DU BOURGEONNEMENT OÙ DE LA BLASTOGÉNESE. DL
Cependant cette régularité dans la distribution n'existe pas toujours. :
Quand on étudie avec des grossissements d'une vingtaine de fois les tigelles épanouies, on remarque bientôt que ces petits orifices ou pores blancs n'ont pas tous, il s'en faut de beaucoup, la même grandeur; on en remarque de très-petits qui sont encore fermés, tandis qu'à côté d'eux il'en est d’autres qui sont ouverts ; mais ce qu'il y à de plus important à observer, c'est que les plus petits paraissent couverts par un léger voile de tissu rouge dans l'épaisseur duquel on reconnait les spicules du sarcosome (L). Il semble done que le pore n'existe pas à l'extérieur, qu'il est développé profondément et qu'il n'est pas encore arrivé à la surface.
En augmentant la puissance des verres grossissants on reconnaît que la partie blanche, qui parait percée d'un trou rond à l'œil nu où à la loupe, est cependant étoilée, qu'elle présente à sa circonférence huit lignes blanches rayonnantes, et que souvent le bord de l'orifice est comme dentelé, qu'il porte huit échancrures distinctes (2).
Si l'on réussit à faire vivre du Corail assez longtemps, on voit apparaître de nouveaux points blancs entre ceux existant déjà, et l’on peut suivre leurs transformations en petites étoiles faciles à reconnaître pour de jeunes Polvpes.
La tigelle (3), qui vécut du 15 octobre jusqu'à la fin de décembre 1860, état, quand elle s'épanouit la première fois, couverte de Polypes et de points blancs; mais plus tard, vers la fin de l'observation, tous les pores apparents s'étaient transformés, et alors elle disparaissait presque entièrement sous la blancheur de ses nombreux blastozoïtes, tant leurs bras étaient rapprochés. J'avais pu sur elle suivre la formation de nouveaux individus.
(WovVoy. pl. VIL fie. 98, (2) Voy. id., fig. 81. Deux blastozoites B/ B/ de la fig. 30, grossis, Dans la fig. 00, ils sont B'B/ de grandeur naturelle, (3) Voy. pl L fig.-1, 2, 5, LACÇAZE-DUTHIERS, 7
98 ORGANISATION DÜ CORAIL.
Ainsi, sans aucun doute, les points blancs qui se forment autour des plus anciens et des plus gros Polypes sont des blastozoites tout petits déjà formés ou en voie de formation.
Comment donc prennent-1ils naissance ?
Par une cause qu'il est difficile d'apprécier; des cellules se développent et s'accumulent dans les îlots du tissu commun au milieu des mailles du réseau sarcosomique plutôt pres de la surface que profondément. Elles sont semblables à celles que l’on détache en enlevant l'épiderme ; à celles d’où dérive très-probablement tout le sarcosome ; à celles, enfin, dont sont entièrement formées les parois des jeunes oozoïtes.
Lorsqu'une petite tumeur (1) s’est formée par suite de la multiplication des éléments cellulaires, il se passe un travail qui à pour effet de creuser, par érosion, lmiérieur de la petite masse d'une cavité sur les parois de laquelle sont réservées en saillie les origines des huit replis radiés à bourrelets intestmiformes.
C'est la cavité générale qui parait la première et qui précède la formation des parties extérieures des Polypes; c'est elle qui avant l'ouverture à l'extérieur apparaît par transparence comme un petit trou obscur.
À l’aide de coupes parallèlement faites à la surface du sarcosome, on peut, en étudiant de très-jeunes blastozoïtes à différents degrés de développement, constater les faits qui viennent d'être ici mdiqués.
Quoique encore bien rudimentaire et ne consistant à peu pres qu'en une masse cellulaire creusée d'une cavité centrale le Jeune blastozoïte en voie de formation fait saillie à la surface du sarcosome, comme une petite tumeur bombée (2), qui déjà communique avec les vusseaux du réseau général. Lorsqu'il va s'ouvrir au dehors, la couche épidermique qui le recouvre s'exfolie, entraînant avec elle des débris du tissu et quelques spicules (3):
(4) Voy. pl. VIL, fig. 32.
(2) Voy. 1d., fig. 33, (3) Voy. id, fig. 34,
APPAREIL AQUIFÈRE. 09 . l'érosion continuant au dedans, gagne la surface et l'orifice apparait.
Ce travail rappelle celui qu'on observe dans les tumeurs inflammatoires, qui se gonflent d'abord ct s'ouvrent ensuite apres s'être creusées d'une cavité Intérieure.
Une autre période du développenient commence après lui. Sur la margelle de l'orifice, représentant désormais la bouche, paraissent de tout petits mamelons qui s'allongent peu à peu et finissent par devenir des bras ou tentacules du blastozoïte. Dès le premier moment de leur apparition ils se montrent au nombre de huit, un peu plus tard ils se couvrent de barbules.
Ainsi se constituent les nouveaux blastozoïtes, qui atteignent en assez peu de temps une taille égale à celle des autres Polypes. On n'a donc plus qu'à suivre par la pensée l'extension de leurs parties et l'accroissement du nombre de leurs éléments constitutifs pour avoir une idée complète de la multiplication des individus dans toute l'étendue d'une même colonie,
APPAREIL AQUIFÈRE,
Dans le rapport fait à l'Académie des sciences, au nom de la commission chargée de présenter le programme des questions des prix, M. le professeur Milne Edwards à signalé l'absence de renseignements précis « .. sur les mouvements » du liquide sanguin dans les canaux gastro-vasculaires du » Corail... (1).»
L'attention se trouvait done ainsi tout naturellement appelée
(4) Voy. Comptes rendus de l’Académie, 1861, t, LIT, p. 1181,
sur l'appareil aquifère dont l'existence avait déjà été indiquée depuis longtemps.
I fallait déterminer d'abord si un système de canaux particuliers indépendants de l'appareil vasculaire sanguin portait l’eau dans toute l’économie ; et constater ensuite s'il existait des pores spéciaux servant d'orifices extérieurs à ces canaux.
Dans les animaux inférieurs la solution de ces questions offre, sans doute, le plus grand intérêt, mais elle n'a certainement pas la même importance que dans les êtres plus élevés où l'appareil circulaire est complétement clos et distinet de tous les autres organes.
lei, en effet, la communication entre les vaisseaux et l'extérieur, par l'intermédiaire de la cavité du corps et de la bouche, est manifeste, ce n'est donc plus que l'existence d’une communication immédiate, mdépendante de celle qui vient d'être indiquée, qu'il s'agit de constater. Cette question à de l'intérêt, au point de vue de la philosophie de la science et de l'anatomie comparée, elle doit être résolue.
On trouve dans les futs qui précèdent tous les éléments nécessaires pour arriver à une solution.
n effet, si les points désignés comme pores aquiferes, étuent bien des orifices d'organes spéciaux, ils devraient se présenter partout et toujours. Or, cela n'a pas lieu. Sur quelques zoanthodèmes ils sont tres-nombreux et parfaitement évidents, sur d’autres on les chercherait en vain, et sur quelques autres ils sont très-irrégulièrement distribués, en partie au sommet, en partie à la base.
Quand on à abandonné pendant quelque temps à la putréfaction des rameaux présentant très-évidemment ces prétendus pores, on voit, en désagrégeant le sarcosome par un jet d'eau, qu'il reste au milieu des mailles du réseau vasculaire de toutes petites masses cellulaires correspondant aux pores et ne paraissant pas terminer les vaisseaux à l'extérieur,
. APPAREIL AQUIFERE. 101 D'un autre côté, si l'on fait une préparation semblable sur des tiges où l'on n'avait pas vu de pores extérieurs, on ne retrouve plus ces petites masses cellulaires. I n'est donc pas possible d'objecter que dans le second cas les pores étaient masqués par une forte contraction.
Le nombre de ces points blancs est d'autant plus grand et leur présence d'autant plus constante, que l'on considère une partie plus spécialement destinée à l'accroissement et où par conséquent l’activité blastogénétique (4) doit être plus développée. Cela prouve, bien évidemment, qu'ils n’ont pas de relation avec l'appareil vasculaire, tandis qu'ils en ont une directe avec la multiplication des Polypes.
Pourquoi les extrémités des branches en présenteraientelles presque toujours, tandis que les bases n’en offriraient que bien plus rarement? Pourquoi, lorsque la blastogénèse renait pour réparer des blessures où toute autre mjure faite au sarcosome, se développeraient-ils toujours? On n'en verrait pas la raison, tandis que tout s'explique simplement par le bourgeonnement.
On ne peut d'ailleurs conserver de doute si l'on considere que les pores offrent constamment une disposition rayonnée, étoilée, et qu'enfin il est possible de suivre leur transformation en véritables Polypes.
Il n’est donc pas possible d'admettre que l'appareil cireulatoire s'ouvre directement au dehors par des pores spéciaux ; et l'on est conduit dès lors à reconnaître que là circulation doit s’accomplir dans les conditions indiquées précédemment.
Sans doute l'eau se mêle au fluide nourricier ; sans doute, quand ils sont tracassés, les animaux rejettent au dehors, par
(4) Vos. pl. VIL fig. 29 et 30, où les nombreux points blancs correspondent à autant de bourgons ou blastozoïtes,
suite de leur contraction, une grande quantité de liquide ; mais, Comme on l’a vu, les canaux régulièrement parallèles et profonds doivent conserver une grande partie du fluide ; 1ls paraissent devoir tenir en réserve et un peu à l'abri des mélanges avec l'eau les liquides vraiment nourriciers, tout à fait comparables au sang et destinés à l'accroissement des Polypes et des tissus.
Dès lors il n'est guère plus possible d'admettre l'existence d'un appareil isolé et indépendant avant pour but spécial de faire circuler l'eau, car en rejetant les pores aquifères, on est conduit à n'admettre qu'un seul système de canaux.
Les préparations anatomiques les plus multipliées et les plus nombreuses ne font que confirmer ces conclusions qui com plètent ce qui est relaüf à la circulation.
Nous arrivons maintenant à celte partie si généralement connue et qu'emploient exclusivement les Joailliers ; nous l'avons désignée par le mot polypier, déjà consacré (1) par Réaumur et B. de Jussieu.
Forme et particularités du polypier.
La partie solide du Corail a un mode de formation, difficile à reconnaitre et à comprendre, aussi son origine à donné lieu à tant d'opinions diverses, que nous devons étudier avec le plus
(1) Voy. plus haut, p. 22,
DU POLYPIER. 405 grand soin sa structure intime dans les racines où bases, dans le corps ou milieu des branches et dans les extrémités, à la surface comme dans les parties les plus profondes, enfin dans le Corail mort ou vivant et dans le Corail nouvellement formé, ou dans celui qui est arrivé à son entier développement.
La base du polypier, ce que l’on appelle à tort la racine, varie beaucoup pour la forme, l'étendue et l'épaisseur.
Tantôt sa surface extérieure est ume et lisse, tantôt elle est finement striée ; cela dépend tout à fait de l'activité de la blastogénése et de l’époque de la vie à laquelle on l'observe.
Au début de sa formation, elle ne présente aucun sillon; c'est la conséquence de l’absence au-dessus d'elle d'un réseau de tubes parallèles. On se rappelle en effet que lorsque le sarcosome se développe et s'étend en lames, il commence par n'avoir au-dessous de lui que des vaisseaux un peu plus gros que les autres, il est vrai, mais encore fort irréguliers, incapables d’imprimer leur forme à la partie sur laquelle ils reposent (4).
Mais quand la base est bien formée, elle porte, comme les autres points du polypier, des cannelures qui se continuent sans interruption avec celles de la tige.
Comme le sarcosome précède toujours la formation des parties dures, il se moule sur les corps qui lui servent de support, 1l en remplit les moindres anfractuosités et dépose plus tard les couches stratifiées du polvpier en les soudant de la maniere la plus intime aux rochers ou aux autres corps durs.
Voici un fait digne de remarque.
On trouve fréquemment du Corail sur la Dentelle de mer ou R‘tépore dentelle. Les oozoïtes qui l'ont formé se fixent et se développent sur elle comme sur tout autre corps solide. En étendant leurs bases, ils rencontrent les interstices caractéristiques du Bryozoaire, les traversent d'abord, les comblent ensuite,
(#) Voy. pl. VIL fig. 27 et 28,
et, sur la face opposée de la Dentelle, forment une couche qui ne parait pointrenfermer d'animaux. Quand il sera question de l’origine du polypier, il sera utile de rappeler ce fait curieux à plus d’un égard.
La multiplicité des formes des racines dépend exclusivement de celle des corps sur lesquels elles se sont moulées en se déposant. Il n'ya aucun mtérêt à en faire une étude particulière.
Le corps du polvpier est evlindrique ; toute autre forme est exceptionnelle. I serait cependant plus exact de dire qu'il est cylindro-conique; mais, pris dans une faible étendue, on peut le considérer comme une portion de evlindre, tant la diminution de son diamètre est lente (1).
Les renflements, les mamelons ou les tubercules sont tout à fait exceptionnels et résultent d'une activité passagère plus grande de la blastogénèse où d'un accident.
La surface présente deux choses très-distinctes : l'une est constante, l’autre semble plutôt exceptionnelle. Ce sont les sillons ou cannelures, et les petites cavités où simplement les petites dépressions.
Les sillons ne manquent jamais d'attirer l'attention des personnes qui voient pour la première fois du Corail. Ils produisent, en effet, une apparence particulière qui frappe toujours vivement; aussi ne faut-il pas s'étonner que tous les auteurs les aent signalés et leur aient attribué, cela va sans dire, un rôle différent, toujours en rapport avec leurs opinions st diverses.
Leur profondeur est variable. Isemble, en effet, qu'elle n’est pas la même dans toutes les localités. Le Corail de la Calle à ses cannelures plus fines, moins vivement accentuées que celui
(4) Voy. pl. XX, fig. 115: portion de tige de Corail blanc ; on croirait voir un cylindre, Dans la pl. V, Ja partie P, fig, 21, ressemble absolument à un cylindre.
DU POLYPIER. 105 d'Espagne ou de France. Mais on ne doit jamais oublier qu'à côté des observations les plus positives on rencontre tout de suite des exceptions qui, si lon se contente d'étudier un petit nombre d'échantillons, peuvent, à plus d’un titre, faire croire à des erreurs.
Ainsi, je possède un échantillon de petite taille développé sur une lamelle de Mélobésie qui sur un point de son étendue, tout près de sa race, présente des stries à ce point marquées, qu'elles ont plus d’un demi-millimètre de profondeur.
Les cannelures sont en général parallèles à l'axe même du cylindre que représente le polypier (1).Cependant elles peuvent souvent être obliques, plus ou moins Imelinées, et comme elles s'étendent de la base aux extrémités, il arrive dans ce cas qu’elles semblent s'enrouler en spirale autour de la tige. Le polypier parait alors avoir été soumis à une torsion d'autant plus forte que l'inclinaison de ses sillons est plus grande (2).
Elles marchent ordinarement parfaitement parallèles , qu'elles soient obliques ou droites, et, dans des échantillons bien choisis, on peut les suivre ainsi côte à côte dans une grande étendue.
Ce parallélisme, s'il est interrompu quelquefois par la jonction à angle fort aigu de deux ou trois d’entre elles, reparaît bientôt.
À la bifurcation des rameaux. on les voit se diviser ellesmêmes et se multiplier. Cela se fait surtout en dedans des angles de jonction des rameaux, et par conséquent il en est qui ne se modifient pas et qui, de la tige principale, passent directement sur les branches secondaires (3).
Dans le Coral bien cylindrique et qui ne présente pas de
(4) Voy. pl. V. fig. 21, partie P.
(2) Voy. p. XX, fig. 120 : portion de Corail noir sur lequel les sillons paraissent très-évidemment.
(3) Voy. id., id.
petites cavités, lesstries sont régulièrement distribuées à peu pres sur toute la surface; seulement, de lom en lom, avec un peu d'attention, on aperçoit l'affablissement de leurs arêtes; on CroIrait voir une espèce de fusion entre elles. Dans le point où 1l en est ainsi, le sarcosome renfermait un Polype, les vaisseaux longitudinaux sous la cavité générale de l'animal étaient bien moins développés, et les sillons qui les représentent doivent euxmêmes Ôtre peu marqués. On observe même quelquefois que sous les Polypes le réseau profond n'existe pas. Dans ce cas le polypier ne peut évidemment présenter d'empreintes.
Sur les bords de ces points isolés, on croirait souvent que les cannelures se confondent, s'anastomosent, s’affaissent et disparaissent. Cela est évidemment la conséquence des fusions, des bifurcations ou. des anastomoses des vaisseaux sanguins.
Enfin les sillons sont tantôt plus marqués au sommet, à la base ou au milieu. 1 n’y à dans tout cela rien d'important et rièn dé Hixe. N +
Dans des échantillons que l'on n'a affirmé venir des côtes d'Espagne, j'ai rencontré des dépressions ou même de petites cavités (1) extrêmement marquées. Je n'en ai jamais vu de semblables pendant les trois années que j'ai passées en Algérie où cependant j'ai eu l'occasion d'étudier beaucoup de Corail.
Disons-le toutde suite, elles répondent au corps des animaux et par conséquent sont les analogues de ces espaces lisses, observés sur les tiges parfaitement cvlindroïdes et sans dépres- SIONS.
Dans les Zoanthaires à polvpiers où Madréporaires elles existent toujours et sont très-développées. Ce sont elles que Réaumur comparait aux cellules des gâteaux de cire des abeilles, et qui embarrassaent tant les auteurs lorsqu'ils vouluent rapprocher le Corail des autres polypiers. ei elles ont une impor
(1) Voy. pl. XX, fig. 114 (2).
tance tout à fait secondaire, puisque leur existence n’est pas constante, mais dans les Coralliaires Zoanthaires, leur forme et les particularités qu'elles présentent jouent un rôle capital dans la classification; on leur donne le nom de calices, nom que nous conserverons, en lui ajoutant toutefois une qualification, car déjà il a été employé pour désigner les bords des cavités du sarcosome tout près dela partie saillante desanimaux.
Les calices du polypier dans les Coraux d'Espagne d'un rouge vif, sang de bœuf, que J'ai sous les veux en faisant cette description (D), sont très-accusés, car 1ls ont presque un millimètre de profondeur. Jamais je n’en at rencontré d'aussi profonds, ils sont un peu oblongs ou ovales, et leur plus grand diamètre, qui ne dépasse guère un millimètre, est dirigé le plus souvent dans le sens de la longueur des branches.
Semés irrégulièrement sur les grosses tiges, 1ls sont sur les plus petites, près des extrémités, disposés en séries linéaires parallèles aux stries ou cannelures de la surface, aussi lorsque celles-ci s'enroulent en spirale autour de l'axe, 1ls présentent eux-mêmes une disposition semblable.
Leur fond est lisse et n'offre pas de stries comme le reste de la tige.
Si l'on admet que les cannelures sont la conséquence de la présence des vaisseaux, on est bien obligé de reconnaitre qu'audessous des animaux dans les polypiers de Corail à ealices, 1l n'y à pas de vaisseaux, et de là on peut déduire le rôle que jouent les vaisseaux parallèles dans la sécrétion de l'axe, puisque à où ils n'existent pas, l'accroissement est plus lent.
Les bords des calices du polypier sont arrondis, mousses, et n'ont pas d'arètes verticales, tranchantes, comme dans les autres Zoanthaires; les cannelures s'arrêtent et s'effacent peu à peu en arrivant près d'eux. D’après cela on s'explique aisément leur formation, car il est tout naturel que l'accroisse-
(4) Voy. pl: XX, fig: 114.
ment marche moins vite là où les vaisseaux manquent, et qu'une cavité où dépression résulte de la lenteur de la sécrétion en cet endroit.
Les extrémités des branches présentent des particularités de formes très-curieuses, aussi leur étude fournit-elle des enseignements précieux pour l'interprétation de l'origine des parties solides.
Dans un bout de tigelle, gros et bien développé en massue, il est facile de voir que la partie dure déjà formée ne s'étend pas tout à fait jusqu'au sommet, et que l'écorce, remarquablement épaisse, forme presque entièrement l'extrémité.
Si l’on débarrasse le polvpier de tous les tissus mous qui l'entourent, on reconnait que sa forme première n'est pas cyhndrique, qu'il est d’abord représenté tantôt par une lame simple (1), tantôt par trois ou quatre lamelles réunies, suivant une ligne centrale, laissant entre elles des angles dièdres plus ou moins irréguliers et profonds (2).
La préparation n'est pas facile à fre en raison de l'extrême fragilité des parties, aussi arrive-t-on avec peine, sur une tige fraîchement péchée, à enlever tous les tissus mous, même par une dissection des plus soignées.
Le moyen qui réussit le mieux est celui-c1 : on laisse putréfier une tigelle dans une petite cuvette dont on ne renouvelle l'eau qu'avec les plus grandes précautions, afin d'éviter les mouvements brusques. Quand la décomposition est assez avancée, on entraine peu à peu les tissus désagrégés et l'on dénude les parties dures nouvellement formées, sans les rompre, à l’aide d'un jet d'eau poussé tout doucement avec une sérmgue à injections fines.
En portant sous le microscope les lamelles ainsi obtenues,
(4) Voy. pl. VII, fig. 36.
(2) Voy. id , fig. 35. La moitié des tissus mous a élé enlevée, et l'on voit une lame du polvpier P qui se trouve dégagée en avant, Voy. aussi pl. XX, fig. 112.
DU POLYPIER. 109 et les examinant à un faible grossissement, on les voit (1) toutes percées de grands trous et couvertes de gros nodules fortement colorés.
Il n'est pas possible, à la vue de ces formes lamellaires ou trigones, de ne pas remarquer quelle différence considérable existe entre le corps du polypier et ses extrémités, et l'on est conduit à se demander, puisque les branches sont toujours cylindriques, puisque les extrémités ne le sont jamais, comment s'accomplit le passage de l’une à l’autre forme.
Le polypier a dû être primitivement irrégulier comme ses extrémités; cela est forcé. |
Non-seulement le rasonnement l'indique, mais encore l'observation directe le démontre, puisqu'au centre de tout axe parfaitement cylindrique sur des coupes minces, on retrouve la trace de la premiére forme (2). Sans avoir recours aux coupes microscopiques, on peut, sur des extrémités bien choisies, reconnaître comment les angles diédres se comblent peu à peu et comment les calices se forment.
Tantôt, en effet, les couches déposées sont continues et remplissent les espaces vides que les lames laissent entre elles, et peu à peu la forme trigone s’efface pour faire place à la forme cylindrique. Tantôt les couches, interrompues sous les Polypes, s'élèvent comme des traverses entre eux et limitent des loges qui, se marquant de plus en plus, deviennent les calices. Sur quelques tigelles de Coraux venant d'Espagne, il a été facile de trouver, en remontant de la base au sommet, tous les passages insensibles entre des calices les mieux limités et des lacunes à peine séparées par des traverses incomplètes (3).
(4) Voy. pl. VII, fig. 36, et pl. XX, fig. 112.
(2) Voy. id. fig. 37 (23).
(5) Voy. pl. XX, fig.114: en (e) on voit un des angles dièdres qui se trouve entre les lames ; en (d) on remarque trois calyces qui se forment en se séparant par des cloisons, Dans cette figure on peut suivre toutes les particularités indiquées ici,
On s'explique d'après cela comment il se fait que les calices paraissent disposés en séries linéaires, puisqu'ils sont des restes non comblés et persistant de loin en loin des cavités ou des angles dièdres. |
Nous pouvons apprécier maintenant une opinion mal fondée, et cependant encore accréditée auprès des pêcheurs ainsi que de beaucoup d'autres personnes.
Les extrémités des tiges semblent molles et flexibles, et c’est de Lx qu'est venue la croyance que le Corail n’acquiert sa dureté qu'après sa sortie de Peau. C’est la grande épaisseur du sarcosome qui fait paraître ces parties molles sous le doigt ; la flexibilité n'existe pas, dès que le polypier est foriné; quelque petit qu'il soit, il est rigide et absolument inflexible. Si les tiges semblent ployer, cela tient à ce que l'axe, trèsfragile et très-grèle, qu'elles renferment, se rompt et n'offre pas assez de résistance pour s'opposer à ce que le sarcosome cède et fléchisse par le plus léger effort.
Structure du polypier.
La structure intime du polypier doit être étudiée, cela est important, dans les bases, le milieu et les extrémités des branches,
"Les préparations consistent, pour les deux premières parties, en coupes minces faites dans différentes directions.
Le Coral se travaille facilement à l'eau; prend aisément un beau poli qui permet de voir distinetement dans son épaisseur les éléments qu'il renferme, sans qu'il soit possible de les confondre avec les traces de l'action des instruments avant servi à faire la préparation,
On doit, pour bien reconnaitre la structure, faire des coupes perpendicularement à la direction des branches à différentes hauteurs, depuis la base jusqu'au sommet; on juge ainsi du mode d’accroissement et de la position respective des éléments. On doit surtout multiplier les préparations en arrivant près des extrémités, là où le cylindre n’est pas encore parfaitement régulier. I ne faut pas négliger les coupes longitudinales parallèle aux tiges en les faisant passer soit par l'axe, ou milieu du cylindre, soit tout près de la surface, afin d'enlever des lames minces qui permettent d'étudier les moindres détails dans toute l'épaisseur de la tige.
Sur les extrémités, les coupes deviennent sinon impossibles du moins d'une excessive difficulté; du reste, elles n'apprennent rien de plus que les lamelles minces, prises dans le milieu de la longueur.
Quand on a examiné beaucoup de coupes microscopiques, on finit par reconnaitre au milieu des nombreuses variétés qu'elles présentent etqu'on pourrait prendre au premier abord pour des différences capitales, une disposition toujours à peu près la même.
Voyons d'abord ce qui est essentiel; les apparences secondaires seront ensuite plus simples et à la fois plus faciles à indiquer.
Si l'on opère avec soin, si la tige sur laquelle on fait la préparation est bien choisie, et si la surface du polypier est intacte, la circontérence du cercle représentant la coupe sera régulièrement festonnée, Mais indépendamment des précautions prises et de l'état de leurs bords, les lamelles présentent constamment deux choses distinctes : 1° dans leur milieu, des replis tantôt en Croix, tantôten trigone, tantôt en lignes irrégulières (1), 2° dans le reste de leur étendue, des trainées plus rougeà-
(1) Voy. pl. VIL, fig. 37 (é. 7.)
tres (1), plus foncées, alternant avec des espaces plus clairs (2) qui rayonnent du centre vers la circonférence.
Les dents des festons marginaux ne sont pas aiguës; mais les échancrures qui les séparent sont relativement plus larges qu'elles et plus arrondies (3); elles représentent de véritables ares de cercle dont la concavité est tournée en dehors. On n'a pas à s’en étonner, car l'anatomie à déjà montré que les can nelures de la surface des polypiers répondent aux vaisseaux dont elles sont les moules; on reconnait de plus ici que le sommet du feston n'est autre chose que l'arête qui sépare les sillons, et que l'échancrure est le canal où avait dû être logé primitivement un vaisseau.
Dans les coupes d’un Corail très-rouge on voit souvent que la couleur n'est pas égale partout, que des zones, alternativement plus foncées et plus claires, répètent vaguement les contours de la circonférence (4).
Si l'on amincit extrêmement les préparations, on les voit bientôt se fêler, non pas irréguliérement, mais suivant une direction parallèle au bord de la lame, et les festons de la circonférence se reproduisent avec la plus grande exactitude.
On peut déjà déduire de là que l'accroissement de la tige se fait par le dépôt de couches concentriques régulièrement moulées les unes sur les autres; car en passant de ces préparations amsi brisées sur celles qui ne le sont pas, on reconnait aisément que la différence de la teinte correspond à la même cause, à la formation des couches d'accroissement.
(4) Voy. pl. VIIL fig. 37 et 57 bis (h) (g).
(2) Voy. id., id. (h).
(3) Voy. id., id.
(4) Voy. id., id. A la hauteur de la ligne Æ s'arrête la teiate plus rouge, et commence une partie centrale plus blanche,
Les rayons (4) sont les uns colorés, les autres presque blanchâtres, ils alternent et vont du centre à la circonférence. Un peu flexueux et irréguliers, ils ne sont pas séparés par des lignes distinctes et passent des uns aux autres par des dégradations insensibles dé teinte.
La partie rouge correspond exactement au sommet des dents du feston périphérique, et celle qui estla plus claire, sou vent presque incolore, répond au milieu de l'échancrure qui occupe le fond du sillon.
De loin en lon, chaque rayon rouge (2) présente des taches vivement colorées dont le bord le plus arrêté est vaguement convexe et regarde du côté du centre; on voit, en étudiant des coupes tres-minces, fêlées, que ces taches correspondent aux sommets des arêtes qui, avant d'avoir été recouvertes, séparaient les sillons.
Il est dificile de dire pourquoi là teinte est plus vive de loin en lom, et comme interrompue; cela tient probablement à ce que la sécrétion calcaire s'est ralentie un instant pour reprendre ensuite tout à coup son activité, et que la matière colorante a été plus abondamment produite à un moment qu'à un autre.
Ii en est des polypiers comme des coquilles : dans les uns comme dans les autres, sans qu'on puisse trop en reconnaître la cause, la croissance s'arrête, puis recommence, et ces temps d'arrêt sont toujours rendus évidents par des différences marquées de a coloration.
Dans beaucoup d'exemples, ces alternances de couleur plus vive et plus päle, paraissent à peine, et alors l'apparence est uniforme et la structure devient difficile à démêler.
On doit remarquer que si la vivacité de la temte augmente à un certain point de la longueur des rayons, elle augmente à la même distance sur tous les autres. Cela fait que les
(1) Voy. pl. VIIL, fig. 37 et 37 bis (h g), (2) Voy. id., fig. 37 bis (g).
All ORGANISATION DU CORAIL.
coupes présentent des cercles concentriques rendus distincts par les différences du coloris (4).
Quelquefois il arrive que, dans une grande étendue, la teinte œénérale, indépendamment des rayons plus ou moins foncés, est tantôt plus vive et tantôt plus faible : dans l'exemple qui est 161 figuré, c'est en dehors, vers la circonférence, que le rouge est le plus intense. Sur de gros polypiers, il n’est pas rare de trouver plusieurs zones concentriques alternativement clares et foncées, tenant évidemment à des conditions particulières de la sécrétion au moment de leur formation. Si cela n’a rien d’important, du moins cela explique ces modulations du ton des coloris que présentent les gros bijoux de Corail et qui sont si agréables à l'œil.
Des lignes très-déliées et d’une grande délicatesse, paraissant noires dans l’observation par la lumière transmise, couvrent les rayons rouges ainsi que ceux d'une couleur claire (2). I faut bien se garder de les confondre avec des fêlures, souvent aussi fort délicates, auxquelles elles ressemblent beaucoup, ou bien avec les tubes des Algues parasites qui perforent quelquefois en tous sens le tissu du Corail. Dans les deux cas, 1l n°y a pas de direction particulière, tandis qu'ici on peuttoujours en reconnaître une.
Ces lignes ont une marche difficile à indiquer, parce qu’elles ne sont pas toutes dans le même plan et parce qu'elles font souvent des zigzags qui les masquent. Supposons, et uniquement pour fixer les idées, cela est tout à fait arbitraire (3), qu'elles partent du fond d'une échancrure de la circonférence ; on les voit s avancer vers le centre en restant à peu près au milieu du rayon plus clair et à égale distance des rayons rouges : elles se dirigent done d'abord de dehors en dedans ; mais ensuite, après
(4) Voy. pl. VII, fig. 37, (2) Suivez la description sur les fig, 37 et 37 bis, pl. id. (3) Voy. id., fig. 37 bis,
DU POLYFIER. 115 avoir parcouru un espace variable, elles se détachent du faisceau qu'elles forment, s'infléchissent de l’un ou de l’autre côté, abandonnent la bande blanchâtre, traversent la rouge en déerivant une courbe à concavité extérieure, arrivent à la bande blanchâtre du côté opposé, et alors, marchant de dedans en dehors, reviennent au bord de la circonférence en suivant de nouveau le milieu de la bande blanche, ainsi que nous l'avons vu en les prenant à leur point de départ.
En se recouvrant, elles produisent au milieu des rayons clairs comme une trainée noirâtre (1), et rappellent une membrane fine, plissée ; d'elles, se détachent à toutes les hauteurs les arcs qui couvrent les rayons rouges. Ellesexistent, du reste, depuis la eirconférence Jusqu'au centre; aussi le tssu du polypier paraît-il partout finement strié.
Il est difficile de dire à quoi elles sont dues.
Certainement elles ne sont pas des signes d’accroissement, Leur direction perpendiculure aux rayons rouges, parallèle aux rayons moins colorés, l'indique suffisamment. Elles ressemblent, par leur aspect, les angles brusques qu’elles font de loin en loin, et par leur délicatesse suivie d’une brusque accentuation, aux lignes de superposition de certaines lames cristallines. En faisant remarquer cette ressemblance, je n'entends toutefois nullement indiquer une analogie d’origine.
Le milieu de l’axe du polypier est, avons-nous dit, toujours occupé par une figure très-variable et irrégulière que dessine le ruban coloré et contourné en différents sens dont il a été déja question (2).
Ce ruban, ployé plusieurs fois, s’écarte ou se rapproche de lui-même et limite ainsi des espaces plus ou inoins grands, plus ou moins irréguliers, tantôt allongés, tantôt triangulaires, for-
(1) Voy pl. VIIL, fig. 37 bis (d).
(2) Voy. id. fig. 37 (2 7).
mant des sallies anguleuses ou des dépressions, au sommet € au fond desquelles viennent concourir les rayons de la circonférence.
En se rapportant à ee qui a été dit de la forme du polypier aux extrémités des branches, on reconnaîtra sans peine ici que ce ruban central n’est autre chose que la coupe de la tigelle primitive qui a servi de noyau et sur laquelle se sont déposées des couches régulières et concentriques.
Si maintenant on cherche à établir Le rapport qui existe entre ce noyau central et le reste du polypier, que l’on peut désigner par le nom de portion périphérique, on voit que les rayons plus colorés qui répondent aux arêtes de séparation des sillons naissent directement sur les angles saillants du noyau central; de sorte que l’on peut considérer les saillies de la surface d'un polypier cylindrique comme la continuation des bords des lames qui constituaient dans le principe la partie solide des bouts des tiges.
On trouve, du reste, dans le ruban central la même texture que dans les rayons périphériques. De loi en loin, la couleur s'avive et présente des points beaucoup plus rouges, dont la nuance est toutefois un peu jaunätre. Nous ne faisons, pour le moment, que signaler ces faits, plus loin on verra quelle en est la cause. On voit, sur le noyau central, les stries ou lignes noires fines et délicates qui, parallèles aux rayons blanes, croisent perpendicularement les rayons rouges. Dans quelque point qu'on le considère, toujours elles lui sont perpendiculaires ; aussi quand il se ploie et décrit une courbe, elles convergent vers un point unique d'où elles partent, puis se dirigent vers la cireonférence en formant un faisceau (1).
Telles sont les particularités de texture que présente une coupe
(1) Voy. pl VILLE, fig. 37 bis {d)., fig. 57 (L)
DU POLYPIER. PE7 perpendiculaire à Faxe dans le milieu d'une branche complétement développée. H y aurait bien encore à signaler quelques corpuscules (1) semés çà et là dans le tissu; mais leur histoire trouve mieux sa place dans l'étude du développement et de l'accroissement du polypier.
Quant aux différences que présentent le Corail noïrci par l'action putride de la vase, le Corail blane et le Corail de différentes grosseurs ou de différentes nuances, elles sont toutes dues à la couleur qui change, aux teintes qui pâlissent, à la netteté des lignes qui disparaît ou s'exagère, au nombre des couches concen- : triques qui augmente ou diminue. Mais les bandes rayonnantes périphériques et le noyau central irrégulier, trigone ou allongé, ne manquent jamais. On le reconnaît toujours au milieu des variétés nombreuses d'aspect qui n’ont, il faut le dire, rien d'important.
Le-nombre des rayons comptés auprès du noyau central et celui des dents du feston marginal de la coupe ne sont pas les mêmes; ils sent très-différents. Cela tient à la multiplication des bandes, qui se bifurquent à mesure qu'elles s'étendent (2). Ainsi, dans la figure qui représente une coupe de Corail, on voit sur l’un des angles du noyau central naître deux rayons, tandis que la partie qui leur correspond en présente à la circonférence six. Chacun d'eux se bifurque deux fois et produit ‘deux rayons secondaires qui viennent s'ajouter, comme autant de coins, entre les premiers et remplir les espaces qui sans eux eussent été libres.
On s'explique ans! pourquoi tous les rayons, qu'on peut compter à la circonférence, n'arrivent pas jusqu’au centre et s'arrêtent de loi en loin à différentes hauteurs.
is (c).
(4) Voy. pl. VII, fig. 37 b } première bifurcation ; (e) deuxième,
(2) Voy. id, fig. 37 (f
En résumé, on constate deux faits très-importants, dont il sera tiré parti ultérieurement. D'une part, les bandes de couleur plus foncée partent du sommet des arêtes, et les bandes plus claires, du fond des sillons; d'autre part, le centre de l'axe est toujours occupé par un noyau irrégulier plus ou moins anguleux.
Une coupe longitudinale passant par l’axe ou le milieu d’une tige régulière et cylindrique, ne montre rien de bien particulier.
En effet, elle partage la partie qui correspond ou bien à une arête, ou bien à un sillon, et par conséquent présente le profil en longueur, soit d'un rayon rouge, soit d'un rayon pâle. Vers le milieu, elle montre aussi la division longitudinale du noyau central.
La coloration en rouge vif ou rouge pâle de la partie périphérique n'offre que de faibles variations correspondant aux zones concentriques d'accroissement; et lorsque la préparation est poussée fort loin, elle se brise, suivant des lignes parallèles à ses bords mdiquant les couches superposées d'accroissement.
Les stries fines, dont 11 à été question, sont coupées ou perpendicularement dans les rayons rouges, ou parallèlement à leur direction dans les rayons pâles ; aussi paraissent-elles à peine.
Pour peu que l'on s'éloigne de la ligne médiane et que l'on tombe sur les côtés, l'apparence change complétement. I vaut donc beaucoup mieux exagérer cette condition et faire une coupe tellement près de la surface qu'elle lui devienne presque parallèle ; car on peut alors constater des faits importants.
Si l'on veut, dans ces conditions, éviter les erreurs, il est nécessaire d'apporter quelques soins à la préparation. On doit débarrasser d'abord complétement le polypier de tous les tissus qui l'environnent, Cela s'obtient très-facilement si, après une
; DU POLYPIER. 119 courte ébullition dans un liquide contenant un peu de soude, on le brosse fortement sous un courant d'eau. Tous les spicules de l'écorce sont entraînés.
La coupe, du reste, est bien plus facile à faire que dans les cas précédents. Il faut coller le polypier sur une plaque de verre à observation, à l’aide d’un mélange fondu de térébenthine de Venise et de gomme laque, puis on le recouvre d’une cire à cacheter de très-bonne qualité, où la laque domine. Cela fait, il n'ya qu'à user jusqu'à ce que la transparence soit suffisante, pour permettre de voir tous les détails. Ici, on n’a plus à déplacer la lame de Corail, comme dans les coupes perpendiculaires à son axe ; la surface est empâtée dans le mastic transparent, et l'on est assuré que ses moindres aspérités doivent résister au travail d'usure et de polissage.
Une plaque obtenue ainsi qu'il vient d'être dit, se présente absolument comme si l'observateur était placé au milieu ou dans l'axe du polypier; et les détails de la surface sont vus de dedans en dehors.
Il est bon aussi de dissoudre les masties et d'observer directement du côté de l'extérieur.
Le Coral réduit en lame très-mince parait d’un rouge bien différent de celui qu'on lui connaît quand il esten gros morceau, et dans le cas de la préparation actuelle 1l est divisé en bandes parallèles (4), alternativement plus claires et plus foncées. En se rapportant à l'observation des coupes perpendiculaires, on reconnait qu'ici les bandes rouges correspondent aux rayons plus fortement colorés, aux arêtes du polypier, et les bandes plus claires, aux rayons pâles, aux sillons ou cannelures.
Ainsi, quelle que soit la direction des coupes, toujours on remarque la mème disposition.
(1) Voy. pl. VII, fig. 38. (d) bandes plus rouges, plus épaisses, correspondant aux arêtes; (c) bandes plus claires, plus minces, correspondant aux sillons,
Si la partie du polypier qui a servi à faire la préparation, n'est pas parfaitement parallèle à la plaque de verre sur laquelle on l’a collée (et cela arrive presque toujours), il y a dans une même lame des épaisseurs variables , très-avantageuses à l'étude. Amsi, souvent 1l' existe de lom en loin des pertes de substance au milieu desquelles s'avancent, comme des dents, les bandes plus rouges, tandis que les bandes plus claires ont disparu. Cela montre bien évidemment que les parties peu colorées correspondent aux sillons, etque les parties plus hautes en couleur répondent aux arêtes (1).
Du reste, quel que soit le pot que lon observe, toujours on voit une multitude de petits corpuscules, fort irréguliers, chargés d'aspérités et beaucoup plus rouges que le tissu dans lequel ils sont plongés. Hs réfractent vivement la lumière, ce qui, lorsqu'ils ne sont pas complétement empâtés, les fait paraître bordés de lignes sèches ef noirâtres très-accentuées.
On est naturellement conduit à considérer ces corpuseules comme donnant plus de vigueur à la teinte générale; car leur nombre est infiniment moins grand dans les bandes claires que dans les bandes rouges, et l'on arrive à cette conclusion fort importante, comme on le verra plus loin, que, sous les vaisseaux, le nombre des corpuscules calcaires déposés par la sécrétion est beaucoup moindre que dans leurs intervalles.
L'histologie de la base du polypier ne montrerait rien qui n'ait été dit à propos du corps ou da milieu de la tige.
Sur une racine très-minee, étalée en lame à la surface d’une Mélobésie, et n'ayant pas un dixième de millimètre d'épaisseur, les corpuscules spinuleux (2) qui viennent d'être mdiqués se présentaient avec la plus grande évidence ; mais les bandes plus
(1) Voy. pl. VII, fig. 38. Ce dessin est fait à un faible grossissement afin de donner une idée de Pensemble de la préparation, Mais avec un pouvoir amplifiant plus considérable, chaque point rouge paraîtrait être un corpuscule héissé d’aspérités, comme dans la fig. 109, pl. XIX.
(2) Voy. id., fig. 38 bis (a) tissu de la Mélobésie,
DU POLYPIER. 121 clares et plus foncées manquaient. Cela n'étonne point : car on n'a pas oublié que, lorsque la racine est très-nouvellement déve-loppée, le réseau de vaisseaux à tubes parallèles manque encore,
Les extrémités libres des polypiers doivent fixer l’attention d'une manière toute spéciale. Toujours jeunes, pour ainsi dire, on trouve en elles la raison de bien des choses: elles montrent à tout moment comment se fat l'accroissement des parties.
Si l'on prépare un boutde tige de zoanthodème en faisant pourrir les tissus, on n'a pas à faire de coupes minces, ce qui est d'ailleurs fort difficile. Les lamelles du corps trigone sont peu épaisses, et assez transparentes pour être examinées à plusieurs centaines de fois de grossissement.
Dans les lamelles simples, les conditions de l'observation sont bien préférables, aussi doit-on toujours chercher à en rencontrer.
Leur tissu (1) est, en général, d'un rose tendre quelquefois cependant assez vif, Il est semé de gros nodules ou paquets d'une teinte rouge plus foncée. d’une forme à peu près sphéroïdale et d’une apparence muriforme très-marquée (2).
Ces nodules ont leur surface toute couverte de spinules, de pointes ou d’aspérités.
En quelques points, on croirait qu'ils étaient naguère encore libres, car 1ls semblent portés par un pédonceule. Sur les bords de la lame, ils se rapprochent, marchent à la rencontre les uns des autres et finissent par se toucher, en laissant entre eux des espaces vides. C'est là l’origine de ces trous (3) ou lacunes que l'on remarque de loin en loin sur les polypiers encore lamellaires.
(1) Voy. pl. VIT, fig. 36. — Il faut remarquer à propos des teintes que les plus grandes variétés se rencontrent ; elles sont semblables à celles que l’on voit dans le Corail de l'industrie,
(2) Voy. id., id. (f).
(5) Voy. id., id, (e).
Après ce qui a été dit déjà, ces détails doivent suffire : car, en nous occupant, comme nous allons le faire bientôt, de la question de l’origine du polypier, nous aurons occasion de revenir sur toutes ces particularités de structure.
Si l'on admet, ce qui sera démontré plus tard, que les spicules par leur agglutination s'ajoutent au polypier et contribuent à son accroissement, on est bien forcé de reconnaître que celui-ci se compose de deux parties : l'une, les spicules, est prise aux tissus environnants ; l’autre doit être considérée comme un ciment, et elle est déposée par la sécrétion qui s'effectue sous le réseau des vaisseaux parallèles.
Ces deux éléments sont de la même nature. Is sont lun et l’autre calcaires.
Le ciment se dépose en plus grande quantité sur le corps qu'aux extrémités des zoanthodèmes. C’est lui qui lie les noyaux de spicules formés çà et là dans le sarcosome.
Mais n’empiétons point sur les faits qui seront plus tard rapportés quand il sera question du développement.
En résumé, le polypier du Corail renferme toujours un noyau central irrégulier, entouré par des couches concentriques, déposées régulièrement et formées de bandes rayonnantes dont la temte est tantôt plus claire et tantôt plus foncée.
Si l'on coupe une tige de la base vers le sommet à différentes hauteurs, les figures que l’on obtient cessent peu à peu d’être régulièrement circulaires, leur bord présente des dépressions, et progressivement on arrive à une forme tout à fait identique avec celle du noyau central.
On voit par là, d'une manière évidente, que le dépôt des couches se fait en plus grande abondanee dans les anfractuosités des angles rentrants du corps trigone primitif, et que les arêtes, nées progressivement et régulièrement tout autour de lui, produisent les apparences diverses dont il a été question,
Si les couches sont plus épaisses d'un côté que de l'autre,
le noyau central est plus où moms rejeté sur le côté, aussi rarement oceupe-t-1l exactement le centre (4).
Il était naturel de rechercher quelles dispositions partieulières présentait la structure d’une tige cassée sur laquelle une nouvelle tigelle s'élevait au milieu de la cicatrice qui, recouverte, comme un moignon, par le bourgeonnement du sarcosome, reconstituait la colonie.
Une coupe passant par l'axe d'une tigelle née dans ces conditions (2), montre que le polypier primitif s'arrête brusquement dans le point où il avait été rompu, et qu'au-dessus de lui des couches d'abord verticales, puis horizontales, puis enfin verticales, recouvrent la tige primitive, la blessure et la tigelle nouvelle, absolument comme un corps étranger. Il n'ya done rien à ajouter à ce qui a été dit pour les bases, Îles corps et les extrémités du polvpier.
Swammerdam avait recherché avec grand som comment pouvait se former le Corail. I avait méthodiquement étudié cette question, et si les conclusions auxquelles il arrivait étaient fausses, c'était certainement parce qu'il n'avait pas fait des observations sur le vivant. A la facon dont 1} avait conduit ses recherches, on peut, sans s'engager, affirmer que sil eût fait ses observations dans de bonnes conditions, 1l eût reconnu la vraie nature du Corail.
Le passage où il décrit la composition de l'axe, est curieux :
« Mais voiey une autre fort belle expérience, c’est qu'ayant, » avec une seie fort délicate, scié une tranche mince de » Corail et l'ayant polie sur un morceau de fer avec du sable menu, Jay observé avec le microscope, et mesme sans cela,
» que le centre du Corail est dispersé par couches ou par stra-
(4) C’est le cas de la coupe figurée pl. VNE, fig. 37. (2) Comme, par exemple, dans la tige représentée p', VII, fig. 29,
» tifications, et en rayons ou en branches, selon l'ordre très- » admirable des rides ou des nerfs; et1l y a des lignes à deux : » et à trois fourches, et cela se fait d’une manière incroyable, » par la multiplication des rides ou des nerfs qui grossissent le » Corail. Il est constant que les rides ne sont autre chose que » des boules joinctes les unes aux autres, et moyennant cette » tranche mince et polie qui est rayonnée, on peut aussi avec » fondement conjecturer que le Corail se grossit par lappli- » cation des boules qui composent assurément les rides et la » croûte (4). »
Nous renvoyons, pour apprécier cette opinion, au moment où nousétudierons les opinions relatives à l’origine de l'axe ; elle est véritablement très-remarquable.
Réaumur était lui-même arrivé au même résultat.
Cavolini ne semble pas avoir porté son attention sur la texture intime du polypier. Il a cherché quel est son mode de formation, surout dans les Gorgones; nous aurons à nous occuper de son opinion.
Telle est Forganisation du Corail.
En présence des opinions diverses et opposées qui se sont produites à diverses époques, 1l était utile d'étudier, avee le plus grand soin, toutes les dispositions anatomiques. D'ailleurs, dans les détails qui précèdent, on trouvera une introduction nécessare aux études qui nous restent à faire sur la Reproduction, l'Embryogénie et le Développement des organes.
(i) Voy. Boccone, loc. cit., p. 16h, leitre XIX de Swammerdam. Par rides ou nerfs, l’auteur entend parler des arêtes qui séparent les cannelures.
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« Et dn tic #5 GOX T3 TG TOAYUXT A
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@UOpLEY Biédeues > OITEP EvV Tots
ZA Ÿ » , a 3 ”
&Âkors xat Toutots xaxAAGT ay oÙro Jewpnrerey. »
(AraisroTE, Polit., lib. E, ch. 1, 2 3.)
«Ici, comme parlout ailleurs, remonter à l'origine des choses, et en suivre avec som Île développement, est la voie la plus sûre d'observation, »
(Trad, de BARTH. SAINT-HILAIRE.)
1 faut distinguer de la reproduction proprement dite l'extension des colonies.
On doit rapporter à la première là formation des nouveaux rameaux où zoanthodèmes, et à la seconde la multiplication des Polypes sur un même rameau, ou le développement et l'accroissement par la blastogénèse.
On a vu que, dans un Zoanthodème, les animaux nouveaux prennent naissance par un travail spécial qui se passe autour des individus existant déja; nous avons désigné par le mot bourgeonnement ou blastogénèse (1) la force qui peut étendre la colonie, mais qui n'en crée pas de nouvelle, réservant au mot reproduction un sens exclusif et tout différent, qui im
(4) Voy. plus haut, p. 22, pour la signification de ce mot,
plique le concours dessexes et la production d'êtres d’une forme particulière, d’où dérivent des rameaux ou zoanthodèmes NOUVEAUX.
Sexes.
La distinction des sexes ne peut se faire sans la connais sance des éléments caractéristiques, les œufs et les spermatozoïdes.
Que lon suppose connues pour un moment ces parties qui, dans le Corail, sont parfaitement distinctes, et l’on pourri établir les faits suivants, relatifs à la séparation ou à l'union des sexes.
Tantôt un même zoanthodème ne présente que des mâles ou des femelles : il est unisexué.
Tantôt les Polypes d'une même colonie sont les uns mâles (1), les autres femelles (2) : le rameau est bisexué.
Mais ici deux conditions peuvent se présenter : ou bien les Polvpes mâles sont portés par une des branches, et les Polypes femelles par une autre; ou bien ils sont tous mélangés.
Pour déterminer le sexe d’un rameau, il est donc important de tenir compte de ces conditions et d'étudier attentive ment les glandes dans toute l'étendue.
Enfin, les organes de la reproduction peuvent être réunis
(1) Voy. pl. IX, fig. 39, (2) Voy. td., fig. 42,
dans un même Polype et donner Lieu à un hermaphrodisme (4) parfaitement caractérisé.
Cette dernière condition, c'est-à-dire l'hermaphrodisme, est relativement la plus rare ; la séparation des sexes ést au contraire la plus fréquente, et de toutes les dispositions, c’est la distinction sur deux zoanthodèmes ou bien sur des branches secondaires d’un même rameau qui se montre le plus souvent.
On voit que le Corail se trouve dans des conditions semblables à celles que présentent les plantes appartenant à la polygamie de Linnæus, puisque l’on peut, dans une même espèce, rencontrer plusieurs sortes de noces, pour employer les expressions linnéennes.
Il sera utile, du reste, de revenir sur ces faits quand il sera question de la fécondation.
Organes de la reproduction considérés en général.
Quel que soit le sexe, les organes offrent des dispositions générales qui re varient pas et qui ne permettent guère de les distimguer, si l'examen microscopique n'a fourni d'avance le moyen direct de les reconnaitre.
Ils sont placés dans la cavité générale du corps, et en particulier dans l'épaisseur des replis intestiniformes.
Si l'on enlève avec précaution et sans trop le déchirer, ce qui nest pas facile, tout un repli, on voit que ses bourrelets pelotonnés sont logés dans la partie la plus élevée de la cavité, et que ce n’est que plus bas que se trouvent les paquets de corpuscules plus où moins saillants, souvent pédonculés, qu'on verra être soit des œufs, soit des testicules.
(1) Voy. pl. X£, fig. 52 B/ (t) testicule, (0) œuf,
Aucun signe extérieur sur les Polypes ne permet de reconnaître les sexes. En cela rien qui puisse étonner, puisqu'il est difficile même de distinguer, à la simple vue, les organes profonds et fondamentaux.
Le temps pendant lequel se développent les glandes génitales est très-prolongé. Voiei des observations qui le prouvent : du 45 octobre au milieu de décembre 1860, je n'ai pu rencontrer que deux œufs, et cela sur un très-grand nombre d'échantillons; à partir du mois d'avril en 1864 et du mois de mai en 1862, j'ai toujours trouvé les glandes génitales turgides et en belétat de développement.
Puis au mois de septembre, en 1861 comme en 1862, les œufs diminuèrent peu à peu, et, au commencement d'octobre, ls disparurent entierement. Ne doit-il pas être évident pour tous, d'après cela, que le travail des organes reproducteurs se fait dans le printemps et l'été, etque, dans l'hiver, la propagation de l'espèce s'arrête et se repose?
C'est done dans le courant de la belle saison qu'on doit entreprendre les études; mais il faut remarquer aussi que, tandis que pour bien des espèces voisines, la reproduction cesse vite et même tout à coup après avoir pris une activité très-grande, pour le Corait, au contraire, elle semble se prolonger longtemps.
Nous verrons, du reste, quelles induetions il sera possible de üirer de ces faits quand nous arriverons à la réglementation de la pêche.
S Ale Organes mâles.
CARACTÈRES EXTÉRIEURS. — Quand on a étudié comparati-
vement les glandes mâles et femelles, il devient facile, sous la loupe et même avec un peu d'habitude à l'œil nu, de pouvoir
DES ORGANES DE LA REPRODUCTION. 129 reconnaitre un œuf et un testicule. Mais au premier abord, sans le secours du microscope, la distinction est impossible.
Ordinairement un testicule bien développé, quoique blanc comme l'œuf, présente dans son centre une translucidité (4) qui le fait paraître un peu obseur, e’est l'ombre du dessous ou des cavités, vue par transparence, qui lui donne cette apparence.
Jamais il n'offre cette teinte blanche mate de l'œuf : et sa forme, qui est moins régulièrement sphéroïdale que dans celui-cr, donne à tout son ensemble un cachet spécial. Cependant ces caractères ne suffisent pas toujours pour le faire reconnaitre.
Après la mort, les produits de la glande femelle deviennent jaunâtres comme les autres tissus ; le testicule seul conserve sa couleur blanche. Lorsque j'eus reconnu cette particularité, la distinction des sexes devint facile et commode; je pouvais y arriver très-vite sans le secours des verres grossissants.
Pour bien reconnaitre la position des glandes mâles, 11 faut, comme pour étudier le reste de l'organisation, fendre le Polype par une section dirigée perpendiculairement à l'axe de son corps, ce qui revient à faire une coupe parallèle à la surface de l'écorce ou sarcosome (2).
Il est facile, par cette préparation simple, de vor dans la cavité générale flotter des petits corps qui ne sont autres que les testicules suspendus à des filaments grêles partant des replis lamellares attachés à la etrconférence du sarcosome.
Ces petits corps sont toujours blancs, jamais colorés ; seulement la transparence qu'ils présentent vers leur milieu modifie un peu et atténue la vivaerté de leur blancheur.
Leur forme est très-variable, mais toutefois dans certames limites. Ainsi les uns sont ovoïdes ou sphériques, les autres sont
(4) Voy. pl. XI, fig. 52 (6).
(9). Voy. PRAIN, 24. fige 39 (E),
LACAZE DUTHRIERS, 9
réniformes (4) ou trigones (2): il n’y a rien de fixe à cet égard, mais à mesure que leur développement fait plus de progrès, leur forme sphéroïdale devient de plus en plus execeptionnelle. A l'origine, ils sont arrondis, et ce n’est que par l'accroissement de leur contenu qu'ils finissent par se bosseler et par devenir plus ou moins irréguliers.
Leur nombre est très-variable. I dépend beaucoup de lisolement et de la séparation des sexes, ainsi que du moment où on les observe (3).
Quand on fait les études au printemps ou sur des mdividus qui sont en travail génésique depuis peu de temps, le nombre des glandes est beaucoup plus grand; on en compte de dix à quinze et souvent davantage, et l'on remarque qu'ils n'ont pas tous la même taille. Sur des animaux plus avancés vers la fin de la belie saison, on n'en trouve souvent que deux, trois ; mais alors ils sont très-développés.
Dans le courant de l'été, 1ls sont ordinairement assez nombreux pour remplir entièrement toute la cavité d'un Polype contracté, et alors l'idée qui se présente naturellement à lesprit, surtout quand on voit leur tulle disproportionnée, c'est que leur développement est successif, qu'ils n'arrivent pas tous au même moment à maturité, qu'ils doivent éclater et disparaître les uns aprèsles autres, et se céder amsi réciproquement la place.
Dans un exemple on en comptait douze dont les proportions et les formes différaient un peu. Dans un autre cas, une seule glande mâle remplissait plus de la moitié de l'espace laissé libre par l'œuf.
On voit done qu'il y a de nombreuses variétés dans la forme etle volume.
(4) Voy. pl. IX, fig. 41,
(2) Voy. id., fig. 40.
(3) Voy. td., fig. 39.
DES ORGANES DE LA REPRODUCTION. 131 L existence des organes mâles n'avait pas encore été constatée dans le Corail; c’est un fait nouveau pour la science.
Remarque. — On ne peut manquer d'être frappé de l'énorme différence que présentent là grandeur et les proportions des figures. lei telle cavité générale est, relativement à la tige, très-grande ; là, tel animal est très-petit comparativement aux organes qu'il renferme. Tout cela tient exclusivement à l'état de relâchement, de contraction des Polypes et au développement de l'axe, du sarcosome et des organes, au moment où le dessin a été fait. I faut donc, dans les objections qui pourraient se présenter, faire la part de l’état des choses. J'ai voulu dans les dessins que je publie copier exactement les exemples choisis et pris pour modèle. Ces différences m'ont souvent étonné, parfois j'avais cru en commençant à des erreurs; mais bientôt J'ai acquis la conviction intime que toutes les proportions étaient exactement conservées.
Hisrocoie. — Si l'on arrache avec des pinces fines un repli intestinforme portant des organes bien développés, on reconnait aisément que chaque testicule est suspendu par un pédoncule très-grèle, qu'il est limité par une membrane enveloppante, et quil renferme une matière d'une nature toute spéciale d'autant plus abondante et caractéristique qu'il est plus développé. C'est, en un mot, une capsule avec une paroi et un contenu.
Le contenu (4) s'échappe au dehors dès que la pression même très-légère d’une plaque mince de verre vient à rompre la capsule ; alors un nuage visqueux, d'un gris un peu bleuâtre que rend tres-bien la teinte neutre, sort par la rupture et se mêle peu à peu à l'eau. I y a sur ses bords comme une sorte de dissolution du mucilage qui tient ses éléments rapprochés,
(4) Voy. pl. IX, fig. 41 (a).
Le contenu est formé de deux sortes de particules solides : les cellules spermatogènes, et les spermatozoïdes.
Quand on n'observe pas un testicule arrivé à son état de parfaite maturité, on ne trouve que des cellules dont la forme et l'apparence rappellent ce que lon voit dans tous les organes males ; elles sont finement granulées à l'intérieur, leur paroi est transparente, et elles réfractent là lumière d’une certaine facon (4), qu'il est aussi difficile de définir que de décrire bien qu’elle soit caractéristique.
Elles sont pâles et ne présentent rien de semblable à ce que l'on voit dans l'œuf; plutôt ovales que sphériques, elles ont un diamètre qui mesure en moyenne 1/2 ou 1/3 de centième de millimètre.
Parmi elles on en trouve de plus grosses, moms nombreuses, qui n'offrent pas seulement un contenu formé de granulations fines, mais qui renferment les corpuscules qui viennent d'être indiqués. Ce sont des cellules mères qui produisent par voie endogène les cellules caractéristiques du sexe mâle.
Cela explique leur réunion par petits groupes de trois, quaire où davantage, que Fon remarque souvent au milieu des nuages qui s’échappent des capsules.
Les spermatozoïdes n'ont pas une forme spéciale et exceptionnelle. Leur tête globuleuse est relativement assez grosse et leur queue très-fine et déliée (2).
La première reste longtemps enfermée dans la cellule productrice, tandis que la seconde, déjà au dehors depuis longtemps, oscille, déplace et fait avancer le globule céphalique (3).
Les filaments spermatiques sont d'une très-grande agilité quand ils sont complétement débarrassés de la cellule qui les
(4) Voy. pl. IX, fig. 42 (a a), (2) Voy. id., id. (d).
(3) Voy. 10. (6),
a produits. Hs passent dans le champ du microscope comme des traits; mais ils semblent rester assez longtemps dans la capsule et avoir comme de là peme à s'en débarrasser. Dans ce cas 1ls sont lents à se mouvoir.
Dans le contenu d'un même testicule, on rencontre des cellules ovoides avec un prolongement caudal, tantôt plus long, tantôt plus court, et l'on peut, d’un spermatozoïde à tête dégagée et globuleuse passer insensiblement à la cellule productrice.
Quelquefois on trouve en assez grand nombre des corpuscules fusiformes (1) allongés, terminés à leurs extrémités par de véritables queues. Il est assez difficile d'en reconnaitre la nature exacte, peut-être sont-ils dus à la fusion de deux cellules spermalogènes, et au dégagement suivant les pôles des queues de deux spermatozoïdes ; il nr'est impossible de rien affirmer de posiüf à cet égard.
Bien que dans ce travail tout spécial les comparaisons aient été autant que possible écartées, cependant 1l est difficile, à propos de ces faits nouveaux, de ne pas dire que dans le groupe tout entier des Alcyonaires les choses se passent absolument comme dans le Corail, et que par conséquent 1ct 1l n'ya rien d'exceptionnel.
Dans l'épaisseur des lames ou replis radiés de Fa cavité générale, les tissus s'accroissent en des points isolés et produisent de petites tumeurs qui deviennent très-promptement saillantes.
Peu à peu, par le progrès du développement, ces tumeurs s’éloignent des replis, et alors on peut remarquer qu'elles sont attachées par une base encore large qui a de la tendance à se
(1) Voy. pL IX, fig. 42 (b). — Cette figure a été dessinée avec l'obj. n° 7 et l'ocul. n° 4 de Nachet. Dans des conditions de distance telles que 1/109° de millimètre couvrirait 6 millimètres. Ce grossissement serait donc de 600 fois. D'après ces mesures on pourra juger aisément des grandeurs relatives de lous les éléments,
rétréeir pour former un pédoncule (D) et que leur milieu semble creusé d'une cavité obscure (2), dont les limites, quoiqu'un peu ondulées, sont nettement marquées. On croirait à un véritable trou occupant le milieu de la petite sphère.
Jusqu'à ce que les cellules destinées à produire les spermatozoïdes soient toutes développées, cette apparence persiste. Dans les Gorgones en particulier, elle est extrèmement marquée et permet de reconnaître très-vite les mâles des femelles.
C'est à elle qu'est due aussi la modification de la teinte de la glandule qui, avons-nous dit, parait comme vide dans son milieu.
Toutes ces particularités s'expliquent quand on connaît le développement ou Févolution des glandes mâles depuis leur apparition jusqu'à leur parfaite maturité.
On croirait qu'il existe contre les parois de la capsule une couche (3) de cellules qui, en se développant, gagne le centre et remplace un plasma où liquide capable de s'organiser de proche en proche. Ilest certain que cette disposition ne manque jamais et qu'elle disparait avec la maturité.
La capsule produirait done les éléments destinés à devenir spermatozoïdes de la circonférence vers le centre.
Le pédoncule est le résultat de l'étranglement qu'éprouve audessous d'elle la petite tumeur. Formé aux dépens des lames ou -replis radiés, 1lest la continuation des tissus qui ont entouré d'abord la petite masse.
I renferme donc à la fois les mêmes éléments que la capsule et que le repli.
La capsule testiculaire offre une structure constante, mais
(4j Voy. pl. XI, fig. 49 (4).
(2) Voy. id., id. (g) cavité centrale.
(3) Voy. id., id. (f) partie cellulaire externe, (e) capsule, (g) partie centrale qui ressemble à une cavité, Vu à un grossissement de 500 fois.
elle s’altère facilement quand on la comprime, surtout quand l'époque de la maturité est arrivée.
Son épaisseur, très-variable, est toujours moindre que celle de l'œuf.
Elle est formée de deux parties (1) : l'une, externe, renfermant de très-grandes cellules à granulations nombreuses, rappelant, mais en petit, ces grosses cellules que l’on à vues à l'in térieur des bras et qui se désagrégent si facilement; l’autre, mince, transparente et légèrement striée parallèlement à sa surface. L'apparence de cette seconde partie est due, soit à la compression, soit peut-être à des fibres, continuation de celles que l’on trouve dansle pédoncule et dans les replis radiés.
un Ss
Organes femelles.
La facilité qu'il y a à voir les œufs du Corail est si grande, que l'on est en droit de s'étonner que les naturalistes ne les aient point signalés plutôt.
Pendant là belle saison, il n'est pas possible de ne pas en trouver en faisant des coupes parallèles à la surface du sarcosome et arrivant Jusque dans le corps des Polypes, on voit alors dans l'eau flotter les globules ronds parfaitement sphériques, trainant souvent après eux un long pédoncule (2).
L'apparence d'un antmal ainsi ouvert rappelle complétement ce que lon trouve dans une foule de Gorgoniens ou d'Aleyonaires, Où souvent les corps sont bourrés de germes à diffé-
(4) Voy. pl. IX, fig. 42. Dans cette figure, on n’a pas représenté tout le testicule (t) ; on voit de chaque côté de la masse spermatique (a) les lignes appartenant à la capsule, et les grosses cellules qui la recouvrent,
(2) Voy. pl. IX, fig. 43 B (0).
rents états de développement qui forment comme des grappes vivement colorées.
L'œuf du Corail est parfaitement sphérique tant qu'il reste œuf. Plus tard, quand il a subi l'influence de la liqueur séminale, il change de forme. Mais alors 1l est déja un embryon, il n'est plus un œuf (4).
Sa couleur est d’un blanc mat, qui ne fait Jamais défaut, tout le temps que l'animal est vivant; mas qui, ainsi que cela a été déjà dit, passe au jaune quand les tissus du corps prennent eux-mêmes cette couleur après la mort.
Jamais il n'a dans son milieu la transparence du testicule.
Sa taille varie naturellement avec l'âge; il est fort petit au commencement de son apparition, puis il devient fort gros, mais il ne dépasse cependant pas certaines limites, 1l ne devient jamais aussi volumineux que les capsules mâles.
Pour chaque animal, il est difficile d'en assigner le nombre, soit parce que le développement est moins considérable, soit parce que les naissances successives des jeunes viennent de loin en loin en faire disparaître quelques-uns.
Les rapports de l'œuf et des replis mtestmiformes sont trèsnettement déterminés. Supposons un de ces replis vu de profil (2); par sa parte inférieure, 1! est soudé avec le plancher de la cavité abdominale ; par son bord adhérent vertical, il est soudé à la paroi ou limite de la cavité, et sur son bord hbre, un peu au-dessous de son union avec lœsophage, il porte un paquet de bourrelets contournés en différents sens (3), comme l’in-
(4) Voy. pl. XL, fig. 52. B est la cavité d’un Polype dont les œufs sont déjà transformés en embryons : B’ renferme un énorme testicule (f) et un œuf remarquable aussi par sa grosseur (0). On doit être frappé de la différence de taille qui existe entre (0) de B et (0) de P',
(2) Voy. pl. X, fig. 44.
(3) Voy. àd., id, (a),
testin gréle appendu au mésentère. Ce paquet ne se continue pas dans toute l'étendue du bord du repli, il forme une petite masse bien limitée, supérieure, appelée par les auteurs cordon pelotonné (4). C'est au-dessous de lui que commence la production des œufs. |
Lorsque ceux-ci sont arrivés à leur entier développement, ils pendent à l'extrémité de leur pédieule (2), tantôt allongé et grêle, tantôt court, plus ramassé et plus épais.
I y à là une disposition constante et tout à fait analogue à celle que l’on rencontre dans tous les Aleyonaires.
HISTOLOGIE. — On trouve dans une glande femelle les mêmes parties que dans les glandes mâles. IF y à une enveloppe ou capsule, un pédicule et un contenu.
L'œuf nait dans une capsule (3), qui persiste et qui l'environne pendant tres-longtemps. I S'y accroît et s'y complète, mais, tandis que dans la glande mâle l'intérieur même de ia capsule produit un grand nombre d'éléments, ici, au contraire, il n'en produit qu'un seul.
On sait que l'en à cherché à trouver dans les organes males et femelles, les mêmes parties et cela jusque dans les moindres détails. La science ne gagne rien à de semblables parallèles, quand ils sont poussés trop loin.
Sans doute on arrive à des rapprochements plus ou moins ingémeux et peut-être quelquefois utiles ; mais certainement on s'exagère la valeur de ces études comparatives que l'on aime beaucoup trop à décorer du nom de philosophiques, afin d'avoir à formuler après elles quelques lois, ce qui plaît tant.
(4) Voy. Milne Edwards, À, J. Haime, His. des Coralliaires. (2 Voy. pl. X, fig, 44 (b).
(3) -Voy. id., fig. 45 (f 9); fig. 46.(f 9)
L'élément caractéristique du mâle est le spermatozoïde, comme l'élément caractéristique de là femelle est l'œuf. La rencontre de l’un et de l’autre donne naissance à un nouvel être. Leur rôle est par cela même parfaitement défint, et leur individualté propre, si l'on peut employer cette expression, nettement démontrée.
Cela suffit pour ne pouvoir établir aucune comparaison entre les granulations vitellines d’une part, et les cellules spermatogenes de l’autre.
La glande mâle est une capsule qui sécrète des cellules dans l'intérieur de chacune desquelles se développe un élément mâle, particulier, mais si la glande femelle est aussi une capsule, elle ne sécrète qu'un seul élément d'une organisation toute spéciale.
Aussi faut-1l rejeter, comme parfaitement impropres, ces expressions d'œuf mâle et d'œuf femelle ; car elles conduisent à cette exagération, qu'on a de la peme à comprendre, à l'œuf hermaphrodite (4), avec lequel on peut expliquer tout ce qu'on veut sans aucune difficulté, mais véritablement sans aucun résultat satisfaisant, car on part d'une pure hypothèse que rien ne démontre.
L'œuf est composé exactement comme dans les animaux supérieurs. [Il présente une enveloppe externe, la membrane vilelline, un liquide plastique où flottent de nombreuses granulations, le vitellus où jaune, et une vésicule transparente, dans laquelle on voit la fache germinative.
L'enveloppe où membrane vitelline (2) est assez épaisse, elle se fait distinguer par son contour transparent comme dans les animaux supérieurs. Seulement elle ne mérite pas ici, comme là, le nom de zone transparente, car son épaisseur n’a rien de
(1) L'expression à été employée par M. Barthélemy; mais elle est le résultat d’une vue de Pesprit, rien de plus (Voy. Annales des sciences naturelles, 4° série), (2) Voy. pl. XI, fig. 49 (a); fig. 50 (a).
DES ORGANES DE LA REPRODUCTION. 159 comparable avec ce qui a été décrit sous ce nom, par exemple dans les Mammifères.
Quand on comprime un œuf et qu'on le fait éclater, sa membrane propre, quoique mince, se ride, et, comme celle du testicule, paraît finement striée.
I n'a point été possible de voir le micropyle ou petite porte, ouverture que l'on à reconnue exister, dans ces derniers temps, sur la membrane vitelline, et que l’on croit destinée au passage du spermatozoïde. On verra que s'il existe, sa présence est fort difficile à constater.
Lorsque, par la pression, les éléments du vitellus S'échappent, ils forment un nuage (1) plus visqueux et plastique que lorsqu'il s'agit d'une capsule testiculare ; ils se séparent peu à peu par le mélange de l'eau et du plasma qui les unit.
Le jaune à un aspect tout à fait caractéristique et particulier, dù à la nature et à la forme de ses éléments; on ne peut le méconnaître dés qu'on l’a vu une fois (2).
On ne trouve pas dans son intérieur de cellules particulières dont la forme et le volume soient constants; il ne renferme que des globules réfractant fortement la lumière, paraissant fortement ombréssur les côtés et extrèmementéclarés vers le centre : c'est l'apparence constante des globules graisseux ou huileux.
On eu trouve de toutes les dimensions depuis 4/20° de cenième de millimètre jusqu'à un centième de millimétre et même davantage.
Ces globules sont toujours beaucoup plus volumineux que les corpuscules producteurs des spermatozoïdes, et leurs contours, si vivement accusés, ne permettent guère de les confondre avec ceux-ci.
(1) Voy. pl. XI, fig. 50 (b).
(2) Voy. 1d., fig. 49 (d),. — Comparez dans cette figure (0) et (ft). Le développement de l'œuf (o) est à peu près égal à celui du testicule (#). La différence est des plus grandes,
Lorsque l'animal est mort et que tous ses tissus ont jauni, l'œuf se modifie un peu et la nature de ses granulations se décèle, surtout quand il y à un commencement de putréfaction. Alors, en le comprimant, on voit sortir de son intérieur non plus des granulations à contours nets et bien dessinés, rappelant les gouttelettes d’une émulsion, mais de grandes fusées (4) d’une substance oléagineuse jaune, bordées d'un cercle tresnoir; c'est un effet de réfraction qui se présente toutes les fois que des gouttes de matière grasse se trouvent aplaties entre deux lames de verre.
Ainsi, pendant la putréfaction il a dû s’accomplir un travail qui à fait disparaître les limites des globules graisseux et permis à la matière oléagineuse mise en liberté de se fondre en une seule masse qui exsude par la pression et qui surtout résiste à la putréfaction, ainsi que la plupart des matières grasses.
La vésicule transparente (2) ou de Purkinje se fait remarquer dans l'œuf non mûr par un éclaircissement et une transparence vaguement définis, qui, ainsi que cela s'observe dans presque tous les animaux, est assez voisine des parois; elle écarte les granulations vitellines dont le rapprochement et la puissance réfringeante produisent la teinte foncée du pourtour de l'œuf.
Elle parait surtout quand le développement n’est pas avancé, où lorsque lon écrase les œufs; dans ce second cas, elle sort, entourée par le vitellus ; mais elle ne tarde pas, dès qu'elle est dans l'eau, à disparaître, et probablement à se dissoudre, sans laisser de trace apres elle.
La tache germainative (3) est elle-même fort évidente; elle est volumineuse et parait dans le milieu de l'éclairei qui répond à la vésieule de Purkinje. Dans des œufs assez Jeunes, on la
(1) Voy. pl. XE, fig. 51 (2) fusée de matière grasse.
(2) Voy. #4, fig. 49 (d); pl X, fig. 45 (3 fig. 46 (x). 3) Voy. pl. XE, fig. 49 (c).
DES ORGANES DE LA REPRODUCTION. 11 voit très-distinctement; elle est très-régulière, elle rappelle tout à fait une petite sphère ombrée, dont la teinte sombre se détache sur le ton clair de la vésicule transparente.
Elle n’est pas toujours unique, bien souvent on en rencontre deux; ce n'est pas là, du reste, une exception, car dans les Mollusques, sans parler des Zoophyies et de beaucoup d’autres animaux, cela se présente très-souvent.
Si l'on compare maintenant l'œuf au testicule, l'un et l’autre peu développés, on voit que le testicule est rarement sphérique, qu'il est un peu aplati et paraît comme creusé d’une cavité plus obscure, quoique transparente et limitée par un bord très-distinct; que l'œuf semble transparent aussi, mais dans un point qui se rapproche plus où moins de ses bords, et qu'il ressemble à une sphère formée d'une matière fortement réfringente, vivement éclairée au milieu et obscure sur les côtés.
H y a donc là un aspect tellement différent, qu'il n'est pas possible de confondre les deux organes. |
L'enveloppe ou capsule est bien développée; elle est de na-
ture cellulaire et beaucoup plus épaisse que celle du testicule (4).
H ne faut pas la confondre avec la membrane vitelline mince anbiste dont il a été question déjà.
Les cellules qui là composent sont superposées en couches assez régulières, et lorsque l'œuf est bien mûr on en compte de douze à quinze en partant de la membrane vitelline jusqu'à sa limite extérieure (2). Elles ont une paroi évidente, et leur contenu est finement granuleux. Elles rappellent un peu les cellules des autres tissus, mais elles sont plus cohérentes et se désagrégent avec moins de facihté; aussi l'œuf ne peut s'échapper que par une véritable rupture de sa eapsule.
(1) Voy. pl. X, fig. 45 (9), fig. 46 (9), fig. 47 (9): pl. XIE, fig. 55 (e), fig. 54 (}, (2) Voy. surtout pl. XIE, fig. 54 (A g).
Les éléments de la dernière couche sont recouverts d'un épithélium vibratil très-vif, semblable à celui que l'on trouve dans tout l'organisme.
IL est bien difficile de pouvoir dire s'il y à au-dessous de ces cellules, ou entre elles et la membrane vitellime, une autre couche fibreuse, ou bien si la membrane vitelline elle-même ne se confond pas avec la partie intérieure non cellulaire de la coque. Le tout est tellement délicat, et les éléments sont relativement si considérables, qu'il est fort difficile de décider de ces questions.
Le pédoncule (L) offre une structure qui peut faire soupçonner que, dans l’intérieur de la capsule, il existe une membrane d'une nature autre que celle qui se reconnait si aisément. En effet il renferme, à n’en pas douter, un tissu qui n’est pas cellulaire et qui rappelle la couche fibreuse du milieu du repli radié. On est donc porté à se figurer l'œuf comme étant entouré par les mêmes parties que celles qui se trouvent dans son pédicule ; parties qui elles-mêmes l'avaient déjà entouré dans le repli radié, et qui l'ont accompagné dans son développement,.
L'œuf prend naissance dans l'épaisseur des replis intestiniformes (2), absolument comme les testicules ; car 1l n’en est pas des glandes génitales des Alcyonaires, et en particulier du Corail, comme de celles des autres Zoanthaires. Chez eeux-c1, une partie des replis radiés se gonfle et représente bien réellement un ovaire ou un testicule formant, par l'accumulation des capsules, une véritable masse glandulaire ; mais 1e1 les choses sont tout autres. Chaque capsule mâle ou femelle se développe isolément, et, lom de rester enfouie dans la lame où elle à pris naissance, elle s'en détache, pour ainsi dire,
(4) Voy. pl. XIE, fig. 53
(d, (2) Voy. pl. X, fig, 45 (f).
quand son volume est devenu considérable. Elle finit par être comme suspendue à une portion plus étroite, laquelle, en s'al= longeant de plus en plus, devient le pédicule grêle dont il a été précédemment question.
Dans le principe, 1l est très-facile de s'assurer que des organes males et femelles sont complétement plongés au milieu des lames radiées.
I devient maintenant utile et nécessaire de connaître la strueture de ces replis. Nous avions, on se le rappelle, réservé précédemment leur étude pour le moment où nous nous occuperions des organes génitaux.
Chaque lame radiée présente dans son milieu une couche épaisse (1) de fibres entrecroisées dont quelques-unes, plus évidentes, paraissent longitudinales ; ce sont, à n'en pas douter, des fibres contractiles, probablement musculaires et lisses ; mais, à côté d'elles, on en voit, qui leur sont directement perpendieulaires, qui semblent les croiser et se diriger vers les couches extérieures des cellules.
Au-dessus et des deux côtés de cette couche fibreuse, véritable charpente de la lame, 1l existe un revêtement cellulaire formé par une couche analogue à celle qui tapisse les vaisseaux, et dans laquelle on rencontre de nombreux nématocystes. Souvent, au-dessus de ces couches cellulaires, on retrouve le réseau des grosses cellules à granulations dont l'intérieur des barbules et des bras est si richement recouvert.
C'est au milieu de la couche cellulaire, en dehors le plus souvent des fibres, au milieu des maulles du réseau, que naissent les œufs, autant qu'on en peut juger par la compression (2). Ïs paraissent le plus souvent comme de petits corpuscules à peine saillants, moms opaques que le reste du tissu.
(4) Voy. pl X, fig. 45 : (a) (e) (d) couche extérieure cellulaire; (b c) partie médiane fibreuse, (2) Voy, id,, id, (f).
ill REPRODUCTION DU CORAIL.
La capsule ou enveloppe de l'œuf peut done, à bon droit, être considérée comme une partie de la lamelle radiée, dont le germe est resté recouvert, et qui continue à s'accroître et à augmenter d'épaisseur en même temps que lui.
Peut-être parmi ses cellules il y à aussi des nématocystes, car ils sont en grand nombre dans la lame radiée (1); mais je n'ai pas eu l'occasion de les y rencontrer.
Il est possible encore qu'il y ait quelques-uns des éléments de la couche fibreuse, prolongés dans le pédoneule, mais 1l est en tout cas fort difficile d'en constater l'existence, et de les distinguer de Fenveloppe vitelline lorsque celle-er est plissée.