CI. Boulanger
Séchage de la Morue, à Hammerfest (Norvege),
d'hommes. C'est de Paimpol et de Dunkerque que partent le plus grand nombre de pêcheurs pour l'Islande. L'armateur choisit son capitaine et celui-ci choisit ses hommes. Avant le départ se célèbre le Pardon des Islandais ou bénédiction de la flottille; c'est jour de fête : on visite les bâtiments qui vont partir; la petite ville est pavoisée, les auberges sont pleines, l'animation est grande. C'est lorsque les navires sont en mer que la vie du pêcheur devient terriblement dure.
En Islande, la pêche se fait à bord des goélettes, car les tempêtes sont fréquentes et les petites embarcations ne pourraient pas tenir la mer. Les lignes employées ont une longueur de 70 à 80 mètres; elles se terminent par un plomb qui en assure la descente; une tige de fer longue de un mètre traverse verticalement ce plomb, avec, à chacune de ses extrémités, les avançons, petites allonges qui portent les hameçons. L'appât est généralement formé d’entrailles de Morues:; il est donc fourni par la pêche. Les pêcheurs occupent tous le bastingage qui est du côté du vent et sont séparés les uns des autres par une distance de un mètre. Les lignes sont constamment tirées et font dans les caux un mouvement vertical de va-et-vient destiné à attirer l'attention du poisson. Une manne est au pied de chaque pêcheur, et c'est là qu'il dépose la langue de chaque Morue prise; il établit ainsi son compte, car le poisson est immédiatement jeté dans la cale du navire. Un bon pêcheur peut prendre de 500 à 600 Morues par jour.
Pour Terre-Neuve, le recrutement des pêcheurs, des T'erreneuvas, se fait à la foire du Vieux-Bourg de Miniac. La pêche se pratique principalement sur les bancs qui s'étendent au sud et au sud-est de l'Ile. Au voisinage de la terre, on emploie de grandes sennes, mais sur les bancs on se sert de lignes. À Terre-Neuve, on pêche peu à bord des goélettes, car chacun de ces navires emporte des petites embarcations, appelées doris, qui sont empilées sur le pont, et que l’on met à l'eau au moment de la pêche. On y emploie la ligne d'Islande et d'autres lignes, notamment l'harouelle, qui porte sur une certaine partie de sa longueur des bouts de ligne appâtés. L'harouelle est une ligne de fond qui porte de 2006 à 3000 hameçons et que l'on file lentement. Ces lignes sont relevées et réappâtées chaque jour, et il n'est pas rare de trouver une Morue à chaque hameçon. C'est à Terre- Neuve qu'on amorce avec la boctte, formée de morceaux de Harengs, de Capelans du Nord ou d'Encornets. On y pêche aussi au moyen de chaluts ordinaires lorsque le Poisson est sur les fonds, et aussi avec des chaluts spécialement équilibrés pour pêcher entre deux eaux. Fécamp construit dans ce but des bateaux de | 500 tonneaux.
En Islande, le poisson est préparé en vert, c'est-à-dire non séché; il est rapporté en Europe sans retard; il en est de même de celui qui est pêché à Terre- Neuve durant la dernière période de pêche. Tout ce qui est pêché avant est porté aux sécheries; on sale les Morues en les disposant en tas, puis on les lave éton lesfait sécher durant quelques jours. Après le séchage, le poisson est prêt pour l'expédition. Mis de côte, les œufs de Morue constituent la rogue, indispensable à la pêche de la Sardine. Le foie fournit une huile dite de foie de Morue. Avec la vessie natatoire, on fabrique une colle de Poisson.
L'Églefin (G. æglefinus) ou Anon atteint la taille de 60 cent.; on le trouve principalement dans l'Atlantique nord, la Mer du Nord et la Manche; sa chair est de bonne qualité.
Le Merlan (Pollachius vulgaris) n’a pas de barbillon ; sa mâchoire supérieure est sensiblement plus grande que la mâchoire inférieure; elles sont armées l’une et l’autre de dents nombreuses. La taille de ce Poisson atteint 40 cent. Le Merlan (fig. 689), très commun dans l'Atlantique tempéré, la Mer du Nord et la Manche, offre une chair blanche très fine et très délicate. Le Merlan jaune ou Lieu (P. pollachius) habite la Manche et l'Océan.
La Lote commune (Lota vulgaris) est un Poisson très différent des précédents; son corps est à la foisallongé et arrondi, surtout en avant (fig. su La tête est aplatie, la bouche grande; la mâchoire inférieure porte un barbillon. La Lote, dont la taille oscille généralement entre 30 et 70 cent., est un Poisson d’eau douce; elle habite l'Europe centrale. La Lingue (Molva vulgaris) est un Poisson de plus grande taille et dont certains individus
Fig. 691. — Merlus ou Merluche,
ont près de 2 mètres. On la pêche principalement sur les côtes de Norvège.
Le Merlus ou Merluche (Merluccius vulgaris) appartient à la famille des Merluciidés; 1l n’a que deux dorsales et pas de barbillons : sa tête est aplatie, son museau large, sataille atteint 70 cent. Il est vorace et attaque selon la saison le Hareng ou le Maquereau. Commune dans l'Océan Atlantique et la Méditerranée, la Merluche (fig. 691) est pêchée de différentes manières ; c’est le Colin
e nos marchés. La famille des Macruridés est riche en espèces curieuses des
profondeurs. Le Macrurus loricatus est caractérisé par une grosse tête
pointue, d'énormes yeux, avec un corps mince, grêle, et une queue qui se termine en longue pointe. La seconde dorsale parcourt presque toute la ligne médiane du dos, et l’anale celle du ventre, sans aucune interruption.
Les Pleuronectidés ou Poissons plats sont avant tout dissymétriques ; c’est là un caractère tout à fait exceptionnel chez les Vertébrés. En effet, les espèces appartenant à cette famille ont les deux côtés du corps très différents : l’un de ces côtés est toujours incolore, presque blanc, parce qu’il repose sur le sol; l’autre côté, au contraire, est toujours situé en dessus, il est coloré; en outre, il porte les deux yeux. La bouche est oblique et la tête apparaît ainsi complètement difforme. Les nageoires dorsale et anale sont très longues: inutile, la vessie natatoire n’existe pas. Les Pleuronectidés se dissimulent fréquemment dans le sable; le mouvement de leurs nageoires soulève un nuage de particules qui retombent sur eux et les recouvrent; seule, la tête émerge pour guetter. En dehors de cette précaution, ces Animaux possèdent, grâce au développement de leurs chromatophores, la faculté d'acquérir assez rapidement la couleur de leur milieu: c’est un cas de mimétisme très net.
Au début de leur existence, les jeunes sont pélagiques et symétriques, et c’est à partir de leur chute sur le fond que leur physionomie va se modiher. En effet, l’œil placé sur le sol et privé de lumière se trouve ramené peu à peu sur le côté éclairé, en contournant la tête ; sans cesser de fonctionner, il vient se placer au voisinage de l'autre œil. C’est ce qui se produit chez le Carrelet ou Plie. Mais chez certaines espèces, le développement de la nageoire dorsale s’est produit avant le déplacement de l'œil. « Dès lors, celui-ci est d’abord ramené en haut et, tout en gardant ses connexions avec son nerf optique qu il entraîne avec lui, s'enfonce dans les téguments jusqu’au niveau de l'os frontal; il traverse alors la base de la nageoire dorsale et vient affleurer au voisinage de l’autre œil. L’orbite abandonné se ferme rapidement (1). » C’est le cas de Arnoglossus, de la Méditerranée, et de Plagusia, du Japon.
Chez le Limandier où Limandelle (Lepidorhombus megastoma), les yeux sont situés à gauche. On le pêche dans les mers françaises, notamment dans la Mer du Nord. Sa longueur est de 40 cent. |
Chez le Turbot (Rhombus maximus) la nageoire dorsale commence très en avant sur le museau et la caudale est arrondie (fig. 692). Le côté gauche porte les yeux: la ligne latérale y dessine une courbe très marquée au-dessus de la nageoire pectorale. Sa taille atteint 80 cent. Ce Poisson, très recherché pou: la qualité de sa chair, habite les mers françaises; on le pêche principalement avec des lignes de fond. La Barbue (R. lœvis) est de forme ovale comme le Turbot; les yeux sont à gauche.
Le Rombou (Bothus rhomboides) a le côté gauche couvert d’écailles pectinées; il a les yeux très écartés. On le pêche en Méditerranée, principalement à à Nice.
Le Flétan (Hippoglossus vulgaris) est de très grande taille: c'est le plus grand de la famille : sa longueur approche de 2 mètres. Chez cet animal, les écailles sont cycloïdes, les yeux situés à droite, les dents pointues et écartées. Il habite les fonds de la Mer du Nord, Manche, Atlantique et Pacifique. On sale sa chair pour la conserver; on la fume parfois.
Le Carrelet ou Plie (Pleuronectes plalessa) a les yeux placés à droite et séparés l’un de l’autre par une crête; le côté coloré est brunâtre avec taches orangées; les dents sont aplaties comme des incisives et coupantes. Ce Poisson habite la Baltique, la Mer du Nord, la Manche: il est pêché assez activement et est très commun sur les marchés. Il remonte parfois la partie inférieure des cours d’eau. La Plie-Sole (P. microcephalus) se pêche dans la
Manche et l'Atlantique. Le Flet
(1) Edmond PERRIER. Trailé de z00logie. Poissons. Masson et Cit, édit.
Fig. 692, — Turbot.
(P. flesus) ne se présente pas uniformément du même côté ; les yeux sont très généralement situés sur le côté droit, mais on les observe quelquefois sur le côté gauche: une crête les sépare. LeFletsetrouve sur toutes les côtes occidentales de France: il remonte certains cours d'eau, notamment la Loire jusqu’à Blois. Sa chair est fade.
La Limande (Limanda vulgaris) porte les yeux à droite. Les dents sont très petites. On la pêche principalement dans la Mer du Nord et la Manche (fig. 693).
La Sole commune (Solea vulgaris) a le corps très comprimé ; les yeux sont situés sur le côté droit (fig. 694) ; la bouche, petite, n’est pas seulement oblique : elle est tordue et les dents sont localisées au côté gauche. Sa chair est d'excellente qualité. C’est le plus fin des Pleuronectidés.
La famille des Brotulidés présente des formes allongées, portant la dorsale et l’anale fort longues et rejoignant la caudale; les ventrales sont absentes ou bien constituées par d’infimes rüdiments portés très en avant et que l’on prendrait pour des barbillons. Certaines des espèces sont cavernicoles et aveugles: d’autres vivent en parasites, soit sur des Poissons mieux outillés qu'eux pour la recherche des aliments, soit dans le tube digestif de certaines Holothuries.
En dehors de ces formes particulières, nous citerons les Lançons. Le Lançon ou Équille (Ammodytes tobianus) a le corps et la tête allongés (fig. 695). Il vit dans le sable et est très recherché sur nos plages de l'Ouest par les baigneurs. On emploie le plus souvent une bêche, mais il faut être deux pour réussir; l’un retourne le sable, et l'autre saisit immédiatement le poisson, qui disparaîtrait rapidement.
Nous entrons maintenant dans le groupe très important des Physoclistes ACANTHO- PTÉRYGIENS. Comme il a été dit plus haut, ces derniers se distinguent Malacoptérygiens par leurs nageoires impaires que soutiennent des rayons épineux au moins en avant, ou plus simplement encore par les aiguillons dont leur nageoire dorsale est pourvue. Un Poisson bien typique de ce groupe est la Perche.
La nageoire dorsale de ce Poisson est divisée en deux parties : la première est épineuse et la seconde est molle. Lorsque la dorsale est unique, elle ne comporte généralement de rayons épineux que dans sa partie antérieure.
Les espèces qui vont nousoccuper ontune vessienatatoireclose,
Plie nageant (Aquarium de Banyuls).
Fig. 693. — Limande.
Fig. 694. — Sole.
CTI CL (10D