LE CESTE DE VÉNUS, cESTUM VENERIS
(P1.1, fig. 1.)
Lesueur, Nouv. Bull. Soc. Phil. , juin 1813, p. 281, pl. 5, fig. 1. — Isis, 1817, pl. 12. — Lamarck, An.s. vertèb., t. IT, p. 462. — Cuvier, Règ. an. , t. IT, p.282. — De Blainville, Manuel, p. 139, pl. 7, fig. 1. — C. V. Parle corporis media haud incrassata , margine inferiori simplici, Eschscholtz, Ac. , p. 22. — C. hyalino , hydrocolore , iridescente variegato.— Risso , Europ.mérid., t. V, p. 303. — Delle Chiaie, Mém., t. IV, p. 13 et 35, pl. 52, fig. 9.
Animal large de plus de cinq pieds sur deux pouces de hauteur, plus épais en haut, mince sur le bord inférieur, d’un blanc hyalin bleuâtre transparent, hydrocolore, arrondi aux extrémités, à cils irisés. Il apparaît au printemps et en été, ondulant sur l’eau aux abords des cô es de Nice ; les pêcheurs le nomment sabre de mer.
Habite la mer Méditerranée en tout temps; assez rare ; les auteurs qui l’ont observé, le mentionnent sur les côtes de Nice et de Naples.
La description que M. Lesueur a donnée de l'individu observé par lui mérite d’être conservée. « Ce ceste avait de longueur un mètre et demi sur huit centimètres de hauteur. II nageait dans une position horizontale, la bouche en haut. Son mouvement était lent et onduleux. A travers sa substance extérieure, qui était parfaitement transparente, on voyait le sac stomacal placé au-dessus de l’ouverture de la bouche, et qui se détachait, par sa couleur plus foncée, du reste du corps. De chaque côté de ce sac était une sorte de lanière appliquée sur ses parois, et qui avait une autre partie mince et allongée, prenant naissance à son bord inférieur. Chaque laniére , renflée dans son milieu, diminuait beaucoup de grosseur à son extrémité buccale ou inférieure, : et se joignait là à deux filets ayant toute l’apparence de vaisseaux, lesquels partaient à droite et à gauche pour se porter, en remontant, jusqu’au bord inférieur de l'animal , en s’y bifurquant. Une des branches suivait celte arête, et supportait les innombrables cils qui la \garnissent, landis que l’autre se recourbait jusqu’à peu près au milieu de la hauteur du corps, et prenant ensuite une direction horizontale , se prolongeait sans doute jusqu’à l'extrémité de chaque appendice ; mais
on ne peut l’affirmer, ces appendices étant incomplets sur l'individu observé. »
BÉROIDES,. 74
On est redevable à M. Delle Chiaie de quelques aperçus neufs et curieux : « Le naturaliste qui étudie le ceste de F’énus éprouve quelque surprise à la vue de ce zoophyte que décrivit pour la première fois, il y a peu d’années, Lesueur, qui ne l’eut pas tout entier. 1 représente avec quélque exactitude un ruban long de cinq à six pieds, ovale intérieurement, elliptique à l'extrémité opposée, arrondi au bord supérieur et inférieur , comprimé à droite et à gauche ; il a deux pouces de largeur ; un peu plus loin que le tiers antérieur du corps, on voit l'entrée de la bouche , qui est de forme rhomboïdale, pénétrée dans son épaisseur par de nombreux canaux et où commencent les deux conduits des aliments, s’élargissant d’abord, puis rétrécis, et se terminant par une sorte de renflement globuieux, dans lequel ils communiquent, pour finir dans le tube médian étroit qui constitue lPanus, ouvert au fond de l’entonnoir hexagone. Ces canaux, pleins d’un liquide bleu dans j’espace interne qui se trouve entre l’un et Pautre, offrent une petite membrane imitant un mésentère , et nécessaire pour leur solide fixation. Vers leur moitié et du côté externe, ils ont deux petites poches ovales qui sont plutôt (peut-être) les intestins cachés que les ovaires ; ceux-ci me semblent plutôt résider dans un groupe de petits grains placés près de la fin du mésentére.
« De plus, près du périmètre de l’entonnoir inférieur ou anal commence un angle saillant et un peu recourbé, qui gagne la ligne médiane , tant du côté antérieur que du côté postérieur de l’une et de l’autre face du ceste, et en parcourt toute la longueur. Non-seulement les deux côtés du bord supérieur, mais aussi ceux du bord inférieur, sont garnis d’un canal muni d’autres petils vaisseaux latéraux, trèsdéliés, pectinés et fort mobiles. Chacun d'eux, examiné à la loupe; paraît être mince et unique, et c’est à sa réunion au canal qui le produit qw’il prend la forme pectinée.
a Le microscope démontre ensuite que chaque cil ou petit vaisseau branchial a une espèce de manche articulé avec le vaisseau Jongitudinal, ce que confirme leur mouvement rapide, et de là se sépare en d’autres canaux à petites lamelles. Les quatre conduits marginaux et longitudinaux entourent, tant l’entrée de la bouche, en communiquant entre eux, que celle de l’entonnoir, où ils dirigent six-vaisseaux par les angles marginaux, en s’anastomosant avec ceux de l’angle médian des deux faces. Il faut noter qu'’au-dessous du premier vaisseau des branchies, tant du zoophyte que je décris que de l’alcinoé et du béroé, existe un ruban musculeux, à fibres longitudinales. La substance du ceste est cristalline , transparente , gélatineuse ; on la touche à peine qu’elle s’évanouit.
« Il semble presque impossible que le ceste vivant puisse avoir le rapide mouvement ondulatoire qu’it possède; il est commun dans notre rade , surtout au printemps. On dirait un serpent plat, avec des reflets irisés , tendant au rose, Il nage la bouche en dessus, l’anus en
dessous, et par conséquent avec les deux faces sur les côtés. La nuit, ses branchies sont phosphorescentes : elles ont pendant le jour les couleurs de l’arc-en-ciel et sont douées d’un mouvement très-rapide et continuel, alors même que l’animal entier est mis en piéces; elles deviennent blanches aussitôt que leur vitalité vient à cesser, et ne contribuent point au mouvement général du ceste, ainsi qu'on l’a pensé. À ces mêmes branchies se tient fortement attaché, an moyen de six petites pates, une espèce de pidocchio orbiculaire et d’un vermillon prononcé; il a un point noir sur le dos et deux dents postérieurement. C’est à foison que cette espèce se rassemble près de la bouche du ceste. Examiné au microscope, il semble avoir deux yeux, mais ce sont les deux pates de devant excessivement contractées. :
« L'autre petit ceste, qu’on trouve féquemment dans nos parages, diffère du précédent, non-sSeulement par sa taille, mais encore par son extrémité recourbée qui le distingue aisément, ainsi que par la couleur de l’opale qu’il possède ; aussi n'est-ce pas sans raison que Risso avait pensé à en faire une espèce distincte. »
L'auteur a donné à la planche qu’il a fait graver une série de détails que j'aurais voulu reproduire , mais que je rappellerai pour ceux qui seraient jaloux de l’étudier.
Ea figure 9 représente le ceste de 7’énus entier. Cet acalèphe commence en (a), finit en (b) avec l’angle médian faisant saillie (5). Les côtes branchiales latérales supérieures sont en (d), les inférieures en (ce), la bouche en (f) et l’orifice de l’anus en (g).
La figure 2? en représente un morceau grossi, pour faire connaître l'entrée de la bouche (4), avec les deux orifices des tubes intestinaux (j j), soutenues par le mésentère (1), ayant aux deux côtés extérieurs les vésicules (nn) et terminées dans l'intestin droit commun (0) ouvert au fond de l’entonnoir hexagone. Les anthéres branchiales se voient en (» p) pour le bord supérieur, en (q q) pour le bord inférieur. On voit enfin l’anneau vasculaire de la bouche (r), celui de l’anus (s) avec les vaisseaux de l’entonnoir ({{{) et les artères médianes (x).
La figure 10 présente un morceau d’une substance gélatineuse, semblable à un ruban d’un rose pâle, vide à l’intérieur, marqué d’une ligne spirale dans toute sa longueur, qui est d’une à quatre mains; elle est contractile au toucher. Un pelit fragment examiné au microscope (fig. 8) a prouvé que cette ligne est une suite de vésicules globuleuses ou presque carrées, ayant intérieurement un globule entouré de sept autres, et chacun d’eux résulte de petits embryons orbiculaires.
On pêche souvent près du château Lucullanien (appelé vulgairement c. de l’OEuf) une espèce de ruban jaune attaché en spirale sur les coquilles ou sur les rochers, et formé d’une grande quantité d'œufs réunis sans aucun ordre. À quel genre et à quelle espèce d’invertébrés
BÉROIÏDES. 13 appartiennent ces productions ? on l’ignore, et les plus scrupuleuses investigations ne l'ont point fait connaitre.
2, LE CESTE DE RISSO, GESTUM RISSOANUM, Less.
Cestum veneris, Var. — Risso, Europe mérid., t. V, p. 304. Delle Chiaie, Hém., MIV; p.15.
Animal petit, d’un blanc opalin, à cils irisés, à bouche plus longue proportionnellement que chez le ceste de Vénus.
Habite les côtes de Nice et celles de Naples.
M. Risso dit, en parlant de ce ceste , qu’il constitue une nouvelle espèce ou une variété de la précédente. M. Delle Chiaie (oc. cil.) pense qu'il a des caractères suffisants pour former une espèce distincte : on doit donc désirer de rouveaux détails sur cet acalèphe.