‹ Histoire naturelle des zoophytesChapitre 98 sur 179 · Kerona pol^porum (Ehr., Inf. Pl. XLl, fig · texte numérisé non relu

Kerona pol^porum (Ehr., Inf. Pl. XLl, fig

Sous ce nom M. Ehrenberg décrit un Infusoire qui aurait déjà été vu par Leeuvenhoek , Trembley et Rœsel, vivant parasite sur l’Hydre ou polype d’eau douce, et qui aurait été nommé Cjrclidium pediculus par Schrank et par Olfers." Cet animal, long de 0,18, ^

blanchâtre, déprimé, à contour presque réniforme, est pourvu de cils et de crochets à la face inférieure , et présente en avant une rangée de cils plus saillants. M. Ehrenberg ne conserve que cette seule espèce dans son genre Kérone qu’il caractérise alors par l’absence des stylets.

XrV' FAMILLE.

PLOESCONIENS.

Animaux à corps ovale ou réniforme, déprimé, non contractile et très-peu flexible , mais soutenu par une cuirasse qui n’est qu’apparente , et se décompose par diffluence en même temps que tout le reste; avec des cils vibratiles autour de la bouche , formant souvent une rangée régulière, et souvent aussi avec des cirrhes en formes de stylets ou de crochets mobiles ; — nageant au moyen de cils vibratiles ou marchant au moyeu des autres appendices.

La famille des Plœsconiens comprend des types

bien diiïérents , qui n’ont de commun qu’une apparence de cuirasse résultant d’une consolidation temporaire de la surface du corps , qui n’est que peu ou I point flexible , et cjui ne montre une sorte de contractilité que quand l’animal commence à se décomposer. On voit bien alors que ces Infusoires , comme tous les précédents, ne sont encore formés que d’une substance molle , gliitineuse , sans traces de fibres ou de membranes. De ces Infusoires , les uns ont des cirrhes plus forts en forme de crochets ou de stylets comme les Kéroniens, et pourraient véritablement constituer une famille à part : ce sont ceux dont M. Ehrenberg forme sa famille des Euplota , les autres n’ont que des cds minces , vibratiles , souvent à peine visibles ; cesont les Loxodes , genre établi par M. Ehrenberg, mais reporté par lui avec ses Trachelina^

Les Plœsconiens, pourvus de cirrhes ou d’appendices en forme de stylets, de crochets, etc. , se divisent en quatre genres , dont les deux premiers , Plœs~ conia et Chlamidodon , distingués par la présence d’une bouche bien visible , dillèrent l’un de l’autre par l’armure dentaire qu’on observe chez le second seulement. Les deux autres genres n’ont pas de bouche visible; ils sont caractérisés par la position des cirrhes ou appendices qui, chez les Diophrys, sont groupés aux deux extrémités, tandis que, chez les Coccudina, ils occupent toute la face inférieure.

Müller laissa tous ces Infusoires confondus parmi ses Trichodes , ses Kérones et ses Kolpodes ; M. Bory a séparé les Plœsconia , mais il les a malheureusement associés avec des Systôlides dans sa familles des Citharoïdes.

Les Plœsconiens , comme les divers types des fa-

FIISTOIRE NATURELLE

milles précédentes, ont pour organes locomoteurs des cils ou cirrhes plus ou moins épais, plus ou moins mobiles; chez plusieurs, la bouche est très-visible, ainsi que la rangée de cils destinée ,par son agitation, à y conduire les aliments. Quelques-uns ont la bouche entourée d’un faisceau desoies fortes. A l’intérieur on voit aussi , comme dans les précédents , des vacuoles , les unes contenant les aliments, les autres ne contenant que de l’eau et se contractant plus rapidement ou disparaissant tout à fait , mais rien n’y ressemble à un intestin.

Souvent des corps étrangers , avalés par l’animal , se voient à l’intérieur, ainsi qu» des corps ovalaires demi -transparents , que M. Ehrenberg, comme dans les autres types, veut nommer des testicules.

Leur multiplication a lieu par division spontanée , transverse ; mais on voit dans des infusions des individus beaucoup plus petits, qui s’accroissent peu à ' peu, et qui ont dû provenir d’un autre mode de propagation ; cependant je ne crois pas qu’on soit suffisamment fondé à nommer œufs les granules qu’on aperçoit dans l’intérieur du corps de divers Plœsconiens , ni ceux qui restent après la décomposition de ces animaux par diffluence.

Plusieurs se produisent abondamment dans les infusions végétales non putrides, et dans les eaux de 41 mai'ais conservées avec des débris végétaux ; d’autres habitent enfouie dans les eaux stagnantes, soit douces, soit marines , parmi les herbes aquatiques.

DKS INFUSOIRES.

Genre. PLŒSCONIE. — Plcesconia.

An. à contour ovale, plus ou moins déprimés, soutenus par une apparence de cuirasse marquée de côtes longitudinales, munis, sur une des faces ordinairement plane, de cils épars, charnus, épais, eu forme de soies roides ou de crochets non vihratiles , mais mobiles et servant , comme autant de pieds pour la progression sur les corps solides ; portant sur l’autre face une rangée semi-circulaire et en baudrier ou en écharpe , de cils vihratiles régulièrement espacés , dépassant le bord , et devenant plus minces à partir de la partie antérieure jusqu’à la partie postérieure où se trouve la bouche,

11 n’y a pas d’infusoires plus faciles à reconnaître d’une manière générale que les Plœsconiens, dont la forme et le mode de natation sont assez bien indiqués par le mot grec navire, et qui ont en outre l’habitude de se servir des cils de leur face ventrale comme de pieds pour marcher lentement sur différents corps solides à la manière des Insectes , ce qui leur a fait donner le nom de petites araignées aquatiques, par d’anciens micrographes j mais en même temps, 41 n’en est pas de plus difficiles à étudier dans les détails de leur forme et de leur organisation. Leur transparence est si grande, et leur cuirasse apparente comme leurs cils, ont si peu de consistance, que pour se faire une idée de leur structure , on n’a pas d’autre moyen que de dessiner un grand nombre de fois et de comparer les apparences qu’ils présentent sous différentes incidences de lumière ou quand on l’ait varier légèrement la distance du porte-objet aux lentilles du microscope : et encore, malgré toutes ces précautions, est-on fort embarrassé pour décider ce qui est le dessus ou le dessous de l’animal , et si tels cils , tels appendices en particulier, telles côtes saillantes appartiennent à la face supérieure ou à la face inférieure. On ne sera donc pas surpris dç voir qu’il est absolument impossible de rapporter

avec certitude les espèces figurées par Muller, et notamment son Trichoda Charon à aucune des espèces qu’on voudra étudier avec soin aujourd’hui. Bien plus, je dois dire qu’il m’a été impossible de reconnaître une quelconque des espèces que j’ai étudiées , dans aucune des figures données à trois différentes époques (1830-1833-1838) , comme de plus en plus exactes, par M. Ehrenberg pour son Euplota ou Eu.plotes Charon, qu’il dit être le même que le Trichoda Charon de Muller. Tout dans la forme des Plœsconia manque de symétrie , je dirais même de régularité, si l’on ne trouvait , cette dernière condition dans la disposition des cils formant la bande semi-circulaire, et jusqu’à un certain point dans •les côtes de la cuirasse apparente ; mais ni lescirrhes qui servent de pieds , ni le contour du corps, ni les diverses saillies , ne montrent la moindre l’égularité. On ne peut même plus apercevoir aucune trace de régularité dans le reste, quand par suite de l’altération du liquide ou par l’effet d’une circonstance quelconque, l’animal n’est plus dans des conditions convenables ; car alors cette apparence de cuirasse ve- i nant à s’effacer peu à peu, il s’arrondit en un disque creusé de vacuoles de plus en plus nombreuses, et ses cils ou cirrhes, après s’être agités encore pendant quelque temps , se crispent ou se flétrissent et finissent par disparaître (pl. X fîg. 12) -, ;

tel est l’effet produit par l’approche d’une barbe de plume j trempée dans l’ammoniaque ; ou bien si l’animal a été blessé ^ ou déchiré par quelque frottement ou par la compression entre les débris sur lesquels il se trouve, on le voit déformé et contourné de la manière la plus bizarre (pl. X , fig. 7 et fig. 13) ; sa cuirasse a disparu, et c’est à peine si l’on recon- ^ naît un indice de régularité dans les cils de l’écharpe.

Je n’oserais assurer que dans tous les cas j’aie pu me ( i faire une idée bien précise de la structure des Plœsconies; cependant voilà ce que j’ai cru voir à plusieurs reprises et ' après de nombreuses observations : une Plœsconie a la forme d’un disque oblong, un peu plus épais au centre. La face supérieure, lisse ou marquée de côtes suivant les espèces ,

présente une rangée de cils presque semi-circulaire, ou mieux en écharpe ou en baudrier, qui, étendue d’abord près du bord antérieur, descend à gauche jusqu’au delà du milieu , en rentrant peu à peu vei’s le centre. Ces cils plus épais à la base, inlléchis diversement dans le reste de leur longueur, ont une direction oblique vers la gauche: ils éprouvent tous successivement un mouvement de vibration rapide, qui se propage depuis le bord antérieur jusqu’à l’extrémité postérieure où se trouve la bouche, et où ce mouvement conduit les particules nutritives qui sont avalées par l’animal, ou du moins logées dans les vacuoles qui se forment successivement au fond de la bouche. C’est aussi au moyen du mouvement vibratile des mêmes cils , que l’animal peut nager. La face inférieure, celle qui est toujours tournée vers les surfaces sur lesquelles marche la Plœsconie, est pourvue de gros cirrhes épais à leur base, amincis au sommet , souvent l’oides ou courbés en crochet; mais toujours très-flexibles et susceptibles de se mouvoir dans toute leur longueur au gré de l’animal qui s’en sert absolument comme de pieds, tandis qu’il nage à l’aide des cils^e la rangée en écharpe. Les cirrhes de la face inférieure ou ventrale sont disposés très - ii’régulièrement ; on remarque néanmoins qu’ils sont plus abondants aux deux extrémités, et quelquefois , ils forment comme une rangée vers le côté droit. Ils peuvent être tous semblables , ^ais ordinairement , ceux de l’extrémité antérieure sont plus courts et ont la forme de crochets {uncini de Müller); et ceux de l’extrémité postérieure sont plus longs, plus roides et ont été désignés par le nom de stylets [styli, Ehr.); leur base paraît supportée par un renflement globuleux, ce qui a fait croire qu’ils sont sécrétés par un bulbe comme les poils des animaux supérieurs, mais c’est une erreur; bien loin d’être des poils véritables , ce sont des prolongements de la substance charnue de l’Infusoire , participant à la vitalité de tout le reste. Ce qui le prouve , c’est la manière dont ils se déforment et se contractent quand l’animal meurt.

HISTOIKE naturelle

Ainsi, dans mon opinion, une Plœsconia, malgré la complexité apparente de sou organisation , est encore un animal aussi simplement organisé que ceux que nous avons étudiés précédemment : une simple substance charnue homogène, prenant pendant la vie une forme assez complexe, qu’elle perd à l’instant où l’animal va cesser de vivre, parce que rien de membraneux et de fibreux ne la soutient ; des cils ou des cirrhes de diverses formes , mais encore de même nature, et je dirais presque de même consistance; une bouche, mais point d’anus; des vacuoles creusées soit au fond de la bouche par l’effet de l’impulsion communiquée parles cils vibratiles au liquide environnant, soit creusées spontanément dans un endroit quelconque près de la surface, quand l’animal comprimé ou n’étant plus dans les conditions normales, va cesser de vivre (PI. VI, fig. 7. — PI. YllI , fig. 4. — PI. X, fig. 12) ; enfin des granules de diverse nature, disséminés dans la masse, et que je ne puis prendre pour des organes déterminés ou pour des œufs.

11 y a bien loin de cette manière de voir à celle de M. Ehrenberg; en effet, pour cet auteur, les Plœsconia dont il a changé le nom A'ahovdeïiJEuplœa (eu bon, ttXoiov navire), puis en Æuplotes (eu bon, 7r).0Tvî; navigateur), sont des« Polygastriques cuirassés, à tube intestinal distinct, ayant deux orifices séparés et dont aucun n’est terminal.» 11 a constaté, dit-il , la structure polygastrique de l’appareil digestif dans quatre espèces, en leur faisant avaler des substances colorées, mais il ne montre dans ses figures que des globules de couleur et non l’intestin. Dans une seule espèce, il a i-econnu directement la position de l’anus par la sortie des excréments ; dans les autres , il l’a déduite de la saillie de la cuirasse en arrière. Les appareils génitaux qu’il dit avoir vus dans leur dualisme chez sept espèces, mais complètement dans une seule, sont à la fois chez quatre de ces espèces des granules incolores, ronds ou ovoïdes, qu’il appelle des œufs ; puis chez trois espèces, un corps rond qu’il nomme testicule ; enfin , chez cinq espèces , une vacuole ; et chez une autre, deux vacuoles qu’il nomme

des vésicules séminales. Il dit que la division spontanée a été observée chez une seule espece dans le sens longitudinal et dans le sens transversal, et que chez les autres, ce dernier mode seul a été observé.

Nous croyons qu’en elFet la division spontanée ne se fait chez ces Infusoires que transversalement, et le fait de deux individus collés parallèlement, quoique vu par Millier une seule fois et par M. Ehrenberg, est accidentel et sans rapport avec la propagation de ces êtres.

Les Plœsconies se trouvent très-abondamment dans l’eau de mer stagnante et dans celle qui est conservée avec quelques plantes marines ; elles se trouvent aussi dans les eaux douces conservées de la même manière; enfin, certaines espèces se produisent en quantité considérable dans les Infusions.

I . Plœscokie patelle. — Plcesconiapalella(i). — Pl. Vlll, fig. 1-4.

Corps déprime, en ovale presque régulier (d'un quart plus long (pie large), aminci et transparent sur les bords ; rangées de cils vibratiles formant un arc de cercle assez éloigné du bord qui est dilaté de ce côté , et ne dépassant pas le milieu de la longueur ; 20 à 23 cirriies presque semblables en dessous ; cinq côtes peu marquées à la cuirasse. — Long de 0,080 à 0,126.

J'ai trouvé abondamment cet Infusoire , le 23 janvier i836 , et du 1" au 6 mars i838 , dans un bocal où je conservais depuis six mois de l’eau de l’étang de Meudon avec des Lemna et des Conferves; j’ai vu des individus avec des cirrhes rameux, d’autres avec un prolongement irrégulier en manière de queue; beaucoup avec des vacuoles très-grandes. Quand l’eau dans laquelle nageaient les Plœsconies entre des lames de verre , s’était à moitié

, (i) Ti'ichoda palclltt , MTiller, Verm. p. ç)5.

Kerona palella , Midi. ïiil'. Pl. XXXllI , ’f. l4-l8, p. a38.

- CoccutUua Keroniita et C. clriusa , Bory , Eiicycl. i8'j4 > P- Ô4'J.

Euplolcs palclla, Eln. i833. — lid'us. l838, Pl. XLIl , 1'. IX,

HISTOIKE NATOHELLE

évaporée , si j’ajoutais tout à coup de l’eau fraîche , je voyais ces animalcules changer de forme en s’arrondissant (Fl. VIll , fig, 4), émettant sur leur contour un ou plusieurs lobes sarcodiques , dans lesquels se produisaient, comme dans le reste du corps, de nombreuses vacuoles qui en s’agrandissant finissaient par se fondre ensemble , et d’où résultaient des vacuoles plus grandes à contour lobé; en même temps, les cils se contractaient et finissaient par disparaître.

Müller doit avoir vu cette espèce, mais il la figure de la manière la plus inexacte, sauf peut-être les figures 16 et 17. 11 la définit comme une«Kérone univalve, échancrée et corniculée en avant, pourvue en arrière de soies (cirrhes) flexibles, pendantes.» 11 signale les globules mobiles qui supportent les cirrhes dont l’animal se sert alternativement comme de pieds ou de rames. Il l’observait pendant l’hiver de 1776 à 1777 dans de l’eau de marais consei’vée avec des Lemna. M. Ehrenberg, qui observa ce même Infusoire au mois de janvier i83G, avec des Lemna recueillies sous la glace , en donne une figure (Inf, Pl. XLll, fig. i) qu’on ne peut s’empêcher de trouver fort inexacte. 11 lui attribue sept côtes fines sur la cuii’asse, dit que le gosier est en arrière du milieu , et que l’anus est derrière la base des styles; il a compté 3oào2 estomacs; il indique une grosse glande ovale (testicule) au milieu du corps , et une vésicule séminale contractile simple en arrière ; enfin, il compte 10 crochets, quatre styles, deux soies et vingt ou trente cils.

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