S'ulculeolaria. 17. Doliolum
Mais en revoyant, en 1833, dans la Zoologie de l’Astrolabe (t IV, p. 81 et suiv.), leur premier travail sur les diphydes , MM. Quoy et Gaimard leur donnèrent les caractères génériques SUIVANIS :
DIPHYDES. 433
« Animal libre, nageant, hvyalin, coriace, formé de deux parties réunies à la suite l’une de l'autre, diversiformes, creuses, l’antérieure nucléale, portant des ovaires et des suçoirs. »
Quelques jours de contrariété à l'ouverture du détroit de Gibraltar, au départ de France, facilitèrent l'étude de ces singuliers animaux, et mirent MM. Quoy et Gaimard à portée d’en faire connaître plusieurs espèces nouvelles, dans un Mémoire inséré dans le tome X des Annales des Sciences naturelles. En ayant rencontré d’autres pendant le voyage, ils les reproduisirent dans la partie zoologique de l’Astrolabe, en convenant que les genres qu'ils avaient formés ne devaient être considérés que comme des divisions de cette famille, dont les individus ne diffèrent réellement que par les formes extérieures. Il en est toutefois qui demandent à être étudiés de nouveau avec beaucoup de soin ; dont toutes les parties n’ont pas paru complètes , ou qui en ont plus de deux, ce que ne présentent jamais les vraies diphyes qui servent de type au genre.
Ces auteurs conviennent qu'avec les dessins les mieux faits il est quelquefois difficile de se faire une idée de ces animaux, qu’il faut réellement voir en nature. Heureusement que leur substance est assez coriace et assez résistante pour pouvoir être conservée dans la liqueur. Leurs appendices tentaculaires seuls s’altèrent et ne sont plus reconnaissables,
Dans quelques espèces, un gros suçoir peut bien être pris, jusqu’à un certain point, pour un orifice buccal; mais il en est d’autres, et cela dans les plus grandes, où il n’est pas possible de reconnaître d’organe central de digestion, à moins que certaines parties creuses qui servent à la locomotion n’en tiennent lieu.
Là où il existe un long tube garni de suçoirs , d’ovaires et de tentacules, on peut supposer que la nutrition s'opère en partie par quelques-uns de ces organes. M. Quoy n’a rien pu saisir de relatif à la génération , et ce n’est que par induction qu'il à appliqué à des petits corps ronds ou allongés le nom d’ovaires.
Le tableau des espèces admises par ce naturaliste est celui-ci :
DIPHYDES. A. Espèces dont la partie antérieure a deux cavités distinctes. Diphyes Bory. Diphyes Calpe.
Diphyes Abyla. Diphyes Bassensis.
ACALÈPIES. 28
434 ACALEPHES.
8. Espèces dont la partie antérieure n’a qu’une seule cavité , ou dont la seconde est excessivement petite.
Diphyes cucuilus. Diphyes truncala.
Diphyes cucubalus. Diphyes cuboidea.
Diphyes cymba. Diphyes enneagon«.
Incomplètes.
Diphyes teiragona. Diphyes hispida.
Diphyes quinquedentaia.
Douteuses.
Diphyes dubia. Diphyes prayensis.
Mertens, en communiquant une note sur la diphye Borvy, note publiée par Poepping (Floriep’s notizen, t. XX, p. 153, mars 1828), et reproduite dans le Bulletin des Sciences de Férussac (€. XIV, p. 298), est arrivé à signaler les points de contact des diphyes avec les stéphanomies , et l’on verra que cet auteur a été bien près de découvrir les liens qui unissent ces animaux, s’il avait connu les pléthosomes. Au reste, cette note est assez intéressante pour être insérée intégralement et d’après l'analyse qui en a été faité dans le Bulletin précité, tout en prévenant le lecteur qu’elle renferme quelques erreurs palpables.
« MM. Tilésius et Bory de Saint- Vincent ont trouvé presqu’en même temps, dans l'Océan Atlantique, un animal que chacun d’eux décrivit sous un nom différent, et qu’ils rapportérent au biphore. M. Cuvier en fit un genre à part, sous ie nom de diphye. MM. Quoy et Gaimard lui donnèrent le nom de déphye Bory, et en publièrent une figure. Péron découvrit pendant son voyage le genre stéphanomie, l’un des plus beaux ornements de son Atlas, et MM. Quoy et Gaimard le figurèrent également à côté de leur diphye.
. « Ce qu’il y a de curieux maintenant, c’est que la stéphanomie n’est précisément que l'ovaire de la diphye. Chacun de ses segments se compose de trois parties essentielles, savoir : l’animal futur, un organe de préhension avec une trompe en suçoir ; enfin, en arrière, une série de feuillets membraneux et transparents, qui ne paraissent servir qu’à maintenir le tout nageant dans l’eau. L'animal complet, bien examiné, posséde tous les caractères pour le faire entrer dans le genre physophore de Péron, en sorte que les deux genre diphye et stéphanomie seraient superfius , s'ils n’élaient fondés que sur l'espèce dont il s’agit. Comme les derniers segments de l’ovaire des physophores sont d’une teinte écarlate fort remarquable ; qu’ils s’isolent de plus en plus, et
DIPHYDES. %35 sont ainsi plus parfaits, à mesure qu'on procède vers l’extrémité, il se pourrait bien que cette partie ait élé aussi décrite quelque part comme un animal particulier. »
Toutefois Mertens n’a pas poussé assez loin l’analogie qu’il suppose entre les diphyes et les stéphanomies, car les diphyes forment un groupe où les espèces résultent d’une manière permanente de deux pièces soudées pour ne faire qu’un être, tandis que les stéphanomies appartiennent à la famille des acalèphes, dont chaque espèce résulte de l’assemblage de plusieurs pièces juxtaposées. |
Brandt, en 1835, chargé de publier les travaux que la mort précoce de Mertens ne lui permit pas de mettre au jour, partasea la manière de voir de Mertens dans son Prodromus ', et ne sépara pas les diphyes des stéphanomies, en créant le sous-genre diphyomorphe. )
5 « Familia Diravinæ , Eschsch. Corpus e partibus duabus cartilagineis, quarum una pone alteram sila eique affixa ete parte seu canali nutritionis et propagationis organis instruCta (canali reproductorio)* compositum. Partes nutritionietpropagationi destinatæ partium cartilaginearum unicæ tantum, in natando anteriore, innatæ.
« 1 genus: Diphyes, Cuv.— Pars nutritioni et propagationi destinata , quare forsan baud incommode reproductoria dicenda, canalem elongatum tubulis suctoriis pluribus, ventriculi functionem insimul exercentibus obsitum exhibens, squamulæ subcartilagincæ vel canalem reproductorium imbricatim obtegentes vel singulæ tubulis stomachalibus, ovariis et tentaculis tantum supra impositæ. Tentacula ramosa, singula vel e vesicula et appendice spirali formata, vel tubulosa , hispida, apice dilatata.
«À, squamæ sparsæ tubulis singulis impositæ.—Tentacula singula e vesicula et appendice spirali formata. Diphyes, Cuv., Eschsch.
« Spec. 1. Diphyes dispar, Ghamisso, N. Act. Acad. Cæs. Leop. Carol. t. X, p. 365, tab. 32, fig. 4.—Invenit Mertensius sub 3° latitudinis et 137° 3’ longitudinis occidentalis gradu diphyes partes cartilagineas, quas, ut e figuris ejus concludere licet, diphyes dispartis Ghamissonis fuisse putarem.
« B. squamæ imbricatæ canalem nutritorium obtegentes. Tentacula singula tubulosa hispida, apice dilatata. (Subgen. diphyomorpha, Br.)
« Spec. 2. Diphyes stephanomia, Mert. — Animal quod ad partes cartilagineas diphyæ dispari in universum simile, diversum autem tubulis suctoriis basi haud dilatatis, singulis tentaculis hispidis, apice dilatatis et subpeltatis. Canalis reproductorius pallide purpureus.
« Capta sub latitudinis vccidentalis quarto et longitudinis 127 gradu.
« Character, quem Eschscholtzius, acalepharum felicissimus indagator,generi dipbyes dedit speciei a Mertensio cbservatæ non prorsus convenit, quare eam subgeneri recenter creato addimus. —'Quam amie. Meyen accuratissime ob-
* Canalem reproductorium seu partem reproductoriam dicimus, quia non solum individui, sed etiam speciei reproductionem effcit.
Pour nous, la famille des diphyes ne se compose que d’acalèphes absolument identiques par leur organisation, et qui ne diffèrent que par le nombre de leurs estomacs et par la forme de leurs organes natateurs.
À côté du nucléus ou du centre circulatoire part un tube contractile, musculaire, libre à l’intérieur, et terminé par un sac stomacal ou par plusieurs sacs stomacaux dilatables, arrondis, rétrécis en tube probosciforme, terminés chacun par une ouverture buccale, dilatable ou fermée par un sphincter. Cet appareil fondamental est donc l'appareil de la nutrition, activé par le système circulatoire proche lequel il s'attache, et portant lui-même à la base de chaque estomac les gemmules ou organes reproducteurs amassés sous forme de paquets globuleux d’un tissu érectile. Ces bouches absorbantes s'appliquent sur la proie vivante qu’elles dévorent, en suçant les substances animales absolument à la manière des ventouses stomacales des vélelles, des porpites, des physales. Ces animaux, constitués par un chapelet digestif ou par un tube stomacal unique, ont pour corps deux organes natateurs, musculaires, à tissu dense, rénitent, d’un blanc-hyalin qui imite, à faire illusion, un morceau de cristal taillé à facettes , ou à angles saillants. La consistance de ces deux appareils de locomotion a la fermeté et la nature gélatineuse des firoles et des salpas. Dans l’eau, au moindre choc, ces deux pièces se désarticulent et ne peuvent plus se souder. La plus petite, celle qui renferme le nucléus ou cœur, et le chapelet gastrique, peut vivre encore, quand l’autre, abandonnée au mouvement musculaire, ne tarde pas à périr et à se décomposer. Ges deux pièces natatrices ont des canaux et des cavités diversiformes dans leur intérieur ; les uns et les autres reçoivent les colonnes d’eau et doivent servir à la respiration ; mais leur principal usage, en diminuant la pesanteur spécifique de l’acalèphe , est surtout de servir à la natation et à la direction au sein des eaux des anfmaux qui s’en servent pour se diriger vers les milieux qui leur sont plus convenables. Les mouvements de loco-
servavit diphyes formam ( Nov. Act. Acad. CϾs. Leop.,t. XVII, suppl., p. 206, seu Reize 7001. Th.,p. 332) squamis imbricatis cum diphye stephanomia convenit, tentaculorum ratione differt, speciem igitur forsan mediam inter subgenus A et BD sistit. (Brandt.)
DIPHYDES. 4317
motion trouvent donc un point d'appui sur la colonne d’eau qui s'engage dans ces canaux béants ou refermés par les contractions de leurs parois, en même temps qu’elle est aidée par les arêtes cartilagineuses des divisions extérieures qui font l'office de rames accessoires. La seconde pièce natatrice, sorte de graine qui enveloppe la base du tube digestif, sert aussi à le cacher lorsque, par la contraction de ses fibres, il se replie dans'son intérieur pour se protéger des agents extérieurs. Quand il se développe et traîne à la remorque les deux pièces qui lui servent de flotteurs, c’est que l'animal cherche à atteindre une proie, ou bien qu’il est au moment de la reproduction , et que les gemmes doivent se détacher des individus adultes.
Les acalèphes diphydes ont été rencontrés dans les mers de la zone équatoriale et surtout dans les mers tempérées , la Méditerranée ; on n’en connaît qu'une ou deux espèces des régions septentrionales. Nous n’admettons que deux divisions dans cette famille, 1°. les polygastriques , et 2. les monogastriques.
Au reste, tout est à faire dans cette famille ; les découvertes à venir doivent l’enrichir d’un très-grand nombre de formes nouvelles, et déjà on doit s’applaudir des résultats qui ont été obtenus,dès le début de la découverte d’un bien petit nombre de ces acalèphes.
Le genre pyramis d'Otto est évidemment une pièce d’enclavement d’un pléthosome ; il en”est de même sans doute du genre tetragona de MM. Quoy et Gaimard. Quant aux genres praya, sulculeolaria, galeolaria, rosacea, noctiluca et dohiolum, que M. de Blainville classe parmi les diphyes , nous avouons que leur place n’est encore bien marquée ni près des diphyes, ni près des béroïdes, bien que nous les ayons provisoirement décrits comme appendice à cette famille. (Voyez p. 140 et suiv.)
1° TRIBU. LES POLYGASTRIQUES, POLYGASTRICE.
Plusieurs sacs stomacaux , dilatables , attachés à un long tube digestif contractile.
On peut y admettre deux genres : les VRAIES DIPHYES, diphyes, Cuv., dont la pièce nucléale est à peu près de même forme que la pièce natatrice, et les HÉTÉRODIPHYES, heteroch-
phyes, où cette même pièce nucléale est, relativement à la seconde, toujours très-petite et &e forme différente.
Cette division se rapporte en grande partie aux deux coupes admises en dernier lieu par MM. Quoy et Gaimard; à savoir : A. espèces dont la partie antérieure a deux cavités bien disnnctes , et B. espèces dont la partie antérieure n’a qu'une eavite, et dont la seconde pièce est excessivement petite. Les premières répondent à nos polygastriques, et les secondes à nos monogastriques.
4e GENRE. DIPHVYE, pipuyes.
G. Guvier, de Blainville, Quoy et Gaim., Eschscholtz. — Dagysa, Lesueur.
Corps natateurs de forme à peu près semblable ; antérieur ou natateur à deux cavités distinctes; le postérieur ou nucléal à une seule ; à ouverture arrondie , bordée de dents fortes et impaires ; le nuciéus peu ou point distinct, situé au fond d’une cavité, d’où part un cordon stomacal et cirrhigère, creux à l'intérieur et garni, de proche en proche, de cloches renfermant des sacs evoïdes, terminés par un tube allongé, dilaté en ventouse au sommet. Des paquets granuleux attachés à la base de ces renflements; partie antérieure du corps nucléal s’avançant en rostre aigu ; partie postérieure ou natatrice tronquée et dentée sur le pourtour de l'ouverture locomotrice.
M. de Blainville indique dans son livre sur les zoophytes, cinq espèces des mers des Antilles, dont il a vu des figures, mais dont il n’a pas publié les diagnoses : ce sont les diphyes vitrea, amphiroa , navicula, Cuvieri et Dumontii des manuscrits de M. Lesueur, et que cet habile iconographe a peintes sur la nature vivante, Le nom de dagysa, adopté par M. Lesueur, est un nom que Solander et Gmelin avaient consacré à des animaux marins; mais M. de Blainville se demande si ces dagysa de Solander ne sont pas plutôt des biphores. Nous restreignons ici aux vraies diphyes les mêmes espèces que MM. Quoy et Gaimard: c’est-àdire celles à deux organes natatoires ayant plusieurs sacs stomacaux , et dont la deuxième partie a un long sillon inférieur pour loger le cordon cirrhigère. Nous ne connaissons pas non plus l'animal marin fragile jeté à la côte par une tempête, et que M. Hollard a nommé diphya sagittaria.
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