‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 7 sur 179 · OPINIONS DIVERSES SUR LE DEGRÉ D'ORGANISATION DES INFUSOIRES · texte numérisé non relu

OPINIONS DIVERSES SUR LE DEGRÉ D'ORGANISATION DES INFUSOIRES

Parmi les auteurs qui ont écrit sur les Infusoires , les uns, comme Leeuwenhoek, ont attribué à ces animaux l’organisation la plus compliquée; les autres , comme Müller, n’y ont voulu voir le plus souvent qu’une substance glutineuse homogène [niera gelatina). Cette dernière opinion , adoptée par Cuvier, par Lamarck, par Schweigger , par Treviraniis , et par M. Oken , paraissait désormais la plus probable, quand M. Ehrenberg vint hardiment, en 1830, ollrir au monde savant des preuves qu’il croyait a voir trouvées.

fit cfue malheureusement personne n’a pu constater depuis , sur la richesse d’organisation des Infusoires.

M. Bory de St. -Vincent, tout en partageant les idées de Lamarck sur la simplicité d’organisation de certains Infusoires, et sur leur génération spontanée, admettait néanmoins les organes, que l’œil armé du microscope n’y peut découvrir, comme pouvant bien exister dans leur transparence ; il voj'^ai t d’ailleurs, dans les différents types de cette classe , le début ou l’ébauche de certaines classes d’animaux plus élevés dans la série animale. Ces idées de types primitifs ou protot}'pes furent professées en Allemagne par MM. Baer deKoenigsberg, Leukart et Reichenbach , qui se trouvèrent par là condui ts à supprimer la classe des Infusoires pour en reporteries membres dans différentes autres classes: ces animalcules formant ainsi comme un premier terme ; renfermant en quelque sorte le principe d’une forme et d’une organisation qu’on voit développée de plus en plus dans les autres termes de la série.

Leeuwenhoek avait été beaucoup plus explicite dans son opinion sur l’organisation des Infusoires. Ce grand observateur, entraîné par le sentiment d’admiration qu’il éprouvait à chaque pas dans le nouveau monde révélé à ses yeux par le microscope , crut pouvoir supposer encore un infini d’organisation parfaite, au delà de ces détails infinis que lui montrait le microscope dans tous les objets de la nature vivante. On le voit, dans ses écrits, s’extasier avec complaisance sur le tableau qu’il vient de tracer de l'organi sation des j)lus petits animalcules. .< Quand nous voyons , dit-il , les animalcules spermatic[ues contracter leur queue en l’agitant , nous concluons avec raison que celle queue n’est pas plus dépourvue de tendons, de

muscles et d’articulations que la queue d’un loir ou d’un rat; et personne ne doutera que ces autres animalcules nageant dans l’eau des marais et égalant en grosseur la queue des animalcules spermatiques, ne soient pourvus d’organes tout comme les plus grands animaux. Combien donc est prodigieux l’appareil de viscères renfermé dans un tel animalcule (1) ! » En procédant avec cette logique , Leeuwenboek arrive à conclure « qu’il n’est pas difficile de concevoir que, dans un animalcule spermatique , sont contenus les ébauches ou les germes des parties qui peuvent plus tard se développer en un animal parlait, analogue à celui qui l’a produit. » Eh bien ! c’est à peu près de même qu’on a raisonné en attribuant aux Infusoires les plus petits , une perfection et une complexité imaginaires d’organisation.

Les Infusoires, en raison de leur extrême petitesse et de leur transparence , n’ont pu être étudiés au microscope qu’à l’aide d’une vive lumière qui, en les traversant , fait paraître la plupart d’entre eux entièrement homogènes, et ne les rend visibles que moyennant un effet de réfraction , d’où résulte un contour plus ou moins ombré. Les observateurs ont donc dû recourir à l’analogie pour se faire une idée de l’organisation de ces êtres , ou bien ils se sont abandonnés à des idées préconçues; or, par l’une ou l’autre voie, ils ont bien pu être conduits à l’erreur : en effet, la méthode analogique à laquelle nous sommes redevables d’une grande partie de nos connaissances physiques, n’est généralement bonne que quand elle nous ramène à l’observation directe pour y chercher la preuve des

(i) Leeuwenhoek, JSpistol. phjsiol. XLI, p. SgS.

' résultats qu’elle a fait pressenlir ;« mais on doit, comme dit Bonnet, se défier des explications el des hypothèses que fournit une analogie imparfaite.» Et qui donc oserait dire aujourd’hui que l’analogie soit parfaite entre le filament ondulatoire d’un Zoosperme ou d’un Infusoire , et la queue d’un mammifère comme le supposait Leeuwenhoek? Ne sait-on pas au contraire que l’analogie, prise des animaux les plus parfaits , va en s’affaiblissant de plus en plus à mesure qu’on descend dans la série animale , à partir de l’homme et dos carnassiers ? Ainsi, par exemple , quoiqu’un type général d’organisation se reconnaisse bien chez tous les vertébrés, on rencontre déjà, chez les Poissons , des organes et même des fonctions incomplètement déterminées. Chez les Mollusques, et bien plus encore chez les articulés, l’analogie primitive devient plus difficile h suivre; chez ceux-ci notamment, les mêmes fonctions, si elles existent, peuvent se montrer en sens inverse, et des contrastes deviennent alors plus frappants que des analogies. Chez les Radiaires, chez les Acalèphes , chez les Helminthes enfin , l’analogie qu’on voudrait invoquer n’est le plus souvent qu’un indice trompeur : à plus forte raison , l’argument analogique ne doit plus avoir de valeur s’il s’agit de déterminer les organes des Infusoires par comparaison avec les animaux supérieurs. L’on ne peut en effet accorder une importance réelle aux déterminations arbitraires faites pour ces prétendus organes d’après la simple apparence de certaines parties plus ou moins translucides , plus ou moins granuleuses , mais dont les fonctions ne peuvent être prouvées par aucune connexion réelle, et que l’indécision de leur forme rend également propres à recevoir une dénomination quelconque.

M. Elirenherc; qui , guidé par de fausses analogies, a dépassé encore Leeuwenhoek , en attribuant aux Infusoires une richesse prodigieuse d’organisation, s’est également fondé sur ce principe que « les idées de iirandeur sont relatives et de peu d’importance jdiysiologique. >’ Principe qui n’est que la conséquence d’une idée préconçue sur la divisibilité indéfinie de la matière. Or, en supposant que l’absence de toute limite à la divisibilité de la matière soit une loi de la nature : et une foule de phénomènes physiques ou chimiques semblent prouver le contraire : cette loi ne suffirait pas pour prouver la possibilité d’une organisation très-comjdexe au delà d’une certaine limite de grandeur; car on sait que beaucoup de phénomènes physiques ou dynamiques sont considérablement influencés ou même supprimés par des actions moléculaires , quand les corps ou les espaces qui les séparent ont des dimensions trop petites. Ainsi , par exemple , le liquide cesse de s’écouler , môme sous une forte pression , dans un tube capillaire dont le calibre est suffisamment petit. Or, dans les animaux dont le cœur est le plus puissant, les derniers vaisseaux capillaires ont au moins ~~ millimètre de diamètre : voudrait-on

donc supposer à des Infusoires grands de ^ millimètre des vaisseaux de — ' — millimètre? mais la loi

de la capillarité s’opposerait entièrement à une yiareille supyiosition , dùt-on même centupler le diamètre de ces vaisseaux. Il est donc bien plus conforme aux lois de la physique d’admettre que, dans ces petits animaux , les liquides pénètrent simplement par imbibition ; comme il est plus conforme aux règles bien comprises de l’analogie de ne pas supposer que le type des organismes supérieurs se puisse reproduire dans

les plus petits êtres ; puisque nous voyons les éléments de ces Organismes, les globules du sang , la fibre musculaire et les vaisseaux capillaires , au lieu de subir un décroissement progressif dans leurs dimensions chez les vertébrés de plus en plus petits, montrer cà peu prés les mêmes dimensions chez l’élépbant et chez la souris.

Ce n’est pas à dire pourtant que là où le microscope ne montre rien qu’une substance homogène, transparente , et cependant douée du mouvement et de la vie , il faille conclure d’une manière absolue qu’il n’existe ni fibres, ni organes quelconques. Non sans doute; mais seulement on doit reconnaître qu’en y supposant par analogie des membranes, des muscles, des vaisseaux et des nerfs imperceptibles , on ne fait que reculer la difficulté au lieu de la résoudre. En effet , puisque l’absence de toute limite à la divisibilité physique n’entraîne pas l’adoption du même principe pour la constitution des êtres vivants et pour la production des .phénomènes physiologiques, il faudra bien en venir à concevoir un dernier terme de grandeur , où une substance homogène est contractile par elle-même; soit que les fibres musculaires se composent d’autres fibres de plus en plus petites et contractiles ellesmêmes; soit que les fibres élémentaires se composent d’une série de globules, agglutinés par une substance molle susceptible de se contracter seule. Alors, pourquoi n’admettrai t-ou pas que ce dernier terme est déjà dans ce que nous montre de plus petit le microscope , dans des corps larges de quelques millièmes de millimètre ; puisque nous savons qu’à ce degré de petitesse, ou un peu plus loin, les actions moléculaires contrebalancent les autres lois physiques. Ainsi les liquides et les gaz ne peuvent s’écouler par des ouvertures trop

HISTOIRE NATVRELLE

petites; et les corps solides réduits en particules trèsfines cessent en quelque sorte d’être soumis aux lois de la pesanteur et de l’inertie , pour se mouvoir indéniment comme le reconnut d abord M. R. Brown.

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