VENTE DES PRODUITS DE LA PÈCHE
d'une petite grotte : sans aucun doute ils avaient été cachés là en attendant que la vente ou la cession en fût faite ; c'était le fruit d'un vol évident,
Près de la Vieille-Calle, les Arabes ont découvert, 1l y a quelques années, enfouie dans le sable, une caisse renfermant, pour une grande valeur, de très-beaux Coraux, et qui, sans nul doute, avaient été volés.
Les vendeurs de Corail sont les armateurs, à moins qu'ils ne soient à la fois manufacturiers et commereants.
Il est des propriétaires de bateaux qui ont des manufactures, qui ne vendent point leurs Coraux ; pour eux, il y à un bénéfice direct, car ils n’ont pas à supporter un accroissement du prix, conséquence forcée du passage de la matière entre plu- SIQUTS Mains.
Bone et la Calle sont les marchés les plus importants de l'Algérie; quelques négociants italiens viennent s'établir sur ces places, à la saison des pêches, pour y faire des achats.
Aussi y apporte-t-on, espérant trouver des prix supérieurs, les Coraux venant des côtes d'Espagne et même de France, dont la qualité est moins belle et la valeur mférieure. Si l’on en tire un meilleur parti à Bone, c'est que les acheteurs ou négociants les mêlent et les font passer au milieu des masses des Coraux de première qualité.
Ainsi s'observe ce fait curieux dont l'industrie nous offre bien d’autres exemples. La matière première, portée d’abord par les transactions loin du point où elle à été produite, y revient cependant pour y être plus tard manufacturée. Le Corail pêché aux côtes de France ou dans nos possessions algériennes n'arrive aux manufactures francaises qu'après être passé par les marchés de l'Italie.
Puissent des mesures sagement conçues conduire à des ré sultats différents et faire disparaitre ces conditions onéreuses pour notre commerce et notre bijouterie.
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ILest difficile de faire connaître exactement toutes les qualités, elles varient beaucoup trop.
En entrant dans le commerce au sortir de là pèche, le Corail est partagé en plusieurs catégories variables, avec les idées de l'armateur, et pour cela estimées très-différemment. Voici les choix qui sont faits assez généralement :
1° Corail mort ou pourri. — On nomme ainsi les racines séparées des rochers par le tenallement.
Dans ses moments de repos, le patron se fait apporter, dans un panier, les produits de la journée, et avee de grandes tenailles 11 casse les débris de rochers encore adhérents aux pieds de Corail, et souvent 1l trouve des racmes qu'il met de côté avec les rameaux grisâtres qui ont séjourné au fond de la mer. Tout cela réuni constitue la qualité dont il est ici question.
Les racines sont couvertes de dépôts pierreux, de Bryozoaires ou d'encroûtements végétaux ; le plus souvent elles sont per: forées par des vers où par des Éponges; on lés désigne par le nom de terrailles, et leur valeur varie depuis 5, 10, 45 et 20 francs le kilo.
L'œil peu exercé a de la peine à voir en elles du vrai Corail ; mais le négociant reconnait au poids seul, avec beaucoup de sagacité, si elles renferment quelques beaux morceaux. Les chances sont cependant bien incertaines, mais les exemples ne sont pas rares, de perles de 20 et 30 francs ou plus et de broches magnifiques extraites de ces racines Informes et sans apparence.
C'est donc le hasard qui détermine un peu les chances dans l'acquisition.
Mais il y a toujours à craindre que le séjour dans la vase n'ait altéré la qualité, la transparence et la beauté du coloris.
2° Corail noir (4). — Cette catégorie n’est réellement distincte et mise à part que lorsque les rameaux sont bien développés et que la teinte noire à pénétré assez profondément pour en permettre le travail et Femploi comme bijou de deuil.
Elle vaut de 42 à 15 franes le kilo, mais encore pour attemndre ce prix, faut-il que l’action de la vase n'ait pas altéré trop profondément le tissu compacte.
Dans un document fourni à l'administration par le consulat de Toscane, en 4658, les Coraux noirs sont appelés Capiresi, et d'après la valeur qui est mdiquée dans ce document (281 francs la livre), 1l paraît difficile que ce soit la même qualité qui est désignée par ce nom chez les armateurs.
3° Corail en caisse. — Celui-ci présente toutes les grosseurs possibles, depuis les pointes vides et les débris formés seulement d'écorce, jusqu'aux rameaux les plus beaux. C'est le Corail tel qu'il est rapporté de la pêche et à son entrée dans le commerce.
Les prix en sont très-variables on le comprend, mais en moyenne, dans les trois années où j'ai fait mes observations, ils étaient compris entre 45, 50, 66 et 70 franes le kilo; dans cette appréciation 1} faut tenir compte de la qualité, de la couleur et surtout du nombre des gros rameaux laissés pour parer les caisses.
hCoraldechoix Les gros rameaux sont ordinairement
(1) Voy. pl. XX, fig. 120,
mis à part et les armateurs les vendent séparément, soit à la pièce, soitau poids.
Il est donc très-difficile d'en indiquer la valeur absolue; le manufacturier seul peut les apprécier, en les voyant et juge du parti qu'il pourra en tirer ; 1ls sont cotés à 00 et à 500 francs le kilo; mais il faut pour cela que les tiges soient, autant que possible, peu tortueuses, de belle venue, assez grosses, et promettent un débit facile et sans perte en manufacture.
Le Corail rose forme un choix tout particulier; sa valeur est considérable lorsque il est nuancé de cette couleur carminée, si agréable à la vue, que les ftaliens, dans leur langage toujours figuré, ont désignée sous le nom de peau-d'ange. Cette qualité acquiert une grande valeur. Jai vu un morceau brut assez petit, vendu au prix énorme de 145 francs (4).
Le Corail, en sortant des mains des armateurs, est trié dans le commerce, et reçoit alors différents noms qui ont dù varier avee les époques et qui ne sont pas les mêmes pour toutes les localités.
On m'indiquait à la Calle les trois catégories suivantes comme étant nommées ainsi que suit dans le commerce italien .
Roba viva, T'errailo, Male-quaste.
Elles correspondent évidemment au beau Corail en caisse, au Coral en débris et au Corail mort ou pourri.
M. Baude donne les noms et les prix suivants (2) :
(1) Voy. pl. XX, fig. 117.—Variété rose, peau-d’ange, blanc pur mêlé de taches de carmin vif, L’impression en couleur ne peut rendre la transparence et Ja vivacité du coloris. Ce morceau dont les ramuscules n'étaient pas très-grands a été vendu 1415 francs. 11 était tout au plus possible d’en obtenir deux belles perles.
(2) Il ne faut pas oublier que le livre De l’Algérie, a été écrit en 1858 (t E, p. 250).
BA MONTE UE 21 PU RAIN EEE! 14 à 19 fr. le kilogr. SOUS-MORITE 08.508 L80 Er. AU 15 Hévants dés ol enios S he. sie à M) BAPHATES CD sas eee 3 Teneglatura den "000.2. 3-à" Térrailles flottantes: .::....... 1
Il semble qu'a l'époque où M. Baude à écrit son livre, le Corail devait avoir subi une dépréciation considérable , car avee ces prix, la pêche serait aujourd'hui plutôt une charge qu'une source de revenus.
Dans le document mdiqué plus haut et fourmi par le consul de Toscane, voici les noms et les prix qu'on trouve :
fr. fr.
Capiresi (Corail noir)..... 234 la livre, ou 462 le kilogr. Hameau 240. at 2 136 — 252 Eractnent.- nee es 84 — 168 Morceaux moyens. ....... 33,60 — 67,20 PETIÉS MOLCEAUX. 4 22. -. 2, 25,20 — 50,40
Cette évaluation date de 1858.
Ces prix, par rapport aux précédents, sont bien élevés; 1l faut qu'il existe quelques conditions de choix, de qualité ou de travail même qui causent les différences ; mais il est impossible de les déterminer avec des notes sans détails. Je n'ai cité ces chiffres que pour montrer combien il est difficile d'avoir des renseignements concordant entre eux, pouvant servir à établir des calculs précis et des bases sérieuses à la statistique.
Pour mdiquer encore mieux cette incertitude, je citerai une autre estimation : d’après la notice qui se trouvait au catalogue des produits de l’industrie algérienne à l'Exposition de Londres, le Corail brut n'aurait valu que 2 franes le kïlo (1) en 1826. Comment, avec cette valeur, serait-il possible de couvrir les 5, 10, 42 000 francs de frais de pêche ? I faudrait pour cela que les bateaux eussent pris, pendant une saison, 7500 kilos, ce qui
(1) Voy. Catalogue des produits de l’industrie algérienne, Exposition de Londres, 1862, CORAIL.
peut sans doute arriver, mais ce qui, à coup sûr, est tout à fait exceptionnel; et si l'on diminue de moitié les frais d'exploitation, il faudrait encore que la quantité atteignit le chiffre considérable de 3000 kilos.
En 1861. les prix du Corail à là Calle s'étaient abaissés de 60 à 45 francs. Les armateurs se plaignaient beaucoup, qu'eussentils donc fait si les valeurs eussent été telles qu'il vient d'être dit.
En résumé, il est bien difficile d'indiquer, d’une manière absolue, la valeur et les qualités, car on a vu le Corail pourri, le Corail de choix et le Corail en caisse, estimés, le premier 5 à 10 francs, le second 500 francs, le troisième de 45, 60 et jusqu'à 80 franes. Ces prix ne se rapportent qu'aux places de la Calle et de Bone; or, les couleurs, les proportions des rameaux de choix, peuvent faire varier ces estimations.
Il m'a semblé que ces trois catégories se présentent le plus souvent etque la valeur du Corail dit en caisse varie, à peu de chose près, entre les chiffres indiqués, pourvu, toutefois, que le désir de faire un choix considérable ne conduise le vendeur à enlever un trop grand nombre de gros morceaux.
Les Italiens nomment généralement le Corail brut greggio et le Corail qui sort des manufactures lavorato.
Toutes ces désignations sont utiles à connaître, mais n'ont évidemment qu'une importance secondaire.
La qualité du Corail en elle-même et indépendamment des choix faits par les armateurs où commercants peut tenir aux lieux de provenance, à la nature du tissu, à la vivacité ou à la douceur du coloris, à la forme des rameaux et à leurs altérations. Pris en masse, le Corail de la partie est de nes possessions d'Afrique, y compris celui de Tabarca, de la Galite, en un mot, celui des eaux de la Tunisie, est d'une qualité supérieure à celui de l’ouest. Son tissu est dense, compacte, il prend an poli remarquable et conserve une demi-transparence qui lui donne une
QUALITÉS. 990 grande douceur de ton. De plus, les belles tiges sont très-bien disposées et sans piqüres. ‘
Au contraire, ob reproche au Corail de l'ouest, d'Oran plus particulièrement, d'être souvent piqué. On entend, par cette qualification, désigner les petits trous ou tubes qui pénèfrent le tissu des tiges, et qui sont le résultat de l'érosion des Éponges ou des vers. Il ne m'a point été possible de donner les figures des petites Annélides, voisines des Serpules, qui se logent dans l'écorce du Coral et y sécrètent leur tube calcaire blanchâtre. Celui-ci est recouvert par la formation du polypier et reste dans les profondeurs des tissus. J'ai eu vivant un rameau qui était perforé dans tous les sens par ces Annélides dont les tentacules en forme d’éventails rivalisaient d'élégance avec les rosettes des Polypes. Le tissu du Corail était criblé de trous dus à leurs tubes calcaires; 1l était d'une belle qualité cependant, mais aux yeux du manufacturier, il n'avait point de valeur, car toute perle ou pièce quelconque faite avec lui eût présenté à sa surface les traces des habitations de ces vers (1).
Les mers de l’ouest sembleraient donc plus favorables au développement de ces parasites. Toutes les personnes que j'ai pu interroger ont été unanimes pour indiquer cette particularité. On s'explique pourquoi le Corail de la Calle où des parages de l'est a beaucoup de réputation; ilest moins piqué. En rapportant ces faits, je n'entends pas dire que dans l'ouest on ne pêche pas de très-beau Corail, n'offrant aucune altération. Le supposer serait mal interpréter ma pensée.
Les échantillons d'un beau rouge de sang et d’un ton trèsfoncé, venant des côtes d'Espagne, manquent parfois de cette transparence qui donne tant de charme et de douceur aux bijoux. En faisant des études microscopiques avee une grande attention, on ne tarde pas à reconnaitre que cela est dû
(1) On a vu à l'article Blastogénèse ceite lutte qui existe entre tous les animaux bourgeonnants au fond de la mer, (Voy. plus haut page 95.)
à la présence d'une innombrable quantité de filaments trèsdéliés qui s’entrecroiseraient en tous sens. Ces filaments sont les petits tubes d’une Algue où plante marine parasite, et que j'ai retrouvée dans les polypiers des Astroïdes et dans les coquilles de quelques Mollusques (4).
I est tout naturel que dans les parages où se développent plus abondamment ces parasites, la qualité du Corail se trouve plus fréquemment altérée, |