DURÉE DE L' ACCROISSEMENT
Après avoir vu comment se produit le Corail, comment 1l se développe et s'accroît, il est nécessaire, au point de vue pratique, de chercher à savoir combien de temps il met à prendre les proportions si variées qu'on lui voit dans le commerce.
Cette question devra être résolue, quoi qu'on puisse faire
(4) Voy. Poiret, Voyage en Barbarie, ou Lettres écrites de l’ancienne Numidie, en 1785 et 1786, publié en 1789, t. IF, p. 47 à 50,
DURÉE DE L'ACCROISSEMENT. 201 pour l'éviter, si lon veut arriver à réglementer convenablement la pêche du Corail.
Je dois déclarer ici qu'il m'a été impossible de recueillir des renseignements précis, et que je ne puis que faire connaitre l'expérience que j'ai commencée, et qu'exposer les mesures qu'il est nécessaire de prendre pour arriver à une solution des principales questions.
Si l'on interroge les pêcheurs et les armateurs, on ne tarde pas à s'assurer qu'ils ont des opinions fort différentes sur la durée de l'accroissement du Corail. Les uns disent qu'il faut trente ans, voire même cent ans, pour produire une belle branche. Les autres n’admettent pas une durée aussi longue. Un armateur, homme intelligent, qui me montrait les produits de sa pêche avec la plus grande libéralité, me disait qu'il remarquait que ses patrons, en revenant après quelque temps sur les bancs qu'ils avaient d’abord exploités, et puis abandonnés faute d’y trouver des produits suffisants, y pêchaient de nouveau du Corail assez beau, même après un temps assez court. Sa conclusion était que le temps nécessaire à la formation du Corail ne devait pas être très-considérable.
ILest des personnes qui pensent que la profondeur des eaux a une influence sur la durée de l'accroissement et sur la qualité.
Voici, en résumé, les principales opinions rapportées par Marsigli, qui croyait aussi que les branches végétaient plus vite et mieux à de faibles profondeurs qu'à de grandes :
«Comme elles sont crues à un fond de dix et douze brasses » d'eau dans le temps de dix années, elles l’auraient été en » huit dans une moindre profondeur ; à celle de cent brasses il » leur aurait fallu vingt-cinq à trente ans, et à celle de cent » Cinquante, quarante ans pour le moins (4). »
Marsigli donne des figures représentant des tiges de Corail
(1) Voy. Marsigli, loc, cit., p. 123,
de trois ans et plus. On se demande comment il lui a été possible d'admettre de pareils résultats sur de simples on dit et sans que l'expérience les eût confirmés? Rien, en effet, ne prouve ces faits, 11 n’y a aucune observation sérieuse à leur appul.
En face de ces opinions si diverses, on sent le besoin de recherches précises.
Or les expériences ne sont guêre possibles sans le secours des administrations, ou bien 1l faudrait, pour les conduire à bonne fin, habiter constamment les lieux voisins des bancs de Corail et faire faire la pêche.
Voici une observation faite pendant les événements politiques qui agitérent la fin du dermer siècle et le commercement de celui-cr.
Après la suppression de la compagnie d'Afrique, en 1794, deux cents bateaux exploitérent librement les bancs de la Calle. Les produits de la pêche s’élevèrent rapidement à 1 million 200 000 francs, puis à 2 millions.
La guerre d'Égypte mit un terme à cette exploitation exagérée, et quand, plus tard, la pèche fut reprise :
« On remarqua le singulier développement qu'avaient pris » en quatre ans de repos les tiges de Corail des banes les » mieux connus. Elles avaient une grosseur maccoutumée avec » un aspect lisse et dru.… »
J'emprunte ce passage au baron Baude, dont j'aurai à citer encore plus lom l'excellent ouvrage sur l'Algérie (4). I nous fournit un renseignement des plus précieux qui, certainement, met sur la voie des dispositions qu'il serait utile et urgent de prendre.
En 1861, j ai demandé, dans mon rapport à M. le gouverneur général de l'Algérie, de faire faire quelques essais ; jus-
(1) Voy. Baude, l'Algérie, t. I, p. 208.
DURÉE DE L ACCROISSEMENT. 203 qu'à présent on n'a pas donné suite à mes propositions, qui étaient cependant fort simples :
Je demandais qu'un banc connu fût exploité sous les yeux de l'administration, qu'il fût choisi de manière que la surveillance en fût facile. On aurait constaté la grosseur moyenne des échantillons, puis on aurait interdit la pêche pendant quatre années, et au bout de ce temps on aurait de nouveau surveillé l'exploitation. Alors la comparaison des produits de la première pêche avec ceux de la seconde aurait fourni, j'en suis convaincu, des renseignements précieux, Il eûtété aussi indispensable de connaître les produits des bancs voisins et librement exploités : on n'aurait fait, on le voit, que contrôler l’observation citée par M. Bauüde.
D'un autre côté, J'ai institaé une expérience qui, si elle ne peut donner des résultats d’une précision absolue, contribuera certainement, dans quelques années, à éclaircir la question.
Le Corail se fixe sur tous les corps durs, c’est un fait mcontestable acquis à la science, peut-être même sur des Éponges ou autres substances molles; mais dans ce cas le peu de résistance de cette base de sustentation ne lui permet pas de vivre longtemps et de se développer.
Tournefort rapporte le fait suivant, dans son Mémoire sur les plantes pierreuses : « On montre dans le cabinet de Pise » une pièce de Corail attachée sur un morceau de crâne » humain. On a trouvé depuis peu autour de la Jamaïque une bouteille qui en était toute chargée. Messieurs les princes de Radzivil m'ont fait l'honneur de me direqu'ils en avaient de beaux morceaux dans leur cabinet qui avaient pris naissance » sur plusieurs sortes de corps (1). »
Marsigli, dont les études pratiques méritent d'être toujours prises en considération, dit à propos des plantes pierreuses,