Volmx.

Animalcules verts ou jaune - brunâtre , régulièrement disséminés dans l’épaisseur et près de la surface d’un globule gélatineux transparent, devenant creux et rempli d’eau par suite de son entier développement , et dans lequel alors se produisent d’autres globules plus petits au nombre de cinq à huit , organisés de même , et destinés à éprouver les mômes changements quand par la rupture du globule contenant ils sont devenus libres. Animalcules munis chacun d’un ou de deux filaments flagelliformes , qui , par leur agitation hors de la surface, déterminent le mouvement de rotation de la masse.

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