INTRODUCTION. XXI
LA
des mauvaises herbes qui croissent autour d'elle. Les » grattes de nos filets espagnols, que vous condamnez, » nettoient les rochers et préparent le sol du fond de la » mer, comme la charrue prépare la terre qu'on doit
» ensemencer. D'ailleurs, ajoutait-il, le pied du Corail
LA
» dont on a cassé le sommet meurt et ne pousse plus; que » ce soient les filets de corde ou les instruments de fer
LA
qui l’aient rompu, la mort est certaine. »
Combien ne serait-il pas à regretter que de semblables erreurs pussent être admises et être présentées à l'appui des projets de règlements permettant les engins de fer. Les armatures où gralles, en raclant les rochers, détruisent les gemmules, qui ont quelquefois moins d’un millimètre de hauteur, et que les cordes des filets, en flottant,ne peuvent atteindre. Îl faudrait, pour soutenir de pareilles opinions, croire encore à la nature végétale du Corail, ou n'avoir jamais observé ces pierres si riches en petits pieds de toutes les grandeurs |
J ai passé bien des moments sur les plages de la Calle, le soir, accompagné du bon maitre Drago, qui me servait d'interprète pour comprendre les patois italiens; là, après la rentrée des corailleurs, en causant avec eux, 1l m'a
Fe
été facile d'apprendre à connaître tous leurs préjugés. Aussi leur donnais-je rendez-vous autour de mes aquariums, et s'ils ne s'en allaient point convaincus, ee qu'ils ne m'ont jamais dit, du moins paraissaient-ils profondément étonnés et surpris de ce que je leur montrais. L'Espagnol qui soutenait l'utilité des dragues de fer était intelligent, et pour lui prouver son erreur, je le priai
de me montrer les produits mêmes de sa pêche, en l’assu-
XXII INTRODUCTION. rant qu'ils me fourniraient les preuves à l'appui de mon opinion. Ce me fut chose facile, car 11 est impossible d'ouvrir une caisse de Corail, et lon pourrait presque dire d'observer quelques échantillons, sans trouver tantôt des ramuscules cassés et soudés à leurs voisins, tantôt de oros rameaux portant de grandes troncatures recouvertes par les tissus mous de nouvelle formation, et sur lesquelles poussent de petites tigelles : ce qui démontre que
le Corail cassé ne meurt pas toujours.
IL est bien difficile de faire un livre d'histoire naturelle sans accompagner les descriptions de dessins reproduisant les formes principales des objets dont on veut donner une idée exacte; aussi un Atlas accompagne-t-il ce travail exéeuté avec les plus grands soins; toutes les figures qui ont servi de modèles pour le composer ont été dessinées et coloriées sur les lieux mêmes où ont été faites les observations, et les proportions de plusieurs d'entre elles ont été estimées à l’aide de la chambre claire. Pour beaucoup, le dessin a été refait plusieurs fois. Les formes des animaux sont tellement variables, qu'il a fallu prendre, entre toutes, celles qui rappelaient le mieux la physionomie la plus habituelle. Ce travail a été long, mais aussi il permet de pouvoir garantir une grande exactitude, car tout a été fait sur la nature
vivante et dans les meilleures conditions possibles.
Arrivé au terme de mon travail, c'est pour moi un devoir d'adresser mes remerciments à toutes les per-
sonnes qui ont bien voulu s'intéresser à lui.
INTRODUCTION. xt Je prie Leurs Excellences M. le Ministre de l'instruction publique et M. le Gouverneur général de l'Algérie de recevoir l'expression de ma gratitude pour l'encouragement qu'ils ont bien voulu donner à cette publication.
Quoique la direction des affaires de l'Algérie ne soit plus entre les mains de M. le comte de Chasseloup- Laubat, je le prie de recevoir mes remerciments pour m'avoir fait l'honneur de me charger d'une étude générale du Corail.
Je serais heureux de penser que les soins, les fatigues de toutes sortes et les sacrifices même que m'ont imposés les voyages faits en dehors de la mission, puissent lui prouver combien j'ai cherché à répondre à la marque d'estime qu'il avait bien voulu me donner en me confiant ces travaux difficiles.
M. le contre-amiral Baudin, commandant la marine en Algérie, pendant mon séjour sur les côtes d'Afrique, a suivi mes études avec un intérèt tout particulier. Il a facilité mon travail par tous les moyens dont il pouvait disposer, et l'accueil aussi bienveillant qu'affectueux qu'il a bien voulu me faire, ne s’effacera jamais de mon souvenir. Je le remercie cordialement,
Avec cette urbanité qui caractérise MM. les officiers de marine, MM. les commandants des garde-pèche Bertrand et Maulard, ont rendu mes recherches faciles en me faisant aider par deux de leurs hommes, dont le dévouement ne s'est jamais démenti pendant mes trois campagnes.
Le second du Corail, qui fut plus tard à bord de l'A
gérienne, le maitre de manœuvres Drago, qui connaissait
XXIY | INTRODUCTION.
parfaitement la pèche du Corail et naviguait depuis fort longtemps sur les côtes de l'Algérie, m'a rendu les plus grands services dans mes relations avec les pêcheurs. Si jamais, pendant les séjours prolongés que j'ai faits en Afrique, à trois époques différentes, les objets d'étude ne mont manqué, cest certainement au zèle qu'il mettait à remplir les ordres que lui avaient donnés ses commandants.
Le matelot Lanceplaine était chargé de mes aquariums. Dans des études comme celles que j'avais à faire, les précautions devaient être aussi minutieuses qu'assidues. Ia été infatigable quand je rencontrais de si grandes difficultés à faire vivre le Corail, surtout pendant l'été, en 1861, lorsque je commençais à craindre de ne pas réussir. Îlsingéniait à mulüplier et à varier ses soins; rien na pu le rebuter pendant près de trois ans.
Aussi, à maitre Drago comme à lui, je rapporte une bonne part de la réussite de mes recherches, et je pourrais dire comme Peyssonnel parlant de la découverte : « Les matelots m'aidaient extrèmement, ils observaient » aussi bien que moi; bien des petits riens qui m'échap- » paient, étaient remarqués par eux. Îls me disaient : » Voyez telle ou telle chose, et sur leur dire je faisais » des attentions, je notais, je vérifiais (1). »
M. Nardi Mangeapanelh, possesseur de nombreux bateaux et habitant la Calle depuis les premiers moments de la conquête de l'Algérie, a mis toutes ses embarcations à ma disposition avec une grande libéra-
(1) Voy. Peyssonnel, manuscrit du Muséum d'histoire naturelle, et le travail de M. Flourens (Ann. des se, nat., série 2%, t, IX, p. 854.)
INTRODUCTION . XXV lité. Je ne saurais trop le remercier. C'est par ses patrons que j'ai pu faire jeter des jarres sur les bancs, pour commencer une expérience, qui est maintenant en voie de s’accomplir, sur la durée de l'accroissement ; c'est sur ses bateaux que je me suis embarqué et que j'ai passé
plusieurs jours à faire des observations à la mer.
[a Nas
FF? dE onda
surf qu 's sl fs EM: RE in ES
CRE, LM ET CU TT volt tof, min. th£ ECTS h oruby bnégrel Der ess si
CITE CODE at “its À vhs iubral mt
QéRsg Le Le Di piments cran ‘tt attusM #44" LE ' CUITE D ui & unes ai DEL ft ur end à
ÿ a La er
be CORAN
La nature du Coral à été longtemps méconnue. Elle est restée un mystère Jusqu'au siècle dernier.
Ce n'est pas à dire que les naturalistes, tant anciens que modernes, n'aient essayé à toutes les époques de la faire connaître. Mas leurs efforts devaient nécessairement rester sans résultats ; car leurs explications, basées sur des hypothèses gratuites, ne pouvaient résister à la critique. Qu'on ne s'étonne donc pas de rencontrer, dès les premiers pas que l'on fait dans l'histoire du Corail, de nombreux écrits, des opinions trèsdifférentes et des discussions parfois assez vives.
C'est le sort de toutes les choses peu connues ou difficiles à connaître. Elles servent d'altment aux discussions tant qu'un homme nest pas venu fixer 1rrévocablement leur origine et leur nature. Alors, mais alors seulement, on reconnait les erreurs du passé, et souvent on se demande comment les esprits les plus élevés ont pu s'éloigner autant de la vérité.
Le Corail, plus que toute autre chose, devait fure naitre des discussions scientifiques.
Appartenant à un groupe d'animaux dont Forganisation s'éloigne et diffère beaucoup des êtres les plus connus qui entourent l'homme; rappelant, par son port une plante, et par sa dureté une pierre, il devait naturellement embarrasser les naturalistes qui ne l'étudiaent que desséché, et qui n'allaient point l'observer dans les conditions biologiques où 11 se développe. L'idée qui se présentut là dernière à leur’ esprit était certainement qu'il pût ètre produit par un animal. Aussi voit-on des hommes du plus grand mérite s'mgénier à trouver des preuves à l'appui d'opinions qui ne sont plus aujourd'hui que des erreurs.
Placé successivement dans hat des trois règnes de la nature, il offrait, on doit bien le penser, des caractères tout à fait opposés à ceux qui voyaient en lui, soit un minéral, soit une plante, soit enfin un animal.
Sans passer en revue tout ce qui a été écrit, cherchons a reconnaitre par quelle filiation d'idées les naturalistes sont arrivés à des opimons si opposées. En suivant cette marche, nous puiserons dans l'étude de l'histoire de la science des ensergnements précieux, et nous éviterons des répétitions sans fin, en reconnaissant au milieu de tout ce qu à été écrit quelques idées principales reparaissant sans cesse, et n'ayant pour tout mérite qu'une forme plus neuve où un essai de démonstration plus original.
Des la plus haute antiquité le Corail a été porté comme objet de parure. et dès la plus haute antiquité aussi on à cherché à reconnaitre sa nature, à expliquer sa formation.
Orphée a dit en vers ses propriétés et son origme. Par une fiction ingénieuse et poétique, il a donné la raison de sa forine. de sa couleur et de sa dureté.
Chacun a conservé dans ses souvenirs Fhistorre mythologique de Persée débarrassant le monde de la Gorgone Méduse, ce
le]
monstre dont le regard métamorphosait en pierre tout ce qui l'approchait. La fiction, S'aidant de cette fable, trouva dans le Coral une plante rougie par le sang et pétrifiée par le contact de la tête de Méduse, que Persée avait posée sur le rivage quand, après son triomphe, 1! vint purilier ses mains du sang qui les souillait (4).
Les faits positifs ont été souvent remplacés par des fables, et l'intervention des forces surnaturelles à toujours fourni des explications faciles là où il n'était pas aisé d'en trouver.
Faut s'étonner apres cela que le Corail ait jouit d'une si grande estime et qu'on lui ait attribué des propriétés si merveil= leuses?
Mais, chose digne de remarque, quelques-unes des opinions qu'avaient sur fui les anciens se sont propagées presque jusqu'à nos Jours. On les trouve même encore parmi les personnes les mieux placées pour en reconnaitre la fausseté.
Ovide (2) avait dit dans ses Wétamorphoses, que sous l'eau le Corail était mou, qu'il durcissait seulement au contact de laur. Cela n'est pas exact. et cependant durant combien de siècles n'a-t-on pas partagé l'opinion du poëte (3)!
(4) Voy. Joan. Ludovici Gansii D. medici Franco furtensis Corallorum histo- FIG, NMDC.XXX, D. D.
La pièce d'Orphée en vers grecs est suivie de trois traductions en vers latins, (2) Ovide, Métam., IV :
Nune quoque curaliis eadem natura remansit, Duritiem tacto capiant ut ab aere ; quodque Vimen in æquorc erat, fiat super æquora saxumn. (3) Voy. Gansius, loc, cif, Les deux vers suivants sont sous la vignette qui représente le Corail :
Nobilis emergil moriendo gemma coralius Qui sub aquis vivens vilis, ut alga, fuit.
Id., 40. p. 26. Autre pièce de vers intitulée Marbodeï angli poetæ antiqui carmen de Corallis :
Corallus lapis est, dum vivit in æquore vimen, Fetibus avulsus vel cæsus acumine ferri,
Acre contractus fit durior et lapidescit, Quiq. color viridis fucrat modo, puniceus fit.
hi HISTORIQUE.
Déja Nicolaï (Jean-Baptiste), chargé de la pêche en Tunisie, avait fait plonger ses matelots pour s'assurer de la chose; 1l avait lui-même tàté les rameaux sous l'eau dans les filets, et reconnu l'erreur des poëtes (D).
Apres lui, Boccone s'était élevé aussi contre une observation dénuée de tout fondement. I avait traité même assez mal ceux qui partageaient l'opinion d'Ovide, car il dit en propres termes «qu'il s'imagine que les idiots, s'arrêtant à cette superficie (la » croûte ou l'écorce), ont dit que le Corail est molsous l'eau (2).»
Marsigli ne fut done pas le premier à démontrer l'erreur des anciens, propagée sans doute par l'habitude qu'ont les hommes de répéter les choses sans en vérifier par eux-mêmes l'exactitude (3).
Théophraste, Dioscoride et Pline ont admis que le Corail étut une plante: mais ils ne nous ont rien appris sur son orioine et sa formation.
Que dire de ses prétendues propriétés? Elles étuent tenues pour très-nombreuses, très-variées, et tout aussi merveilleuses que son origine. Louis Gansius les à énumérées avec com plusance dans son traité, où lon trouve, avec les vers d'Orphée, ceux d'un autre poëte qui nous apprend que le Coral préserve de la foudre, des ombres sataniques: que, répandu en poudre sur les champs. il les féconde; que, porté au cou, ilenleve les douleurs de ventre, et mille autres choses semblables (4).
Liussons tout cela de côté : 11 peut ètre curieux sans doute
(1) Voy. Fiourens, Annales des sciences naturelles, 1838, Zool., 2° série, L IX, p. 336.
(2) Voy. Boccone, Recherches et observations naturelles touchant le Corail, ele., lettre 8°, p. 17. Amsterdam, 1674.
(3) Voy. Marsigli, Histoire physique de la mer, p. 111.
(4) Voy. Gansius, loc. cit., p. 26, la pièce de vers citée ici à la page 5.