‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 10 sur 260 · LES PROTOZOAIRES · texte numérisé non relu

LES PROTOZOAIRES

Un gîte à Glossina palpalis (Afrique tropicale).

dans nos climats, le phénomène si merveilleux de la phosphorescence de la mer; on l'observe en été quand l’eau de la surface est tiède, et surtout quand le temps est orageux.

Chaque Noctiluque (fig. 46) a la forme et l'aspect d’un petit grain de tapioca cuit; d'un sillon de la petite sphère gélatineuse et translucide part un long fouet implanté près de la bouche. Le corps est rempli de fins granules jaunâtres, graisseux, qui sont le siège de la luminosité. Quand on examine au microscope une Noctiluque vivante, on voit chacun de ces petits grains briller comme une étoile dans l'obscurité.

Chaque Noctiluque produit plusieurs centaines de petits bourgeons qui se détachent et, en quelques heures, sont capables de se reproduire à leur tour. C'est ce qui explique que la mer est presque subitement épaissie par les Noctiluques quand les circonstances sont favorables ; l'eau prend un aspect laiteux et une consistance huileuse; elle étincelle en gerbe de feu, quand on y projette une pierre ou quand elle est agitée par des vagues ou l’hélice d’un bateau.

ÉEESAINEUSOIRESECILTLES

Lorsque l'on parle d'Infusoires, c’est plutôt à cette section des ciliés qu'à la précédente des Flagellés que l’on fait allusion ; ce nom leur a été donné parce que c’est en faisant infuser des plantes sèches ou fraîches dans de l'eau qu'on les voit pulluler. Ce moyen commode de s'en procurer est basé sur le fait que les germes des Infusoires peuvent supporter une longue dessiccation, être transportés par le vent et s'attacher aux plantes ; d'autre part, comme les Infusoires se nourrissent surtout de bactéries, lorsque l'eau où l'on fait tremper des plantes en contient assez, ils y trouvent une abondante nourriture, se développent et se multiplient vite.

Ces petits êtres (fig. 45), tout en restant réduits à une gouttelette microscopique de protoplasma, ont cependant perfectionné leur organisation au point que l'on a voulu y voir de véritables viscères : ilsnesont pourtant

Fig.40.— Trypanosoma $ambiense (d'après Brumpt).

A, Adulte ; B, En voie de division.

€ Lac Tchad oSokoto

S'Paul de Loanda

Benguellag

Fig. 39. — Aire de dispersion de la Glossina palpalis en Afrique équatoriale.

Nègres atteints de la maladie du sommeil,

rien de plus qu'une unique cellule; mais elle a une membrane cutanée compliquée, perforée de fins canalicules, par lesquels passent des cils vibratiles qui ne sont autre chose que les prolongements du protoplasma interne. Ces appendices vibratiles sont disposés en figures définies à la surface de la peau, tantôt la recouvrant entièrement comme d’un fin velours, tantôt y formant des bandes, des cercles caractéristiques.

Une bouche large conduit dans des vacuoles digestives, cavités creusées dans le protoplasma, où les aliments sont digérés et qui expulsent les résidus au dehors par un orifice spécial. Certaines de ces vacuoles sont contractiles et animées de battements rythmés.

Le reproduction de ces êtres est des plus intéressantes et a donné lieu à des observations fort curieuses.

Un premier mode, dont nous avons déjà parlé pour d’autres groupes, est la division : un Infusoire, arrivé à sa taille, s'étrangle en deux parties en commençant par son noyau, puis il se rompt en deux, chaque moitié emportant la moitié du noyau et reconstituant ensuite ce qu'elle a abandonné dans le partage. Cette opération peut se renouveler un grand nombre de fois, mais, à la longue, l'animal s’use en quelque sorte et il meurt. Mais l'Infusoire se protège contre cette usure en se rajeunissant; ce phénomène, très complexe, a été mis en lumière par M. Maupas. Il consiste en un véritable accouplement pendant lequel chacun des deux individus passe à son conjoint la moitié d'un noyau spécial, le paranucleus, préalablement divisée en deux; après quoi, ils se séparent. Cet échange détermineune nouvelle jeunesse chez les deux individus, qui peuvent ensuite recommencer à se multiplier par division. Puis, de nouveau, quand l'usure se fait sentir, ils se conjuguent encore, et ainsi de suite.

Nous retrouvons le phénomène de l'enkystement

Fig. 41.— Glossine ou mouche Tsé-tsé, qui transmet le Trypanosome à l'homme.

( Spirochètes de la fièvre récurrente Fig. 43.

circulant parmi les globules du sang Treponema (d’après Guiart) [grossis 500 fois]. pallidum.

chez les Infusoires ; ils s’enferment dans une enveloppe solide lorsque les conditions d'existence deviennent mauvaises; pendant la sécheresse de l'été, ils passent une période de léthargie où le vent peut les transporter au loin, comme des grains de poussière; lorsque l'humidité revient, ils reprennent leur forme normale et leur activité.

Nous ne donnerons que quelques exemples de ces Infusoires. Parmi ceux qui sont entièrement couverts de cils vibratiles, on peut citer les Paramécies, très communes dans les eaux douces contenant des végétaux, et les Colpodes (fig. 48), que l'on se procure facilement en faisant infuser des plantes.

Dans une autre division, signalons le Stentor (fig. 50), géant des Infusoires, qui atteint près d'un demi-centimètre.

Une forme des plus curieuses est la Vorticelle (fig. 51), qui, soit isolément, soit en colonies, se fixe sur les feuilles des plantes immergées à l’aide d'un long pédoncule qui se contracte et se détend comme un ressort à boudin; il content une fibrille musculaire élémentaire.

Un petit groupe spécial, celui des Acinètes (fig. 52), est composé d'infusoires libres ou fixés par un pédoncule, vivant soit dans l'eau douce, soit dans la mer; leurs cils sont remplacés par de petits tentacules formant ventouses, avec lesquelles ils happent les petites proies qui passent à leur portée.

Quelques Infusoires vivent en parasite chez divers animaux supérieurs, par exemple le Balantidium coli (fig. 53), qui se trouve dans l'intestin de l’homme, où il cause la dysenterie balantidienne; il a un cinquième de millimètre de diamètre.

LES SPOROZOAIRES.

Cette division des Protozoaires est caractérisée par des êtres unicellulaires, tous parasites ; ils se reproduisent au moyen de spores d'où sort une amibe, laquelle se transforme en parasite adulte, Ces Sporozoaires sont très importants à connaître, car ils sont la cause de graves maladies de l’homme et de nombreux animaux.

On les divise en six familles.

LES GRÉGARINES

Ce'sont des parasites des Vers et des Articulés; leur corps très simple se réduit à une lamelle de protoplasma flasque, un peu plus dense à la surface, grenue à l'intérieur, avec un

Fig, 46. — Schéma d’une noctiluque (d'après Delage).

À, Vu de face; B, En coupe: f, Flagellum ; d, Dent: s, Sillon; r, Réseau protoplasmique,

À, Cellules à collerette; B, Monosiga ; C, Codosiga ; D, Hirmidium ;

Fig. 47.

Rhipidodendron splendidum.

Schéma d'un infusoire.

a, Bouche ou cytosome:

b, Anusou cytoprocte; c, Macronucleus; d, Micronucleus; e, Vacuoles contractiles; E, Protospongia. FACIUS:

Fig. 44. — Flagellates,

noyau (fig. 55). Certaines Grégarines ont deux ou trois segments dont e plus mince est terminé par des appendices en forme de crochets, ce qui leur donne un vague aspect de Ténia. Pour se reproduire, elles se contractent en un kyste; le protoplasma intérieur se divise en spores, et chacune de celles-ci en huit spores de second ordre. Ces petites spores répandues sur le sol sont avalées avec les aliments par un Insecte, par exemple; dans son tube digestif le jeune parasite se fixe dans une cellule, grandit et finit par tomber dans la cavité intestinale de son hôte.

MEÉSRCOCCIDTES

Ce sont des parasites des cellules de divers organes des animaux vertébrés, qui se logent à l'intérieur des cellules qui les composent. Elles ont la forme d'amibes granuleuses pourvues d’un noyau et sans membrane cutanée. Le type classique est la Coccidie du lapin (Coccidium cuniculi) [fig. 54|, chez lequel elles causent une grave maladie, la Coccidiose; ce parasite habite les cellules épithéliales des canaux biliaires du lapin. Il se multiplie rapidement au moyen de spores de deux sortes, les unes destinées à infecter les cellules du voisinage dans la même victime, les autres destinées à être rejetées au dehors pour infecter d’autres lapins. Ces dernières spores durables, à paroi solide, sont évacuées avec les matières fécales, tombent sur l'herbe et y attendent d'être mangées par un lapin, qui est ainsi infecté à son tour.

On cite quelques exemples de Coccidies vivant chez l’homme, le chien, le rat, etc. On a voulu leur attribuer la cause du Cancer et aussi de quelques autres maladies rares et mal connues.

LES HEMOSPORIDIES

On sait que le sang des vertébrés se compose de globules rouges ou hématies en suspension dans le sérum. Les globules peuvent être parasités par les Hémosporidies où hématozoaires, agents du paludisme, qui occasionnent de très graves maladies; c’est ainsi que trois espèces de Plasmodium (falciparum,-vivax, malariæ) sont la cause des fièvres quarte, tierce, pernicieuse, intermittente, cachexie palustre.

Ces êtres sont de très petites amibes à contours changeants qui se logent dans les globules rouges du sang, qu'ils détruisent en se nourrissant de leur hémoglobine: on les trouve dans le sang de tous les vertébrés, y compris l'homme. Quand ces amibesont atteint leur taille définitive, elles c se fragmentent en petites amibes qui vont

Fig. 49, Paramæcium caudatum (d’après Parker).

À, Face ventrale ; B, Coupe: b, Bouche; c, c, Vacuoles contractiles ; n, Gros noyau. Les flèches indiquent le trajet des particules alimentaires.

Fig. 48. — Colpode, d'après Maupas.

EESYRROTOZOAIRES 21

Fig. 52.

Fig. 50.

Sténtor Roselii.

Fis. 51, Vorticelles,

infecter d’autres globules: cette opération se fait à intervalles réguliers qui déterminent les accès de fièvre. La maladie se transmet par l'intermédiaire des moustiques, qui, en piquant un homme, pompent un peu de son sang, avalent ainsi des globules rouges parasités. Dans l'estomac du moustique les parasites subissent des transformations compliquées et produisent des spores qui s'accumulent dans ses glandes salivaires; on comprend que quand le moustique va piquer un homme il lui inocule des spores; celles-ci recommencent le cycle. Le Moustique est donc l'intermédiaire indispensable qui véhicule le parasite du sang d'un homme à un autre homme. Telle est la cause du paludisme, qui se manifeste sous forme de h fièvres variées, fièvres palustres, des marais, de malaria, maladie répandue dans tous les pays chauds, tropicaux, marécageux, où vivent des moustiques et plus particulièrement celui qui est connu sous le nom d'Anopheles (fig. 56, 57 et 58). Les variétés cliniques de ces fièvres sont nombreuses ; on leur donne encore divers noms selon que les accès se produisent tous les jours, tous les deux, trois ou quatre jours, produisant des températures du malade dépassant 400.

Selon la gravité des accès, le temps qu'ils durent, la fréquence de leur apparition, ils amènent des troubles plus ou moins graves qui bien souvent aboutissent à la cachexie et à la mort des malades.

Les Anophèles étant les agents d’inoculation de la maladie, il est tout indiqué de les détruire; malheureusement la chose est extrémement difficile, étant donnés les immenses territoires où ils exercent leur funeste action.

On peut dans des régions restreintes, par des travaux de desséchement des marais, supprimer les eaux stagnantes nécessaires à l'évolution de la larve de ces moustiques; dans les villes on peut facilement répandre un peu de pétrole à la surface des réservoirs où pullulent les larves, ou ne laisser aucun accès de l'air dans ces réservoirs qui doivent être parfaitement clos.

Dans les pays contaminés, comme la Campagne Romaine, on ferme au moyen de toiles métalliques fines les ouvertures des maisons, on se couvre la tête et les mains d’un voile de gaze et l’on évite ainsi les piqûres de ces dangereux moustiques et la malaria qui s'ensuit.

Fig. 53.

Balantidium coli.

Fig. 56. — Anopheles maculipennis, agent d'inoculation de la malaria, posé sur la peau.

Fig. 57. — Coupe schématique d'Anophèle suçant le sang.

a, Trompe enfoncée dans la peau ; b, Gaine de la trompe.

PESSSARCOSPORIDIES

Ce sont des organismes rudimentaires vivant en parasite soit dans les muscles, soit dans le tissu conjonctif, de certains mammifères : : porc, mouton et probablement de l'homme. Le Sarcocystis Wiescheri se présente sous la forme de filaments blanchâtres, microscopiques, dans l'intérieur des fibres musculaires du porc; à un certain moment il s'enkyste et se transforme en petites amibes qui rampent et vont infecter les muscles du voisinage.

ÉESSMYXOSPORIDIES

Ces protozoaires sont des parasites de la peau des Poissons: ils ont l'aspect d'amibes, mais se reproduisent par des spores entourées d’une carapace bivalve et contenant un corpuscule urticant. Ces Myxosporidies déterminent de graves troubles chez les Poissons d’eau douce, notamment la maladie du Barbeau; le ventre de ces poissons est ballonné ; leur peau huileuse porte des tumeurs qui font tomber les écailles et laissent une plaque ulcéreuse. On ne connaît aucun remède; il faut avoir soin de brûler les cadavres et les malades quand on en aperçoit dans une pièce d’eau.

BEÉSMMICROSRORIDIES

On donne ce nom à des parasites, notamment à celui qui cause la maladie (Pébrine) des vers à soie, dont la découverte a contribué à illustrer le nom de Pasteur. Mais ces êtres sont bien plutôt ces végétaux ; aussi nous ne nous y arrêterons pas.

Ce résumé sommaire de l'ensemble des Protozoaires suffit à mon-

Fig. 54 — Coccidium cuniculi du foie de lapin (d'après Balbiani).

a b c, Jeunes coccidées dans les cellules des canaux biliaires; d e f, Coccidées enkystées commençant la formation de leurs spores; £ à k, Formation des quatre spores ; Z m, Spore se divisant en deux corpuscules

falciformes ; n, Corpuscule falciforme isolé. ,

trer que si la taille de ces êtres est minime, puisque la plupart d’entre eux sont invisibles à nos yeux, ils n'en jouent pas moins dans la nature un rôle immense. Les uns, par l’accumulation de leurs carapaces, couvrent le fond des mers d’une couche épaisse de terrains nouveaux; les autres s’insinuent dans le sang ou les tissus de l’homme ou des animaux et y occasionnent des maladies souvent mortelles. Et ce n'est pas seulement à l'époque actuelle que ces êtres infñimes jouent ce grand rôle dans la nature. La paléontologie nous enseigne que depuis les âges les plus reculés leurs débris accumulés ont constitué des terrains sédimentaires, de plusieurs centaines de mètres d'épaisseur, au fond des mers anciennes. L'action de ces infiniment pe-

\ tits se révèle ainsi beaucoup plus importante que celle des gros animaux.

Fig. 55. — Grégarine.

Stylorhynchus longicollrs.

CLLLLLT TL TTL LIT Z

Larve d'Anophèle nageant.

Page 1