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CHAPITRE III

SOBSTANCE CHARNUE DES INFUSOIRES. ' — DIFFLUENCE.

^SARCODE (l).

Les Infusoires les plus simples , comme les Amibes et les Monades , se composent uniquement , au moins en apparence, d’une substance charnue glutineuse homogène , sans organes visibles , mais cependant organisée, puisqu’elle se meut en se contractant en divers sens, qu’elle émet divers prolongements, et qu’en un mot elle a la vie. Dans les Infusoires d’un type plus complexe on voit , d’une part, des granules de diverses sortes, des matières terreuses engagées accidentellement, et même des cristaux de sulfate ou de carbonate de chaux, qui paraissent s’y être formées successivement ; d’autre part, des globules intérieurs, ou des masses ovalaires plus ou moins compactes , et des vésicules remplies d’eau et de substances étrangères ; enfin des cils ou des prolongements filiformes de différentes sortes , et quelquefois une apparence de tégument réticulé , ou une cuirasse plus ou moins résistante. Mais toujours la substance charnue glutineuse paraît en être la partie essentielle. Elle peut être étudiée dans les Infusoires vivants (A) lorsqu’ils

(i) Ce cliapUre et les suivants sont extraits de mon mémoire sur l'or- 'anisatiou des Infusoires. ( .\nnalcs des Sciences naturelles , j836. )

BES INKUSOIRES.

se sont agglutinés avec d’autres corps { A — a) , ou lorsqu’ils sont accidentellement déchirés en lambeaux (A — ^); elle peut être étudiée également dans les Infusoires mourants (B) , soit qu’ils se décomposent par diffluence (B — a), soit qu’ils fassent exsuder hors de leur corps cette substance dans un état d’isolement presque parfait (B — b).

— (A — n). Les expansions des Amibes , des Difflugies et des Arcelles , comme celle des Rhizopodes, ne sont formées que d’une substance glutineuse vivante , sans fibres, sans membranes extérieures ou intérieures (1). Gela est prouvé suffisamment par la faculté qu’ont ces expansions de se souder et de se confondre entre elles , ou de rentrer dans la masse commune qui en produit de nouvelles sur un point quelconque de sa surface libre. Peut-être pourrait-on prétendre que cette soudure n’est qu’apparente , et qu’il n’y a là qu’agglulination temporaire de deux filaments ou de deux expansions qui n’en sont pas moins distinctes ; ce seraient alors les mucosités de la surface, ou bien mieux ce seraient de petits organes invisibles, qui détermineraient l’agglutination ; mais pour cjuiconque aura vu ces objets, il n’y aura plus d’équivoque ; et les particularités qu’on ne peut suffisamment décrire sur ces soudures et sur les mouvements des expansions au-dessus ou au-dessous , n’échapperont pas à l’œil de l’observateur, et ne lui laisseront pas le moindre doute à ce sujet.

(i) Ce fait de l’absence des téguments chez des animaux inférieurs, qu il me paraît si important de voir admettre définitivement dans la science , a été constaté de la manière la plus formelle par des observations de M. rdtier sur les Arcelles, communiquées ,à la Société philomatique et publiées dans le journal l'Instilut , i83G, n, 164. p. 209.

HISTOIRE NATUREELB-

C’est surtout sur les Rhizopodes que le phénomène est facile à observer. Les e.xpansions filiformes de ces animaux , qui ont tant de rapport d’organisation avec les Difflugies, se soudent quand ils se rencontrent , et leur soudure se propage d’avant en arrière, en produisant une sorte de palmure, une lame étendue entre les deux filaments , comme la membrane qui unit les doigts des Palmipèdes et des Grenouilles (voyez Annales des Sciences naturelles^ décembre 1835). Si cette palmure était le résultat d’une simple agglutination des expansions, on ne la verrait que là où deux expansions se séparent; mais puisque , au contraire , elle se montre en avant de la soudure qui se propage , on n’y peut voir qu’un effet de la fusion de deux parties d’une même substance visqueuse. Mais, m’a-t-on dit, pourquoi, si les expansions d’un Rhizopode , d’une Difllugie ou d’une Amibe , se peuvent souder ensemble sur le même animal , pourquoi celles de deux animaux qui se renconlrent ne se soudent-elles pas aussi ? Et, en effet, comme M. Peltier l’a bien observé, deux Arcelles qui se rencontrent se touchent sans se souder. A ce pourquoi , comme à tous ceux qui portent sur l’essence de la vie dans les animaux , je serais fort embarrassé, je l’avoue, pour faire une réponse satisfaisante (1).

Les divers Infusoires appartenant au type des Monades, c’est-à-dire ayant le corps nu, de forme varia-

(i) Entre des .nnimaiix primilivcment sép.Ti’és , on n'a point observe, d une maniéré positive , de soudure organique. Je crois que les soudures des polypes sont le résultat de la gemmation et non le produit de la reunion de plusieurs animaux Si les Jeunes Ascidies composées, qii nu a vues nager librement, ne sont pas déjà des réunions de plusieurs jeunes animaux , je n'en conclus pas, cependant, que des ani-

ble , sans boucbe , sans tégument et sans cils vibra tiles, sont susceptibles de s’agglutiner temporairement , soit entre eux, soit à la plaque de verre du porte-objet : il en résulte des prolongements irréguliers qui s’allongent à mesure que l’Animalcule s’agite, jusqu’à ce que, leur adhérence cessant, il reste comme une queue qui se raccourcit en se contractant peu à peu , et finit même par disparaître. Ces prolongements accidentels sont quelquefois aussi déliés que les filaments moteurs. Dans tous les cas , ils ont eux-mêmes une certaine motilité. Ce sont des prolongements de cette sorte qui unissent des Monades, pour en faire ces combinaisons queGleichen et d’autres ontnommées des boulets-ramés , des jeux-de-nature , etc. Ce sont eux aussi qui donnent aux Monades de certaines infusions, des caractères qu’on a crus suffisants pour établir des genres , mais qui n’ont rien de constant. Dans ces prolongements encore on ne voit aucunes fibres , aucunes traces d’une organisation déterminée ; et, en effet, on concevrait difficilement comment un corps, soutenu par des fibres et renfermé dans un tégument résistant , pourrait s’allonger et s’étirer presque indéfiniment dans tous les sens : ils concourent donc encore à prouver, chez les Infusoires qui les produisent, une extrême simplicité d’organisation. Il faut bien faire attention d’ailleurs que, en niant dans certains animaux la présence d’un tégument propre, je ne pré-

maux priniilivement séparés se soient sondés pour former des amas, maisbien plutôt que ces amas proviennent d'une gemmation continuelle , puisqu’on trouve toujours , dans la même masse , des individus de tous les âges. Quant aux Crustacés parasites et aux Enlozoaires, ils n ont point de communication organique réelle avec l'animal aux dépens Uuquel ils vivent.

niSTOIUE NATURELLE

tends pas du tout nier Inexistence d’une surface; j’admettrai même volontiers que cette surface peut, par le contact du liquide environnant, acquérir un certain dec:ré de consistance , comme la colle de farine ou la colle de gélatine qu’on laisse refroidir à l’air, mais simplement de cette manière , et sans qu’il se soit produit une couche autrement organisée que l’intérieur, sans que cette surface ait acquis, par le seul fait de sa consolidation , des fibres , un épiderme , des bulbes pilifères, ou seulement une contractilité plus grande ; et encore , si cette surface est réellement plus résistante , ce n’est pas , du moins sensiblement, chez les Monades et les Amibes.

Ici encore se présente une question que je ne me flatte pas plus de résoudre que celle de la non-soudure des Arcelles. Gomment se produit l’agglutination des Monades aux corps étrangers ? Est-elle subordonnée à la volonté de ces petits êtres? Je ne voudrais pas même à ce sujet entrer dans une discussion sérieuse sur la volonté, sur le Moi des Infusoires , comme l’ont fait pourtant des philosophes célèbres. Il paraît toutefois qu’une agglutination du même genre et vraisemblablement involontaire se produit chez les Loxodes vivant très-nombreux dans des infusions. Il m’est arrivé souvent de voir deux ou trois de ces animalcules agglutinés d’une manière fortuite, les uns par telle partie , les autres par une partie dilléreute , et nageant en bloc dans le liquide jusqu’à ce qu’ils se détachassent, sans qu’on pût soupçonner là rien d’analogue à un accouplement.

— (A — b) Les Infusoires en voie de multiplication par fissiparité ou division spontanée , et mieux encore ceux qu un accidenta dilacérés , montrent la substance

charnue, étirée, transparente et sans traces appréciables d’organisation intérieure. Il m’est arrivé 'fréquemment de voir cela sur des Infusoires déchirés et déformés de la manière la plus bizarre, quand, prenant un petit paquet de conferves , je le comprimais à plusieurs reprises sur une lame de verre , pour en exprimer l’eau que je voulais explorer. On y arrivera plus sûrement encore, en laissant tomber brusquement sur une goutte d’eau très-riche en Infusoires une lame mince de verre, qu’on relève ensuite, ou enfin en appuyant un grand nombre de fois , à plat sur le verre, une aiguille à travers la goutte d’infusion. Ce sont surtout les Tricbodes et les Kérones [Oxy tricha pellionella , Kerona pustulatà) , qui se prêtent le mieux à cette opération. Les déformations qui en résultent ont donné lieu à l’établissement de plus de trente espèces de Millier ; car les vrais Infusoires, déjà si remarquables parleur fissiparité, ont la propriété de continuer à vivre, tout mutilés qu’ils aient été , pourvu <jue le liquide n’ait pas changé de nature, soit par l’addition de quelques nouveaux principes , soit par la privation d’oxygène. Il est même extrêmement probable que, si , malgré leur petitesse, on pouvait parvenir à les couper en morceaux , chaque partie continuerait à vivre et deviendrait un Infusoire complet: c’est ce que démontrent les fragments qui, restant après la diffluence presque totale d’un Infusoire, recommencent à nager dans le liquide , si on y ajoute une goutte d’eau, et mieux encore l’cxem[)le d’une Keronapustulata ( voyez mon Mémoire , pl. I , fig. D, 3) , qui s’était accidentellement trouvée partagée presque complétementen trois fragments, vivant en commun et nageant en tournoyant autour de la partie moyenne. On doit

HISTOIAE NATUBEIiiiE

remanjuer c[ue les parties , ainsi mises à découverL ]Kir une déchirure, et qui évidemment n’ont pas de tégument, ne paraissent pas difïërer , quant à leur aspect extérieur, du reste de la surface : elles sont plus diaphanes ; mais elles ne montrent ni moins de fibres ni plus de traces de l’intestin et des organes intérieurs.

— (B — a). Un des phénomènes les plus surprenants que l’on rencontre dans l’étude des Infusoires , c’est leur décomposition par diffluence. C’est en même temps l’un de ceux qui tendent le plus à prouver la simplicité d’organisation de ces animaux. Müller l’avait bien vu dans une foule de circonstances ; il l’exprime par les mots effiisio molecuLaruin , effundi ou dinimpi ou sohi in molecidas , dij^luere , ejfflari, etc. 11 avait été extrêmement surpris de cette singulière décomposition d’un animal vivant. Tantôt il a vu des Infusoires au seul contact de l’air se rompre et se répandre en molécules , ou bien arriver au bord de la goutte d’eau entraînant une matière muqueuse qui semblait être le principe de leur diffluence ; d’autres , traversant avec vitesse la goutte d’eau , se rompaient et diffluaient tout à coup au milieu de leur course {Ani~ malcula infusoria ^ præf. p. xv).) 11 décrit ainsi la diffluence de Y Enchelis index , p. 38. «L’animalcule, s’étant échoué sur la rive et ayant pris une forme ovale ventrue, se décomposa depuis l’extrémité antérieure j usqu’au tiers de sa longueur en molécules, qui , au lieu de se répandre des deux côtés , comme chez les autres Infusoires, s’éloignaient en formant une colonne droite, comme la fumée d’une cheminée. Le reste du corps , au lieu de diffluer de même , s’échappa au milieu du liquide, et, recommençant une nouvelle vie, corn-

DES INEUSOIDES.

pléla bientôt une forme sphérique ». Il dit aussi (p. 10 G) avoir vu le Kolpoda meleagris se résoudre en molécules jusqu’à la sixième partie, et le reste se remettre à nager , comme s’il ne lui fut rien arrivé. Dans vingt autres endroits (p. 100, 109, 215,270, 290, etc.), il décrit avec admiration la diffluence des Infusoires ,

commençant à une extrémité et se continuant sans in- »

terruption jusqu’à la dernière particule qui , l’instant d’avant sa décomposition, agitait encore ses cils vibratiles , pour chasser au loin les molécules qui se sont détachées d’elle.

Si j’ai cité Müller , ce n’est pas faute de pouvoir citer des observations cjui me soient propres ; mais celles de l’auteur danois sont tellement exemptes de préventions, et ont un tel cachet de sincérité, qu’on ne peut, je crois, leur refuser une croyance entière. J’ai vu moi-même nombre de fois la diffluence des Infusoires , qui sont susceptibles de la montrer , c’est-à-dire qui sont dépourvus de téguments plus ou moins résistants, tels que lesTrichodes et les Kérones; tandis que les Parfunécies , les Vorticelles et les autres Infusoires, dont la surface est réticulée, offrent un autre genre de décomposition , cjui sera décrit plus loin. On détermine aisément la diffluence, en approchant du porte-objet une barbe de plume trempée dans l’ammoniaque , et l’on peut alors suivre commodément sa marche. L’animal s’arrête ; mais il continue à mouvoir rapidement ses cils ; puis tout à coup, sur un point quelconque de son contour , il se fait une échancrure, et toutes les parcelles provenant de cette décomposion partielle sont chassées au loin par le mouvement vibratile. L’échancrure s’augmente sans cesse jusqu’à ce qu’il ne reste plus que l’une des extrémités, INFUSOIUES. 3

HISTOIRE ^ATURELLE

qui disparaît à son tour; à moins qu’on n’ajoute une goutte d’eau fraîche, qui arrête tout à coup la décomposition et rend la vie au reste de l’animalcule. La même chose s’observe par suite de l’évaporation progressive, quand on laisse la goutte d’infusion à découvert sur le porte-objet, comme le faisait Müller, au lieu de la recouvrir d’une lame mince de verre poli. Dans ce dernier cas , on voit même mieux l’eiïet d’une affusion d’eau fraîche.

Cette diffluence , cette dispersion des molécules sans que l’animalcule meure tout entier, M. Ehrenberg , qui l’a fort bien vue (1) , la regarde comme un phénomène de reproduction : c’est la ponte, et les granules sont les œufs. Nous discuterons plus loin cette opinion ; pour le moment , je dois dire seulement que les granules en question , qui sont de plusieurs sortes, paraissent être pour la plupart étrangers aux phénomènes de vitalité des Infusoires. Les uns sont évidemment des particules inertes ou organiques avalées par l’animalcule pendant sa vie ; les autres sont des concrétions produites dans la substance glutineuse vivante. Le résidu, laissé sur le porte-objet, peut aussi montrer un bien plus grand nombre de granules , si on le regarde avec un microscope médiocre, qui donne cet aspect à toutes les parcelles irrégulières. Au milieu de ce résidu se voient aussi un ou plusieurs globules plus

(l) Cet auteur, dans son mémoire de l83(î {Zusatze zur JErkeiintniss , etc.) , dit à la page 5 : « On peut faire pondre artificiellement les Sle?itor , si on les observe avec peu d’eau sur une lame de verre. Ils s élargissent d abord et laissent sortir d un endroit quelconque de leur corps des grains verts par la déchirure de l'enveloppe. Si on ajoute alors un peu d'eau nouvelle , ils s’arrondissent de nouveau, la décliirurc de la peau se ferme , et ils recommencent à nager , tandis que , dans d’autres cas, ils continuent à se décomposer {scrfliesscn) entièrement. »

ou moins volumineux, que Mülier avait déjà observés et qu’il prenait pour des œufs ou des ovaires , et que M. Ehrenberg, en certains cas, a nommés testicules ( Samendriise).

Je dis que le phénomène de la diffluence offre une des preuves les plus frappantes de la simplicité d’organisation des Infusoires ; car il est certain que si des fibres musculaires, si un tégument résistant, si un intestin et des estomacs existaient à l’intérieur, on en verrait quelque indice pendant cette décomposition progressive. On ne pourrait , en effet, supposer que tous ces éléments de l’organisme se décomposent à la fois , et qu’il n’y en a pas un seul qui subsiste un instant de plus que les autres ; puisque l’on voit les Planaires , les Distomes , les Méduses même qui occupent dans la série du règne animal un rang encore moins élevé que celui qu’on voudrait assigner aux Infusoires; puisque l’on voit, dis-je, ces animaux, en se décomposant, montrer distinctement les divers éléments de leur structure , et notamment des fibres bien visibles.

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