‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 112 sur 260 · ORDRE DES AMPHIBIENS APODES · texte numérisé non relu

ORDRE DES AMPHIBIENS APODES

Cette division peu nombreuse, et qui paraît dériver de l'ordre fossile des Stégocéphales, comprend les espèces privées de membres. Le corps est très long, cylindrique, vermiforme, à queue très courte continuant le corps et se terminant brusquement. Ce sont des formes dégradées et adaptées à l'existence souterraine, des formes très primitives dans le derme desquelles on remarque parfois des parties ossifiées, des écailles. La tête est fort petite, la bouche peu fendue: l'anus presque à l'extrémité du corps. Le plus connu de ces Batraciens est la Cécilie, que l'on classa d’abord avec les Serpents. Chez les Apodes, les yeux sent très petits et généralement cachés sous la peau ou sous les os du crâne. Cet ordre ne comprend qu'une cinquantaine d'espèces appartenant à la famille des Céciliidés.

La Cécilie lombricoïde (Cæcilia lumbricoidea) est cylindrique et de la grosseur d’un crayon; sa longueur peut dépasser 50cent.

(fig. 751). Les yeux sont cachés sous la peau, la teinte du corps est brunâtre.

Cet animal vit sous terre, comme les Lombrics, il est fouisseur ; c'est dans le sol qu'il trouve l'humidité qui lui est nécessaire, ainsi que sa nourriture.

Il habite l'Amérique équatoriale. Le Siphonops annelé (Siphonops annulatus) a le corps plus épais, marqué d'anneaux au nombre de quatre-vingtdix en moyenne

(fig. 750). La tête

est courte, la taille

Fig. 751. — Cécilie.

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Ichthvophis $lutinosus femelle avec ses œufs peut atteindre RES ER 60 cent., l'œil est recouvert par la peau

qui est transparente à cet endroit. C’est un des rares Batraciens qui placent parfois leurs œufs en des endroits privés d'humidité. Il habite également l'Amérique tropicale, mais sur une plus grande étendue. Une autre espèce, le Siphonops du Brésil (S. brasiliensis), naît à l’état parfait.

Chez l'Ichthyophis glutineux (/chthyophis glutinosus), la peau forme sur la partie dorsale et surles côtés un très grand nombre de plis en forme d'anneaux incomplets ; sa taille atteint 40 cent. Les œufs sont pondus et abrités au voisinage de l'eau et sous la protection de la femelle. La larve déjà assez développée au sortir de l'œuf doit néanmoins terminer à l'eau ses métamorphoses. L'Épicrium habite l'Asie méridionale : Inde, Ceylan, Java. Un autre Apode appartenant au genre Hypogeophis et habitant des Iles Seychelles sort de l'œuf à l'état parfait, ne va pas à l’eau et adopte de suite l'existence terrestre.

ORDRE DES URODÈLES

Comme nous venons de le dire, c'est la persistance de la queue à l'état parfait qui caractérise principalement ces Batraciens. En outre, la forme du corps est généralement allongée et les membres sont courts comme chez les Lézards. Alors que les Anoures ont les membres développés et font des sauts parfois considérables, les Urodèles sont organisés pour la natation et se conduisent à terre comme des Reptiles. Les membres, généralement au nombre de quatre, sont quelquefois réduits à deux (Sirène). Les vertèbres sont nombreuses et opisthocœliennes, c'est-à-dire convexes en avant et concaves en arrière; cependant, elles sont exceptionnellement amphicæliennes chez l’Amphiume, l'Amblystome, le Protée et la Sirène. Leurs métamorphoses sont enfin plus simples que celles de la Grenouille rousse décrites plus haut; en dehors de la persistance de la queue, certaines formes gardent leurs branchies pendant toute leur existence.

Les Urodèles sont ovipares, sauf quelques exceptions; la féconda-

tion est généralement interne chez les Tritons. Le procédé de fécondation est assez curieux; en effet, le mâle dépose au fond de l'eau un spermatophore, petit cône transparent à la partie supérieure duquel sont localisés les spermatozoïdes, et c'est là que la femelle vient les saisir. Chez certains Amphiumidés (Megalobatrachus, Cryptobranchus), la fécondation est externe : les spermatozoïdes sont répandus dans l’eau et tombent lentement sur les œufs.

Les Urodèles sont remarquables par la facilité et la perfection avec lesquelles se régénèrent leurs membres amputés: les expériences de Spallanzani sont restées classiques à cet égard; elles ont été renouvelées depuis par d’autres savants. Les Batraciens de cet ordre sont distribués dans l'Ancien et le Nouveau Continent et dans l'hémisphère nord seulement ; sauf quatre ou cinq espèces, on n'en a pas observé au sud de l'équateur. Ces animaux sont tous carnassiers et très voraces, et malgré cela capables de résister longtemps à l'absence de nourriture.

On divise les Urodèles en quatre familles.

Les Urodèles de la famille des Amphiumidés sont caractérisés par des branchies internes et cachées par une membrane. Cette membrane est simplement percée d'une petite ouverture de chaque côté; la queue est toujours comprimée latéralement en vue de la natation.

L'Amphiume (Amphiuma means) a le corps très long et cylindrique, la tête petite avec langue complètement adhérente, et l'œil à peine visible (fig: 752). Les quatre membres sont très petits et munis chacun de trois doigts; ces deux paires de membres sont très éloignées l’une de l’autre à cause de la longueur du corps; ce Batracien peut dépasser la longueur de 80 cent. ; sa couleur est noirâtre. Ces animaux sont amis des eaux immobiles et vaseuses, au fond desquelles ils se tiennent souvent; on trouve l’Amphiume dans le sud-est des États-Unis.

La Grande Salamandre du Japon (Megalobatrachus maximus) est le plus intéressant du groupe (fig. 753 et 754); c'est le plus grand des Batraciens connus, car il peut dépasser la longueur de | mètre; cest un animal lourd, épais, à tête large, avec un repli en bourrelet de chaque côté du corps. Les membres sont gros et courts avec quatre doigts en avant et cinq doigts en arrière. Les yeux, extrémement petits, sont très difficiles à distinguer, car ils se dissimulent parmi les nombreuses verrues qui ornent la tête. La langue est complètement adhérente; d'après C. Phisalix, le venin est stupéfant et paralysant du cœur.

Cette Salamandre géante se rencontredansleseaux claires, peu profondes; on l'y trouve sous les grosses pierres, ou bien abritée sous les rives surplombantes et herbeuses; elle y recherche l’ombre et n'en sort que pour saisir sa nourriture ou venir dégager quelques bulles d'air à la surface de l'eau.

Le Muséum d'histoire naturelle de Paris possède encore deux beaux spécimens de près d'un mètre: ils mangent volontiers des Lombrics, des Poissons, des Grenouilles. Au Japon, ce Batracien habite principalement les eaux des montagnesetmême les lacs-cratères, si nombreux en ce pays volcanique:

mais on ne l’a trouvé qu'aux altitudes peu élevées ; il est d’ailleurs devenu assez rare,

Fig. 752, Amphiume.

Fig, 753, — Grande Salamandre du Japon.

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Fig, 754 — La grande Salamandre, d'après une gravure japonaise.

et sa disparition n'est qu'une question de temps, car sa chair est comestible,

Le Ménopome (Cryptobranchus alleghaniensis) est plus petit; le corps est proportionnellement plus épais, la tête plus grosse, les yeux plus grands, les membres plus forts; ces derniers-sont terminés par quatre doigts en avant et cinq en arrière. Sur les côtés du corps, la peau fait un gros repli très irrégulier ; on a recueilli cet animal dans le bassin du Mississipi.

La famille des Salamandridés comprend le plus grand nombre des Urodèles, notamment ceux de nos pays; ce sont les plus typiques et les plus répandus. Ces Batraciens sont caractérisés par la présence des branchies durant la période larvaire et par leur disparition complète chez l'adulte. Cette transformation se produit après l'apparition des membres et la formation des poumons. Les yeux sont munis de paupières mobiles, sauf chez les formes aveugles. Les dents existent aux deux mâchoires. La forme du corps rappelle celle du Lézard.

Nous commencerons l'étude de cette famille par une espèce fort curieuse, L'Axolotl (Amblystoma tigrinum) est un Batracien qui peut se reproduire à l'état de larve, et c'est pourquoi cette larve a été considérée longtemps comme représentant un animal parfait, une espèce différente de l’Amblystome, et qui avait reçu le nom de Siredon mexicanus (fig. 756). Cuvier, cependant, se doutait de la vérité, mais ce n'est que bien plus tard que l’on put reconnaître l'exactitude de ses soupçons. En effet, en 1864, le Muséum de Paris recevait quelques Axolotls dont une femelle; un an après celle-ci pondit un assez grand nombre d'œufs qui, au bout d’un mois, donnèrent naissance à de jeunes Axolotls. Plus tard, l’un de ces individus nés en captivité se transforma, perdit ses branchies et devint un Amblystome (fig. 755). Du même coup, l’Axolotl dut dire adieu au groupe des A dans lequel on l'avait placé jusqu'alors. Duméril, alors professeur au Muséum, observa cette métamorphose avec le plus grand soin, car d’autres individus de la même ponte présentèrent successivement les mêmes symptômes et se transformèrent également.

Ayant suivi ces transformations, le savant herpétologiste essaya de les provoquer chez quelques-uns des individus restés à l’état larvaire; il obtint trois résultats par l’ablation constamment renouvelée des branchies. Depuis cette époque, en 1876, M. Léon Vaillant, professeur au Muséum de Paris, obtint, grâce aux nouveaux aquariums de la galerie des Reptiles, des pontes suivies d'éclosion, et par conséquent des jeunes, et ces jeunessetransformèrent plus tard en Amblystomes parfaits. L'albinisme, maintenant assezrépandu, s'est produit accidentellement chez un individu isolé; c'est Duméril qui, à l'aide de cet individu et de croisements méthodiques, créa la variété bien connue.

L'Amblystome est

Fig. 756. — Axolotl.

Salamandre terrestre.

un Batracien aux formes un peu lourdes, aux mouvements lents: sa taille est à peu près de 20 cent. ; sa patrie est le Mexique : on le rencontre tout particulièrement dans les lacs des environs de Mexico: mais les plus nombreux appartiennent à la forme Axolotl, dont la durée est variable et peut être très longue. C’est pourquoi il paraît raisonnable de considérer l’Axolotl comme un Batracien dont la forme pérennibranche n'est pas encore fixée ; d’ailleurs, lorsque l'Axolotl s'est reproduit, il ne peut plus se transformer en Amblystome.

En Californie, et dans la même famille, on remarque une espèce d'assez grande taille (Dicamptodon ensatus), dont la longueur atteint 40 cent. En Asie, un autre espèce (Hynobius Kevyserlingii) confec- ME noie à enveloppe gélatineuse, en forme de tube long de 15 cent., la suspend à l'extrémité d'une branche placée au-dessus des eaux et y dépose ses œufs. Les jeunes larves peuvent ainsi gagner l'eau en s'échappant par la base du tube. Une autre forme habitant le Japon (Onvchodactulus japonicus) porte un petit étui corné à toutes les extrémités digitales. Les individus de cette espèce préalablement desséchés sont vendus comme vermifuges.

Les Batraciens du genre Salamandre présentent une forme analogue à celle des Tritons, dont il va être bientôt parlé, mais en plus lourd, plus épais. [ls ne restent à l’eau que le temps très court nécessaire à la reproduction et passent à terre la presque totalité de leur existence.

L'espèce française, qui d’ailleurs habite toute l'Europe, est la belle Salamandre terrestre (Salamandra maculosa), d'un beau noir lustré, couvert de larges taches jaune d'or ou orangé; c’est le Sourd de nos campagnes. La tête est large, le corps arrondi, les glandes parotoïdes grandes, la queue cylindrique. C'est cet Animal, qu'une exposition un peu prolongée à l'air sec ferait périr, que on croyait autrefois capable de vivre dans le feu! Par extension, en minéralogie, on appelait pierre salamandre l'incombustible Amiante. En sorcellerie, Salamandre était le nom donné aux esprits du feu. Au XVI' siècle, le roi François [° figura la Salamandre dans ses armoiries pour mieux symboliser son ardeur amoureuse. Ce que l’on sait de mieux au sujet de la température à laquelle peut résister cet animal, c’est qu ‘en hiver on l'a parfois trouvé gelé au centre d’un glaçon et que, délivré avec précaution, il revint à la vie sans autres dommages.

La Salamandre terrestre ou tachetée atteint la taille de 18 à 20 cent.: elle est ovo-vivipare: les jeunes sortent de l’œuf au moment de la ponte à l'état de larves, pourvues de branchies externes; leur évolution est lente. Cet Urodèle affectionne les bois, les lieux abrités par la végétation, se tient sous les pierres et ne s'occupe de son alimentation que par les nuits tièdes et pluvieuses.

La Salamandre noire (S. atra) est moins épaisse et d'apparence moins lourde que la précédente (fig. 757); elle lui est inférieure aussi de taille, car sa longueur varie de 10 à 15 cent. C’est un animal qui habite les endroits assez élevés, dans le voisinage des neiges, ce qui est exceptionnel pour un Batracien® C'est ainsi que sa présence a été reconnue dans une notable partie de la chaîne alpine en Suisse, Tyrol, Savoie, etc.; ses niœurs sont analogues à celles de l'espèce précédente, mais at met au monde des j Jeunes à l'état parfait.

Le Chioglosse portugais (Chioglossa lusitanica) a le corps mince, les membres faibles, avec quatre doigts en avant et cinq en arrière; il habite la péninsule Ibériqüe.

Les Batraciens du genre

Fig. 757, — Salamandre noire.

Salamandre entourée de feu et crachant des flammes. Armoiries du roi François I! (Château de Blois).

Triton sont de fort jolis animaux dont plusieurs espèces habitent nos régions. La forme du corps est toujours allongée, élégante. Au printemps, leur coloration est d'une grande beauté; elle se maintient tant qu'ils demeurent à l'eau; elle s'éteint partiellement dès qu'ils retournent à terre: il en est de même des crêtes dorsale et caudale et de la palmature des doigts. Les Tritons recherchent les eaux calmes et de peu d'’étendue. Ce sont des animaux carnassiers et voraces, munis de dents voméro-palatines; ils s’attaquent entre eux si les vivres manquent ; le radeau de la Méduse ne leur conviendrait pas. Bien nourris, ils prospèrent et se reproduisent en captivité. Leur venin a une influence sternutatoire. Au moment de la ponte, les œufs sont déposés en petit nombre sur les plantes aquatiques.

Le plus répandu des Tritons de grande taille est le Triton crêté (Molge cristata) dont la longueur peut atteindre 15 cent. Au printemps, dès que commence l'existence aquatique, le mâle se pare d'une haute et magnifique crête dorsale dentée: cette crête commence en arrière de la tête et se poursuit sur le dos, puis elle entoure la queue entière, mais dans cette partie n’est plus dentée. La femelle n'a pas de crête dorsale. Chez les deux sexes, la teinte du corps est noirâtre en dessus: le ventre est marbré de taches noires et rouge orange et le rouge domine sur le noir ; la peau est plus ou moins verruqueuse. Le Triton crêté pond ses œufs dans les herbes aquatiques. Durant leur séjour à terre, les deux sexes sont semblables, en ce sens que les crêtes n'existent plus, mais la taille des femelles est toujours supérieure à celle des mâles. Il en est d’ailleurs ainsi chez presque tous les Batraciens.

Si le Triton à crête est le plus commun, le Triton marbré (M. marmoratus) est un des plus beaux (fig. 758). De taille à peu près égale, il est immédiatementreconnaissable à sa couleur : il est entièrement taché de noir et de vert mousse éclatant, et lorsque les crêtes de la livrée aquatique viennent s'ajouter à cette parure, le mâle est vraiment d’une très grande beauté. La peau est finement verruqueuse, la tête large et bien détachée du corps. À terre, le Triton marbré recherche les abris humides et obscurs: il se réfugie sous les pierres: il fraye en mars et habite certaines mares de la forêt de Fontainebleau; il n'a jamais été observé plus au nord. On le trouve çà et là dans la moitié méridionale de notre pays et dansle sud de l'Europe.

Le Triton de Blasius (M. Blasii), trouvé dans les départements de la Loire-[nférieure et de l'Indre, présente des caractères intermédiaires : sa teinte dorsale est olivâtre et la face inférieure orangée; c'est un hybride local dû au croisement des deux espèces précédentes. Avec le Triton des Alpes (M. alpestris), nous arrivons aux formes de taille plus faible. Cette espèce ne mesure plus que 10 cent.; elle est fort jolie et sa parure du printemps est très belle. À cette époque, le mâle est d’un joli ton brun foncé avec une bande bleu d'azur sur les flancs et le ventre entièrement rouge vif. Ce Batracien habite l'Europe centrale. Il fraye vers la fin d'avril. Autrefois, il était abondant dans la petite mare des Loges, en forêt de Saint-Germain.

Le Triton ponctué (M. vulgaris) est un peu plus petit : sa taille varie de 8 à 10 cent. ; il comprend, selon les régions, de nombreuses variétés qui n'ont pas permis de fixer ses caractères spécifiques sans difficultés. Ces variations résultent aussi de l’époque, de l’âge, etc. La couleur est brun jaunâtre sur le dos et les côtés, orangée et ponctuée de petites taches noires sur le ventre. Au moment de la ponte, le mâle porte une crête qui, étant donnée la taille de cette espèce,

est beaucoup plus développée que chez les autres; elle est haute, festonnée et dentée. Il occupe une partie de l'Europe et est très commun en France, sauf dans le Midi. Dans les mares habitées par ce Triton on trouve fréquemment aussi l'espèce dite palmée (M. palmata) qui atteint 7 cent., rarement 8 (fig. 759). Ce Triton doit son nom à ses extrémités postérieures largement palmées durant l'existence aquatique. La tête est plus courte que dans l'espèce précédente, la peau est lisse, la coloration peu différente. Ce Triton affectionne les fossés, les petites mares: il est très commun en France et dans toute l'Europe occidentale.

Quelques espèces voisines, mais n'existant pas en France, peuvent être rapidement signalées ici : tels sont le Triton de Bosca (M. Boscæ) qui habite la péninsule Ibérique; le Triton de Corse (M.montana), le Triton italien (M. italica), celui de Sardaigne (M. Rusconii), le Triton de Montandon (M. Montandoni) que l'on trouve dans les Carpathes; etc.

L'Euprocte (Euproctus platycephalus) est un Triton localisé dans les Pyrénées (fig. 760). Il est plus épais que les vrais Tritons dont nous avons parlé. Le corps est rugueux ; la peau rappelle celle des Crapauds.

La tête est aplatie, avec les yeux tournés en dessus; le ventre est d'une teinte orangée ou rouge.

L'Euprocte habite le bord des lacs :

on l'a observé à des altitudes assez élevées. D'après M. Louis Roule, Euproctus asper des Pyrénées, E. montana de Corse et E. Rusconii de Sardaigne, paraissent appartenir à une même espèce qui occupaitautrefois un vaste périmètre et que les effondrements de la Méditerranée ont divisé.

Le Pleurodèle de Walt (Pleurodeles Waltlii) est un Urodèle dont la taille peut atteindre 30 cent., et les jeunes n'ont à peu près que le cinquième de cette longueur au moment de leur métamorphose. La peau est rugueuse et brunâtre, la tête

Fig. 762. — Pleurodele,

large, déprimée, avec museau court (fig. 762). Ce Batracien, originaire d'Espagne, Portugal et Maroc, s’est reproduit en captivité.

La Salamandrine à lunettes (Salamandrina perspicillata) est de petite taille (fig. 761); la tête est bien distincte du corps, les extrémités ont toutes quatre doigts, la queue est longue, la taille varie de 8 à 10 cent. La couleur dominante est le noir en dessus : le ventre est rosé; un dessin roux, placé sur la tête, justifie son nom. Les chromatophores sont très actifs chez cette espèce qui obtient dans sa coloration des variations remarquables. Cet animal habite l'Italie.

Signalons ici d’autres formes caractérisées par l'absence de poumons et représentées, en Amérique, par un certain nombre d'espèces. Les Pléthodons sont terrestres ; les femelles gardent leurs œufs sous les pierres ou dans les troncs d'arbres pourris; les jeunes ne vont pas à l'eau. L'Autodax recherche les trous des troncs d'arbres et y dépose ses œufs, parfois à plusieurs mètres au-dessus du sol. Les parents gardent ‘attentivement leur ponte et la défendent en cherchant à mordre: leurs dents sont longues et aiguës.

Le Spelerpes de Bell (Spelerpes Belli) atteint la taille de notre Salamandre terrestre et habite le Mexique. Le Spelerpes brun (S. fuscus) est le seul Batracien d'Europe privé de poumons. Sa tête est aplatie, le museau tronqué ; les yeux sont grands, la queue est cylindrique; la couleur brune est parfois ornée de reflets métalliques. Il habite les grottes humides et recherche la fraîcheur des suintements. Il possède la curieuse propriété de projeter sa langue à une distance de 4 cent. pour saisir les petits Articulés dont il se nourrit. Ce Batracien est vivipare et les jeunes naissent à l’état parfait: il habite la Provence, l'Italie septentrionale et la Sardaigne.

Le Typhlomolge Rathbuni, blanc et aveugle, appartient aux États- Unis et rappelle le Protée; mais son corps est plus court et ses membres sont plus longs; 1l habite les eaux souterraines. Le Typhlomolge spelœus, comme son nom l'indique, habite également les cavernes.

Les Protéidés sont caractérisés par la présence de trois paires de branchies extérieures qui persistent chez l'adulte après l'apparition des poumons : d'où leur nom de Pérennibranches. Ces animaux paraissent être des Batraciens chez lesquels l’état larvaire s’est fixé.

Cette famille est représentée par le Protée anguillard (Proteus anguinus) des eaux souterraines de la Carniole (fig. 763). La taille de cet animal varie de 20 à 30 cent. Il porte deux paires de membres qui le distinguent immédiatement de la famille suivante: les membres antérieurs ont trois doigts très petits et les postérieurs deux seulement. La tête et surtout le museau sont aplatis, les yeux sont sans paupières et cachés sous la peau; il n'y a pas de maxillaire supérieur : il est remplacé par l'allongement de l'intermaxillaire: la cavité buccale est garnie de nombreuses petites dents coniques. La peau du Protée ne contient que des glandes muqueuses et leur mucus est inoffensif. Mme Phisalix en a injecté dans les veines d'un Pigeon sans provoquer le moindresymptôme fâcheux.

Le Protée est complètement adapté à son existence dans l'obscurité absolue: il est aveugle et sa couleur est d'un blanc à peine rosé; mais on peut supposer qu'il descend accidentellement d'un Batracien qui vivait autrefois à la surface, car, lorsqu'il est exposé au jour,

Fig. 763, — Protée.

Fig, 766. — Sirène lacertine.

la peau se colore plus ou moins et s’orne de taches sombres; ses branchies sont d’un beau rouge. Ce Batracien se recueille principalement dans les eaux qui s'échappent des souterrains lorsqu'elles ont été gonflées par de violents orages. On recherche les Protées dans les eaux des grottes, mais, à force d'y avoir été chassés, ils y sont devenus beaucoup plus rares et ceux qui subsistent s'y tiennent cachés à certaines profondeurs. On a gardé en captivité de nombreux Protées; on a observé l'influence de la pureté et de la profondeur de l’eau sur le développement des deux systèmes respiratoires et l'influence de la lumière du jour, souvent nuisible à leur état général.

D'après les travaux de Kammerer, le Protée est vivipare au-dessous de la température de 15°. Ces animaux sont donc normalement vivipares, puisque les eaux souterraines sont froides. La femelle ne pond que deux petits de 10 à 12 cent. de longueur auxquels les autres œufs non développés servent de nourriture. Au-dessus de 159, c'est-à-dire en captivité, le Protée est ovipare ; le nombre des œufs varie de cinquante à soixante et il en sort des petites larves à un stade avancé. Nous avons dit que le Protée était aveugle, mais, en maintenant les larves à la lumière du jour, on provoque le développement de toutes les parties de l'œil, qui devient ainsi presque parfait. Les paysans de la Carniole conservent des individus capturés et les vendent un prix assez élevé.

Voisin du Protée, le Ménobranche ou Necture tacheté (Necturus maculatus) a le corps plus fort, plus arrondi (fig. 765); sa longueur est de 50 cent. : il porte quatre doigts aux quatre membres; ses yeux sont petits, mais bien développés; sa couleur est brunâtre. Il habite les grands lacs de l'Amérique du Nord et paraît rechercher dans leurs eaux les parties les plus sombres.

La famille des Sirénidés est caractérisée par l'absence de membres postérieurs et la présence d'un bec corné chez les adultes. La Sirène lacertine (Siren lacertina) est un Batracien dont on fit successivement un Poisson et une larve de Salamandre (fig. 766). Chez cet animal, le corps est anguilliforme et gluant, la tête est arrondie; les yeux sont très petits, les deux membres courts, terminés par quatre doigts: la queue est comprimée comme celle des Poissons anguillidés: sa taille atteint 50 cent. D'après M€ Phisalix, les glandes muqueuses de la Sirène lacertine encore jeune ne fournissent qu'un mucus très peu actif, ne produisant chez le Pigeon que quelques minutes de stupeur. Il paraît vraisemblable que ce mucus est plus venimeux chez les adultes. C’est un habitant d'eaux dormantes, de marécages, ami de la vase dans laquelle il se tient volontiers, ne laissant en dehors que sa tête et ses branchies. La Sirène est carnassière et se nourrit de petits Poissons, de larves, de Batraciens, etc. Elle habite les Etats-Unis.

Le Pseudobranche strié (Pseudobranchus striatus) est de taille bien inférieure ; il ne dépasse pas 18 cent. et n’a que trois doigts. On le trouve dans les États de Géorgie et de Floride.

ORDRE DES ANOURES

Les Batraciens compris dans cette division sont les plus élevés en organisation. Leur caractère principal est l'absence de queue à l'état parfait. Le corps est court, les membres sont bien développés, notamment les membres postérieurs qui sont palmés, souvent très longs, et constitués ainsi pour le saut et la natation. Le squelette comprend généralement dix vertèbres procæliennes, c’est-à-dire concaves en avant et convexes en arrière. Chez les espèces comprises dans cet ordre, la régénération des parties amputées ne se produit qu’au cours de la vie larvaire.

Chez certains Anoures dits chanteurs, les mâles ont un larynx muni de cordes vocales; le son qu'ils émettent est souvent amplifié par des sacs de résonance que l'on appelle sacs vocaux et qui peuvent être uniques ou doubles, externes ou internes. Dans ce dernier cas, le chant peut se produire sous l’eau.

Les Anoures ne sont pas tous très aquatiques. Si les uns, comme la Grenouille verte, restent à l’eau toute l’année, d’autres, comme le Crapaud commun, n'y vont guère que pour frayer et hivernent à terre dans des trous qu'ils choisissent pour être à l'abri de la gelée. Ce dernier Batracien doit être immédiatement signalé comme le plus utile des Anoures de nos pays. Tous le sont, en effet, mais celui-là détruit une quartité considérable d'Insectes nuisibles et de Limaces. Comme une foule de bestioles intéressantes, il fut longtemps victime de la bêtise humaine et des superstitions qu'elle engendre: c’est à peine si l'on commence à se convaincre de l'importance qu'il y a à protéger ce pauvre animal.

Avant d'étudier les différentes familles des Anoures, nous signaleronsles deux sous-ordres qui les contiennent : celui des Aglosses, pour un petit groupe se distinguant par l'absence de langue, et celui des Phanéroglosses, pour les espèces qui en sont munies,

Discogslossus pictus.

SOUS ORDRENDES AGLOSSES

Chez ces animaux les vertèbres sont opisthocæliennes comme chez les Urodèles.

Nous y trouvons une espèce curieuse : le Pipa (fig. 768), ou Crapaud de Surinam (Pipa americana), dont les mœurs sont bien particulières. C’est un gros Anoure à tête petite et aplatie en triangle, au corps bizarre, aplati lui aussi, et dont la taille atteint 20 cent. Les yeux sont fort petits et la bouche, munie de petits barbillons, est privée de dents. Les membres antérieurs sont frêles avec quatre longs doigts, terminés chacun par un étoilement charnu. Les membres postérieurs sont très gros et musclés avec cinq longs doigts complètement palmés.

Ce qui.constitue l'intérêt principal du Pipa, ce sont les phénomènes qui accompagnent la reproduction. D'abord la fécondation est exceptionnellement interne chez cette espèce; ensuite, lors de la ponte, la femelle dépose elle-même ses œufs sur son dos, à l’aide d’un organe

spécial en forme de poche, ou ovipositeur, qu'elle projette au dehors et

en avant dans ce but. C’est alors que la peau forme une dépression au-dessous de chaque œuf, puis s'élève en petites cloisons entre les œufs et devient ainsi une petite loge munie d'un opercule, dans laquelle l'œuf disparaît; dans chacune de ces loges, le jeune naît, termine son évolution et la quitte dès qu il peut subvenir à ses besoins. Le dos de la mère se débarrasse alors des éléments devenus inutiles et redevient normal. Le Pipa habite les marais du Brésil et des Guyanes.

De rares espèces Aglosses munies de dents vivent en Afrique : tel est le Xenopus, qui en possède à la mâchoire supérieure ; cette espèce pond ses œufs isolément et ses larves sont d'un type particulier qui rappelle l'aspect de certains Poissons.

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