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S 4er,
Les formes et la structure que l'on vient d'apprendre à connaitre, se trouvent dégagtes de toute complication dans un ooZoïte qui, n'ayant pas encore acquis la faculté blastogénétique, est resté simple etisolé. Mais dans une branche ou un zoanthodème, les animaux (4) sont plongés dans le tissu commun qui recouvre l'axe. I faut donc maintenant chercher quels sont les rapports qu'affectent entre eux les différents habitants d'une même colonie; quels sont les moyens d'union qui les tiennent rapprochés et soudés; quels sont les tissus mous d’où
(DAVoy: DL'IVS et 48; LACAZE-DUTHIERS. 5
semble sortir leur corps, et enfin quelles relations ils ont avec l'axe ou le polypier.
Le corps charnu, épais, mou et facile à entamer avee l'ongle, qu'on nomme si volontiers écorce, tant sa ressenfblance est grande avec cette partie des végétaux, est plus ou moins épais dans les différents points où on l’examine; vers les extrémités, 1l forme presque à lui seul toutes les parties. Aussi les ftaliens appellent-ils puntas vaceas (pointes vides), les bouts des Zoanthodèmes qui ne renferment pour ainsi dire pas de partie solide. Vers la basé, au contraire, il est infiniment moins considérable.
C'est une loi générale : L'épaisseur de l'écorce, ou sarcosome, est en raison directe de l'activité de la blastogénèse. Comme celle-ci varie dans les différents points du zoanthodème, il en résulte que l'épaisseur de l'écorce suit les mêmes variations.
Des armateurs n'ont affirmé que lon pêche quelquefois des tiges allongées de Corail, ayant Jusqu'à un décimètre de hauteur, et dont le polypier est si grêle, qu'on pourrait supposer qu'il n'existe pas. Chez elles, tout est pour ainsi dire écorce, tant l'activité du bourgeonnement à été rapide.
H faut donc reconnaître que le sarcosome, où corps charnu, est la partie vivante par excellence, que lui seul produit le Corail que l'on trouve dans le commerce. Aussi s'étend-1l et s'apphque-t-il exactement sur tout le polypier, et si quelquefois il lui arrive de mourir sur des points isolés, alors les parties correspondantes de l'axe cessent de s'accroître.
I n'est pas rare de rencontrer des rameaux très-grands, presque entièrement dépouillés, et ne portant plus que quelques plaques d'écorce, dont les bords cicatrisés limitent autant de petits îlots ou agglomérations de polypes : ce sont les débris d'une population jadis florissante, qui si les chances leur deviennent plus favorables, repeupleront de nouveau cette rume de la colonie, à la fondation et au développement de laquelle
DE L'ÉCORCE OÙ SARCOSOME. 67 ils avaient concouru, C'est pour n'avoir pas reconnu ces relations intimes qui bent le polypier et l'écorce que les naturalistes ont discuté si longtemps sur la nature et la formation du Corail.
Leurs opinions sont aussi insiructives que curieuses : elles montrent comment on cherchait, par tous les moyens possibles, à soutenir des théories qui, péchant par la base, croulaient à lamomdre objection.
Pierre Boccone, gentilhomme sicilien, tres-expert dans la recherche des choses naturelles, comme le qualifie Swammerdam, se refusait obstinément à admettre que le Corail fût une plante, et, d'apres des observations faites à la mer, il pensait que son lait, ou levain (éomme il l'appelle), le formait par juxtaposition. l revient fréquemment sur l'existence de l'écorce, dont il fat connaitre les caractères.
«Toute la surface du Corail, dit-il, quand il sort de la mer, » est couverte d'un tartre ou croûte déliée rouge sur le Corail » rouge et blanche sur le blane, approchant à une couche de bol » que les ouvriers sont accoutumés de mettre auparavant de » dorer et de coucher l'or sur quelques quormice de tableau.
» …. Nous l'appellerons fucus, quoy que les auteurs l’appellent » mucus où tartre..….. (4).» "
Plus loin. dans la même lettre, 1 cherche à en définir le rôle.
«Quant à l'usage de ce fucus rouge... j'estime que c'est » pour contribuer à la couleur rouge et défendre le levain et les » bouts avec les autres parties du Corail des mjures de l'ur, de » l'eau et des autres corps qui l’environnent, et pour fournir » des sels par juxtaposition (2). »
Les pores qui le couvrent lui paraissent concourir à la production des branches. mais il ajoute : « de croy qu'ils » servent encore pour transpirer et pour recevoir TR » parües du selet du sédiment des eaux de la mer (3). »
(1) Voy. Boccone, loc. cël., lettre 2°, p. 7.
(2) Voy. idem, &b., p. S.
(3) Voy. idem, éb., p. 10.
68 ORGANISATION DU CORAIT.
I est inutile de réfuter de semblables opinions; 11 suffit de les citer pour qu'elles soient jugées.
Réaumur avait sur l'écorce une opinion plus raisonnable, et qui ne manquait pas dorigmalité. Puisant dans les lettres de Boccone les preuves de la nature p'erreuse et de la formation par juxtaposition; empruntant à Marsigli les démonstrations de la nature végétale, il était conduit à dire : «que cette écorce, » ou ce fucus, ressemble aux plantes parasites qui, pour croitre, » ont besoin d'être soutenues; mais elle en différe par un endroit » singulier, au lieu que les plantes parasites s'appuient sur des » tiges étrangères, à mesure que celle-ci croit, elle se bâtit une > tige pierreuse si belle, qu'elle s'est presque seule attirée l'at-
» tention, et qu'elle à usurpé Le nom de là plante à qui elle » doit son origine (4). »
în les réumissant, il cherchait ainsi à faire concorder des
Op IRIONSOPposées.
Ïl est une erreur accréditée parmi quelques pêcheurs et armateurs qui, pas plus que les anciens naturalistes, n'ont connaissance du véritable rôle du sarcosome. I n'est pas sans utilité de Ei faure connaitre.
Pour quelques-uns d'entre eux, il existe deux especes de Corail vivant : l’une avec écorce, l'autre sans écorce. Cette dislineton, entérement erronée est fondée sur ce que dans Findustrie on appelle Corail mort, tout celui qui, avant séjourné sur le fond de la mer, après s'être détaché de la roche, à pris une teinte brunûtre, noirâtre ou vaseuse.
Le Corail en mourant perd son écorce; mais il peut rester attaché aux rochers, alors 31 conserve sa belle couleur rouge, et, aux veux des pêcheurs, est vivant. Un armateur qui soutenait cette opinion avee chaleur, me montrait dans ses caisses
(4) Voy. Réaumur, Mémoires de l’Académie royale des sciences, 1727, p. 274.
DE L'ÉCORCE OU SARCOSOME. 69 de nombreux échantillons de magnifique Corail décortiqué, d'un beau rouge, et qui, pour lui, avaient été pêchés vivants. H ürait les preuves à l'appui de son opimon de Ia présence des poils et de la barbe qui les couvraent. Jamais, disait-1l en les montrant, ceux-là n'ont eu d'écorce.» Ces prétendus poils et cette barbe n'étaient que des Bryozaires où des Sertulariens bien connus, qui s'étaient fixés sur un axe dénudé, comme ils l'auraient fait sur toutautre corps solide. |
Que de préjugés semblables il serait facile de relever! Mais il suffit d'en signaler un en passant pour montrer combien d'opimons fausses ont dù être peu à peu admises faute de sérieuses vérifications.
Quels sont les éléments contenus dans Fécorce ?
Dans une coupe mince (4) de son tissu, le microscope fait découvrir d'abord de toutes petites masses cristallines vivement colorées, disséminées çà et là, et auxquelles on à donné le nom de spicules, sclérites (2) où corpuscules calcaires: ensuite de nombreux vaisseaux (5), les uns plus grands (4), les autres plus petits (5), entrecroisés dans tous les sens; enfin, un tissu général commun, dans lequel sont creusés les vaisseaux et disséminés les spieules.
Evidemment, 11 existe un quatrième élément, car le sarcosome est contractile, 1l doit renfermer des fibres motrices : mais les préparations sont rendues tellement difficiles par la présence des corpuscules calcaires, qu'il est impossible de rien affirmer à cet égard.
Passons en revue successivement chacun de ces éléments.
1) Voy. pl. VE, fig. 25.
2) Voy. Milne Edwards et J, aime, lo, cit, et Histoire des Coralliaires. +) AN En) ES TE ER
HNoy-ad is het ru):
(5) Vav. id, id, (b b).
Spicules ou sclérites.
Les éléments qui vont nous occuper sont de trés-petites concrétions caleaires plus ou moins allongées, couvertes de nodosités hérissées d'épines, et ayant une forme assez régulièrement déterminée (D).
On trouve des variétés si nombreuses, que l’on doute, au premier abord, de l'existence d’un caractère propre à les faire reconnaitre. Toutefois, en recherchant bien, on finit par découvrir une forme qui, résumant toutes les autres, peut être regardée comme un type.
Dans cette forme, la longueur égale une fois et demie à deux fois la largeur, et le nombre des nodosités est ordinairement de huit. Dans la plupart des Alcyonaires la longueur l'emporte de beaucoup sur la largeur, c’est presque la règle générale.
Si, par la pensée on isole l’une de ces nodosités, on voit qu'il est possible de la comparer, à peu près, à une pyramide à base carrée (2), dont le sommet représente une sorte de pédieule, dont les arêtes sont hérissées chacune par deux séries linéaires de petites aspérités, et dont la base irrégulière, un peu bosselée, porte elle-même quelques épines. Ce sont ces nodosités épneuses “x eu se groupant dans un certain ordre, forment les spiculet |
Décrire un sclérite n’est pas chose facile ; on ne le peut guère sans s'aider de quelques figures géométriques, naturellement beaucoup trop régulières, Qu'on s'imagine done un noyau
(4) Voy. pl VE fig. 24.
(2) Voy. td., fig. 25 : (b) est la figure de profil de l’une des tubérosités spinuleuses les plus régulières, (a) est la base de la pyramide vue de face, pour montrer les huit séries de spinules,
DE L'ÉCORCE OU SARCOSOME. jLil prismatique, à base carrée, couché devant soi ; que sur ses bases, l'une antérieure, l'autre postérieure, on fixe, par son pédicule, une des nodosités hérissées d'épines qu'on vient de voir; que tout près des bases, on en place une en avant sur sa face supérieure, ainsi qu'une en arrière sur sa face inférieure ; que sur ses arêtes latérales supérieures et sur ses arêtes latérales inférieures on en ajoute deux en arrière, deux en avant, et l'on aura groupé les tubercules composant le selérite que l'on peut considérer comme tvpe de la forme caractéristique dans Je Corail (4).
Dans cette disposition, on voit qu'il v a deux nodosités ter minales et six latérales; en tout huit.
On remarque sans doute que sur chacune des deux faces du prisme, il y a une nodosité isolée et deux rapprochées, et qu'elles alternent d’une face à l'autre ; qu'ainsi, en avant, on en trouve une en dessus, deux en dessous, et en arrière, deux en dessus, une en dessous, Cette alternance ne saurait mieux être représentée que par la superposition de deux triangles isoceles, dont les angles porteraient les nodosités, la base de l'un répondant au sommet de l'autre.
Cela est si vrai, que les spicules en se développant (2), quand ils sont encore très-petits et sans nodosités, paraissent exclusivement formés par deux triangles isocèles superposés, le sommet de lun dépassant un peu là base de l'autre, et réciproquement.
Pour analyser exactement les aspects variés que présente un même sclérite, il faut d'abord en faire l'étude dans la position qui vient d'être indiquée ; on la cherche en le faisant rouler lentement jusqu'à ce que les nodosités termineles soient vues de profil, que les deux rapprochées se montrent de trois quarts, et qu'entin celles qui sont isolées se présentent de face
(1) Voy. pl. VI, fig. 24 (b\. Ce spicule est très-régulier, ainsi que celui qui est le plus vivement coloré dans le bas de la coupe, On n’a qu’à tourner la figure ainsi qu'il vient d’être dit, pour se trouver dans la position de la description.
Voy. aussi pl. XX, fig. 116 : spicule de Corail blanc, (2) Voy. id, fig. 26.
par leur base. Mais, pour peu qu'il y ait déplacement (1) à droite ou à gauche, alors tout semble interverti, etles jeux de lumiere, quis’accentuent si vivement dans les angles de la substance calcare transparente, contribuent encore à rendre l'analyse plus difficile.
Tous ces détails, quelque ennuyeux et fatigants qu'ils puissent être, devaient cependant trouver place ici; car, dans les études que nous aurons à faire plus tard pour reconnaitre le Corail à son premier état de développement au milieu de tant d'autres corps rouges, il sera nécessaire d'avoir un terme de comparaison bien positif.
Il est maintenant possible de se rendre compte des variétés de forme que l'on rencontre; il suffit d'en fure connaître quelques-unes.
Fréquemment, le nombre des nodosités augmente et arrive à dix ou douze ; dans ce cas, le spicule devient touffu ebtout hérissé de pointes. Ces nouvelles nodosités s'interposent entre les premières, dont là position parait constante.
Quelquefois, on croirait que les spieules ne se développent que par un bout, et forment, en se soudant quatre à quatre, par l'extrémité non formée, une croix à bras égaux (2).
I n'est pas rare non plus d'en rencontrer de soudés deux à deux, formant des masses globuleuses comme framboisées, dont les formes primitives sont très-difficiles à reconnaître.
Ces corpuscules réfractent vivement la lumière; als offrent des contours très-nets ettrès-heurtés, bordés par des ombres tres-fortes et très-noires.
Leur couleur est celle du Corail, mais elle paraît d’un rouge
(4) Voy. pl. VI, fig. 25. Le spicule (a) est très-bien développé; il est aussi régulier que le spicule (b), mais pour avoir été dessiné un peu de côté, il n'a plus la même apparence que les autres.
(2) Ce qui, pour le dire en passant, avait été déjà bien observé par Swammerdam (voy. Boccone, letire citée, et, plus loin, le passage cité),
DE L'ÉCORCE OU SARCOSOME. 73 plus fable; cela tent à leur peu d'épaisseur, car une coupe mince de l'axe n'est pas plus colorée qu'eux.
Dans l'écorce desséchée et pulvérulente, ils paraissent jaunàtres, et, quand ils sont réunis en masse, on croirait voir de la poudre de brique ou de litharge. Cela tient à la matière amiiale qui les recouvre et qui, ajoutant son jaune à leur temte naturelle, les fait paraître d'un rouge jaunâtre ; mais si, par la putréfaction où par l'ébullition dans une eau légèrement soudée, on fait disparaître la matière animale, ilsse précipitent au fond des vases où, en se réunissant, ils reprennent leur belle couleur, forment par le tassement un dépôt qui rappelle complétement le polypier du Corail.
Si les polypes épanouis et vus dans une grosse loupe frappaient d'étonnement les pêcheurs qui venaient m'apporter du Corail vivant, les spicules ne manquaient jamais de provoquer encore bien plus les marques de leur admiration. C'est qu'en effet, en les éclurant par des reflets de lumière obliques ou réfléchis, on croirait voir le champ du microscope semé de petites pierreries, dont les facettes aiguës lancent des jets d'une lumiere vive et éclatante, rehaussée par le fond noir que produit l'éclairage.
Le rôle etle développement des spicules seront étudiés, cela estimportant, quand il sera question de l'accroissement de Faxe.
La distribution de ces corpuscules dans écorce se fait partout uniformément; ce sopt eux, et rien qu'eux, qui donnent la couleur. Si le Corail mort paraît plus briqueté que le Coral vis vant, cela tient uniquement à la cause indiquée déjà : lestissus, en jaunissant, masquent la véritable teinte.
La partie du corps du polype, qui s'élève au-dessus du calice, né présente, dans son épaisseur (L), que très-exceptionnellement
des spicules; dans tous les cas; ceux-ci sont tellement éloignés,
() Vov. pl IT, fig. 7 (e).
qu'il serait presque possible de les compter, J'ai observé beaucoup de Corail, et, cependant, je n'ai vu de spicule dans la paroi du corps des polypesque peu de fois. Toujours leur développement s'arrête brusquement, et marque ainsi les limites des festons du sarcosome (E).
Dans une coupe mince (2) , on les voit occuper des positions qui n'ont rien de réguler; les uns se présentent par l'extrémité, les autres par le côté, L'axe chez celui-ci est dirigé dans un sens, chez celui-là dans un sens opposé.
En regardant une tigelle bien développée et épanouie avec une assez forte loupe ou un microscope à dissection, on voit que la teinte n’est pas uniformément égale partout, qu'en certains endroits, le rouge est plus vif, et que cela tent tantôt à l'aceumulation plus grande des spicules, tantôt à l'interposition des tissus entre eux.
On peut s'expliquer maintenant l'apparence toute particulière que présente le Corail vivant, au moment où 1l va s'épanouir, On le comparerait alors volontiers à de la cire rose, à demi transparente ; cela s'explique par l'abondance des liquides, qui en gonflant les tissus, éloigne les particules de matière colorante et en affubli les effets.
Les très-jeunes zoanthodèmes montrent avec la dernière évidence ce caractère, signe certain de la vie, qui, le plus souvent peut faire reconnaitre, quand il est très-marqué, que le Corail va bientôt s'ouvrir.
Les dimensions des spicules ne dépassent pas certaines limites; les plus grands mesurent 5 à 7 centièmes de millimètre, rarement davantage, Mais ils sont infiniment plus petits dans les premiers moments de leur formation(3). Ce n’est que peu à peu qu'ils arrivent à leur grandeur habituelle,
(4) Voy. pl. IL fig. 6 (a), fig. 7 (a), fig. 8 (a). (2) Voy. pl. VI, fig. 28.
(5) Comparez pl, VI, fig. 24 à 26 (abc).
Depuis longtemps, on connaissait ces éléments particuliers, Swammerdam et, après lui, Réaumur les avaient étudiés.
Swammerdam les appelle les petites parties du tartre corallin, et en donne la description suivante : « Chaque petite partie » est composée d'environ de dix boules angulaires erystallines ; » parfois, on en trouve moins et parfois davantagr. La » couleur de ces boules est approchante du rubis blanchâtre. » Leur figure est toujours en angle, quoy qu'elle semble » tantôt ronde et tantôt moins ronde, et mesme angulaire, » selon la réflexion de la lumière qui passe par ses angles, » néanmoins il me semble que Je puis toujours compter cinq : » angles. Or, dans cette petite partie... sont renfermées comme » j'ay dit, parfois moins et parfois plus de ces boules, qui sont » rangées d’une figure quarée et quelquefois d’une figure » cylindrique, mais le plus souvent de la figure d’une croix » simple, ou quelquefois d’une croix de Lorraine. Il arrive en- » core qu'au lieu d’une de ces figures, les boules sont rangées » comme un petit baston crystallin, qui est composé de six » boules, ou environ... (1).
Cette citation montre combien les observations de Swammerdam étaient exactes et surtout supérieures à celles de Boccone, à qui 1l adressait sa lettre. |
Réaumur parle aussi des spicules, et, sans citer l’auteur hollandais, il arrive aux mêmes conclusions que lui : il affirme leur existence, et les considère comme un sable fin, ayant la même nature que le Corail (2).
Avec les progrès de la microscopie, il à été plus facile de se faire une idée précise de ces parties ténues. Aussi 1l est peu de naturaliste moderne ayant étudié les Aleyonaires, qui n'ait vu les spicules de bien des espèces; mais, entre tous, M. Valen-
(4) Voy. Boccone, 19° lettre de M. Jean Swammerdam, touchant la pierre étoilée, l’origine et l'anatomie du Corail, à M. Paul Boccone, gentilhomme sicilien très-expert dans la recherche des choses naturelles, p. 160,
(2) Voy. Réaamur, Mémoires de 1727, loc. cit.
ciennes (1) à fait connaître des faits importants sur la valeur relative de leurs formes appliquée à la classification.
Des vaisseaux,
Ce qui apres les spicules frappe le plus dans le üssu du Corail (2), c'est la multiplicité des perforations dont il est criblé de toutes parts, et cela quel que soit le pot du zoanthodème où la coupe puisse avoir été faite.
Pour se rendre compte de cette particularité histologique, que l'on prenne une tigelle morte déjà depuis quelque temps, et dont le sarcosome commence à tomber en décomposition; que l'on dirige sur elle avec précaution le jet de liquide d'une seringue fine à injection, et l'on verra les spicules et le tissu se désagréger peu à peu, et disparaitre pour faire place à un réseau de tube, fort riche, dont les mailles s'entrecroisent dans tous les sens (3). Ce réseau s'étend et se retrouve dans toute l'épaisseur du sarcosome. C'est lui qu'on divise dans les préparations microscopiques, et ce sont ses canaux qui forment les perforations qui criblent les lames minces.
En poussant l'anatonne plus loi, 1l est aisé de reconnaitre qu'il y à des vaisseaux de deux ordres très-différents; que les uns, fort réguliers, relativement très-gros et couchés sur l'axe, sont réunis en une couche profonde de tubes parallèles (h) ; que les autres, très-rréguliers et beaucoup plus petits que les précédents, forment un lacis à mailles inégales (5), et occupent toute l'épaisseur de l'écorce.
(4) Voy. Comptes rendus de l’Académie des sciences, 1855, t. XLI, p. 7.
(2) Voy. pl. VI, fig. 23.
(o) Voy. pl V, fig. 21, Cette préparation à été faite comme il vient d’être indiqué.
(1) Voy. id.,id. (a a), — Voy. aussi pl. IV, fig. 18 (f f).
5) Voy. td, id, (bb). — (bb).
La couche profonde, ou le réseau à vaisseaux parallèles, est toujours facile à observer, aussi bien sur le Corail mort et desséché que sur le Corail vivant. Sur les rameaux pêchés depuis longtemps, et dont l'écorce à beaucoup diminué d'épaisseur par la dessiccation, elle parait encore très-bien. Sa couleur jaune la fait remarquer facilement; elle semble, dans ce cas, former à l'axe un revêtement de tissu mou, etle séparer des parties rouges du sarcosome.
En cassant brusquement un rameau non altéré, on voit sur la coupe, tout autour de l'axe, des trous qui correspondent à chacun des vaisseaux qui la composent.
Sur le Coral vivant et frais, il n'est pas moins facile de démontrer les vaisseaux profonds (#). Le moyen quiréussit le mieux est celui-ei : 1 faut fendre le sarcosome suivant une ligne longitudinale, puis le détacher par un démasclage tout à fait analogue à celui que l'on pratique sur le chène-iége. Si l'on à enlevé tous les tissus jusqu'à l'axe, on n'aura plus qu'à les étaler sous l'eau pour voir distinctement, à l’aide de la loupe, les dispositions qu'ils présentent.
Le réseau (2) des vausseaux profonds repose immédiatement sur le polypier, ilest formé de tubes gros, allongés et tout d'une venue, qui rarement se divisent en rameaux secondaires plus petits ; et qui placés à côté les uns des autres, marchent parallélement dans toutes les parties exlmdriques et régulières du polypier, et s'envoient de loin en loim des anastomoses (3), presque toujours formées de canaux plus petits qu'eux, ordi nairement perpendiculaires à leur direction. Ces gros tubes laissent des espaces fort étroits, linéaires, au fond desquels paraissent les autres vaisseaux de l'écorce (4).
Ce réseau est remarquable par sa régularité, par sa posi-
(1) Voy. pl. IV, fig. 18.
CNVov plV. fr. 21.
(3) Voy. id., fig. 22 (d).
(4) Voy. td, id. (e).
tion, et surtout par son développement. On le retrouve dans la plupart des Alcyonaires, et1l présente, dans quelques Gorgones, un très-grand développement.
Ses rapports avee le polvpier, le sarcosome et les Polypes, sont certainement des plus curieux.
Appliqué immédiatement sur l'axe, celui-ci, en se solidifiant, conserve en creux leur empreinte, comme il est facile de s’en assurer en décorticant avec som un rameau de Corail (4); on voit très-bien qu'à mesure que lon détache l'écorce, chaque vaisseau laisse vide une canelure du polypier. Nous reviendrons sur ces rapports, en étudiant la structure et le développement de l'axe.
Sur une préparation du sarcosome, faite comme 1l à été dit, et présentant le réseau profond en dessus (2), on peut voir, si les tissus sont encore assez frais pour être transparents, les mailles du réseau sareosomique et les espaces circulaires répondant aux cavités du corps des Polypes (3), on constate un fait d’une valeur réelle pour la connaissance de la circulation et des phénomènes de nutrition du Corail. Les gros vaisseaux parallèles ne paraissent jamais s'aboucher directement par des orifices aussi larges qu'eux avec les Polypes. Ils passent, le plus souvent, au-dessous de la cavité générale du corps et quelquefois à côté, ainsi qu'on le verra en étudiant l'axe.
Le réseau sarcosomique est bien différent du réseau profond; il est irrégulier, et les canaux qui le composent s’entrecroisent dans tous les sens et s'anastomosent au-dessus, au-dessous et sur les côtés avec leurs voisins, Il représente done un ensemble
(4) Voy. pl IV, fig. 18; pl V, fig. 21, On peut constater que, dans chaque silion il y à un vaisseau couché,
(2) Voy. pl V, fig. 22.
(3) Voy. id., fig. 21 et 22 (B).
de tubes mettant en communication les parties profondes et les parties superficielles (4).
On pourrait sans doute admettre que les mailles parallèles à la surface sont plus nombreuses et plus serrées dans quelques points de la hauteur, et qu'il existe deux ou trois couches de ces canaux, un peu moins irrégulérement anastomosés peut-être, mais cela n'offrirait rien de particulier qui méritât une description spéciale.
Le réseau sarcosomique a des rapports directs et importants d'une part, avec les polypes, de l’autre avec le réseau profond.
Il communique directement avec la cavité générale du corps des animaux par tous les canaux qui s'en approchent; c'est là ce qui explique pourquoi , dans les coupes microscopiques (2), on trouve ces longues fentes qui vont d’une grande perforation à une plus petite.
Les unes sont des vaisseaux divisés suivant leur longueur, les autres des cavités des Polypes, et enfin, les dernières, des petits canaux coupés perpendicularement à leur direction.
Les deux réseaux s'abouchent directement par un très-grand nombre d'anastomoses, dont il est facile de voir les orifices par les déchirures (3) que produit inévitablement la décortication dans la paroi des canaux profonds et parallèles.
Si l’on étudie la disposition des vaisseaux dans les expansions du sarcosome qui courent à la base des zoanthodèmes s'étendant sur les corps étrangers, où qui, dans un point quelconque, enveloppent les Bryozoaires ou les Mélobésies arrivées au contact du tissu charnu, on voit que leur surface inférieure, celle qui s'applique et s'étend sur le corps étranger, est couverte d'un lacis fort riche de vaisseaux, dont le diamètre est assez
(4) Voy. pl. LV, fig. 18 ; pl. V, fig. 21 et 22, (2) Voy. pl. VI, fig. 23 (b e).
(3) Voy. pl. V, fig. 22 (cc).
grand, et dont les mailles, plus où moins polvédriques, sont irrégulières (4).
Toujours, en effet, le réseau profond commence par être irrégulier, et ce n'est que par les progrès du développement que le travail, se régularisant, fait croître certains canaux plus que d'autres, et que le parallélisme s'établit.
Dans les extrémités ou puntérelles en van on chercherait les canaux réguliers droits et parallèles qui s'observent sur le corps destiges, on n'y verrait que des lacis tout aussi peu régulièrement dessinés que ceux que l'on trouve sous les expansions du sarcosome. Les canaux parallèles coômmencent à apparaître seulement lorsque l'accroissement est assez considérable dans lun et l'autre cas.
Nous reviendrons sur ces faits, en nous occupant du développement de l'axe.
Tousles vaisseaux, grands et petits, profonds où superficiels. ont constumment la même texture intime; leur Imtérieur est tapissé par une couche plus où moms épaisse de cellules (2), analogues à celles que l'on a vues former le revêtement interne des parois des barbules des bras et de la cavité générale, Cette couche forme un épithélium cellulure et vibratile, qui se connue sans interruption dans les innombrables ramifications de tout l'appareil vasculaire, mais, toutefois, avec des cellules moins grandes que dansle corps des Polypes et surtout beaucoup plus nombreuses ; aussi ne retrouve-t-on pas 161, comme dans les barbules des bras, ces espaces irréguliers que laissaient entre elles les grandes cellules à granulations. L'épithélium est non-seulement partout continu, mais encore formé de
plusieurs cellules superposces.
(4) Vos. pl, VIF, fig. 28. — Portions de sarcosome qui à recouvert un Bryozoaire, qui lui-même avait déjà fait mourir le Corail: (b) les p'us gros vaisseaux superficiels, (a) les ramuscules plus profonds,
(2) Yoy. pl. VI fig. 23.
DE L'ÉCORCE OÙ SARCOSOME. 81 Les vaisseaux, du reste, ont une paroi propre qui, dans le réseau sarcosomique, se confond avec le tissu intermédiaire
charnu, et qui, dansles vaisseaux longitudinaux voisins de l'axe s en distingue évidemment.
il est facile maintenant de se rendre compte de la cireulation des fluides nourriciers dans toute l'étendue d’un zoanthodème de Corail.
Les vaisseaux voisins de l'axe ne s'abouchent pas directement avec les cavités des animaux, et s'ils communiquent avec elles, ce n'est que par l'intermédiaire de canaux assez déliés. Is recoivent donc les fluides nourriciers du réseau secondaire, qui les puise directement dans la cavité générale des Polvpes.
Sans aucun doute, chaque être, dans un zoanthodème, jouit d'une vie mdividuelle propre; 1l peut, mdépendamment de son voisin, accomplir des actes concourant à sa conservation et à sa propagation ; ainsi s'ilse ferme, 1l ne travaille plus à élaborer les matiéres alimentares. Mas à côté de cette vie propre, mdividuelle, il en est une autre indépendante de lindividualité de chaque habitant de la colonie et qui appartient à tout le zoanthodème qu'on peut regarder alors comme un seul être.
Comment, en effet, ne pas remarquer que les fluides nourriciers, après avoir été élaborés par les Polypes, échappent complétement à leur action; qu'ils passent d'abord dans les ramuscules des réseaux irréguliers et secondaires, pour arriver dans des canaux plus réguliers, plus gros, et disposés de mamere à leur permettre de parvenir d'une extrémité à l’autre du zoanthodème ? Comment ne pas voir que l'individu isolé perd ses droits devant ceux de là communauté, quand 11 lui a fourni sa part d'action ?
Cest là certamement un fait bien curieux, qui, entre autres choses, nous apprend qu'il est impossible d'établir la limite des üssus appartenant à tel ou tel Polype, dont la sphère d'action s'arrête tout près de ses parois. Primitivement, chaque individu
fournitet prépare les matériaux nécessaires à la production du polypier, Néanmoins, celui-ci est le fait de cette action vitale commune qui appartient au sarcosome indépendamment des ndividus.
Le zoanthodéme tout entier est donc comme une résultante générale, dont chaque force composante particulière, après avoir produit son effet, disparait pour ainsi dire en se confondant avec l’activité générale qui fait vivre et croître toute lacolone. ©
Peut-être senüra-t-on mieux maintenant la valeur du mot zoanthodème et la nécessité qu'il y avait à trouver une expression rappelant l’ensemble d'une colonie, et, tout à la fois, les êtres et leur produit; comment il fallait aussi désigner par des expressions propres, l'axe, les animaux et surtout l'écorce.
On ne peut manquer, en réfléchissant à la disposition si particulière de cet appareil vasculaire, de remarquer encore que les animaux, changeant souvent de forme en aspirant et rejetant l'eau, doivent perdre une grande partie du fluide nourricier qui remplit leurs vaisseaux ; mais aussi que dans le réseau pro- - fond il doit rester emmagasinée une grande quantité d'un liquide qui, se mêlant moins facilement à l'eau, est, par cela même, plus directement propre à l'accroissement des organes.
L'appareil vasculaire est trop facile à observer pour n'avoir pas été reconnu, du moins dans quelques-unes de ses parties, par les auteurs qui se sont occupés du Corail.
Voici ce qu'en dit Cavolini, celui des auteurs du siècle dernier, qui à étudié certainement le mieux les Gorgones si voisines du Corail etdont les opinions méritent toute considération : il parle de l'écorce quil désigne par le mot italien de cuojo (cuir, peau, écorce), et fait remarquer que déja, depuis longtemps, elle était connue :
«Questo cuojo del Corallo, il quale nella sua crassezza serba » 1 cavi pel ricetto delli sopradescritti organt, costa di due parti;
» cloë del parenchima calcareo, e del periostioche immediamente » circonda lo scheletro petroso... Questo periostio, che meglio » verra detto perischeletro, difende un sistema di vasi longi- » tudinali, i quali sono posti tra esso, e la parte parenchimatosa » del cuojo anzi detto, e second la loro lunghezza vengono » applicati nelle righe che sono nello séheletro del Corallo : » qquesti vasi contengono un liquore biancastro il quale si osserva » 0 tangliando per traverso il euojo anzi detto, ovvéro rom » pendo questi vasi (4). »
Nous citerons en temps utile le rôle qu'il attribue à ce périoste ; mais on voit qu'il établit une distinetion peut-être exagerée entre les vaisseaux et une membrane qu'il serait sans doute bien difficile de démontrer , les vaisseaux adhérant pour ainsi dire directement sur le squelette ou polypier. A part cela, ses descriptions sont exactes.
Dans son travail, M. Edwards à aussi signalé les vaisseaux du sarcosome : il les avait déjà étudiés sur les Alcyons proprement dits (2).
Du lait du Corail.
Tous les observateurs ont parlé du lait du Corail.
Cela ne pouvait manquer, car quiconque entrera en rapport avec un corailleur ou ira à la pêche, en entendra certainement parler ou en verra.
On a eu, et l’on a encore de singulières idées sur lui : nous en citerons quelques-unes plus loin. Presque toujours c'est à la reproduction que l'on rapporte son usage; mais il ne
(4) Voÿ. Cavolini, loc. cit , p, 39 : Del Corallo.
(2) Voy. M. Edwaïds, Ann, des sc, nat. zool., 2° série, t, IV, p. 338, pl. XV ét XVI : Surles Alcyons et l’atlas de la grande édition du Règne animal de Cuvier; Zoophytes, pl. 80 et autres:
peut être ici question que des faits relatifs à sa constitution anatomique.
Si l’on casse ou déchire avec l'ongle l'extrémité d’un rameau vivant, on voit s'écouler immédiatement par les blessures un liquide blanc, miscible à l’eau, et qui présente absolument l'apparence du lait. Il était donc tout naturel de lui donner ce nom.
L'examen microscopique fait voir dans ce liquide des éléments nombreux, très-faciles à distinguer et à reconnaître (1).
Il montre, dans un fluide transparent et incolore, des particules solides, dont l'origine ne peut être douteuse. Les unes sont des cellules épithéliales (2) détachées des parois des vaisseaux ou des granulations devenues libres, qui formaient le contenu cellulaire (3) ; les autres des sclérites plus ou moins petits, mais ordinairement peu développés.
On trouve quelquefois mêlés à ces éléments, qui l'emportent beaucoup en nombre, des œufs (4) mal formés, peu développés, et des spermatozoïdes ; mais ces deux ordres d'éléments ne se présentent qu'à des époques déterminées, et doivent être considérés comme purement exceptionnels.
L'idée la plus juste et aussi la plus générale que l'on puisse avoir est celle-ci : Le lait est une véritable émulsion où entrent à la fois les éléments constitutifs des Polypes et du -sarcosome ; cest le fluide nourricier échappé des vaisseaux qui le contenaient et chargé de débris de l'organisme.
La quantité de liquide contenue dans les zoanthodèmes est très-variable, et, par cela même, difficilement appréciable : elle est d'autant plus grande que le Coral est plus nouvelle-
(4) Voy. pl. XIT; les fig. 55, 56, 57, 58, 59, 60, représentent toutes des éléments du lait.
(2) Voy. id., fig. 57.
(8) Voy. id., fig. 60 (c), fig. 55 (t)
(4) Voy. id, fig. 26 (s) œuf; (4) cellules spermatiques.
ment rapporté du fond de la mer. Les rameaux, quoique bien vivants, conservés longtemps dans les aquariums, semblent en renfermer beaucoup moins. Ne pourrait-on pas trouver là raison de cette différence dans la grande facilité avec laquelle se désagrégent les tissus? Le Corail vivement secoué et tracassé dans les filets, se contracte beaucoup, et ses tissus doivent nécessairement se désagréger. Aussi quand on prend du Corail au sortir de la mer, il répand, lorsqu'on l'ouvre, une grande quantité de suc laiteux ; dans les aquariums, au contraire, la tranquillité conduit à un effet inverse, et les liquides imtravasculaires ne s'étant point enrichis de particules nombreuses, paraissent plus transparents et moins blancs.
Il ne faut pas oublier, d'ailleurs, que la digestion prépare des liquides plus ou moins laiteux qui s'ajoutent au fluide sanguin, et que dans les aquariums, sans aucun doute, les conditions où les animaux se trouvent n'étant pas les mêmes qu'au fond de la mer, l'alimentation devient mois active.
Quelles ont été les opinions des naturalistes sur le lait ?
Voiei ce qu’en a dit Boccone en décrivant l'extrémité d’une branche : « Ilest à scavoir que l'ayant rompuë avec les » ongles je trouvay qu'elle estoit à peu près composée de six » cellules pleines d’une humeur blanche et grasse, semblable » à l'humeur lactée, et qui s'observe l’esté dans les gousses » longues de l'herbe dite Fluvialis Pisana foliis denticulatis qui » est rapportée par Jean Bauhin et par Dominique Chabrœus. » Cette humeur blanche et grasse contenuë dans les cellules » du Corail nous l'appellerons levain, parce que l'ayant mà- » chée aussi bien que les mariniers, nous avons toujours re— » marqué qu'elle estoit d’une saveur et meslée de parties » astringentes tirant sur la saveur du poivre et de la chastagne » ou de la corme:; cette saveur âcre est manifeste dans les bouts » du Corail fraîchement sorty de la mer; mais lorsqu'ils sont
» desseichez ils la perdent, et ne retiennent que la saveur » astringente (1), »
Marsigli et Peysonnel ne pouvaient manquer de s'en occuper.
Le premier pensait trouver, dans la présence du lait, des preuves à l'appui de son opinion qui n'était rien moins que fondée (2).
Le second en donnait une définition fort nette, absoiument conforme à la vérité, moins, cependant, ce qui est de l'histologie qu’il ne pouvait connaître, ildit : « Le lait du Corail » est le sang ou le suc naturel de tous les insectes placés le long » du Corail; ils n'ont pas le sang rouge, mais blanc, de mème » que tous les autres poissons de mème nature (3). »
Donati pensait que le lait n'était autre chose que le corps même du Polype. «Quand le Polype est caché et contracté, il » ressemble à une goutte de lait, et tous les pêcheurs de Corail » même les plus expérimentés, croient que c'est effectivement » le laut du Corail, d'autant plus qu'en comprimant l'écorce, » on fait sortir le Polype, qui conserve toujours l'apparence » de lait. C'est pourquoi je pense que le lait de Corail, pour l'exact André Césalpin, n’est rien que ces Polypes.. (4). » C'est là une erreur : les corps des Polypes paraissent sans doute blancs quand ils sont à demi contractés, c'est leur couleur, mais ce n’est pas à dire pour cela qu'ils constituent à eux seuls le lait.