‹ Histoire naturelle du corailChapitre 42 sur 78 · CA MA · texte numérisé non relu

CA MA

« Notre établissement sur cette côte est contemporain de celui des Turcs. En 1520, tandis que Khaïreddin s'emparait de Bone et de Constantine, des négociants provençaux traitaient avec les tribus de la Mazoule, pour faire exclusivement la pêche du Corail depuis Tabarque jusqu'à Bone. François F° et Henri devinrent, dans ces circonstances, les alliés de Khaïreddin et de son fils Hassan contre Charles-Quint et Philippe If.

» Sous Charles IX, Sélim I nous faisait concession du commerce des places, ports et havres de Malfacarel, de la Calle, de Collo, du cap Rose et de Bone.

» En 1560, s'achevait le Bastion de France.

» En 1604, la confirmation des concessions resserrait les liens d'amitié qui existaient entre Henri IV et les sultans.

» ... À la voix puissante de Richelieu, en 1624, trois mois après que le roi eut changé son conseil, Amourath IV nous cédait en toute propriété les places dites le Bastion de France, la Calle, le cap Rose, Bone et le cap Nègre.

» En 1694, Pierre Hélv, et sa compagnie, nommée et avouée par l'empereur de France pour la pêche du Corail et autres négoces, sont déclarés propriétaires incommutables des places dites le Bastion de France, la Calle, le cap Nègre, Bone et autres dépendances. Ilest défendu à tous les habitants de ces côtés de vendre à d’autres qu'audit Hély, ete., etc., qui, de son côté, s'engage à payer annuellement au divan 34 000 roubles d'or, environ 405 000 francs. Ce traité est resté la base de nos relations avec la Régence, jusqu'à la conquête, »

Cen est guère que vers époque où Samson Napollon, homme énergique et habile, négocia avec le dey d'Alger pour la reconstruction du Bastion de France, que cet établissement prit réellement de l'importance.

Samson Napollon (1) s'adressa, le 28 septembre 1698, au divan d'Alger, pour obtenir ce qu'il demandait : « Messieurs, » dit-il, en se présentant devant lui, anciennement les Fran- » Ças avaient Construit un bastion appelé de France, en la » coste de votre royaume, lequel à été par vous démoli, il y a environ trente ans : si vous voulez que je le redresse, je le ferai au nom du roy mon maistre (2). »

D'après ces dates, la destruction de l'établissement francais remonterait à 1598.

Il ressort, comme on va le voir, des documents laissés par Napollon, que le fort de la Calle et celui du cap Rosa furent d’abord des dépendances du Bastion.

En 1632, le roi Louis XEE envoya en Barbarie Ph. d'Estampes, seigneur de Fisle, avec une lettre adressée à Napollon, par laquelle 1l'entendait que celui-ci tint lesdites places immédiatement de sa main, qu'il lui en répondit sur sa vie, qu'il prit charge de la pèche du Corail et négoce de Barbarie ; que sur les profits et revenus qui en proviendraient, il prélevàt les fonds nécessaires pour là dépense, pour l’entretènement de lui et desdites places, et que du surplus il rendit bon et fidèle compte.

La réception faite à l'envoyé du roi montre bien l’état des établissements français à cette époque. Le Bastion de France était comme la métropole où se centralisait évidemment toute l'action.

(4) L’orthographe de ces deux noms est souvent ainsi: Sanson Napolon. Dans le manuscrit elle n’est pas fixée.

(2) Voy. Manuscrit de Samson Napollon (Collection de Brienne, vol. 78 (Lxxvin), à la Bibliothèque impériale, fol. 145). Relativement à la pagination de ce volume des manuscrits, il faut remarquer qu'après le feuillet 254, on tombe au 152 : il est probable que c’est une erreur dans le nombre des centaines, car les autres chiffres se suivent très-bien, On devra ici, dans les renvois, tenir compte de cette observation,

«L'an mil six cent trente-deux, le onzième jour d'avril, » nous, Charles Gatien, escrivain du Bastion de France en » Barbarie, faisons savoir à tous ceux qui ces lettres verront, » que ledit jour est arrivé en cette place du Bastion, M. Phi- » lippe d’Estampes, seigneur dé l'sle-Antry, Lamotte-Vouze- » ron, Orsay, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy, » lieutenant de Monseigneur le Cardinal, dans le vaisseau admi- » ral, lequel à dit qu'il a esté réputé commissaire du Rov, pour » venir visiter ledit Bastion et autres places construites en cette » coste au nom de sa Majesté. Aussitôt que le capitaine San- » son Napollon, commandant pour le Roy en ladite place, à » veu débarquer ledit sieur de l'Isle, 1 est allé à sa rencontre, » et avec grande joye et contentement l'a receu, à fait ouvrir » toutes les portes du Bastion, dans lequel ledit sieur de FIsle a » pris son logement. Le 18 dudit mois, ledit sieur de Fisle est » allé à Cap de Rose visiter le fort et l'équipage qui est dedans ; » le 22 du même mois, il est allé visiter lé port et le fort qu'on » appelle la Calle. L’ayant le capitaine Samson Napollon » accompagné partout pendant le séjour que ledit seigneur » de l'Isle a fait au Bastion (4). »

Dans ces trois établissements on tenait garnison, et une ad= ministration prévoyante subvenait à tous les besoins (2):

Il est difficile de comprendre comment on à pu croire, après cela, que le centre d'action de la compagnie qui suc-

(4) Voy. les mianüscrits, loc. cit., fol. 163.

(2) Voy. ibid., État de ce qui est nécessaire pour l'entrelènemént du Bastioh, la Calle, le cap Rose, etc., fol. 237, Il y est dit :

« Le lieu de la Calle est le port où les navires qui abordent le Bastion demeu- » rent avec tout temps, assurés et sans aucun danger. Il y a une forteresse et deux » grands magasins, Où il demeure un capitaine et quatorze soldats.

» De plus, se fournit tous les vivres de bouche et munitions de guertre néces- » saires pour ladite garnison, qui s’envoient du Bastion.

» Le Bastion est la place principale et la plus forte, dans laquelle se tient toute » Ja munition de guerre et debouche nécessaire pour toutes lesdites places... »

Ceci ne peut laisser le moindre doute sur la position secondaire de la Calle à cette époque.

DE LA PÈCHE DANS SES RAPPORTS AVEC LA COLONISATION. 294 céda à Linches et Carlin Didier fut entièrement porté à la Calle.

Le centre de nos premiers établissements pour la pêche fut done sur le territoire de la régence d'Alger, à peu près entre les caps Rosa, à l’ouest, et Roux, à l’est, c’est-à-dire à la limite deseaux de la Tunisie. Je dis le centre, parce que les opérations s'étendirent peu à peu jusqu'aux caps Nègre et Serrat, à l'est, et jusqu'à Bone, Collo et Djidjelli même, à l'ouest.

Mas bien avant nous les ftaliens avaient des privilèges et des comptoirs sur la côte de Barbarie.

Dès 1167, le bey de Tunis, Abdallah-Bockoras, avait fait cession de la pêche du Corail aux Pisans, et leur avait permis d'élever un comptoir à Tabarca, à l’est du cap Roux.

Ce ne fut toutefois que vers 4550 que Tarbaca devint un établissement important. Voici à quelle occasion :

«Jean Doria, qui commandait quatre galères d'André Doria, » son oncle et son père adoptif, ayant eu nouvelle que Dragut, » fameux corsaire d'Alger, était à l'ile de Corsé avec six ga- » lères, marcha contre lui, l’attaqua et le prit. Doria raillant » Dragut Sur ce qu'étant si fameux corsaire, il s'était laissé » prendre, Bragut, homme fier, lui répondit que ce qui le » fàchait le plus, c'était d'avoir été pris par un ragassou ou » jeune home. Doria, piqué dé cetté réponse, le fit mettre » aux fers, et Dragut tomba en partage à la galère d'un M. Lo- » iellihi, qui traita de sa rançon, et, entre autres choses, » Dragut s'obligea de lui faire donner l'île de Tabarque pour » la pêche du Coral. I tint sa promesse, et le don fut con- » firmé par les firmans de Soliman If, empereur ottoman, qui » avait conquis le royaume de Tunis. MM. Lomellini s'accor- »dèrent après avec Charles-Quint, qui s'obligea d'y faire bâtir » une citadelle et d’y entretenir une garnison pour la défense » de l'ile, à condition que les Génois qui y trafiqueraient lui » payeraiént 5 pour 100 de tout le commetce qu'ils Ÿ feraient, » L'accord fut tenu pendant quelque temps, et Charles-

» Quint y fit bâtir le château que je viens de décrire (4). » En 1551, les Génois exploitaient les golfes de Bone, au delà du cap de Garde, et probablement jusqu'au cap de Fer, en abritant leurs embarcations au mouillage qui porte encore aujourd'hui leur nom, et que défendait le fort Génois bâti par eux. Ainsi, nos premiers établissements se trouvaient entre ceux qu'avaient formés les Italiens à la fois en Algérie et en Tunisie ; et l’on comprend aisément que pendant les guerres

(1) Voy. Dureau de la Malle, loc. cit., t. 1, p. 264, correspondance de Peyssonnel.

Il y à dans cette citation quelques faits qu'il est utile de remarquer.

La date de la cession de Tabarca aux Lomellini est loin d’être pour tous la même. Ici, on le voit, Peyssonnel admet que c’est Charles-Quint qui s’accorda avec les Lomellini. Desfontaines (voy. Dureau de la Malle, loc, cit., correspondance Desfontaines), au contraire, prétend que la cession n’eut lieu qu'après la mort de Charles-Quint.

On retrouve, pour la date de la fondation de Tabarca, la même incertitude que pour la Calle et le Bastion.

Relativement encore à la cause de la cession de Tabarca aux Italiens, il existe une incertitude non moins grande.

Peyssonnel dit en 4530. Mais si réellement Tabarca fut donnée en échange de Dragut, il n’y a qu'à fixer la date de la captivité du corsaire, Or, elle semble, pour plusieurs auteurs, indiquée comme ayant eu lieu en 1550. On Île sait, les erreurs sont fréquentes quand il s’agit de 1530 et de 1550.

Sandoval raconte la prise de Dragut, et la rapporte à l’an 1550 (voy. Histoire de Charles-Quint, t& 11, p. 665, liv. xxx, $ 16).

Les corsaires étaient en Corse; la plupart, descendus à terre, partageaient entre eux leurs prises, lorsque parut subitement Jean Doria. Ils n’eurent que le temps de fuir dans les montagnes, et Dragut fut pris. « Pero Dragut y otros capitanes » aunque pelearon bien, al fin fueron presos con otros muchos Turcos que se » hecharon al remo... Hecha esta presa tan venturosamente, boluié loanetin, y » presenté à su tio el principe Andrea Doria el Dragut, que recibid con grandis- » simo contento. Desseo mucho Barborroxa poner en libertad a Dragut, y al cabo » de quatro años se la dio Andrea Doria, segun dexo dicho. »

Le mot rapporté par Peyssonnel n’est pas le même que celui que lon trouve dans d’autres ouvrages, en particulier dans la Biographie de Michaud, non plus que la valeur de la rançon :

«Dragut fut mis à la chaine avec tout son équipage. Parisot de la Valette, de- » puis grand maître de Malte, voyant le corsaire au rang des forcats, lui dit : » — Señnor Dragut, usanza di querra. Dragut, qui lui-même avait vu Parisot » esclave chez les musulmans, lui répondit fièrement : —Y mudenza de fortuna. » En effet, la captivité ne fut pas longue, et pour trois mille-écus de rançon les » mercantiles Génois relâchèrent un si redoutable ennemi

du xvr° siècle ils aient eu à souffrir de nos revers ou à profiter de nos avantages; qu'ils atenten un mot suivi toutes les chances de la guerre.

Le fort Génois était heureusement situé, difficile à attaquer par mer; il offrait un bon mouillage, qu'il couvrait de ses feux (1). Aujourd'hui qu'il nous appartient, nos pêcheurs, n'ayant rien à redouter, vont y chercher un abri contre les mauvais temps.

Quantà l’île de Tabarca, elle avait une bien autre Importance. Elle est brusquement élevée en cône; le château qui la domine semble imprenable, et protégeait d'ailleurs entièrement les deux mouillages placés à ses pieds. inclinée à l'est en une pente relativement assez douce, elle fut, dans cette partie, évidemment bien cultivée, ainsi que lattestent quelques magnifiques mais rares arbres fruitiers que j v ai vus, les nombreuses citernes qui fournissent encore de l'eau aux corailleurs en relâche, et les murs de soutènement qui s'écroulent de toutes parts.

Au temps où l’île florissait, elle comptait quinze cents habitants (2).

Entourée par la mer, sa défense était facile; mais elle ne tardera peut-être pas à être unie à la terre ferme, car des atterrissements se forment, et une langue de sable encore submergée lunit aujourd'hui au continent. Par certains vents et lorsque les eaux sont basses, un homme peut arriver à l’île en n'ayant même pas de l’eau partout jusqu’à la ceinture (3).

(1) Pendant ma mission, j'ai passé un mois et demi d’hiver au fort Génois, où venait mouiller le garde-pêche mis à ma disposition ; lorsqu'il sortait pour aller chercher le Corail vivant dont j'avais besoin pour mes recherches, j'ai pu juger, dans les moments de solitude et de repos que me laissait le travail, en me promenant sur les plates-formes de cette petite citadelle isolée, combien la position était heureusement choisie, et combien l'idée que quelques personnes avaient eue d'y créer un village aurait mérité une plus sérieuse attention. .

(2) Voy. Baude, loc. cit., t. I, p. 235.

(3) Il y a dans l’île de Tabarca un consulat, qui occupe un des bâtiments laissés en partie debout par les Tunisiens au pied du fort, près de la plage du sud.

À l’arrivée de l’Algértenn?, le consul mit son costume, et descendit jusqu’à la

Tabarca à, de tout temps, excité la convoitise des Européens. Combien pensent encore aujourd'hui, et c'était l'avis de M. de Baude, que nous devrions l'acquérir !

Déjà, en 1740, les Lomellini se seraient départis de leurs priviléges et de leur propriété en faveur de la France, mais une rupture survenue entre le bey de Tunis et le consul de France amena la guerre. Les Français disaient trop ouvertement que la pêche du Corail était moins leur but, en s'emparant de Tabarca, que l'acquisition d'une place importance, Le bey chercha à reprendre l’île : il y réussit par ruse et par trahison, en 1741. |

« Les chebeks et les troupes de terre arrivèrent en même » temps devant Tabarque. Les premiers demanderent des » rafraichissements qu'on avait coutume de leur donner; une » douzaine de Turcs, des plus braves, entrèrent dans l'île, se » saisirent du commandant, qui se trouvait là par hasard, » et de trois des principaux habitants. Us les menerent aux » chebeks; on les mit à.la chaîne, on somma les habitants de » se rendre, s'ils ne vol

aient pas s'exposer à un assaut et » voir massacrer les otadgs. On parlementa, et Tabarque se » rendit. SidyJonis y entra Yictorieux ; 11 y mit garnison turque, » fit enchaiîner les Tabarquihs et les envoya esclaves à Tunis.

grève, malgré ses douleurs et son âge. II nous recut avec une franche cordialité. La venue d’an bâtimentde l’État était pour lui: ‘une bonne fortune. Il se plui à nous compter ses campagnes et son exil de Naples, sa patrie. Il aimait encore Murat, son ancien roi, dans les armées duquel il avait: combattu : c'était pourlui un bon souvenir.

Il représente, dans ce point retiré, à peu près tous les intérêts européens.

Son prestige n’est pas en rapport avec l'étendue de ses fonctions. Il se plaignait de l'oubli où on le laissait. Les corailleurs, disait-il, refusaient de lui payer les droits de chancellerie qui lui étaient dus; et, pour comble de malheur, les Tabarcains avaient traversé pendant la nuit la mer, en suivant la langue de sable, et lui avaient enlevé dans le consulat même une caisse de Corail déposée par des pêcheurs. Tout ce qu'il avait pu obtenir, c'était une garde de quelques soldats tunisiens.

Il a passé dans cette retraite de longues années, Quel exil et quelle existence, entre des Tabarcains et des corailleurs !

DE LA PÈCHE DANS SES RAPPORTS AVEC LA COLONISATION. 295 » Al fit raser les fortifications modernes, c’est-à-dire celles qui » avaient été faites par la famille des Lomellini, abattre les mai- » sons, démolir l’église et presque tous les magasins (1). »

Dés ce moment la France ne put réussir à s'emparer de Tabarca.

Cette Île resta au pouvoir des Tunisiens, qui la défendirent

contre nos attaques et refusèrent de nous la céder. Elle présente encore aujourd'hui toute la désolation d'une place forte détruite par lesg uerres.

En face de l'ancien château construit par Charles-Quint, se dresse, sur la montagne, un fort, qui ne permettrait probablement pas à de nouvelles colonies de s'établir là où fut si florissante la maison des Lomellini.

Sans doute la position de Tabarca est importante; sans doute elle constituerait un poste d’une haute valeur pour la France; mais que d'argent ne faudrait-il pas pour y fonder un établissement? Ne vaut-il pas mieux commencer par faire un port à la Calle, sauf à réserver une action directe pour plus tard vers ce point?

Les Italiens, si l’on en croit quelques rumeurs, songeraient à revendiquer Tabarca.

La France ne laissera jamais revenir à la nation qui déjà lui enlève les Coraux les plus beaux du monde, une île dont la position stratégique deviendrait pour elle un véritable danger.

Elle veillera sans doute à ce que le comptoir italien ne soit point relevé, Là, pour le moment du mois, doivent se borner ses efforts.

Ce fut vers l’époque de la chute de Tabarca que les établissements français prirent véritablement beaucoup d'importance, et que se forma la compagnie d'Afrique, qui donna à la Calle son plus grand développement.

(4) Voy. Dureau de la Malle, Loc, cit., corresp. de Desfontaines, t. IE, p. 260.

Plusieurs sociétés (1) s'étaient formées depuis Samson Napollon; mais, soit que les faveurs accordées aux Lomellini, soit que les guerres avec les régences leur eussent fait éprouver de grandes pertes, elles ne firent pas toutes de brillantes affaires. La chute de Tabarca ne pouvait qu'être utile à la nouvelle compagnie; elle donna beaucoup d'importance à la Calle, qui déjà, à l'époque où Peyssonnel visitait le Bastion, était devenue le centre de l’activité commerciale : « Pendant la guerre que nous » eûmes avec les Algériens, dit-il, on fut obligé d'abandonner » cet endroit-là, et l’on vint s'établir, après la paix faite, à trois » lieues à l’est du Bastion, dans un lieu appelé la Calle (2). »

On n'a pas oublié que, déjà en 1632, Samson Napollon y avait une garnison, un fort et des magasins, et que les bâtiments destinés au commerce du Bastion venaient y chercher un refuge sûr. Comme point stratégique, du reste, la presqu'ile de la Calle valait beaucoup mieux que le rocher du Bastion de France.

La compagnie d'Afrique resta donc, après 1741, à peu pres sans rivale, elle eut le monopole de la pêche : tous les baeaux qui ne lui appartenaient pas étaient exclus des eaux qui lui étaient concédées; aussi longtemps donna-t-elle une grande importance à la manufacture et au ecommerce du

Corail de Marseille, et fut-elle pendant quelques années trèsflorissante.

Parmi toutes les conditions d'administration, de règlement ou de pêche, que présentent les documents laissés par la com-

(4) «En 1719, les concessions d'Afrique passèrent entre les mains de la com- » pagnie des Indes, mais celle-ci ne conduisit pas mieux ses affaires en Afrique » qu’en Asie, Elles se ranimèrent pendant le bail de dix années passé en 1730 à » la compagnie Auriol, Enfin, en 1741, elles furent placées sous la direction d'une » Compagnie d'Afrique qui se constitua à Marseille avec un capital de 1 million » 200 000 livres. » (Voy. Baude, loc. cil., p. 174, t. I).

(2) Voy. Dureau de la Malle, loc. cit, t. 1, p. 270, correspondance de Peyssonnel, On se rappelle que ce naturaliste était sur les côtes d'Afrique en 1725,

DE LA PÈCHE DANS SES RAPPORTS AVEC LA COLONISATION. 297 pagnie, il en est deux qui méritent d'être ei remarquées. Les bancs, suivant toutes les probabilités, étaient parfaitement aménagés et leur exploitation soumise à des interruptions régulières; le nombre des bateaux était aussi toujours limité, ce qui permettait au Corail de prendre un accroissement qu'on ne Jui trouve plus aujourd'hui que la pêche est incessante. Enfin, les patrons, pour la plupart Provençaux, avaient une babileté toute particuhère ; 1ls savaient manœuvrer deux engins à la fois (4).

Mais la compagnie eut ses revers, car elle était jalousée et avait des ennemis. Les Corses, exclus par elle, comme tous les étrangers, demandaient avec instance d’être admis dans les mers d'Afrique. En 1794, ils finirent par obtenir de se rendre avec leurs bateaux dans les eaux de la Calle et de Bone. Cette mesure fut un des premiers échecs de la compagnie, qui ne devait plus désormais compter sur une longue existence.

Lorsqu’en 1785 et 1786 l'abbé Poiret visita la Calle, l'établissement était encore florissant. La relation de son voyage, dans laquelle ils’éleva avec une force qui tenait peut-être un peu de l’exagération, contre une société qui faisait, assurait-1l, de la Calle un repaire de coquins et de malheureux scélérats, avait donné plus de poids aux réclamations des Corses; et il faut bien le reconnaître, les appréciations du savant voyageur ne furent pas sans influence plus tard sur les décisions des assemblées délibérantes de la république française.

«… J'affligerai votre âme, dit-il, par le tableau que J'ai à » vous tracer; votre humanité gémira sur les maux de toute » espèce auxquels le mercenaire est exposé sur ces côtes bar- » bares, et votre cœur formera des vœux pour voir à Jamais » anéantir un commerce qui fait le déshonneur de la France, » occasionne tous les ans la mort d’un grand nombre de per-

(1) Voy. Baude, l'Algérie, t I, p. 265.

» sonnes, et offre une retraite à une foule de scélérats qui, » par la dissolution de leurs mœurs, remplacent les crimes » qu'ils ne peuvent commettre sans impunité (4). »

Le mode de recrutement donne l'idée, d'après Poiret, de la valeur du personnel de la compagnie.

«ILse fait de temps én temps des recrues à Marseille, pour » peupler ce comptoir que les maladies et l'abandon fréquent » de ses habitants obligent à renouveler : la compagnie prend » indistinctement tout ée qui se présente, sans examen, sans » information. Pour être admis, il suffit d’avoir des bras; si elle » ne voulait que des honnètes gens, la Calle serait déserte, et » elle le serait pour longtemps. L’honnète homme ne s’'ex- » patrie point pour gagner peu et risquer beaucoup. Aussi cette » place n'est-elle habitée que par des hommes sans asile, sans » établissement, sans ressource; des hommes la plupart flétris » par la justice et poursuivis par les lois, des hommes perdus » par le libertinage, la débauche, sans principes de religion, » sans le moindre sentiment de probité (2). »

On comprend combien, à une époque où les priviléges étaient en butte à une guerre acharnée, ces récits devaient avoir d'influence.

« Que faire? Faut-il le réformer (cet établissement) ou l'a- > bandonner tout à fait? Faut-il, pour favoriser une compagnie » de commerce..…, arracher des pères à leurs familles, des » enfants à leurs parents, pour en faire des monstres en Bar- » barie (3)? » La question ainsi posée par Poiret, le comité du salut public la résolut en 4794. I supprima les privilèges de la compagnie d'Afrique, qui, ne pouvant plus, dès lors, subvenr à ses dépenses, cessa d'exister.

On voit, par cette relation, que ce n’est pas seulement

CA

(4) Voy. Poiret, Voyage en Barbarie, ou Letlres écrites de l’ancienne Numidie, 1789, t. I, lettre 11, p. 6.

(2) Voy. id. ibid., p. 11.

(3) Voy. id. ibid., p. 9.

DE LA PÈCHE DANS SES RAPPORTS AVEC LA COLONISATION. 299 aujourd'hui que les marins français redoutent la pêche du Corail, et que le travail auquel on les soumettait devait évidemment alors, comme maintenant, être la cause de cette répulsion qui date de longtemps.

Que dire des vicissitudes de cette pèche abandonnée par les Provençaux et délaissée peu à peu par les Corses, qui, après avoir si vivement réclamé contre l'illégalité des privilèges , sentirent bientôt qu'il leur était impossible de lutter contre la concurrence des Italiens. Ceux-ci, en effet, se jetèrent tout à coup sur les côtes d'Afrique, et le nombre de leurs bateaux s’éleva rapidement à deux cents. Il diminua néanmoins pendant les guerres de la république et de l'empire, dont il suivit les bonnes et les mauvaises chances.

Dans cette série de changements, on verrait le dey d'Alger et le bey de Tunis, tantôt nous favoriser, tantôt nous repousser, suivant nos succès et nos défaites ; et les Anglais nous rem placer, en 1807, dans toutes nos positions, sur la côte de la province de Constantine.

Pendant ce temps, les patrons français oubliaient la pêche, et les manufactures de Marseille se fermaient peu à peu.

Les Anglais, comme toujours fort habiles politiques, ne nous avaient supplantés sur les côtes de Barbarie que pour s'assurer l'approvisionnement de Malte et de Gibraltar; mais dès que la paix revint en Europe, ils se hâtérent d'abandonner une pêche qui leur était onéreuse et dont ils n'avaient plus besoin, puisque désormais leurs places auraient des approvisionnements assurés. Lorsque la France fut remise en possession de ses priviléges, en 1817, elle trouva, en reprenant la pêche, non plus ses avantages d'autrefois, mais des charges très-lourdes.

Les redevances à payer, devenues excessives, grevèrent le Trésor ; on essaya de reconstituer une compagnie à Marseille, mais ce futen vain. Les Italiens avaient déjà fait, et pour longtemps, leur affaire de la pèche du Corail.

Enfin, aujourd'hui, la réduction des droits leur assurera à jamais le monopole du commerce et de la pêche, si l'on ne prend des mesures propres à la ramener, non plus comme autrefois, par une voie directe, entre les mains des Francais, mais, par une voie détournée, dans la colonie (4).

ILest un rapprochement bien curieux qu'on ne peut manquer de faire, quand on cherche dans l'histoire par quelles vicissitudes est passée la pèche du Corail.

Jadis, sur les côtes de Barbarie, nos pêcheurs avaient à se défendre contre les attaques des habitants du pays. Les gens des compagnies devaient se faire escorter par des soldats, toutes les fois qu'ils voulaient sortir des murs de leurs établissements ou de leurs îles fortifiées ; les traités étaient onéreux, et à chaque instant la mauvaise foi et le désir d'augmenter les limes ou redevances les faisaient enfreindre; des corsaires armaient dans tous les ports de la Barbarie et rendaient la mer peu sûre ; le fanatisme musulman repoussait dédaigneusement les Européens ou ne les tolérait que pour les pressurer et les soumettre à de fortes rançons. Cependant la pêche était alors florissante, les compagnies gagnaient, et les manufactures de Marseille, nombreuses, bien approvisionnées, étaient en pleine prospérité.

Aujourd'hui la France est maitresse de l’ancienne Barbarie ; la mer est sûre ; les Arabes, soumis, ne viennent plus inquiéter les pêcheurs et exiger des redevances exagérées ; la Tunisie nous à abandonné la pêche dans toutes les eaux de son littoral. Elle observe scrupuleusement les traités, malgré la modicité de l'indemnité qu'on lui paye, et cependant la pèche n'est plus

(1) On ne peut manquer de consulter avec un grand intérêt le résumé historique de tous les changements, et d'étudier les mesures qui ont trait à la pêche du Corail sur les côtes de l'Afrique. M. le maréchal Vaillant, lorsqu'il était mipistre de la guerre, voulut mettre la question à l'étude, et en demandant à la Société d’acclimatation des renseignements scientifiques propres à éclairer son administration, lui adressa le travail qu'il avait déjà fait sur la question. (Voy. Bulletin de la Société d'acclimatation, année 1855, t. If, p. 177.)

faite par nous; les manufactures, loin de se multiplier, diminuent de nombre, et peu s'en faut que la pêche ne devienne une charge pour le Trésor.

Ainsi donc, lorsque la pèche du Corail offrait des dangers, les marins ne reculaient pas devant les fatigues, et aujourd’hui que tout est tranquille, ils ne veulent plus s'en occuper. Ne faut-il pas répéter une fois de plus que la cause de cet abandon est la conséquence de la concurrence faite par les étrangers, et ne doit-on pas se demander si la France n’a versé le sang de ses soldats et dépensé l’argent de son Trésor que pour laisser cueilkr par d’autres les fruits de tant de sacrifices? Ne sommesnous en Algérie que pour donner la sécurité à ceux qui viennent y faire d'abondantes récoltes, sans nous laisser rien en retour des avantages que nous leur assurons, sans nous demander même les choses nécessaires à la vie, RE ils apportent jusqu'à leur pain quotidien.

En comparant ce qu'est la Calle en ce moment à ce qu’elle a été jadis et à ce qu'elle était au commencement de notre occupation de l'Algérie, on voit qu'elle a fait de très-grands progrès, et l'on pressent qu'il lui est réservé d'en faire encore bien davantage. si l'administration peut arriver à lui donner un port.

La nouvelle ville, qui n'existait pasil y à quelques années, tend à remplacer la presqu'île, dont l'importance diminue de jour en jour. La population augmente ; les cultures s'étendent, car la sûreté dans les environs est à peu près complète, chose importante pour les progrès. Le temps n'est pas encore très-éloigné où l’on ne s'écartait pas sans danger, même à peu de distance, dans la campagne.

L'état sanitaire semble s'être aussi un peu amélioré. Est-ce par suite de la mise en culture des environs? Les années ont-elles été moins pluvieuses? Je ne saurais le dire; mais, à cet égard, il ne faut pas oublier que les trois lacs des environs sont toujours à peu près dans les mêmes conditions,

Une eau claire et d'excellente qualité est conduite des hauteurs des bois de Bouliff jusque sur la plage et dans la presqu'île : c'est un bienfait qu'a rendu l'administration à la population sédentaire ; c’est surtout un bienfait pour les corailleurs, qui emplissaient, il y a peu de temps encore, leurs barils pour aller à la mer avec une eau saumâtre puisée aux pompes des bords de la plage.

On est loin de l'époque où M. Baude écrivait ses impressions en arrivant dans ce pays :

« La Calle n'était encore qu’un monceau de décombres, » reste de l'incendie du 27 juin 1827. Le 22 juillet 1836, » M. A. Bertier est venu, à la tète de cinquante zouaves, » reprendre possession de ce sol que nos pères ont possédé » trois cents ans, et le brick le Cygne a salué de ses bordées le » drapeau tricolore, qui n'avait pas flotté sur cette plage » depuis 1812... : la Calle renaissait à la seule présence do » notre pavillon. Sur la plage du fond, sont, outre un puits, » les ruines d’un lazaret et une mosquée. C’est sur la presqu'ile » de rochers de trois hectares d'étendue qui enceint le port » qu'est assise la ville (4). »

Toute l'activité aujourd’hui se trouve dans la nouvelle ville, qui n'existait pas au temps où ces lignes ont été écrites.

Si le port était sûr et permettait de rentrer par tous les temps, les coralines passeraient peut-être plus souvent l'hiver sur les lieux de pêche, et la prospérité croîtrait bien plus encore qu'elle ne Fa fait dans ces dernières années. Mais les vents de nord-ouest y poussent une mer furieuse qui vient se briser avec violence dans son intérieur, Le ressac y est tres-fort, et comme la profondeur est faible, les bâtiments d'un tonvage un peu considérable talonnent bientôt et éprouvent les plus graves avaries, S'ils ne se perdent pas (2).

(1) Voy. Baude, l'Algérie, t. T, p. 169.

(2) Le Boberach, garde-pêche de l'État, s’est perdu dans le port de la Calle, malgré ses fortes amarres et ses corps-torts, en mai 1858.

Pour les coralines, ce n’est pour ainsi dire pas là un danger, car elles peuventse ürer à terre. Ce qui leur importe surtout, c'est la difficulté presque insurmontable qu'offre la passe quand la mer est grosse. Sur toute la côte, jusques assez avant dans la baie de Bouliff et vers l’île Maudite, il v a peu de fond, et, dès que les vents soufflént dans la direction du nord-ouest, la lame brise avec une violence extrème.

La barre se forme très-rapidement, et l'entrée du port devient impraticable. Les bateaux partis du large et fuvant devant letemps, arrivent souvent tout près de terre au moment où ils ne peuvent plus entrer, il léur faut donc reprendre la mer. Tout ce que peut faire l'administration dans ce cas, c’est de hisser un pavillon rouge pour signaler que l'entrée est im praticable.Qu'adoncà espérer le malheureux corailleur à ce moment critique? en regagnant le large; 1l courtles plus grands dangers ; en cherchant à franchir la passe, sa perte est presque certaine. Aussi les sinistres sont fréquents devant là Calle où sur les Côtes, vers le Monte-Rotondo. Au large les marins ne savent pas ce qu'est l'entrée, et quand ils arrivent assez près pour distinguer le drapeau rouge, souvent les rafales, les courants ou la mer qui vient du large, les poussent à la côte, surtout vers la Messida, où les plages sont très-dificiles à rallier, car elles sont rares ét de peu d'étendue.

Une jetée est absolument nécessaire, il n'y a qu'une voix pour la réclamer. Il'est des armateurs qui voudraient payer un droit de tonnage pour que le travail fût commencé. Je me garderai bien de porter une appréciation sur la direction et le mode de création de cette construction, car je décline toute compétence ; mais je dirai seulement qu'elle doit être faite dans des conditions telles, que l'entrée nouvelle qu'elle déterminera soit au delà des brisants : car, si on ne l'avance assez en mer, on aura bien un portsür, ms une passe toujours impraticable pendant les mauvais temps. Au point de vue de la pêche du Corail, il y a une importance extrême à ce que la jetée permette d'en=

trer en tout temps : cela a même peut-être plus d'importance pour les coralleurs que la sûreté mtérieure du port; car une fois entrés, ils se halent à terre et ne courent plus aucun danger.

Les bricks et les grandes tartanes qui viennent apporter des provisions d'Italie, ou qui font le cabotage pour la côte et la France, n'osent point approcher quand le temps n'est pas sûr ; dans l'incertitude où ils sont relativement à l'état de len— trée, ils vont au mouillage de la Galite ou de Tabarca, car la barre peut se former en très-peu de temps, lorsqu'ils sont même au moment d'arriver.

Quand on à vu la mer en fureur sur les côtes de la Calle, et les cent ou cent cinquante coralines pêchant en face dispersées en tout sens par le mauvais temps et courant après un refuge, on comprend alors l'anxiété des familles et des armateurs, et l'utilité des améliorations.

C'est aux ingénieurs à bien étudier les conditions actuelles pendant le mauvais temps, s'ils veulent faire non-seulement un port sûr, mais encore un port dont l'entrée ne soit plus dangereuse.

Ilest une autre considération qui, au point de vue de l'avenir, a le plus grand intérêt : la profondeur du port diminue tous les jours. Ilest rare que dans les localités où cela arrive, on n’accuse les courants, les remous, et que l’on ne fasse mtervenir la mer comme unique cause.

Sans être compétent dans toutes ces questions pour les résoudre, et sans nier que ces causes ne puissent avoir une action réelle, il est cependant possible d’aflirmer qu'elles ne sont pas les seules. Les terrains élevés et sablonneux des alentours fournissent d'énormes quantités de sables qui, dans l'hiver, pendant les pluies torrentielles, sont entraînées dans le bas de la ville. Jadis 11 y avait un ravin qui détournait les eaux ; aujourd'hui il n'existe plus, et elles descendent directement dans le port.

Il est des pêcheurs qui se rappellent avoir vu, pendant les gros temps, la mer déferler sur la chaussée qui unit la presqu'ile et la ville nouvelle, et aller tomber dans la baie Saint- Martin : cela ne se produit plus tant, l’isthme s’est exhaussé.

Lorsque Peyssonnel était à la Calle, en janvier 1725, l'isthme devait être bien plus bas encore, car il dit, en parlant de ce pays : « C'est une presqu'île qui se joint à la terre ferme » par une plage de sable, mais qui devient véritablement île » dans les mauvais temps, lorsque la mer est agitée par les » vents de nord-ouest (1). »

Dans les constructions civiles, dans les nivellements, il est important que les autorités locales ne perdent pas de vue la direction des eaux pluviales vers la baie Saint-Martin, qui s'ensablerait peu à peu, et qui ajouterait amsi à la ville une étendue considérable de terrain.

Les considérations qui précédent paraîtront peut-être un peu longues, mais l'intérêt tout particulier qui doit s'attacher à la Calle, en raison de sa position frontière et de la nature spéciale de son commerce, servira, je l'espère, d'excuse. On y puisera cette conviction mtime, etque toute personne qui ira sur les lieux rapportera indubitablement, savoir, que l'avenir qui appartient à la Calle avait été entrevu dès longtemps par nos devanciers, et qu'aujourd'hui, avec l'immense étendue des bancs dont elle est le centre, elle doit devenir un des points importants de notre colonie algérienne.

Mers-el-Kebir, placé à l'ouest, et pour ainsi dire à l’autre extrémité de nos possessions, mérite aussi d'attirer l'attention. De ce côté ce serait la population espagnole, qui déjà se rend si volontiers en Afrique, qu'on devrait chercher à retenir. Là

(4) Voy. Dureau de la Malle, loc. cit, correspondance de Peyssonnel, t, If p.274;

peut-être fonderat-on un centre de pêche qui serait analogue à l'ouest, vers la frontière du Maroc, de ce qui est et sera à la Calle, vers la frontière de la Tunisie, à l’est.

Des encouragements destinés à retenir les pêcheurs étrangers dans la colonie.

Le but qu'il faut chercher aujourd'hui à atteindre n'étant plus le même qu'autrefois, c'est surtout du côté de la colonisation maritime qu'il faut tourner ses regards.

On ne doit jamais l'oublier, quand on veut fonder une colonie, tout habitant nouveau qui arrive doit être engagé à se fixer dans le pays par tous les moyens possibles.

Sans doute on court le risque de ne pas réunir ainsi la meilleure partie des populations des pays voisins ; mais avant tout, pour fonder une colonie, il faut du monde. Cela ne doit jamais être perdu de vue.

Si l'on oppose l'existence des mariniers de la petite et de la grande pêche, on voit dans leurs habitudes de grandes différences. Les premiers rentrent tous les Jours de quatre à sept ou huit heures; leurs provisions ne sont faites que pour une journée ou deux; ils reviennent le soir dans leur famille, où ils retrouvent leurs habitudes et le bien-être qui manque à bord.

Les seconds, au contraire, passent quinze, vingt Jours en mer; rien n'est prévu pour eux, et souvent, entraînés par le désir de faire meilleure pèche, ayant des provisions Eu un mois, ils vont dans des parages fort éloignés.

Sans aucun doute, les premiers ne balanceront pas à amener leur famille, tandis que les seconds s'en garderont bien. Pourquoi déplacer des femmes, des enfants qu'ils ne verraient que trois, quatre ou cinq fois dans l'espace de six mois? Es les laissent en Italie, à la Torre del Greco, ou à Naples, à Livourne, a Gênes, etc.

Ainsi, la petite pêche à sur la grande, au point de vue de la colonisation, un avantage marqué. C’est done en l’encourageant d’une manière toute particulière que l'on peut espérer de voir la population maritime s’accroître.

Il y avait à la Calle une famille que j'ai soignée comme médecin, et qui, pleine de reconnaissance, m’apportait dela mer une foule d'objets bien choisis pour mes études. J'ai pu la vor souvent et la bien connaître : le père était patron de sa barque ; ses quatre garçons étaient ses matelots, le plus jeune était son mousse.

Combien d’autres viendraient se fixer encore dans le pays, si l'administration leur donnait des avantages tout particuliers !

Quelques moyens paraissent très-propres à encourager le développement de la petite pêche, par conséquent la venue des familles sur les lieux.

Si l'on met les bancs en coupe réglée pour les grandes embarecations seulement, on peut être assuré de voir les petits bateaux se multiplier considérablement. Ce serait là évidemment un encouragement, une faveur que ceux-ci apprécieraient beaucoup.

On a souvent parlé de la création de villages de corailleurs. Ce serait une excellente mesure, éminemment propre à engaser à s'établir ceux qui viendraient pêcher, et l'accroissement du nombre des Italiens qui déjà viennent habiter sans difficulté, assez volontiers même, le littoral de l'Afrique, ne paraîtrait pas douteux.

Mais les lieux où l’on pourrait créer ces villages doivent être sagement choisis. On doit, en effet, rejeter d’une manière absolue les propositions qui ont été faites, soit pour le Camp des faucheurs, près de la Calle, soit pour la Fieille-Calle, sur l'emplacement de l'ancien Bastion de France.

Le Camp des faucheurs est trop éloigné.

Il faut ne pas connaître les mœurs et habitudes du pêcheur, pour vouloir placer sa famille aussi loin du port. Comment songer à faire faire à l'équipage, tous les soirs, après les fatigues de la journée, plusieurs kilometres pour emporter les produits de la pêche, aller chercher les choses nécessaires au lendemain, et revenir ensuite dans la nuit, pour reprendre la mer, à une ou deux heures du matin? Le rapprochement de sa famille, voilà ce qui fera fixer le marin. Placer sa maison loin du port, c’est l'engager presque à ne pas amener sa femme et ses enfants.

Le Bastion de France serait sans doute mieux choisi; mais, en le proposant, on oublie la cause de son abandon : « Les » maladies furent si meurtrières un certain été, que de plus » de quatre cents hommes il n’en resta que six. » C’est l'abbé Poiret qui rapporte ce fait (4).

Desfontaines va plus loin encore : «Telle était l'insalubrité de » cette position, que les épidémies emportaient annuellement

CA

» la plus grande partie de ceux qui l'habitaent. Une année, » entre autres, les maladies furent si meurtrières, que, de toute » Ja garnison, 1l ne resta que trois hommes. Ces pertes conti- » nuelles engagerent la compagnie d'Afrique à abandonner le » Bastion de France pour former un nouvel établissement à la » Calle (2). »

J'ai visité la Vieille-Calle pour me rendre compte de la disposition des lieux : il n'y à point d’eau dans l'emplacement même, il faut aller par les broussailles pour en trouver à quelque distance. L'état de l'étang el Melha, dont le voismage causait la mortalité qu'ont fait connaître Poiret et Desfontaines,

NA

n'a pas changé, etles conditions hygiéniques sont restées les mêmes.

Quelle défense trouveraient, dans ce point, les femmes res- (4) Voy. Poiret, loc. cit., t. I, p. 7.

(2) Voy. Dureau de la Malle, loc, cit., correspondance de Desfontaines, t, I, p. 229.

tées seules pendant que les hommes seraient à la mer? Sans doute le pays est paisible; mais qui peut dire que, sur ces fron— tières insoumises de la Tunisie, quelque chérif ne se présentera de temps en temps etne viendra réveiller le fanatisme! En 18062, ne s'est-il pas commis des actes que lon à dû réprimer vigoureusement par la force?

Quelle ressource, d’ailleurs, y aurait-il dans cette localité? Les provisions pour la pèche et tout ce qui est nécessaire à la vie devraient au moins, dans le principe, être apportées de la Calle, car on ne pourrait pas songer à les faire arriver par des bricks dans le mouillage trop peu sûr et profond du Bastion de France ?

Ce qu'il faut faire, c’est créer sur un ou deux points culminants de la Calle, sur l'emplacement qui est entre le cimetière et la baie Saint-Martin, ou bien au-dessus de Phôpital . militaire, sur la route de Bone, sur la butte du Moulin fortifié, de véritables faubourgs formés de maisons simples et commodes.

Quand on à passé quelque temps dans les villages de pêcheurs, on reconnait que la famille aime à aller voir la mer quand l'heure des rentrées est arrivée; qu'elle va suivre les péripéties du retour quand la mer est mauvaise. Les points que j'indique seraient très-bien choisis.

Le soir, assis devant leur porte, les pêcheurs aiment à deviser, à se raconter les dangers, les chances et les émotions de la journée (4). Aussi faut-il ne pas les disséminer au

(4) On ne lira pas sans intérêt le tableau suivant, emprunté à l'ouvrage de M. Baude; il est plein de vérité :

« Pour être la plus modeste et la plus élémentaire des écoles de marine, la pe- » tite pêche n’en est pas moins profitable, L’habitude de braver sur de frêles » embarcations les écueils et les orages, d’être à la fois la tête et le bras dans » la manœuvre, de s’entr’aider dans le danger, d’avoir besoin de ses égaux, » de compter sur soi-même ei sur eux, donne à l’âme des pêcheurs une trempe » vigoureuse. La communauté du péril et la réciprocité des secours ne sont pas » les seuls liens qui les attachent les uns aux autres : la pêche se fait la plupart » du temps en famille; le père y dresse ses fils, le frère aîné ses frères cadets ; les

milieu d'une ville, et oublier qu'ils cherchent à se rapprocher les uns des autres.

Du reste, quel que soit l'emplacement désigné par l'administration, il est nécessure qu'il soit le plus près possible du port. et que les constructions deviennent comme l'un des faubourgs de la ville. Ces deux conditions s'observent sur toutes les côtes où la pèche, quelle qu'elle soit, est active.

La famille de corailleurs dont j'ai déjà parlé, et qui formait à elle seule l'équipage d'un petit bateau, habitait une simple petite chambre. Le père couchait à terre. Les fils passaient la nuit à bord, mais ils venaient manger avec leurs parents, et la famille se trouvait tous les soirs un moment réunie.

Si l'administration se décide à créer des villages, elle doit au moins donner deux chambres à chaque habitant : l'une qui servira de magasin et l’autre de logement.

La jouissance de semblables habitations données à ceux qui s’'engageraient à passer deux ou trois ans dans la colonie, et qui y viendraient avec leur famille, serait certainement une des causes les plus efficaces d'augmentation de là population, et bientôt on verrait un faubourg ainsi eréé se peupler de pêcheurs accourus de la Torre del Greco. où le Vésuve et les tremblements de terre ont détruit tant d'habitations. Car les logements sont relativement d'un prix élevé à la Calle : la famille dont il vient d'être question payait, pour le loyer d’une petite chambre, 13 francs par mois.

» vieux parents ont une part dans les préparatifs des travaux. La femme, les » sœurs, les filles, attendent la barque au retour; elles sont chargées du débar-- » quement, de la conservation et de la vente du poisson qu'elle rapporte. L'esprit » d'observation du pêcheur s'exerce avec ses autres facultés, dans la poursuite de » sa proie ; il s’affectionne aux parages qu'il a étudiés et qui le font vivre : comme » le laboureur à son champ, l'œil tourné vers la mer, il se mêle peu aux débats » qui troublent la cité; les sensations fortes et variées qui naissent tous les jours de » l'exercice de sa profession suflisent à toute l’activité de son âme, Aussi les pê- » Cheurs forment-ils presque partout, dans le peuple, une classe à part, tenace » dans ses habitudes et recommandable par son courage, son patriotisme et ses » vertus domestiques, » (Loc, cit., 1, II, p. 199.)

Un autre encouragement direct serait l'exonération de tout

droit concédée aux pêcheurs venus, avec leur famille, pour habiter le pays.

En résumé, il semble difficile que le nombre des armateurs des petits bateaux n'augmente beaucoup, si on leur donne un logement, si on les exonère de la prestation, et si on leur permet la pêche en toute liberté, sans les astreindre aux coupes réglées imposées aux grandes embarcations.

L'établissement des matelots dans la colonie aurait une trèsgrande importance, car il permettrait les armements sur les leux, ce qui ne peut se faire aujourd'hui que dans des limites extrèmement restreintes ; aussi devrait-on accorder aux armateurs, pour chaque homme fixé dans le pays et engagé à leur bord, un dégrèvement de 50 francs : de la sorte, les grandes em- Parecations elles-mêmes pourraientse trouver exemptes de droits.

Sans doute il faudrait s'attendre à des abus, à voir, par exemple, de grands armateurs, habitant l'Ttalie, obtenir l'exonéralion pour leurs petits bateaux, dont les patrons habiteralent seuls la colonie. Aujourd'hui la plupart des petites em barcations appartiennent à des armateurs riches de la Calle, de Bone, ou surtout des côtes d'Htalie ; mais qu'importe l'abus, si le résultat, l'habitation dans la colonie, c'est-à-dire l’accroissement de la population, est obtenu?

Il y aurait encore beaucoup d'importance à favoriser la naturalisation des hommes et des bateaux.

Les Italiens redoutent notre conscription et l'inscription maritime.

J'avais, en m'entretenant avec les pêcheurs, rencontré une douzaine d'entre eux qui me demandaient de les faire naturaliser français, afin de pêcher sans payer de droits, mais ils craignaient la marine et l'armée pour leurs enfants.

Ne pourrait-on exempter du service militaire ou des levées de

la marne, pendant une ou deux générations, les enfants de tout corailleur qui se ferait naturaliser ou se fixerait dans le pays?

D'après ce dont j'ai pu m'assurer, des matelots jeunes et robustes, ayant peu souci de revenir en ftalie, auraient sans aucun doute demandé la naturalisation, si on leur avait assuré qu'ils seraient exempts du service militaire etde inscription maritime.

Que l'administration songe aux conséquences heureuses qu'auraient ces mesures; elles permettraient, j’en ai la conviction, ce qui est fort difficile en ce moment, l'armement sur les eux mêmes de la pêche.

Rien ne saurait encore être plus utile qu'une grande facilité donnée à la francisation des bateaux.

On objectera sans doute qu'une semblable mesure fera cesser où empêchera la construction navale en Algérie.

On ne construitque bien peu d'embarcations en Afrique, car la main-d'œuvre y est très-rare et très-chère.

En 1862, il s'est trouvé des ouvriers qui ont fait un petit bateau à la Calle ; la coque seule a coûté plus qu'une embarcation semblable toute gréée, venue de Naples. D'après une lettre du docteur Peruy que j'ai cité plus haut, il y aurait eu en 1863 six autres embarcations de construites. C'est un pas de fait dans une voie heureuse.

Les ouvriers calfats arriveront quand il Y aura une population de coralleurs sédentaires : car les embarcations, restant toujours dans la localité, auront besoin tôt ou tard de réparations. Aujourd'hui les armateurs font partir de Naples leurs coralines en bon état, aussi n’ont-elles que rarement besoin d'être réparées, et à tout prendre, s'il n’y à pas danger pour la traversée du retour, ce n’est qu’à la rentrée qu'on répare les avaries.

Les ouvriers se rendront sur les lieux quand ils y trouveront de l'ouvrage assuré, et alors ils penseront à construire. Mais vouloir encourager la construction quand les ouvriers manquent à peu près complétement, c'est d'avance être sûr de n'avoir

DE LA PÈCHE DANS SES RAPPORTS AVEC LA COLONISATION. 913 aucun résultat; aussi les décrets relatifs aux constructions n'ont-ils pas produit encore les effets qu'on attendait d'eux.

En francisant des embarcations, on ne portera aucun tort à une Imdustrie qui n'existe pas; au contraire, on engagera des ouvriers à se rendre dans le pays, assurés qu'ils seront d'y trouver du travail.

La santé des hommes est trop souvent négligée, et dans la pêche du Corail elle l’est plus que partout ailleurs.

L'hôpital militaire de la Calle recoit les corailleurs comme les autres malades civils, d'après des règlements déterminés ; mais le plus souvent ils n'y vont que lorsqu'ils ne peuvent plus faire autrement: car, où bien l’armateur paye les frais de maladie, et alors 1l trouve rarement que ses hommes soient assez malades pour aller faire une dépense à l'hôpital; ou bien il retient les dépenses sur la solde, et à leur tour les matelots ne se considerent presque Jamais comme étant assez souffrants pour abandonner le bord.

Est-ce l’eau de la mer et les insolations? est-ce, comme le disent les marins, l’eau du Corail ou des fonds vaseux qui leur donne des maux particuliers aux jambes, aux pieds, aux mains? I y a là une question d'étiologie médicale à résoudre ; toujours est-il que fréquemment J'ai eu à donner des soins à des patrons ou à des matelots ayant des espèces spéciales de furoncles et des panaris qui les faisaient souffrir beaucoup et produisaient le gonflement de leurs membres.

Pour guérir ces maux, un peu de repos, quelques médicaments simples émollients, suflisent. Le travail les exacerbe, et peut conduire à des suites plus graves. Cetexemple est pris entre bien d’autres. Dans tous ces cas, les marins, ne se croyant pas suffisamment malades pour aller à Fhôpital, vont chez le barbier italien qui les saigne, les médicamente et les loge ; il est même des armateurs qui s'abonnent avec lui pour leurs équipages.

Je fus témoin, en 1862, à la Calle, d'une rixe violente qui

ol PÈCHE DU CORAIL.

faillit se terminer par un malheur. Elle s'éleva entre le barbier de la presqu'ile où j'habitais et le frère d’un matelot qui venait d'être saigné, disait-on, sans en avoir besom. I y eut «querelles et menaces, et enfin les couteaux furent de la partie ; le pauvre barbier s’échappa heureusement de sa boutique : 1l en fut quitte pour la peur.

N'est-il pas déplorable que, dans un pays soumis aux lois de la France, une partie de la population échappe ainsi aux règlements de police qui régissent l'hygiène publique?

Il serait de la plus grande importance qu'une imfirmerie fût créée ; elle serait visitée par le médecin militaire ou civil : les malades pourraient y coucher et y recevoir gratuitement les soins qu'exigent des plaies, des maladies légères, et pour lesquelles les émollients, les pansements simples sont suffisants. On soulagerait ainsi ces matelots ou patrons qui, véritablement, ne sont pas assez malades pour entrer à l'hôpital, et qui cependant le sont trop pour revenir à la mer.

Dans ces conditions de maladie, le marin ne comprend pas la diète, il redoute même l'hôpital à cause d'elle ; à l'mfirmerie, il pourrait apporter sa nourriture et satisfaire son appétit.

Cette institution serait accueillie avec grande reconnaissance par la population des corailleurs tout entière, armateurs et matelots. C’est en donnant des soins à des hommes qui se trouvaient dans les conditions que je viens d'indiquer, que j'ai acquis la conviction qu'une création semblable serait éminemment utile.

Une des grandes difficultés qui se présentent quand 1l s'agit de faire une entreprise en Algérie, c'est la possibilité de se procurer de l'argent.

Les capitaux sont rares, le taux de l'intérêt est très-élevé, aussi voici ce qui se passe. On peut être témoin de ces faits à la Calle même.

Les grands armateurs qui font partir leurs coralines d'Halie

envoient tout ce qui est nécessaire à la pêche ; ils ont des entrepôts en Afrique. Au contraire, les petits armateurs ou les propriétres des petits bateaux qui arment ou résident, du moins quelques-uns, en Afrique, n'ont pas cette ressource. Ts achètent le plus souvent au jour le jour ce qui leur est nécessaire aux riches entrepositaires, et alors, s'ils veulent payer en argent comptant, ils sont obligés de vendre les produits de leur pêche à un assez bas prix, et s'ils reculent devant ce sacrifice, ils doivent emprunter chez les entrepositaires des biscuits et du chanvre. Or, c’est en payant le plus souvent un intérêt fort élevé de 20 et quelquefois de 30 pour 100, à ce que l'on m'a dit, qu'ils sont obligés de demander ces objets de première nécessité. TE faut qu'à tout prix ils prennent ce dont 1ls ont besom, faute de quoi ils mourraient de faim.

Ils emprunteraient avec bonheur de l'argent à 10 pour 4100, eten cela ils ne seraient pas seuls. Un armateur de plusieursgrands bateaux était obligé, en 1861, de donner du très-beau Corail à un prix très-bas, afin de faire face à ses affaires; s’il eût pu trouver de l'argent à 10 pour 100, il en eût été très-heureux.

La création d'une caisse des corailleurs serait done trèsutile, car elle ferait disparaître ces abus d'usure. Déjà, en 18/1, M. Baude voyait en elle une des conditions les plus favorables à l'établissement des colonies de pècheurs. I pensait qu'elle permettrait une concurrence facile aux provenances de FTtalie.

Si donc des propositions pour la création d'une pareille institution se présentaient, elles mériteraient certainement des encouragements : car, avec la facilité d'avoir de l'argent contre le dépôt du Corail, on verrait les patrons, les poupiers et les matelots bons travailleurs s'entendre, armer des embarcaons, pêcher à la part, ce qui est une chose si éminemment favorable à la colonisation, et probablement se fixer dans un pays qui leur offrirait de nombreux avantages.

Tels sont les encouragements qui semblent propres à engager directement les pêcheurs à rester dans la colonie.

On peut appeler encouragements indirects ceux que ladministration, par des mesures sagement prises, donnerait à la production des choses nécessaires à la pêche.

n prenuère ligne, 1! serait important d'obtenir des essais de culture du chanvre dans les terrains des environs des trois lacs du Tonga, d'el Melha et d’el Garah.

Des concessions de terrains ont été déjà demandées par de riches armateurs de la Calle ; pourquoi ne pas donner suite à leurs projets?

Si la culture du chanvre venait à fournir des produits de bonne qualité, on verrait bientôt s'établir des corderies pour préparer la filasse.

Le blé d'Afrique est émmemment propre à la fabrication des biscuits ; à la Calle et à Bone on en a déjà fait de la meilleure qualité. Ce résultat à la plus grande Importance.

Combien ne serait-il pas à désirer que l'approvisionnement de plus d’une centaine de bateaux, qui consomment chacun jusqu'à 35 quintaux, püût se faire dans la colonie, et ajouter encore à son activité commerciale !

Dans la colonisation, toutes les questions se touchent et se lient. Ce n’est pas par telle ou telle mesure plus où moins particulière et spéciale que l’on peut espérer de voir la pèche du Corail revenir parmi nous; ce ne peut être qu'en combinant les moyens directs et indirects; aussi a-1-il paru utile d'appeler l'attention sur tous ceux qui semblent propres à atteindre ce but.

Des dépenses qu'entraîne l’armement des coralines,

Afin de donner une idée exacte des dépenses auxquelles conduisent la pêche du Corail et les premiers armements, voici

un état de tout ce qui est nécessaire et de tout ce qui est consommé à bord d’une grande coraline. On pourra ainsi juger en toute connaissance de cause, soit de la première mise de fonds, soit des dépenses d'entretien.

19 Le bateau complétement armé.

Coque du’batean prise surle chantier-.....:...........

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poulies de bois à deux yeux (bozzelli ai due occhi)........

16 poulies de bois à un œil ( bozzelli ad un occhio).........

400 kilos corde goudronnée et non goudronnée..............

corde à tirer le bateau à terre (cavo da tirare 400 kilos).... DTENAN CUIR) ASS eee pt ee TA AA SADDINSADESANt VOURIOSN EL AL SE 4 0m ee Lester deplace cabestan du bord avec 6 barres de bois (voce)...........

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