Analyse du cynanchum vomitorium. (Pelletier
Émétine . . . 5
Gomme . 55
Matière végéto-animale . . . . 1
Ligneux . 57
Perte . r . 5
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(1) Le temps ne nous a pas permis de soumettre cette matière à un assez grand nombre d’essais. Cependant nous pourrons assurer qu’elle renferme un peu de gomme, quelques sels végétaux et un principe particulier, cris t ai lisable , qui nous paraît nouveau. Comme l’émétine n’est qu'en très-petite quantité dans celte espèce, qui cependant est assez active., sa propriété émétique ne dépendrait-elle pas en partie de ce principe nouveau cristallisable ? C’est ce que nous nous proposons d’examiner plus tard.
j. II. Des préparations et du mode d} administra lion de V Ipéca
cuanha.
Poudre. Une des préparations les plus usitées de l ipécacuanha , est sa poudre. Pour la préparer, il faut d’abord monder avec soin les racines, les dépouiller des petites fibrilles radicellaircs qui les terminent, en séparer les portions de tige , que l’on y mélange ou que l’on y laisse assez souvent dans le commerce ; on les met ensuite dans un mortier de fer, et l’on commence par les concasser soigneusement avec le pilon. Par cettepremière opération on parvient àdétacheret à isoler la couche corticale, qui est toujours plus friable et plus tendre (dans l’ipécacuanha annelé). On retire alors l’axe ligneux , ainsi dépouillé de son enveloppe , et l’on continue la pulvérisation. On doit avoir soin d’envelopper le mortier d’une peau de chamois, qui empêche la poudre de voltiger dans l’air. En effet, elle est très-irritante, et quand on néglige ce moyen , les piieurs sont exposés à des angines et des ophthalmies très-violentes : on passe ensuite à travers un tamis de soie très-fin, également recouvert.
Cent parties d’ipécacuaoha annelé du commerce , bien trié, donnent quatre-vingts parties de substance corticale , et vingt de matière ligneuse. Nous avons dit précédemment que cette dernière devait être rejetée de la pulvérisation, parce que, presque inerte, elle affaiblit considérablement les propriétés médicales de l ipécacuanha.
La poudre d’ipécacuanha annelé est ordinairement d’une couleur fauve grisâtre très claire ; son odeur est extrêmement nauséabonde ét désagréable; sa saveur est âcre et amère; elle s’attache particulièrement au gosier.
Sa dose est très-variable. Son mode d’administration diffère aussi suivant l’indication particulière que l’on veut remplir. Si l’on a l’intention de provoquer le vomissement chez un adulte , la dose ordinaire est de vingt à vingt-cinq grains , que l’on délaie dans environ six onces d’eau , â prendre en trois fois, de demi-heure eu demiheure , ayant soin d’agiter chaque fois le vase dans lequel on a fait le
mélange. Pour un enfant, on peut mettre depuis un jusqu’à cinq et six grains dans une ou deux cuillerées à bouche d’eau sucrée.
L'odeur désagréable et rebutante de lipécacuanha rend ce médicament très-pénible à prendre pour certaines personnes. On cherche dans ce cas à masquer cette odeur en le délayant dans trois onces d’eau, deux onces d’eau de fleurs d’oranger, et une once d’un sirop , tel que celui de guimauve , de capillaire ou de gomme arabique. Ainsi préparé , il est moins désagréable à prendre.
Lorsque l’on veut employer lipécacuanha à doses brisées , comme, par exemple, dans le croup , le catarrhe pulmonaire chronique, la diarrhée, la péritonite puerpérale, on peut l’administrer de la manière suivante : i.° pour le croup, on mélange six à dix grains de poudre d’ipécacuanha dans trois onces d’eau sucrée, que l’on fait prendre par petites cuillerées à café, de quart d’heure en quart d’heure ; 2.0 on peut employer le même moyen dans les autres cas que nous avons cités; mais on peut également donner l’ipécacuanhaen poudre dans une potion faito avec l’infusion d’hysope, la gomme adragant et le sirop de capillaire, etc.
On prépare contre la diarrhée des bols avec 8 à 12 grains d’ipécacuanha et 1 gros de diascordium à prendre en deux ou trois fois.
Pastilles. Préparation très-usitée, même dans la médecine domestique. On prépare les pastilles d’ipécacuanha en mélangeant ensemble du sucre en poudre, de la gomme adragant et de l ipécacuanha dans des proportions, telles que chaque pastille, qui pèse environ huit à dix
grains, contienne un quart ou au plus un demi-grain de poudre
d’ipécacuanha.
C’est plus particulièrement dans les inflammations chroniques des bronches, la coqueluche, etc., qu’on les emploie de préférence, afin de favoriser l’expectoration , en donnant plus d’activité aux membranes muqueuses des voies aériennes. Leur dose est cîc quatre, six à huit dans la journée : on doit les prendre au moins à une heure d’intervalle l’une de l’autre , et deux heures avant ou après les repas.
Cinq ou six, et quelquefois moins, suffisent pour faire vomir un enfant.
La poudre d’ipécacuanha entre dans un grand nombre de préparations officinales, que nous ne ferons qu’indiquer ici succinctement.
1. ° La poudre de Dover ; elle contient une partie d’ipécacuanha , une partie d’opium et quatre parties de nitrate et de sulfate de potasse. Cette poudre est excitante et sudorifique. On l’emploie surtout en Angleterre , contre le rhumatisme et le catarrhe pulmonaire chronique. Sa dose est depuis dix jusqu’à vingt grains, iesoirense couchant.
2. ° La poudre vomitive d’IIelvétius, composée d’une partie d’ipécacuanha , deux parties d’émétique, et seize de crème de tartre. La dose est de douze à vingt grains, en deux prises ; peu usitée.
3. ° On peut faire entrer i’ipécacuanha en poudre dans une potion , à la dose de quatre à huit grains , eu l’unissant à un sirop et uue eau distillée, telle que celles d’hysope, de bourrache, etc.
Sirop d’ipécacuanha. Le sirop d’ipécacuanha peut se préparer de deux manières différentes ; savoir , au moyen de l’infusion aqueuse ou du macéré alcohoîique. Dans le premier de ces procédés on soumet à l’infusion, dans deux livres d’eau bouillante , une once d’ipécacuanha concassé. Cette infusion doit durer environ six à huit heures. On passe et filtre la liqueur; on y ajoute deux livres de sucre blanc ; l’on fait réduire le tout à consistance sirupeuse au bain-marie. Beaucoup de pharmaciens emploient, pour la préparation cîu sirop d’ipécacuanha, la partie centrale ou ligneuse de cette racine, qu’ils retirent lors de la pulvérisation; ils la soumettent à une ébullition prolongée, et c’est de ce decoctum qu’ils se servent pour faire leur sirop. Aussi est-il très-rare que cette préparation de l’ipécacuanha jouisse de propriétés bien marquées. On ne l’emploie guère que pour les enfans. Sa dose est de demi-once à une once et demie.
Le sirop d’ipécacuanha préparé au moyen de Faîcohoî est plus efficace et d’un effet plus certain : on doit donc le prescrire de préférence. On fait macérer une certaine quantité d ipécacuanha concassé dans de l’alcohol, que l’on renouvelle jusqu’à ce qu’il ne se colore plus ; on verse deux onces de cette teinture sur quatre livres de sirop
lie sucre , et l’on obtient ainsi une préparation dont les effets sont beaucoup plus certains. Sa dose est d’une à deux onces pour les ad u lies.
Disons quelques mots des principales préparations ou formes pharmaceutiques que Ton peut faire également subir à l’émétine.
Il î. Modes d* administration de V émétine.
Un des grands avantages de l’émétine sur la poudre dipéeacuanha est, sans contredit, d’agir avec la même énergie à une dose cinq ou six fois plus faible, et surtout de ne point avoir celte odeur nauséeuse et repoussante , cette âcreté désagréable de la racine du Brésil, C’est une attention souvent trop négligée de la plupart des médecins , que celle de rendre les médicamens le moins désagréables à prendre qu’il est possible , sans les priver toutefois de leurs vertus , ou même les diminuer. On peut arriver à ce but de trois manières: i.° en diminuant le volume du médicament, en le privant de toutes les parties étrangères , qui par leur nature ne jouissent d’aucune efficacité. Ainsi, par exemple , lorsque l’on donne à un malade une once de poudre de quinquina, n’est-il pas évident que les trois quarts au moins de ce médicament sont inertes et sans action, puisqu’ils sont entièrement formés de ligneux? Si donc l’on pouvait, sans inconvénient, retirer toute cette quantité inutile, qui rend le médicament plus désagréable, plus difficile à prendre, et surtout plus fatigant pour l’estomac, n’estil pas évident que non-seulement il produirait les mêmes effets, puisqu’on aurait laissé intacte toute sa partie active , mais surtout qu'il serait infiniment moins rebutant pour le malade?2.° Priver le médicament des parties qui lui donnent un goût ou une odeur désagréable. Ainsi fipécacuanlia doit sa saveur âcre, son odeur nauséabonde a l’huile soluble dans l’alcohol qu’il renferme. Or, en retirant cette huile au moyen de l’éther, ou, encore mieux, en n’administrant que l’émétine , on remplira parfaitement cette seconde indication. 5.° Enfin il est x ordinairement facile de masquer le goût désagréable d’un médicament, soit en le délavant dans un véhicule abondant; soit enfin
en l’incorporant avec d’autres substances d’une saveur ou d une odeur très-prononcée , mais agréable , 6u avec des matières alcoholiques ou sucrées.
L émétine étant très-soluble dans l’eau , on peut l’administrer directement en solution dans ce liquide. On prend trois à quatre grains d émetine; on les fait dissoudre dans six ou huit onces d’eau, que l’on édulcore à volonté avec une once d’un sirop quelconque. Cette potion vomitive doit etre prise en trois ou quatre doses, à une demi-heure d intervalle entre chacune d’elles, La dose d’émétine doit varier
suivant l’âge , le sexe et le tempérament de l’individu.
Nous avons fait préparer des pastilles et un sirop demétine, pour remplacer les pastilles et le sirop d’ipécacuanha (i).
Les pastilles ont été faites de deux manières, et pour remplir deux indications : ainsi les unes ne contiennent qu’un huitième de grain d’émétine, tandis que les autres en contiennent un demi-grain. Les premières sont administrées comme toniques, soit dans le rhume ou catarrhe pulmonaire chronique , soit dans la coqueluche ou la diarrhée. On donne les autres, au contraire, pour provoquer le vomissement. Ainsi une seule suffît pour un enfant très-jeune; on en donne de deux à cinq et six aux sujets délicats et aux femmes.
Le sirop d’émétine se prépare en mettant dans quatre-vingts onces de sirop simple un gros d’émétine dissoute dans une très-petite quantité d’eau; on fait jeter à ce sirop quelques bouillons, de manière à le réduire à soixante-douze onces , dont chacune contient alors un grain d’émétine. Ce sirop peut servir à la dose de demi-once à une once pour édulcorer et activer une potion pectorale : on le donne également depuis demi-once jusqu’à deux onces, pour déterminer le vomissement.
(i) On trouve ces différentes préparations chez M. Richard Desrue & ,, pharmacien , au coin de la rue Taraime et de la rue clés Saint -Pères , à Paris.
Telle est le petit nombre de préparations pharmaceutiques auxquelles il nous a paru nécessaire de soumettre l’émétine, afin d’en facil i te r l’a d m i n i str a t io n .