Dilepte feuille. — Dileptus folium, — PI. XI , f. G
Corps très-flexible , en forme de feuille lancéolée , rétréci en avant ; avec des côtes noduleuses, réticulées, irrégulières. — Long de 0,13 à 0,20.
Cette espèce , que j’observais en septembre i835 dans l’eau de l’Orne , est bien distincte par sa forme déprimée et par ses réticulations noduleuses, qui ressemblent un peu aux nervures d’une feuille. On voit ordinairement à l’intérieur une ou deux vacuoles interrompant les séries de nodules : ce qui tend à prouver que ces nodules sont de simples renflements de la substance glutineuse. .le n’ai pas bien vu les cils de la surface.
* J’ai observé, dans l’eau des mares de la forêt de Fontainebleau, en avril i838, un Dilepte dont je donne la figure (PI. XI, fig. 7), et qui montrait à la fois l’orifice saillant à la base du cou comme le Dileptus anser, et les rangées de nodules de la surface comme le Dileptus folium , mais ces rangées de nodules avaient une apparence de l’égularité qui aurait pu faire croire qu’on avait sous les yeux un Amphileptus. Les cils vibratiles étaient visibles sur toute la surface , et des vacuoles se formaient dans le cou comme dans le reste du corps.
MO
lIISTOinE NATUnELLE
* Dileptùs ( Ampiiileptus MAncARiTiFER , Ehp. Infus. PI. XXXVII, fig. 5, p. 355).
M. Ehrenberg veut donner ce nom à un Infusoire que Millier a confondu avec le pre'cédent en signalant la rangée de vésicules qui le distingue, et il le décrit ainsi ; « Corps grêle, filiforme, blanchâtre, orné d’une rangée de vésicules en ligne droite , avec une trompe aussi longue que le corps, et une queue courte, l’une et l’autre un peu pointues. » 11 regarde ces vésicules comme contenant un suc digestif, incolore, et attribue au même animal de petits œüfs, et une vésicule séminale contractile, simple; mais il n’a pu voir de testicules.
XIIP FAMILLE.
KÉRONIENS.
Animaux à corps irrégulièrement cilié , mou , flexible , avec une rangée régulière de cils obliques vibraliles conduisant à la bouche , et des cils forts ou cirrhes en forme de stylets ou de crochets mobiles , mais non vibratiles.
Les appendices en forme de stylets ou de crochets caractérisent à la fois cette famille et celle des Plœsconiens ; mais celle-ci se distingue par une apparence de cuirasse , et nos Kéroniens sont mous , flexibles , sans aucune apparence de tégument. Ce sont des Infusoires extrêmement communs qu’au premier coup d’œil on reconnaîtra toujours à ces appendices qui paraissent roides comme les soies ou les moustaches des mammifères , mais qui , en réalité , sont d’une nature bien différente. Ces appendices, en effet, ne diffèrent pas du reste de la substance vivante et se contractent ou se décomposent de même, lors de la mort de l’animal ; leur roideur n’est donc qu’appa-
DES INFUSOIKES.
rente , et ils sont flexibles et contractiles par euxmêmes ; aussi l’animal s’en sert-il souvent comme de pieds pour marcher sur les corps solides. D’après leur forme , on a donné à ces appendices les noms de cils , de soies , de stylets , de crochets ou de cornicules ; mais comme ce sont toujours des prolongements d’une même substance sans autre différence réelle que leur volume ou leur flexibilité, on ne peut caractériser d’une manière absolue des genres ou des espèces d’après telle ou telle forme d’appendices. Cependant, pour faciliter l’étude des Kéroniens , nous distinguons sous le nom de Kerona ceux seulement qui ont des appendices courts , plus épais à la base et ordinairement recourbés en crochet quand ils sont appuyés contre un corps solide. Nous nommons Oxj~ tricha^ ceux qui n’ont point ces cornicules ou crochets , et qui sont seulement pourvus de cirrbes ou d’appendices droits, roides en apparence et ressemblant à des soies ou à des stylets suivant leur volume. Un autre genre, Halteria , qui mériterait peut-être de former une famille à part , se rapproche des précédents, seulement par le volume de ses grandes soies roides , mais il en diffère considérablement par sa manière de vivre et par ses mouvements.
Tous nos Kéroniens sont compris dans le genre Kerona de Millier , que cet auteur caractérise par ses appendices corniculés et dans son genre Trichoda en partie. M. Bory, qui a créé le genre Oxytrique sans cependant le circonscrire convenablement, l’a placé avec le genre Kérone dans sa famille des Mystacinées , caractérisée par la disposition des cils en petits faisceaux ou en séries ; mais il reporta l’Halteria {Trichoda ÿrandinclla , M.) parmi ses Urcéolaires.
M. Ehrenberg a formé, en 1830, sous le nom ^üxjtrichina , une famille qui répond à peu près à nos Kéroniens ; mais en voulant tirer de la forme des appendices un caractère trop absolu , il a établi deux genres de plus que nous, savoir ; les Urostyla ayant des stylets sans crochets, et que nous réunissons aux Oxjtricha distingués uniquement par l’absence de stylets , et les Stylonychia pourvus de stylets et de crochets que nous voulons réunir aux Kérones qui , suivant cet auteur, n’auraient que des crochets sans stylets. Un cinquième genre a été créé par M. Ehrenberg sous le nom de Ceratidium , pour un Infusoire à front cornu , dépourvu de crochets et de stylets, et qui paraît être quelque autre Kéronien altéré ou mutilé. Quant à notre Halteria , cet auteur la réunit avec de vraies Urcéolaires dans son genre Trichodina , dont cependant elle n’a nullement les caractères.
Les Kéroniens ne montrent qu’une substance molle , diaphane , glutineuse , formant une masse oblongue très-flexible et très-variable , rapidement décomposée , au moins en partie, par un phénomène de diffluence très-remarquable aussitôt que la vie a cessé ou que les circonstances nécessaires à la vie ont commencé à changer. A l’extérieur on ne voit que les différentes sortes d’appendices dont nous avons parlé , et un orifice large servant de bouche à l’extrémité inférieure de la rangée de cils vibratiles, en moustache ou en écharpe,. Le mouvement régulier, mais non continuel de la rangée de cils, produit dans le liquide un courantqui, en frappant l’orifice buccal , y détermine le creusement d’une vésicule stomacale sans parois propres, contenant avec de l’eau diverses substances avalées. Cette vésicule venant à être séparée de cet orifice, par le rapproche-
DES INFUSOIUES.
ment de la substance glutineuse derrière l’orilicc même, est transportée dans l’intérieur de la masse en vertu de l’impulsion reçue. A l’intérieur on voit des granules et des corpuscules de diverse nature , les uns évidemment avalés par l’animal , tels que des grains de fécule, des Bacillariées , des débris de végétaux, de petits Infusoires, etc. Souvent même on y voit des Infusoires encore vivants, qui, continuant h s’agiter dans la vacuole pleine d’eau qui les contient , pourraient donner lieu de croire qu’il y a là quelque organe particulier. D’autres corpuscules ou granules très-petits sont disséminés dans toute la masse, mais leur irrégularité ne permet pas de penser que ce soient des œufs. En outre des vacuoles ou vésicules internes, contenant l’eau seule , ou les substances avalées , on voit aussi à l’intérieur un ou plusieurs corps ovales demitransparen'.s que M. Ehrenberg a nommés testicules. Une ou plusieurs vacuoles plus grandes, plus visiblement extensibles et contractiles spontanément, ont également été nommées par cet auteur vésicules séminales. M. Ehrenberg n’a représenté directement l’intestin qu’il attribue à ces Infusoires, cjue dans une seule figure de sa Stylonjcliia mytilus , en 1833, et encore le représente t-il tou t dilféremment de ce qu’il l’avait annoncé d’abord, large partout , avec des estomacs en massue, à large pédoncule. Mais, ni dans cette espèce , ni dans aucun autre Kéronien, je n’ai jamais rien vu qui autorisât à y admettre l’existence d’un intestin quelconque, servant de lien commun aux prétendus estomacs. Cependant j’ai bien vu , par une ouverture fortuite du contour, une excrétion véritable 1, des substances avalées et (juelque temps retenuesdans i les vésicules ou vacuoles à l’intérieur du corps.
La division spontanée des Kéroniens s’observe Lrèsfrécjuernmenl; elle est plus ordinairement transverse, et Ton doit faire attention que les animaux récemment ]>rovenus de ce mode de multiplication diffèrent, plus encore par leur forme que par leur taille, des individus complets. Les premiers indices de division spontanée sont un étranglement et une seconde rangée transverse de cils au milieu de la longueur ; cela pourrait faire croire qu’on a sous les yeux une espèce différente. Mais des erreurs de cette sorte proviennent surtout des déformations singulières produites chez les Kéroniens par une mutilation , par une blessure, ou par une décomposition partielle.
Les Kéroniens se trouvent dans les eaux stairnantes, douces ou salées; quelques-uns se montrent plus particulièrement quand ces eaux sont déjà altérées et putréfiées , ou bien dans les infusions végétales. La plupart sont incolores ou ne sont colorés que par les substances avalées, mais il en est plusieurs qui ont une couleur propre bien prononcée.
f" Genre, HALTERIE. — Halleria. \
An. à corps presque globuleux ou turbiné , entouré de ' longs cils rélracteurs très-Cns qui , s’agglutinant au porteobjet et se contractant tout à coup , lui permettent de changer de lieu brusquement et comme en sautant. Une rangée de cils obliques très-forts occupe le contour.
Le type de ce genre est un Infusoire très-eommun qui avait été nommé par Müller Trichoda grandûiella , parce qu’il paraît sauter et rebondir comme un grêlon. Son organisa-
tion est Irès-obscure , il montre à l’extérieur deux sortes d appendices; savoir; Iodes cils droits rayonnants, d’une ténuité extrême , qui paraissent être la cause de ses mouve- i
hVÔ
mcnts , si brusques qu’ou ne peut, malgré la plus grande attention , reconnaître exactement comment ils sont produits j 2° des cils très-forts rangés obliquement sur tout le contour, et qui rappellent bien, parleur disposition, la rangée de cils en moustache des Kérones et des Oxy triques. Ils paraissent également destinés à conduire les aliments à la bouche, mais je n’ai pas vu cette bouche, quoique M. Ehrenberg ait représenté un de ces Infusoires occupé à avaler un long brin d’Oscillaire. A l’intérieur du corps des Hal téries, on ne voit que des granules irréguliers et une ou plusieurs vacuoles noduleuses. Si on emprisonne un de ces animaux entre des lames de verre avec de l’eau , il ne tarde pas à se décomposer en laissant sortir de larges expansions sarcodiques diaphanes , bientôt creusées de vacuoles régulières. En même temps, le corps tout entier se contracte par petites secousses; quelquefois, on voit au milieu de la masse un disque blanchâtre qui réfracte la lumière plus fortement que la substance environnante.
I HaltÈhie grêlon. — Ilalteria grnndinclla.
Corps presque globuleux ou turbiné , à peine transparent ; paraissant, vu de face , comme un disque de 0,007 à 0,030 , entouré de cils épais , obliques, et, vu de coté, comme un ovoïde court, jilus étroit en arrière , couronné par ces memes cils et entouré de cils rayonnants extrêmement fins. Mouvement par sauts brusques.
Cet Infusoire , l’im des plus communs et des plus faciles à reconnaître, est en même temps l’un des plus difficiles à étudier en raison de la vivacité brusque de ses mouvements. Millier l’indique comme vivant dans les eaux les plus pures et dans les Infusions végétales ; il le décrit sous le nom de Trichoda grandinella (Inf. p. ifio), comme un globule très-petit , diaphane, muni sur un point de sa surface de deux , trois ou plusieurs cils qui, contractés avec beaucoup de force , le font presque à chaque instant sauter hors du champ de la vision. Cet auteur, trompe par une lausse aiiparence, ajoute que les cils sont étalés en deux faisceaux ou répartis sur tout le contour d’une ouverture qu'il supjiose devoir exister.
lUSTOIKE KaTUKELLE
/il G
M. Ehrenberg a placé ceL Infusoire qu’il nomme Tnchodina dans sa famille des P^orlicellina , avec des espèces Ibtaleinent différentes et auxquelles nous restituons le nom d’Urccolaire; il la caractérise ainsi : « Corps conique, presque globuleux, ayant le front tronqué et couronné de cils , et le dos un peu pointu, inerme. » 11 lui a fait avaler de l’indigo, et dit avoir vu un individu continuant à tournoyer avec un brin d’oscillaire en partie avalé et sortant encore d’une longueur double hors de la bouche.
J’ai trouvé presque constamment l’Haltérie dans les flacons où je conservais de l’eau de marais ou de rivière avec des conferves, et dans l’eau qui baignait des conferves et des oscillaires dans une soucoupe.
J’ai vu quelquefois exclusivement dans un liquide, des individus tous très-petits (0,007) et qui pourraient bien être une espèce particulière ; d’autres fois , j’en ai vu exclusivement aussi d’une certaine grandeur plus considérable , et je pourrais même dire d’une forme un peu différente ; mais il est si difficile de regarder attentivement ceslnfusoii’es pendant quelque temps, que je ne puis êU’e certain d’une différence spécifique réelle.
2^ Genre. OXYTRIQUE. — Oxytricha, Bory.
An. à corps mou, flexible, ovale ou oblong, plus ou moins déprime avec des cirrhes ou cils plus forts non vibratilcs en forme de soies ou de stylets, mais sans cornicules.
Les Oxytriques confondus par Mùller, parmi ses Trichodes, ont le corps évidemment mou, sans tégument, muni de cils vibratiies épars, entre lesquels sont d’autres cils plus épais, droits, flexibles, mais non vibratiies, ayant l’apparence de soies roides ou de stylets; une rangée régulière de cils obliques plus forts se voit ordinairement en avant, et produit dans le liquide un tourbillon destiné à conduire les aliments à la bouche. A l’intérieur on observe des granules de diverses sortes, et des vacuoles ou vésicules remplies d'eau seulement, ou contenant en même temps des substances avalées. Quelquefois aussi on y voit des corps ovales
DES INFUSOIRES. ^l17
OU arrondis, blanchâtres, demi-transparents, que M. Ehrenberg a nommés des testicules.
M. Bory a formé son genre Oxy trique avec des Trichodes de Müller, telles que la Tr. lepus^ Tr. pellionella , etc., qui sont bien, en effet, des Oxytriques comme nous les comprenons , et les pullasler, et du même
auteur; mais il y a réuni beaucoup d’autres espèces de Trichodes très-différentes , et dont plusieurs ont été établies par Müller, d’après des Infusoires altérés ou mutilés.
M. Ehrenberg rapporte à ce genre huit espèces seulement, mais deux de ses Trichodes ( Tr. nasamonum.^ et Tr. ælhiopica) nous paraissent devoir y être également rapportées, ainsi que ses TJrostyla. Lui-même, en 1838, y a réuni une espèce dont il avait fait précédemment un Uroleptus; d’un autre côté, nous pensons que son Oxy tricha cicada appartient à la famille des Plœsconiens.
Les Oxytriques, dont plusieurs sont colorées en rouge, se trouvent dans les eaux stagnantes douces ou salées^CT/f dans les infusions naturelles ou artificielles : elles se mufti-^ plient par division spontanée ordinairement transvêree', mais aussi longitudinale suivant M. Ehrenberg.
I. OxYTRiQUE PELLiONELLE. — Oxylrichn pellionella. — Pl. XI ,
fig. lO (i).
Corps déprimé, oblong, incolore, irrégulièrement granuleux, avec des soies droites à la partie postérieure. — Longueur de 0,07 à 0,10.
Cet Infusoire est un des plus communs dans les eaux stagnantes ou putréfiées; il a été vu par tous les micrographes, et comme il est facilement altéré ou mutilé , il a donné lieu à l’établisse-
ment de plusieurs especes. 11 se montre souvent bombé d’un côté
(I) Trichoda pellionella , Müll. Inf. Pl. XXXI , fig. 22.
Oxy tricha pellionella, Bory, Encycl. 1834. .
Oxytricha pellionella , Ehr. Infus. Pl. XL, fig. 10.
HISTOinE NATUntLLE
e(. un peu concave de l’aiUre : les granules ou nodules de la surface sont irrégulièrement épars , cependant on distingue quelquefois des plis longitudinaux. Comme il se remplit l'réquemment des substances qu’il avale , il est diversement coloré par elles.
2. OxvTBiouE henfeee, — Oxj'iricha incrassata. — PI. XI, lig. 14.
Corps ovoïde, allongé, incolore, garni de soies roides en arrière.— Longueur, 0,07S. — Marin.
Cette espèce diffère de la précédente par sa longueur moindre, par son habitation, et surtout parce que son corps est bien moins déprimé. Je l’ai observée dans l’eau de la Méditerranée, conservée depuis trois jours et déjà altérée, au mois de mars.
.3. OxvTRiouE langue. — Ox^'trichfi lingtia. — PI. XI, fig. i t.
Corps diaphane, déprimé, flexible, nliongé, presque également large partout et arrondi aux deux extrémités, sans soies etsanscils ^parents en arrièi'e ; granules de la surface en rangées presf|ue Taulières. — Longueur, 0,125.
J’observais au mois de décembre cet Infusoire dans de l’eau conservée depuis un mois avec des Conferves prises dans des fossés au sud de Paris. Il se meut seulement en avant d’un mouvement assez lent et sans tourner sur son axe ; il s’infléchit souvent en S, quand il rencontre des obstacles. A en juger par les figures ce pourrait bien être le même que Millier a nommé Triclwda linter.