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Les principales» phases de récriture depuis ses premières figures symboliques jusqu'aux procédés actuels, fondés sur la science, peuvent donc se résumer ainsi : hiéroglyphe, alphabet, impri-
merie, sténogAphie, télégraphie. Le signe sortit de la maia comme la parole était sortie des lèvres, sous la seule impulsion de la conscience faumaine. Le caractère alphabétique se dessina à mesure qu'on renonça au symbole impuissant à rendre les éléments purement phonétique* dii langage. Ces caractères se dédoablant, donnèrent d'un côté la cursive qui devait conduire à la sténographie, c'est-à-dire à la reproduction instantanée de la parole, de l'autre, à l'imprimerie, qu'on pourrait définir la forme officielle de l'écri- Cure. De nos jours, la science a couronné l'œuvre en donnant la télégraphie, qu'il est permis de considérer, comme le dernier mot du limgage graphique. Chacune de ces grandes étapes correspond a un pas non moins considérable dans l'évolution de l'humanité, car tout ébranlement social se reflète dans le langage, par* suite, dans récriture. Les sociétés se fondent, s'organisent, se délimitent dans la première période, sous fégide de la caste sacerdotale ; époque hiéroglyphique et époque théocratique, semblent synonymes. Avec les marchands de la Phénicie, on
aperçoit Tactivité iodastrielle ef démocratique, c'est-à-dire une lueur de l'esprit moderne < et c'est à ce moment que la tradition place l'apparition de l'alphabet. La sténographie naît des agitations de la place publique, l'imprimerie amionce que les peuples vont briser les dernières entraves léguées par les temps anciens pour devenir maitres de leurs destinées. Vient enfin cet élan fiévreux, scientifique, universel qui caractérise l'époque actuelle, et le signe va demander à l'agent le plus mystérieux de la nature le secret de sa dernière transformation. On voit ainsi le mouvement historique de l'humanité se communiquer en quelque sorte au mouvement du langage, et tous deux marchant de pair, s'étendre, s'élargir de plus en plus jusqu'à ce qu'ils embrassent le globe tout entier. L'hiéroglyphe ne rappelle que la tribu primitive, l'alphabet nous montre déjà des nations ; avec l'imprimerie, commence la fusion des peuples et des races que doit compléter le télégraphe en reliant toutes les fractions de la famille humaine.
Nous avons fait ressortir dans la première étude dommenl les deux langages graphique et phonétique se sont développés sur deux lignes parallèles^ chaque expansion de l'un ayant son équivalent dans l'autre. Ces analogies se continuent quand on entre dans le détail de leurs différents modes. Nous allons essayer de mettre en reUef quelques-uns de ces rapports, en étudiant la marche de l'écriture depuis l'hiéroglyphe, sa forme première jusqu'à ses extrêmes limites, le télégraphe et la langue universelle.
Rappelons d'abord les principaux traits qui caractérisent les langues antiques , et que nous avons indiqués dans l'élude du langage phonétique. Le premier de tous, ou du moins le plus
saillant; est la crudité de l'expression . Ces mots qui répugnent aujourd'hui à nos oreilles n'avaient rien de choquant pour Thomme primitif; son lan?n ;;e était tout physique comme ses sensations. N'a/anl d'autre terme de comparaison que la nature, il la traduisait dans toute sa nudité : de là ces termes d'une naïveté parfois si franche, parfois aussi dun réalisme qui nous offusque. H faut attendre l'action du temps pour que ces mots perdent leur physionomie première sous le lent travail des générations, et qu'une littéra-' ture , reflet d'une civilisation polie , adoucisse leurs nuances, ou les laisse tomber dans Toublî * One langue est d'autant plus épurée qu'elle a été ^us longtemps sotimise aux raffinements' des écrivains et de la bonne société. Citons à ca propos un fait digne de remarque : une personne des hautes classe seà servira machinalement, dans certains idiomes, de termes et de locutions dont elle rougirait dans des langues plus cultivées, le français ou Tanglais par exemple (*).
(*) Ce fait , qui est surtout frappant chez les fem-
Passons maintenant au langage grapl^que et BOUS trouverons la même naïveté, la même crudité d'images que dans le mot. Ce grossier réalisme s'explique pour le signe d'une manière aussi simple que pour le vocable : Thiéroglyphe, c'est la transcription linéaire du monde extérieur; le scribe n'a fait qu'écrire sous la dictée de la nature. Les deux seuls pays qui nous aient légué an tableau complet de cette époque , le Mexique «t l'Egypte, démontrent ce fait, à chaque page de leurs annales (*). Indiquons toutefois une différence : la nudité des peintures mexicaines passe souvent inaperçue à cause de la grossièreté des ébauches et de l'hésitation qui accompagne toujours .le coup de crayon. L'hiérogrammate Egyp-
mes, peut être remarqué en Italie, en Espagne ou en Portugal. En France, il se présente également dans la langue d^oc.
C*) Mammœ mulierem , virum autem phallus désignabat. YerhA parère^ gilfnere^ producere^ etc., figura pueri matris utero emergentis depicta erant* (Voir la collection mexicaine de Lord Kingsborough et la grammaire Egyptienne 4e €hampollion jeune).
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tien, au contraire, semble prendre plaisir à nous réyolter par le relief implacable qu'il donne à ses figures. Les arts plastiques qui ne sont que le développement de Thiéroglyphe nous permettent de retracer les modifications qu'il eût subies s'il n'eût été immobilisé par la création de l'alpbabet. Comme le mot, le signe adoucit avec le temps sa rudesse première, en se nuançant ou en dissimulant ses crudités. Ces moines avinés, ces nonnes aux postures obcènes, que Ton voit ciselées quelquefois au fronton des cathédrales du moyen âge, ne seraient plus de mise aujourd'hui. Nos sculpteurs n'oseraient reproduire sans voiles certaines nudités de la statuaire grecque.
Le second trait caractéristique des langues antiques est l'indécision de la pensée, c'est-à-dire la multiplication des termes affectés à la même idée. Chaque objet a comme une gamme de noms correspondant aux divers attributs. Longtemps l'esprit hésite, tâtonne entre ces diverses dénominations ; cependant quelques-unes disparaissent * à mesure que la langue vieillit, d'autres se nuancent et passent à des acceptions dérivées. Il vient
enfin un moment où chaque idiome acquiert cette netteté d'idées et d'expression qui forme un des caractères des langues modernes. Nous avons cité comme phases principales de ce développement le sanscrit, le grec et le latin. La pensée indécise et flottante dans le Véda, se dessine mieux dans le sanscrit, s'épure encore davantage en passant dans le grec, et arrive à la précision algébrique dans la phrase latine.
Même phénomène dans la formation de l'hiéroglyphe. La figure laissée à l'initiative individuelle varie avec chaque scribe, à plus forte raison ayec chaque peuplade et reproduit les divers points de vue qui se rapportent à la même conception. Il y a confusion de signes comme il /y avait eu confusion de mots. L'indécision reparaît avec les premiers essais alphabétiques, car nous voyons, sur les monuments des Pharaons, chaque vocable représenté par plusieurs lettres à la fois . On formait le caractère comme on avait formé l'hiéroglyphe ; chacun choisissait celui qui étal le plus à sa convenance. Ce fut un peuple pratique, le Phénicien, qui donna à l'alphabet la
précision que nous lui connaissons en analysant de plus près la nature des vocables et en n'affectant qu'un seul signe à chaque articulation.
L'Egypte comptait ses lettres par centaines ; les Grecs ne reçurent que les 16 Cadméennes. Des restes de ces tâtonnements primitifs se retrouvent dans notre écriture. On sait, en effet, que les lettres C, K, Q, représentent la même consonne. Nous avons dit que le dernier trait des langues antiques était l'allure enfantine de la phrase. La construction grammaticale, telle que nous la voyons aujourd'hui avec ses parties solidement unies entre elles par des articulations jpour forn&er un dessin clair et précis de la pensée, n'appartient qu'aux langues mûries par le temps eA par une longue civilisation. Lb, phrase primitive n'est qu'une ébauche sans vigueur, sans origina« iité, sans perspective. Un mot représente quel^ quefois une idée entière. Deux ou trois monosyllabes juxtapbsés tiennent lieu de période; Ce sont les bégaiements de rbumanité naissant à la conscience de la parole. S en ^st de même auis (origines du langage graphicpie. Un seul coup
d'œil jeté sur un tableau hiéroglyphique révèle uQ.vague , une indécision aussi grande que dans les premiers essais phonétiques. Chaque symbole résume \me idée, chaque groupe de figures raconte une légende. Nul Uen entre les signes, nulle transition entre les parties du discours. On croirait lire un rébus. Ce grossier symbolisme, reflet de la vie sauvage, devint d'autant moins imparfait que les peuples marchaient vers un état plus policé, les langue? vers une précision plus grande. Il fut reconnu tout-à*fait insuffisant dès qu'on voulut l'appliquer à la traduction Uttérale de la parole. Nous avons raconté comment de cette impuissance était sorti l'alphabet.
Les analogies qui relient les deux modes du langage se continuent encore si l'on rapproche tes métamorphoses séculaires du symbole des changements que nous avons indiqués dans la marche des idiomes. Rappelons*nous que les dliailecte's d'une même contrée tendent à disparaître à mesure que l'un d'eux, élevé au rang de langue officielle, impose sa littérature à la nation ; qiie les mots s'usent par leur frottement réciproque,
syncopent leurs syllabes quand elles sont trop nombreuses, abandonnent les désinences sourdes,
se débarrassent à la longue de toute consonne
Ni
inutile, de toute aspiration pénible; qu'enfin, l'expression incessamment nuancée pour s'adapter aux modes infinis de la pensée, s'éloigne de plus en plus de son point de départ, pour prendre une acception métaphysique. Cette triple tendance des langues vers l'unité, des mots vers le dépérissement phonétique, de l'expression vers le symbolisme se retrouve dans l'évolution du signe graphique.
Il est facile de voir que les alphabets tendent vers l'unité aussi bien qiie les idiomes. Cette marche est même plus sensible et plus rapide dans le langage écrit, que dans le langage parlé. Il suffit, pour s'en convaincre, d'examiner le chemin parcouru depuis l'hiéroglyphe jusqu'à l'écriture actuelle. Nous avons vu qu^ chaque peuplade avait à l'origine ses figures de prédilection. On comptait autant de systèmes. hiéroglyphiques que de dialectes. L'esprit de conquête, le besoin des échanges, le prosélytisme religieux.
SA BIARGHE. 87
firent pour les signes ce qu'on essayait de faire pour les langues. On fut plus heureux dans la propagande des caractères que dans celle des idiomes. Un alphabet était toujours accepté mémQ de la part d'un vainqueur, parcequ'il apportait un bienfait véritable. La simplicité du mécanisme alphabétique faisait vite oublier les vieilles méthodes hiéroglyphiques. Chaque . groupe de peuples se rattachant à une origine commune ou à une grande agglomération politique n'a souvent qu'un seul système de lettres, tandis qu'on compte les dialectes par centaines. On sait, par exemple, pour ne parler que de l'Europe, que l'alphabet grec, l'alphabet gothique, l'alphabet slave, l'alphabet latin, ne sont que des variantes d'un même système de signes, qui, à l'heure qu'il est, fait le tour du globe. A mesure qu'un missionnaire, un voyageur, un soldat Européen, arrivent dans un pays d'outre -mer, ils y introduisent notre écriture. Dans ces dernières années, elle a pénétré chez les Annamites, où, malgré l'immobilité séculaire de ces races, elle remplacera peut-être un jour l'alphabet syllabi-
que qui règne dans l'Asie orientale. Les caractères sanscrits eux-mêmes sont délaissés de plus en plus par les Occidentaux pour les lettres latines. Venons maintenant aux métamorphoses du signe considéré à la fois dans sa forme et dans son symbolisme. Cette double transformation est l'analogue de celle qu'a éprouvé le mot. Le mot s'est modifié dans sa constitution phonétique sous l'action de deux forces, Tharmonie qui le débarrasse de toute articulation anti-euphonique, la vitesse de la prononciation qui syncope ses syllabes. Le signe a subi les même modifications sous l'influence des mêmes causes. L'instinct du beau, inhérent à la race Hellénique, ne pouvsdt se faire aux caractères bizarres, irréguliers, apportés par les marchands de Tyr et de Sidon. Les angles furent émoussés ou arrondis, les aspérités disparurent, les lignes disgracieuses furent allongées ou écourtées suivant les exigences de liai symétrie. C'est de là que sont sorties les lettres actuelles; dont le type est le caractère d'imprimerie. Mais ces formes régulières ne se prêtant pas à la rapidité de la main, on dut les simplifier
pour récriture usuelle ; de là la cursive qui fut une abréviation de Talphabet phénicien, de même que cet alphabet tiré, suivant toute probabilité, des sanctuaires de TEgyptç, était déjà une abréviation de l'hiéroglyphe. Quant à la transformation symbolique du signe, son évidence est telle qu'il suffira de l'énoncer. On sait que l'hiéroglyphe n'a pu donner l'alphabet qu'en changeant de nature, je veux dire en renonçant à son individualité propre, pour prendre une valeur conventionnelle purement phonétique.
Signalons enfin une dernière analogie. Nous
nous sommes longuement étendu, dans Fétude du
langage phonétique, sur les influences que chaque
idiome reçoit à la fois de la race, du sol, du
climat, en un mot du milieu dans lequel il se
développe. L'individu se reflète dans Tintonation
et le timbre, la nation dans l'agencement de la
phrase, le ciel et la contrée dans le mot. Ces
considérations nous ont amené à partager les
langues en deux vastes groupes, langues du Midi
et langues du Nord : les premières, sonores,
harmonieuses, fiches en cadences poétiques, en
vdéveloppements littéraires ; les secondes, sévères
d'aspect, peu sensibles à l'euphonie, mais rache-
tant c^tte pauvreté extérieure par l'essor, philo-
sopbique et scientifique qu'elles ont imprimé à rhumanité. Toutes ces influences se retrouvent plus ou moins marquées dans le langage graphique. L'action du milieu, évidente dans l'hiéroglyphe, se continue en s'accentuant davantage dans les arts plastiques qui en dérivent, peinture, sculpture, architecture. La personnalité humaine se dessine dans la hardiesse ou l'indécision du trait, et le génie de la race se manifeste par la manière dont elle exprime ses idées et ses aspirations, soit sur la toile, soit sur la pierre, soit avec l'alphabet.
On peut pressentir quelle est l'influence du sol sur le signe d'après ce que nous avons dit de la formation hiéroglyphique. Chaque figure n'étant que le dessin au trait d'un objet du dehors, devait varier avec les contours de cet objet, c'est-à-dire avec la faune, la flore et l'aspect physique de la contrée. Les animaux, les costuiQes, les armes du Mexique ne pouvaient être les mêmes que les animaux, les costumes, les armes de l'Inde ou de l'Egypte, Ce reflet de la physionomie locale sur le langage graphique.
effacé dans les caractères alplfabétiques qui ne sont plus que des signes de convention, reparaît tout entier dans les arts plastiques.
Prenons d'abord la sculpture. Le sol tient dans son développement une plus grande place que le génie de l'homûie. Pour que cet art se produise, il faut que le pars fournisse d'un côfcé dfs carrières de pierre, d(3 l'autre, des mines de
fer. Supposons une grande vallée, recouverte
par les alluvions vaseuses d'un fleuve comme celles que l'on rencontre dans la zone torride. ' Faute des deux éléments essentiels, le marbre et le ciseau, la statuaire s'arrêtera aux figurines en terre glaise que façonnent encore les sauvages de l'Amazone et de l'Orénoque. Mais le fer et la pierre ne suffisent pas toujours. H faut que la matière cède à l'action du ciseau sans se déliter, et sans offrir une résistance trop grande. > Le grès s'effrite, le granit se laisse difficilement . entamer : dans le premier cas, tout travail est impossible, dans le second, la gêne de l'artiste se transmet à l'œuvre et imprime aux figures une raideur, une immobilité caractérisques.
L'Inde et l'Egypte, qui n'ont taillé que le granit, n'ont jamais pu donner à leurs statues, le naturel, le mouvement, la vie que la Grèce et l'Italie faisaient jaillir des marbres du Pentélique et de Carrare.
Ces influences du sol se retrouvent d'une manière encore plus sensible dans l'architecture. Les temples de l'Egypte et les pagodes de l'Inde diffèrent autant des monuments Eginétiques, que le Parthénon des cathédrales du moyen-âge. ' Les grandes lignes de l'architecture ayant l'horizon pour cadre, dépendent, dans une certaine mesure, du relief du paysage. La nature géologique de la contrée lui impose à la fois les lois de sa construction intérieure et sa physionomie du dehors. Un architecte qui n'a à sa disposition que de la brique ne peut donner à son œuvre l'aspect, les proportions, les contours qu'il lui . imposerait s'il maniait le marbre ou le granit. Les majestueux piUers de l'ordre dorique, les colonnes plus sveltes de l'ionique ou du corinthien, supposent un pays riche en carrières de pierres. Ces pierres, appellent un entablement^
c'est-à-dire tout un système de lignes horizontales. Si le pays n'a pour matériaux que l'argile ou le caillou, la construction précédente devient impossible. Le plan entier de l'édifice en est affecté. Le plein cintre ou l'ogive remplace les larges assises de pierres, les lignes horizontales disparaissent devant les arcades de la voûte. On sait enfin que le relief définitif d'un monument dépend aussi du climat. Ce climat est-il sec, on recouvre l'édifice d'une terrasse comme dans rOrient ; est-il pluvieux, on met à la place deux plans légèrement inclinés, d'où le fronton triangulaire grec. Doit-on, au contraire, tenir compte d'hivers rigoureux, les deux plans se relèvent pour empêcher l'accumulation des neiges.
Passons à la peinture. Ici se présente un nouvel élément, le coloris, dans lequel se reflètent à la fois le ciel, le climat, le paysage, on pourrait dire la nature entière. Aussi, voyons-nous cet art changer de physionomie et de caractère avec chaque paj^s. Nous avons l'école italienne, l'école espagnole, l'école française, l'école anglaise, l'école flamande, l'école
hollandaise, l'école allemande; bientôt nous aurons l'école russe, tandis que si les chefsd'œuvre de la Grèce antique nous étaient parvenus, nous aurions encore une école hellénique. Chacune de ces écoles n'est que l'expression, ou, si l'on aime mieux, le reflet du milieu dans lequel elle se développe. On peut, comme pour les langues, les ramener à deux groupes, groupe du Nord et groupe du Midi. Des tons chauds, des couleurs éclatantes, un paysage inondé de lumière, des figures bronzées, des personnages demi -nus rappellent ces contrées méridionales où le soleil dore les objets, brunit l'épiderme, dispense de vêtements. Un ciel pâle, des lignés indécises, des horizons brumeux, des carnations splendides, encadrées dans de vastes houppe-
landes accusent, au contraire, les influences (^un climat sombre et froid, par suite des régions montueuses, ou des zones septentrionales.
L'individu se reflète dans tous les modes du langage graphique. Personne n'ignore qu'un œil exercé peut nommer, à la vue d'un tableau, l'artiste qui Ta exécuté. Il en est de même de
l'écriture. La personnalité humaine s'y imprime d'une façon aussi nette que dans la voix. On sait que le son de la voix permet de distinguer un homme d'une femme, l'enfant de l'adulte, l'adulte du vieillard, l'homme de salon de l'homme des faubourgs, les étrangers des nationaux. Une simple parole suffit pour faire reconnaître des gens qu'on n'a pas vus depuis des années. Le langage écrit offre la même certitude d'induction. Une enveloppe de lettre fait deviner sur le champ la personne qui vous l'adresse. Il est tout aussi facile de préciser l'âge, le sexe, la condition des individus. Les traits sont-ils gauches, indécis, mal formés, vous les attribuez à un enfant ; l'écriture de l'adulte est ferme et sûre, celle du vieillard tremblottante. Des caractères fins, déliés, peu nourris, trahissent une main féminine. Un homme lettré se reconnaît à l'allure dégagée de sa cursive, tandis que les gens peu familiarisés avec la plume, hésitent et tracent des lettres incertaines.
C'est dans Talphabet coDsidéré doq plus dans sa physionomie extérieure, mais dans sa structure intime que se dessine le génie des peuples. Nous avons démontré que la phrase laisse pressentir dans l'agencement de ses termes, le degré d'énergie intellectuelle propre à chaque race. Le sauvage accouple ses mots sans les cimenter, l'aryen les unit dans une architecture aussi élégante qu'ingénieuse. Chez l'un on ne voit qu'une ébauche de l'idée, chez l'autre vous apercevez un dessin achevé. Ces différences dans la manière de tisser les formes orales de la pensée, se retrouvent daiiks les méthodes créées en vue de sa transcription graphique, c'est-à-dire dans les divers systèmes d'écriture. Depuis l'hiéroglyphe primitif jusqu'aux caractères sanscrits, les plus parfaits de tous, on peut former une échelle alphabétique dont les degrés correspondent a des termes analogues dans la puissance d'analyse des diverses nations. Le meilleur alphabet étant, sans conteste, celui qui reproduit le plus fidèlement la gamme phonétique, et cet alphabet n'existant que dans la race aryenne, nous retrouvons, chez les peuples de
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l'occident, cette supériorité que nous avons déjà reconnue dans Tétude des autres modes du langage. Les Sémites^ la tribu la mieux douée, aprè& la famille aryenne, possèdent également une écriture basée sur l'analyse des sons ; mais elle laissa entrevoir une certaine infériorité dans la manière incoipplète dont-elle essaie de rendre les éléments
phonétiques. La charpente du mot est seule tracée à laide des consonnes. Les voyelles sourdes, les apirations tenues, les inflexions de voix, si soigneusement marquées dans le sanscrit, manquent presque complètement dans les caractères hébreux. Les nations de Textrême orient sont restées à Talphabet syllabique ; la Chine n'a fait que transformer ses hiéroglyphes pour rendre l'écriture plus accessible à la main ; enfin llndien n'a pu s'élever au dessus de la figure de l'objet. On se rappelle que les langues de ces races; mongoliques et cuivrées sont également les plus pauvres au point de vue de la construction syntaxique, et accusent le même défaut d'analyse dans les facultés cérébrales de toutes ces peuplades.
De ce que nous venons de dire sur les rapports qui existent entre le génie d'une nation et récriture qu'elle se donne, on peut tirer une conséquence analogue à celle que nous avons énoncée au sujet de la comparaison des idiomes. C'est que la classification des races humaines doit correspondre, dans ses grandes divisions, aux divers systèmes alphabétiques. Nous avons vu, dans le cours de cette étude, que les trois principaux embranchements , caucasique , mongolique et cuivré sont.arrivés chacun à un résultat différent dans la solution du problème graphique. L'aryen et le sémite, qui forment les deux tribus du premier groupe, ont également deux systèmes distincts, bien que tous deux soient basés sur le même principe et dérivent, suivant toute probabilité, d'une origine commune. Si l'on poursuit ces rapprochements chez les peuples indo-européens, on reconnaît que chaque grande agglomération politique ou religieuse s'est farooné un alphabet spécial. Nous voyons, en effet, l'alphabet dêvanâgari, l'alphabet persan, l'alphabet arménien, l'alphabet slave, l'alphabet grec, Falphabet gotlû- : ■ : ,-:
que, l'alphabet latin. Nous retrouvons ici les divisions établies par les philologues dans la classification des langues, et par l'ethnographie dans la distribution des familles humaines.
Avant de termii^er cette esquisse de révolution alphabétique, jetons un coup d'œil sur les rapports qui lient l'écriture aux autres modes du langage graphique. On voit, au premier abord, que chacun d'eux, pris isolément, ne peut traduire qu'une page de l'immense livre de la nature, et que ce n'est qu'en se rapprochant et se complétant l'un l'autre, qu'ils parviennent à donner des notions précises sur ce qui nous entoure . L'architecture n'a qu'un langage symbolique qui échappe à l'analyse ; Tindétermination cesse dès qu'on arrive à la sculpture. Toutefois, le domaine de cet art est très restreint, car il s'arrête, pour ma dire^ à la surface. L'attitude, le geste de la statue indiquent le mouvement, l'action, mais
les yeux fixes, sans prunelles, ne disent rien de ce qui se passe au dedans. Si on veut peindre la passion, il faut faire appel aux procédés de la peinture. On lit mieux sur la toile que sur le marbre, le pinceau a des délicatesses auxquelles f ciseau ne saurait prétendre. Le coloris donne ïà vie aux chairs, l'expression au visage, et imprime au regard un reflet de la pensée intérieure . En outre le champ de la visidn s'agrandissant au gré de l'artiste, à l'aide de la perspective, permet à l'œil de saisir tous les détails d'une scène, toutes les lignes, tous les accidents d'un paysage. Cependant la puissance de la peinture, bien qu'incomparablement plus grande que celle de la sculpture, est également renfermée dans des limites assez étroites. Tout ce qui est en dehors du domaine de l'optique, c'est-à-dire un monde entier d'idées et de choses lui échappe ; il faut alors recourir à l'écriture. C'est le plus complet et le plus accessible de tous les modes* du langage, parce que, calqué sur la parole, il peut, comme elle, suivre la pensée dans ses replis les plus profonds , les plus inaccessibles. Il est
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évident toutefois que récriture ne saurait tout exprimer avec la même vigueur ou la même clarté. Son utilité immédiate et presque exclusive se trouve dans l'expression des idées métaphysiques , dans les rapports invisibles des choses, dans l'analyse du monde intangible. Tout ce qui relève de la nature extérieaie, tout ce qui ressort de la vision, sera toujours l'apanage di^ dessin. Les Dieux de l'Olympe, les guerriers de l'Iliade n'apparaissent dans toute leur majesté héroïque que sous les formes empruntées aux arts plastiques. Le dessin est le complément de la poésie. Un ouvrage n'est achevé que lorsque le crayon de l'artiste a donné une figure aux visions du pqète !ou du romancier. Les livres illustrés , qui deviennent de jour en jour plus nombreux, indiquent assez que c'est là une vérité comprise aujourd'hui de tout le monde. Dans certains cas il serait même plus exact de dire que le dessin est la partie capitale de l'œuvre, M que le texte écrit ne sert qu'à relier les divers tal;)leaux qui composent la trame du récit.