SECTION IL
Des Tpécacuanha blancs .
Quoique les espèces que nous avons étudiées dans la section précédente, fussent loin d’être nettement distinguées et rapportées inva^ riablement à la même espèce végétale, nous avons pu cependant débrouiller le chaos qui les environnait , et arriver à des distinctions que nous croyons à l’abri désormais de toute espèce de variations. Il nous a été permis d’atteindre ce résultat heureux , parce que, trèsrépandues dans le commerce , les deux espèces d’ipécacuanha brun ont pu être facilement étudiées et comparées aux racines des végétaux conservées dans les herbiers de la capitale. Mais nous n’avons pas eu les mêmes facilités’peiir les différentes sortes d’ipécacuanha désignées sous le nom d 'ipecacuanha blanc , puisqu’on ne les rencontre presque jamais dans le commerce, et que, lorsqu’on les trouve dans 1 collections, cesl toujours sans nom de patrie et d’origine. Aussi s-nous encore très-éloignés de posséder à leur égard des notions
Racines rugueuses, contournées, rameuses, formées de petits anneaux rap-
procliés, saillans , séparés par des enfoncemens circulaires moins larges.
Cassure très-résineuse.
Odeur nauséabonde.
Saveur amère, herbacée , âcre.
Couleur brune, grise ou rougeâtre.
exactes , et précises sur leurs caractères extérieurs , leurs propriétés médicinales , et principalement sur les végétaux qui les produisent. Mais leur rareté, et par conséquent leur peu d’emploi dans la pratique de la médecine européenne, doivent diminuer nos regrets sur l’obscurité qui les environne encore. Aussi, ayant principalement pour objet, dans cette dissertation, de faire l’histoire des^ ipécacuanha du commerce , celle des espèces de cette section ne se rapporte qu'accessoirement à notre travail, et nous n’avons pas cru devoir en faire un objet trop spécial de recherches longues et pénibles , qui peut-être fussent restées infructueuses.
L’une des espèces de cette section que l’on a le plus occasion de voir dans le commerce est la racine du viola ipécacuanha de Z innée. Cette plante croît au Brésil. M. lldef. Gômez m’a assuré que sa raeine est très-employée à Fernambouc , où elle est fort commune,, mais très-peu à llio-Janeiro , où l’on met plus particulièrement en usage les racines du cephaelis et celles d’une espèce de spermacoce.
A son retour du Brésil , M. Taunaj fils a rapporté de Rio-Janéiro une certaine quantité d’ipécacuanha blanc, ou ipécacuanha branca des Brasiliens. J’ai comparé attentivement ces raciriêS avec la figure donnée par Vandelli (Fase., p. 7 , t. 1 ). , et avec les descriptions du viola ipécacuanha } L., et j’ai acquis la certitude que les racines rapportées par M. Taunaj sont bien celles du viola ipécacuanha . L. J’ai? trouvé parmi elles une tige entière , qui a servi à confirmer mon opinion. Voici les caractères de ces racines.
Elles sont d’un blanc pâle , allongées , quelquefois rameuses , grosses comme une plume à écrire , un peu tortueuses r offrant quelquefois des étranglemens ou des intersections plus ou moins marquées. L’axe ligneux est en général plus épais que la couche corticale, et plus jaune ; la cassure est assez nette , peu résineuse ; son odeur est manifestement herbacée et nauséeuse ; sa saveur est comme amilacée , d’abord peu sapide , mais bientôt un peu amère, et surtout d’une âcrcté remarquable. Yoyez l’analyse chimique que nous en avons fajic.
il est bien probable que c’est cette espèce que Ma regrave et Pison ont désignée sous le nom àipecaèuanha bvanca , mais sur laquelle iis n’ont donné aucune espèce de renseignement. J'anclelli , dans son Fascicule , l’a figurée sous le nom de pombalia ipecacuanha. Elle appartient au genre ionidium de frentenat.
On emploie aussi au Pérou îa racine du viola parviflora . Au rapport de M. de Humboldt , elle serait mélangée dans i’ipécacuanha qui nous arrive de ce pays par la voie du commerce. Toujours est-il que cet illustre voyageur l’a vu cultiver et employer dans le royaume de la Nouvelle-Grenade.
Ses racines sont ligneuses , perpendiculaires , peu rameuses, d’un gris plus ou moins foncé, sans anneaux transversaux ; elles présentent seulement des crevasses longitudinales plus ou moins profondes. Sa saveur et son odeur ne sont point sensibles ; sa cassure n’est nullement résineuse ; son axe ligneux est jaunâtre , compacte , ordinairement plus épais que la couche corticale.
Je l’ai quelquefois trouvée mélangée en très-petite quantité dans l’ipécacqanha appelé du commerce, avant qu’il n’ait été trié et mondé. Cependant cetfe variété est fort rare en France.
Mon père a vu fréquemment employer à Cayenne et dans les Antilles les racines du viola itoubou , Aublet', ou viola calceolqria , L., espèce qui appartient également au genre ionidium.
On trouve aussi quelquefois dans les collections les racines du cynanchum ipecacuanha de PVilldenow , qui croît à l’Ile-de-France. Elles sont très-grêles, allongées, filamenteuses, non marquées d’anneaux, plus ou moins lisses, d’un blanc grisâtre. Leur cassure n’est point résineuse; leur axe est très-menu ; leur saveur et leur odeur sont presque nuis, (Voyez son Analyse chimique ).
Cette espèce doit être fort peu efficace , et sa dose au moins double de celle de lipécacuanha du Brésil.
Il est plusieurs autres végétaux dont la racine fournit en certains pays un ipécacuanha blanc; mais leur histoire est encore couverte de
tant d obscurité, et nous n’avons que des moyens si imparfaits et si peu propres à l'éclaircir , que nous croyons prudent de nous en abstenir ici.