TRAVAIL DU CORAIL
jappris qu'il n'en venait pas directement, ear il avait été acheté à Livourne et à Naples.
Aimsi, Marseille demande aux négociants napolitans et livournais ou génois, non-seulement le Corail produit par notre colonie, mais peut-être encore celui qui a été pêché à ses portes et qui revient à son point de départ en passant par les marchés d'Afrique et d'Hialie.
A Paris on taille peu, si ce n’est quelques camées de choix, mais on y monte beaucoup de Corail, on y fait des bijoux. A Bone, ainsi qu'à Alger, on le travaille aussi. La plus grande partie des Coraux que l’on voit chez les bijoutiers, vient d'Italie.
Cependant tout doit faire espérer que notre colonie verra se développer la fabrication.
En 1861, dans un rapport que j'avais adressé, à ia fin de ma mission, à M. le gouverneur généralde l'Algérie, je faisaisremarquer qu'il y aurait une grande importance à encourager Fétablissement des manufactures, je disais : « Des démarches seront » faites auprès de l'administration, car des désirs très-vifs » m'ont été exprimés. » Quelques riches armateurs m'avaient fait part de leur mtention de se livrer à cette mdustrie.
Le 22 septembre 1862, l'admimistration de l'Algérie est entrée dans cette voie d'encouragement en assurant le privilége de certaines primes, pendant dix années, à un industriel qui s'est engagé à fonder des manufactures dans la colonie et à recruter, autant que possible, le personnel de ses ateliers parmi les Français ou les habitants du pays. On aura à luiter contre une de ces absurdes fantaisies de la mode, qui fait qu'à Paris on demande du Corail de Naples, et qu'on n'en veut pas d'autre.
Le Corail façonné et poli (lavoralo, comme disent les Italiens) sort des manufactures, sous quelques formes principales que la bijouterie demande plus particulièrement et qu'elle utilise ensuite. Il existe à Paris plusieurs dépôts où les bijoutiers vont chercher ee qui leur est nécessaire, Voici ces principales formes :
Les perles grosses, moyennes où petites, unies ou taillées à facettes ;
Les olives offrant les mêmes variétés ;
Les sculptures : têtes d'hommes, d'animaux, fleurs ou fruits, sujets Varlés ;
Le Corail arabe;
Enfin les petits bouts ou morceaux polis et percés simplement sans être autrement travaillés.
Ilest mutile d'ajouter sans doute que la fantaisie et la mode modifient ces formes prineipales à l'infini.
L'industrie française fait moins la sculpture que la perle ou l'olive ; au contraire, à Naples ou à Livourne, les ouvriers ont une grande habileté pour faire les figures et les fleurs.
Les Napolitans, il serait mieux de dire les ftaliens en général, savent tirer un parti tres-avantageux des pièces de Corail brut, ils utilisent fort ingénieusement les moindres inégahités. On montrait à la Calle une broche que le goût italien tenait pour superbe : C'était une grande plaque d'une seule pièce couverte de fleurs ou de fruits entourant la figure d’un ange ; ce qui me parut le plus remarquable, ce fut l'habileté avec laquelle l'ouvrier avait su tirer un parti heureux de toutes les inégalités, de tous les défauts de la pièce. Les trous résultant des piqûres des vers, formaient les creux des fleurs ou les inégalités des fruits.
Il faut reconnaitre aux ouvriersnapolitains, Hivournais, génois et même romains, une certaine supériorité dans leur travail. Is semblent tirer nstinctivement un parti merveilleux d’une pièce de Corail brut, mais cette supériorité 1} faut la rapporter à la grande habitude que leur donne le monopole du commerce. Il faut ajouter aussi que dans leurs ouvrages, on retrouve une sorte de tradition, une répétition des mêmes modèles qui enlève le mouvement et la vigueur aux sujets farts presque par routine.
Quant aux bijoux de Corail, ceux de Paris l'emportent et de beaucoup par la tournure que leur donne le goût exquis de la
TRAVAIL DU CORAIL. 337 mode parisienne. Le Corail travaillé en Ita, après avoir passé par les mains de nos premières maisons de joaillerie, ne ressemble plus à ce qu'il était.
Rien n'est lourd et peu gracieux comme ces bracelets formés de plaques sculptées, comme ces serpents, ces bouquets de fleurs, ces grosses grappes de fruits, ces boucles d'oreilles, ces parures complètes dont la vue fatigue, tant l'étendue des choses rouges est grande; rien, au contraire, n’est gracieux, élégant et chatoyant à l'œil, seyant à la figure, comme ces mélanges de Corail et de diamant ou d’or eiselé que monte la joaillerie française. Que FTtalien travaille parfaitement le Corail, cela est incontestable, c’est la conséquence des conditions florissantes où se trouve l'industrie dans son pays;mais quant au montage, nul doute que le Français ne le fasse avec beaucoup plus de goût.
Les perles à facettes étaient jadis à la mode, on les emploie moins aujourd hui. Dans la bijouterie européenne de luxe, les boules lisses et unies sont surtout demandées depuis plus d’une vingtaine d'années.
Ilen est de même des olives ou larmes.
Mais en cela, les goûts changent avec les époques et les pays.
Le Corail dit à Alger Corail arabe, est d’un travail simple et d'une qualité inférieure ; il est formé de portions de tiges, de petits cylindres de À centimètre et demi à 2 centimètres de longueur, poli et percé suivant l'axe.
On en fabrique à Alger; des ouvriers en chambre, des juifs surtout, débitent les tiges de Corail et les polissent à peu près comme les petits morceaux destinés à faire des bayadères. Les piqûres ne font point mettre les échantillons au rebut pourvu que la couleur rouge soit vive et éclatante, car elle est plus estimée par les Arabes.
Où m a affirmé, mais Je ne saurais me rendre garant de cette opinion, que sur les côtes d'Espagne, au sud du cap Creux, où
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l’on pêche du Corail très-rouge (1), il y avait des manufactures travaillant aussi du Corail destiné à l'Afrique.
Les petits morceaux ou les puntarelles sont très-demandés dans tous les pays d'Orient, ainsi qu'en Afrique; enfilés en longs chapelets, ils servent à former ces longues filoches, ces sortes de ceintures nommées bayaderes.C’estsurtout de Naples qu'ilsviennent. Le prineipal travail auquel ils donnent lieu est le perçage.
Cette partie de l'industrie aura certainement des chances de
succès en Algérie.
Travail du Corail en lui-même. — ne peut être question des moindres particularités de ce travail, et l'on ne trouvera ici que des données générales sur la manière dont on faconne ces pièces si variées et si brillantes.
En préparant des lames minces pour les études de la structure intime au microscope, J'ai pu voir comment on faconnait le Corail; quant aux difficultés que cela présente, peut-être accordera-t-on qu'il y en a autant à faire une lame mince, de un dixième ou un vingtième et moins encore de nullimètre d'épaisseur et à la polir parfaitement, qu'à modeler une perle ronde ou une olive à surface unie.
C'esttoujours sous l'eau que le travail doit se faire, cependant on dégrossit souvent les pièces à la lime et par conséquent à sec.
Sur les disques horizontaux d'un de ces tours à tailler le verre qu'emploient les opticiens, on peut user les pièces avec des émeris gros et obtenir les formes que l’on désire, puis avec une gamme de numéros de plus en plus fins, de 3 à 60 minutes, on arrive à des surfaces unies, mais non brillantes, et qui prennent le plus viféelat, le plus beau poli, à l'aide de la potée d’étain déposée en pâte sur des disques recouverts de drap.
J'indique ici comment J'opérais pour obtenir les préparations microscopiques.
(1) Vos. pl XX, fig, 444 : échantillon qui, m'a-t-0n assuré, venait des côtes
d’Espagne,
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Le Coral, quand 1} n'est pas poli, présente quelque chose de tout à fait analogue à ce que l'on observe sur le verre rendu mat par l'émeri.
Lorsque le poli commence à se produire, la nuance se développe et devient plus belle, le rouge se caractérise mieux. Cela tient à ce que, dès que la transparence est rendue à la surface supérieure, la couleur des tissus profonds s'ajoute à celle des couches plus superficielles.
Le très-beau poli s'obtient avec une facilité bien plus grande que pour le verre, et l'on peut dire en somme, si j'en juge parce que J'ai pu fure moi-même, que le travail du Corail n'est pas très-dificile.
Toutes les pièces sont d'abord modelées, puis ensuite polies.
Le modelage est ce qu'il y à évidemment de plus difficile. Cest là que l'artiste vraiment habile se reconnait. Ainsi un bijoutier me disait qu'il faisait faire ses beaux camées à Paris et à Rome par de véritab es artistes. Les femmes sont surtout employées à percer et à polir les pièces.
Prenons pour exemple la fabrication des perles à facettes.
Un ouvrier est chargé de débiter les rameaux. Pour cela il fait des entailles sur les tiges avec une lime tranchante et détache ensuite, avec une grosse tenaille, autant de courts eylindres qu'il à fait d’incisions. Sous la pression des mors de Ja tenaille, les morceaux se cassent avec facilité, très-régulièrement et perpendiculairement au rameau.
Dans chacun de ces cylindres est inscrite une petite sphère, c'est elle qui doit devenir la perle. Ayant de la modeler, on perce le cylindre suivant son axe, en le plaçant sous une aiguille portée par un foret vertical qu’on fait tourner avec un archet et au-dessus duquel est un réservoir qui laisse tomber goutte à goutte l'eau nécessaire au travail.
Pour modeler la pièce on introduit dans le tou qui Ja traverse, un stylet emmanché qui permet de Ja manier commo-
dément. C'est en la présentant dans tous les sens à une meule de grés, qu'on l'arrondit d'abord et qu'on taille ses facettes ensuite.
L'habileté des ouvriers pour faconner ainsi les pièces est remarquable, car les facettes, quoique taillées avec rapidité, sont cependant très-régulières.
La perle passe alors entre les mains des polisseuses. Celles-ci, assises devant une table offrant des dispositions particulières que lon peut facilement imaginer, font tourner avec rapidité un disque horizontal placé au-dessus d'une boîte carrée peu profonde et dans laquelle est de l'émeri en pâte. En tenant la perle emmanechée comme 11 vient d'être dit, elles présentent toutes ses faces au disque tournant qu'à chaque instant elles couvrent d'émerti à l’aide d’un pinceau. Elles emploient des gammes de numéros de plus en plus fins et obtiennent le brillant le plus beau.
I ne faut pas croire que tout cela soit très-long, c’est dans quelques minutes qu'une perle à été faite ainsi sous mes veux dans la manufacture de M. Garaudy à Marseille. Les pièces passent successivement de main en main, depuis Pouvrier qui sépare les cylindres des tiges, les modèle et les donne à la perceuse, jusqu'aux polisseuses qui leur font acquérir le beau brillant.
Quand on à moins de soin à prendre, comme pour les pointes et débris dont on fait ou des bayadères, ou des bracelets de peu de prix, on met les morceaux dans de grands sacs de toile solide, avec de l'eau et de la pierre ponce pilée; et en les secouant en différents sens, on finit par obtenir ces innombrables petites pièces, assez bien polies, qui servent à faire les filoches ou les chapelets.
lci le poli s'obüent absolument comme sur les grèves, où les débris de Coral, incessamment roulés par là vague avec les grains de sable, finissent pas s'arrondir et devenir brillants,