LA
HISTORIQUE. 9 de voir comment les anciens mterprétaient l'origine des choses, mais en face des faits positifs maintenant acquis à la science, toutes ces histoires tombent dans le domaine de la curiosité. elles peuvent et doivent même rester en dehors du cadre de cet ouvrage.
C'est tout près de nous, dans le siècle dernier, que commence, à proprement parler, l'histoire des vraies découvertes relatives au Coral. Elle Souvre par une discussion célèbre et intéressante à tous égards, qu'il n'est pas possible de passer sous silence, bien qu'elle soit rapportée dans plusieurs ouvrages modernes.
En 1706, le comte de Marsigli annonça un fait qui eut un erand retentissement, et étonna autant qu'il ravit le monde savant : car S'il existait des hypothèses pour expliquer la formation du Coral, aucune ne paraissait, avec juste raison, suflisante et parfaitement démontrée.
Ferrante fmperato avait affirmé, dans son Traité sur la mer, que la nature végétale du Coral étut évidente (4). Tournefort avait aussi écrit la même chose dans son Mémoire de 1700, sur les plantes pierreuses qui eroissent dans la mer (2); mais ni Fun in autre n'avaient donné des preuves inattaquables de leur manière de voir, et n'avaient montré des analogies directes: d'ailleurs les trous dont sont percées la plupart de ces prétendues plantes embarrassaent fort les naturalistes par leur constance, leur régularité et leur forme particulière. Aussi, quand Marsigh (3) vint dire qu'il avait vu les fleurs du Corail. sa découverte fut accueillie avec empresse-
(1) Voy. Ferrante Imperato, Historia naturale, 1699.
(2) Voy. Tournefort, Histoire des sciences (Mém, de L'Acad. des sciences), 1750, p. 270.
(5) La première communication du comte de Marsigli daie de 1706 ; elle fut adressée à l'abbé Bignon, président de l'Académie des sciences,
(ti HISTORIQUE,
ment, on pourrait presque dire avec reconnaissance; car elle paraissait démontrer d'une manière positive là nature végétale que des auteurs du plus grand poids maient encore,
L'occasion se présentera plus lom de montrer que l'on diseuta souvent sans s'entendre, parce que là plupart des études étaient fautes sur du Corail conservé dans les musées, et non sur du Coral frais; que l'avantage resta toujours à ceux des naturalistes qui étaient allés à lt mer pour voir les choses directement et dans les meilleures conditions possibles.
Boccone était de ceux-ci; 11 avait assisté à la pêche, etil s'était élevé depuis longtemps contre l'idée que le Coral pouvait être une plante. Ses arguments avaient fait impression et laissé le doute dans les esprits, car ils étaient de ceux qu'apporte un homme convamneu, un homme surtout fort de ce qu'il avait vu. Cependant, il faut le dire, Boccone n'était pas moins dans l'erreur que ceux qu'il combattait (D).
Réaumur, le savant célèbre que chacun connaît, ne t-ce que par le thermomètre qui porte son non, avait cherché à se fure une 1dée de ces productions marines regardées comme des plantes, et parmi lesquelles il lui répugnait tant de placer le Corail.
Dans son opinion, 1l dédoublait, pour ainsi dire, la plante des auteurs anciens, et reconnaissait dans les parties d'un même être deux choses distinctes : la partie dure, véritable concrétion devenue indépendante, et le végétal, représenté seule ment par l'écorce (2).
On trouve son opinion bien nettement exprimée dans le passage Suivant :
1) Voy. Boccone, loc. cit,, les différentes lettres qu'il adresse à Pierre Guisony, médecii à Avignon.
(2) Voy. Réaumur, Mém, de Acad, roy, des sciences, 1727, p. 274.
HISTORIQUE. T € Mais revenons encore à la comparaison des plantes et des animaux, et remarquons qu'il y a plusieurs espèces de ces derniers qui sont recouvertes de pierres. Les coquilles si variées par leurs figures et leurs couleurs, que sont-elles autre chose que des pierres du genre de celles dont on fait de la chaux ? Nous avons expliqué ailleurs leur formation. Un suc pierreux est charrié à la surface du corps de l'animal. il prend consistance ‘ils + rassemble par couches qui, ajoutées les unes aux autres, forment une couverture solide qui détend les parties délicates. Le même sue pierreux, ou le sable rouge déposé par couches au-dessous de cette plante, qui n'a que l'épaisseur d'une écorce, lui forme la tige, le soutien qui lui est nécessaire : dans lun et dans l'autre cas, dans celui de la formation des coquilles et dans celui de la formation du Corail, la matière pierreuse s'échappe des vaisseaux et n'est plus reprise, ni par les vaisseaux qui l'ont portée, ni par d'autres. En un mot, les coquilles sont des pierres produites par des animaux, et les Coraux des pierres produites par des plantes ; mais les Coraux n'en sont pas plus plantes, comme les coquilles ne sont point animaux. La production et laccroissement des unes et des autres ne se fait pas par la méchanique, qui fait l'accroissement des véritables parties des animaux et des véritables parties des plantes (D). »
Au pnuheu de ces doutes. la découverte des fleurs venait
apporter la clarté là où 1 nv avait que confusion. On voulut
vérifier le fut, car 1létait encore des naturalistes peu faciles à
convaincre, qui miaent la possibilité de l'existence d'une fleur
au sein de l'eau, bien que Passertion de Marsigli fût positive,
conime on peut en juger.
«Les branches de cette plante étant ürées de la mer et
posées dans des vases où il v ait assez d'eau pour les couvrir,
(1: Voy. Réaumur, Mém. de l’Acad. roy. des sciences, 4727, p. 275.