LISE
Les Batraciens où Amphibiens sont depuis longtemps séparés de la classe des Reptiles dans laquelle on avait cru devoir les placer autrefois; cette classe comprenait ainsi des Reptiles à peau nue et des Reptiles à peau écailleuse. Mais les caractères si différents des Batraciens, notamment l'état des jeunes qui ressemblent aux Poissons et respirent comme eux au moyen de branchies, justifient la division qui a été faite. D'ailleurs les Batraciens occupent dans la série zoologique une place bien marquée : ils descendent des Poissons, peut-être des Dipneustes, et constituent la souche des Reptiles, qui, eux, nous conduiront aux Oiseaux et aux Mammifères. Ajoutons ici que la classe des Batraciens est la seule qui ne renferme aucune espèce marine; néanmoins, le Professeur Pearse a observé aux Philippines des Grenouilles et des têtards vivant dans l’eau saumâtre des estuaires. Les Batraciens nous offrent donc deux caractères très importants : la peau nue et, sauf quelques exceptions, les métamorphoses du jeune âge. Nous allons bientôt voir, en effet, que le jeune est généralement très différent de l'adulte. La peau des Batraciens contient, comme chez de nombreux Poissons, des chromatophores dont les variations de volume donnent lieu à des changements de coloration.
Le squelette est très simple; il accuse l’ossification partielle de la ceinture scapulaire. Les vertèbres sont individualisées; chez les Batraciens sans queue, on n'en compte généralement que dix:8 dorsales, une sacrée, un coccyx. Chez les Batraciens à queue, le total peut s'élever à 100 et dépasser 200 chez les Apodes. Les côtes sont peu développées, parfois absentes ; ilexiste presque toujours quatre membres avec pieds palmés, et ces membres sont construits comme ceux des Vertébrés supérieurs. Le cerveau et surtout le cervelet sont très réduits. La bouche des Batraciens est grande et pourvue de dents coniques, creuses et remplaçables ; les Apodes et les Urodèles en possèdent aux deux mâchoires; les Anoures n'en ont qu'à la mâchoire supérieure et peuvent exceptionnellement en être dénués. La langue peut être adhérente, ou libre en arrière, ou pédonculée et projectible ; les Batraciens Aglosses en sont privés.
La respiration à l’âge adulte est branchiale et pulmonaire chez les Pérennibranches. Chez les autres Batraciens elle est pulmonaire et cutanée, c'est-à-dire qu ‘elle se produit à la fois par les poumons et par la peau qui est une véritable muqueuse ; si |’ on arrête artificiellement le jeu des poumons, sortes de sacs à parois minces, fort simples et peu actifs, l'oxygénation du sang se poursuit à travers la peau et l'animal en expérience vit ainsi durant quelques mois. Enfin quelques Urodèles n'ont ni poumons, ni larynx, ni trachée : tels sont Desmoenathus, Spelerpes, Plethodon, chez lesquels la respiration est bucco-
pharyngienne et cutanée. La température est variable. Le cœur présente trois cavités : ; deux oreillettes et un ventricule; les globules sanguins sont cinq ou six fois plus grands en dance que ceux de l'Homme; leur forme est elliptique (fig. 745).
Sauf de-très rares exceptions, la fécondation est externe chez les Anoures, elle est interne chez les Urodèles. Les croisements sont assez rares entre les Batraciens, et l’on ne connaît guère que deux cas: celui du Triton de Blasius, hybride des Tritons crêté et marbré, et celui d'un Bombinator, hybride des Sonneurs igné et à pieds épais
Les transformations par lesquelles passe le jeune Batracien sont fort intéressantes (fig. 8). Les œufs sont généralement déposés et abandonnés dans l'eau, et 1l n'est pas rare au printemps de constater dans les mares et les étangs la présence d'amas gélatineux, souvent flottants, et qui ressemblent à de très grosses grappes de groseilles blanches : ce sont les œufs de la Grenouille rousse. Au centre de chaque œuf transparent, on remarque un grain noir qui est l'embryon; celui-ci se développe peu à peu ; comme le jeune Oiseau, il se nourrit d'abord de la substance qui l'entoure; il grossit, se déroule, s ‘allonge et sort de l'œuf ; il ressemble alors à un petit Poisson très peu agile et reste accroché par la bouche aux plantes aquatiques, trouvant à leur surface la nourriture qui lui est nécessaire. I] est alors à l’état de larve, c'est-àdire d'animal ayant à subir certaines transformations avant d'atteindre l’état parlait.
Mais il grandit et se met bientôt à nager pour varier son alimentation végétale ; quoique possédant un corps entier, il apparaît alors formé d'une tête et d’une queue : c’est le tétard, grouillant par milliers dans les eaux des mares.
Le têtard, ou larve des Batraciens sans queue, n'a pas de poumons, il respire au moyen de petites houppes, ou branchies,
isposées extérieurement de chaque côté de sa tête. Un peu plus tard, des branchies internes se développent et l'eau entrée par la bouche, aprèsles avoir baignées, s'échappe par deux fentestlatenle QC branchies, qui s'emparent de l'oxygène dissous dans l'eau comme les poumons empruntent celui de l'air, sont à peu près semblables à celles
Fig. 745, Appareil circulatoire de la Grenouille (d'après Rémy Perrier).
À, Poumon ; B, Artèrepulmonaire; C, Veine pulmonaire ; D, Aorte ; E,Intestin:F, Veine porte hépatique; G, Rein et système porte renal ; H, Veine
cave inféricurce,
des Poissons. L'évolution du jeune Batracien continue : deux membres postérieurs apparaissent d’abord et viennent apporter leur coilaboration à la queue pour la natation; deux membres antérieurs se produisent à leur tour. C'est à ce moment que les poumons commencent à se former et que la queue diminue; peu à peu elle est résorbée et disparaît. Les poumons se sont alors suffisamment développés; la jeune Grenouille s'approche de la surface, fait connaissance avec l'air atmosphérique, et quitte l'eau pour la première fois. Les branchies vont bientôt disparaître; son évolution, qui a duré deux mois, est terminée. En outre, d'herbivore elle va ie carnivore, et se nourrir d'Insectes, de Vers, de Limaces.
Nous verrons que les Batraciens sont plus ou moins aquatiques ; les uns ne quittent pas le bord des eaux, les autres n'y viennent qu'à l'époque de la ponte, mais aucun ne peut se passer au moins d'une certaine humidité; leur peau, en effet, ne résisterait pas longtemps au contact d’un air sec, ses fonctions s’arrêteraient et amèneraient la mort.
Le venin qui existe en petite quantité chez certains poissons, et que nous avons vu présenter une toxicité assez grande et constituer un moyen de défense chez quelques espèces, existe aussi chez tous les Batraciens. Plus tard, nous verrons le venin atteindre son maximum d'intensité chez les Serpents et produire la mort rapide et violente de Vertébrés de grande taille, Nous remarquerons qu'il disparaît brusquement chez les Oiseaux et la plupart des Mammifères qui, cependant, descendent les uns et les autres des Reptiles. Le venin des Batraciens est sécrété par des glandes cutanées ; il n'apparaît à la surface de la peau que lorsque l'animal se sent en danger. L'amertune de cette sécrétion est si grande chez les Crapauds qu'aucun animal n'est disposé à les dévorer. Chez l'Homme, le venin du Crapaud irrite les muqueuses et n'est pas toléré par le tube digestif, mais cela ne veut pas dire qu’il est dangereux de toucher un Crapaud; on peut aisément prendre cet animal dans la main sans même exciter la sécrétion: il n'y a exception que pour le venin du Crapaud agua, qui peut être projeté à distance par les glandes parotoïdes.
On doit à M"° Marie Phisalix, veuve du regretté D' C. Phisalix, des expériences fort intéressantes. Elle a distingué chez les Batraciens deux sortes de glandes venimeuses, dont les sécrétions produisent des effets différents; les unes fournissent le venin muqueux, les autres le venin granuleux (fig. 746).
Le venin muqueux est sécrété par les glandes muqueuses, = RE qui sont uniformé- Fig. 746. — Coupe de la peau ment distribuées sur
d'une jeune Salamandre nouvellement transformee ], corps bone (d'après Mme Phisalix).
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existent seules sur le ventre. Le venin granuleux est le venin fourni par les glandes granuleuses localisées sur la face dorsale, et dont dépendent les glandes parotoïdes placées de chaque côté de la tête. Les glandes granuleuses sont généralement plus grosses que les glandes muqueuses.
Le venin muqueux ou ventral est incolore et savonneux:; il agit sur les centres nerveux; son action est paralysante, elle frappe de stupeur l'animal qui l’a reçu en injection intraveineuse, la respiration s'arrête brusquement avant le cœur paralysé à son tour. Le produit du simple lavage d’une Grenouille verte suffit pour tuer deux Lapins adultes. Le venin granuleux ou dorsal de la Salamandre terrestre est très actif sur le Chat et le Chien; les principaux symptômes sont hallucination, effroi, salivation, vomissements, convulsions. Celui du Crapaud est paralysant avec ralentissement respiratoire d'abord ; il tétanise le cœur. D'autres symptômes varient avec les espèces en expérience.
L'odeur du venin des Batraciens est très variable : les venins de l'Alyte, du Pélobate, du Pélodyte sentent l'ail; l'odeur de mûres caractérise celui de la Salamandre terrestre; le venin émet une odeur de raifort chez le Triton crêté et de salol chez la Salamandre du Japon. Les œufs de Batraciens sont toxiques ; il en est de même du sang des adultes, mais non de celui des tétards ou des larves. La présence du venin dans leur sang est suffisante pour qu'une injection de leur sérum entraîne la mort de divers animaux; mais le venin n'existe pas dans les muscles. Les Batraciens montrent une assez grande résistance à leur venin : cela est précisément dû à la présence simultanée dans leur sang de deux venins antagonistes : l'un paralysant et l’autre convulsivant, qui se neutralisent. Le venin des Batraciens n’est donc dangereux qu'en injection intraveineuse, et cela ne se pratique qu'en laboratoire. Dans la nature, il n'y a pas d'animaux plus inoffen-
À, Épiderme : B, Derme : C, Couche capillaire et pigmenlaire sous-épidermique ; D, Capillaires du derme ; E, Glande muqueuse; F, Glande granuleuse; GG, Orifices externes des canaux excréteurs des glandes ; H, Nerfs £landulaires.
sifs : ils comptent parmi les plus intéressants, et sont, de plus, fort utiles à l'Homme.
Le Crapaud n'est pas laid: il faut le voir de près pour le bien juger et observer la beauté de ses yeux. De très nombreux Batraciens sont fort remarquables par l'élégance de leurs formes et la richesse de leur coloration.
Les premiers Batraciens appartenaient à l’ordre disparu des STÉGOCÉPHALES; on a retrouvé leurs débris dans les couches des systèmes Car-
Fig. 749, Palæobatrachus.
Fig. 747.
Branchiosaure.
Fig, 748, Protriton.
boniférien et Permien. De même que les premiers Poissons rappelaient lés Crustacés qui les avaient précédés, de même les premiers Batraciens rappellentles Poissons primaires par plusieurs caractères anatomiques : plaques osseuses, dentition, trou pariétal ; Dissorhophus portait une véritable carapace osseuse. Un anneau osseux, dit anneau sclérotique, entourait l'œil de ces animaux ; la colonne vertébrale n’était pas complètement ossifiée et les vertèbres étaient biconcaves; leur forme générale se rapprochait de celle de nos Salamandres. Ces Batraciens primaires ont été assez bien étudiés; on a pu suivre leur développement ; on connait même leurs larves, qui étaient aquatiques, comme celles des espèces actuelles; c'est ainsi que le petit Protriton des schistes Permiens d'Autun (fig. 748) est la larve du Branchiosaure (fig. 747). Citons encore l’Archégosaure. Les Stégocéphales constituent certainement la souche des Reptiles.
Au début de l'Ëre secondaire, les Batraciens continuaient de prospérer, principalement les Labyrinthodontes, qui existaient déjà durant l'ère primaire, et ainsi appelés des sillons très contournés qui caractérisaient leurs dents. Les Stégocéphalessesont éteints avec la période Triasique. Le plus ancien Urodèle connu date de la base du système Crétacique : c'est l'Hylæobatrachus Croyi; mais il y a lieu de supposer que les Urodèles sont plus anciens. Le premier Batracien anoure date de la fin de la période Jurassique : c'est le Palæobatrachus Gaudrvyi (fig. 749), d'âge Kimmeridgien.
Les Batraciens tertiaires appartiennent généralement à des genres existant actuellement; on y compte une Salamandre dont la taille dépassait encore cle de grande Salamandre actuelle du Japon, laquelle atteint cependant | mètre de longueur.
Pour la classification des Batraciens actuels nous nous sommes inspiré des travaux de l’éminent herpétologiste G.-A. Boulenger (1), qui les divise en trois ordres : ces animaux pouvant être dénués de membres, ou bien être munis ou privés de queue.
Archegosaurus Dechenit, Batracien Stégocéphale Permien (Muséum).
1° Ordre des Apodes. } 4.00" roche Cécilie.
2° = AUrodeles. 25 Mr CMP PER Triton.
BU LE RES TA RontEs Ne PETER Grenouille.