ORDRE DES CHÉLONIENS
Les Chéloniens ou Tortues sont caractérisés par une carapace formée de deux boucliers indépendants ou soudés, Dans ce dernier cas, l'animal est placé dans une véritable boîte osseuse qui ne laisse passer que sa tête, ses quatre membres et sa queue ; le bouclier supérieur est appelé dossière, le bouclier inférieur est le plastron.
Les deux boucliers de la carapace comprennent chacun des plaques osseuses d'origine dermique et réunies par des sutures analogues à celles qui réunissent les os du crâne, puis des plaques cornées d'origine épidermique. La dossière est recouverte de plaques cornées qui, selon les espèces, peuvent être soudées les unes contre les autres ou bien imbriquées, c'est-à-dire se recouvrant partiellement comme les tuiles d'un toit. La dossière est en outre intimement soudée au squelette (fig. 832), sauf chez le Luth; elle représente en partie l'élargissement considérable des côtes et leur soudure : elle remplace ainsi la cage thoracique ; le sternum n'existe pas. Il résulte de cette conformation et de la rigidité de l'enveloppe que les mouvements respiratoires ne pourraient avoir lieu si les muscles de l'épaule n'intervenaient pour assurer la déglutition de l'air. Les poumons sont spongieux, ce qui est un caractère de supériorité sur les Reptiles précédents. Un autre caractère des Chéloniens est l'absence complète de dents qui sont remplacées par une sorte de bec corné et suffisamment tranchant, analogue à celui des Oiseaux (fig. 833).
Ces différents caractères font des Chéloniens un groupe assez homogène. L'’agilité de ces animaux est très variable : à terre, leur démarche est lente et pénible; à l'eau, leurs mouvements sont beaucoup plus vifs. Les espèces marines, notamment, sont extrêmement agiles dans leur élément. Les espèces terrestres sont principalement herbivores, les espèces aquatiques principalement carnivores. Comme chez les autres Reptiles, le cerveau des Tortues est fort petit, et le poids du cerveau d’une Tortue de 14 kilogrammes ne pèse que 4 grammes. Le sens du toucher est certainement peu développé, ce qui tient à l'étendue de la carapace et à la dureté de la peau. Les œufs de ces animaux sont blancs, leur coquille est dure et calcaire ; ils ressemblent beaucoup à des œufs d'Oiseaux, mais ils sont généralement sphériques, sauf ceux des Tortues de marais, qui sont un peu allongés.
Selon qu'ils habitent les cours d'eau, la mer, les marais ou la terre, on a divisé autrefois ces animaux en quatre sous-ordres : Tortues fluviatiles, Tortues marines, Tortues palustres et Tortues terrestres. Dans cet ordre, la classification suivait l'état d'ossification de la carapace. Maintenant, d'après G.-A. Boulenger, les Chéloniens sont simplement divisés en un certain nombre de familles dont toutefois sont séparées les Tortues marines du genre Sphargis (1).
es animaux de
| (1) G.-A. BoULEN- GER. — Catalogue ot the Chelonians, Rhynchocephalians and Crocodiles.
Cräne de Tortue (Chelonée), vu de profil et de face.
l'ancien sous-ordre des Tortues fluviatiles sont les plus inférieurs et les moins caractérisés des Chéloniens ; ils sont privés de bec corné et leurs lèvres sont molles. La carapace n'est pas complètement ossiñée: elle est recouverte d'une peau sans résistance : aussi a-t-on parfois groupé ces animaux sous le nom de Tortues molles. Leurs extrémités, largement palmées, comportent chacune trois griffes ou ongles. La tête est allongée et les narines s'ouvrent au bout d'une petite trompe qui leur donne une physionomie extrêmement bizarre.
Elles habitent essentiellement les cours d'eau et s'enfoncent dans la vase durant les périodes de sécheresse, à moins que des eaux se trouvent dans le voisinage, car les longs voyages sur terre ne leur conviennent guère.
Elles sont carnivores, et leur long cou qui se détend avec une grande rapidité leur permet de saisir aisément les Poissons et autres proies qu'elles poursuivent.
À la famille des Trionychidés appar- Fig. 833. Tête de Le tiennent les Trionyx, qui sont de forme aplatie ; la dossière est large avec bords mous; le plastron, étroit, ne protège pas les membres. Le Trionyx féroce (Trionvx ferox) est le mieux connu du groupe.
La carapace est presque circulaire, la tête longue; la taille de l'animal atteint | mètre, Il habite l'Amérique du Nord.
On le trouve dans les cours d'eau de Floride, de Géorgie et dans le bassin Ris, 84 du Mississipi, où il est particulièrement ee commun dans les eaux de la rivière Wabash. Le Trionyx pond au printemps une cinquantaine d'œufs quil dépose sur le sable, dans les meilleures conditions d'’insolation. En raison des ravages qu'elle cause parmi les Poissons et les Oiseaux aquatiques, et aussi pour sa chair, cette Tortue est traquée. On la capture à l'hameçon ou au filet, ou bien on la tue à coups de fusil. Il existe, dans ce genre, un certain nombre d'espèces, notamment en Égypte, dans le Nil, dans quelques cours d'eau d’Indochine, et aux Indes, dans le Gange (T. gangeticus).
Chez les Tortues marines, la carapace est encore incomplète ; elle est déprimée, plus large en
Fig. 832. — Squelette de Tortue,
Pattes d’une Tortue terrestre et d'une Tortue marine.
Trionyx sangeticus.
avant qu ‘en arrière et présente ainsi la forme d'un cœur. La tête et les membres ne sont pas rétractiles; ils ne peuvent pas s’abriter sous la carapace comme chez les Tortues terrestres. En outre, les extrémités, plus longues en avant, sont aplaties en forme de nageoires, et les doigts, quoique très bre, sont invisibles. Les Tortues marines se nourrissent principalement d'Algues, mais leurs mâchoires leur permettent d'attaquer des organismes plus résistants, tels que Mollusques et Crustacés. Le bec corné est bien formé et tranchant, parfois denté en scie; la langue est large et très mobile. Ces Reptiles ne viennent que fort peu à terre; en dehors de la ponte, ils vivent au large, à des distances considérables des côtes: ils nagent près de la surface et disparaissent au moindre danger; on les a
portent chacune deux ongles. Le Caret est assez carnassier et paraît ajouter à ses aliments végétaux une forte proportion de Mollusques Céphalopodes. Il est répandu dans tout l'Atlantique américain; on le trouve aussi dans les eaux de la Malaisie et au large de PAG tralie orientale.
La Tortue franche (C. mydas) mesure plus de 1",50. Les plaques de sa carapace ne sont pas imbriquées ; chaque MEMe porte un ongle au premier doigt. Cette espèce est presque exclusivement herbivore et l’on appelle vulgairement herbe aux Tortues les Zostères dont elle se nourrit. Elle a été signalée dans toutes les mers tempérées et tropicales, principalement dans l'Atlantique. Elle n'existe pas dans la Méditerranée.
De moins grande taille, la Caouane (Thalassochelys caretta) dépasse cependant | mètre. Sa dossière est tricarénée ; les extrémités portent chacune deux ongles. Cette espèce habite principalement l'Atlantique, la Méditerranée.
Les Tortues palustres, comme les précédentes, sont de forme aplatie, mais ce qui les différencie ce n'est pas seulement leur habitat, elles présentent un caractère très important : c'est l'ossification complète des deux parties de la carapace. Leurs extrémités sont palmées; elles sont carnivores et selon leur taille se nourrissent d’Insectes aquatiques, de larves, de petits Mollusques ou bien de Poissons. Elles hivernent dans la vase.
Dans le groupe des Chélydidés le bassin est soudé avec la dossière et le plastron. La tête ne se retire pas à l’intérieur de la carapace par un simple mouvement de recul, comme chez les Tortues terrestres,
car le cou, étant généralement long, le mou-
souvent observés en troupes.
Lorsque les femelles sont prêtes à pondre, elles s’approchent des côtes désertes, s’élèvent jusqu au-dessus des laisses de grandes marées et font un trou dans le sable à l'aide de leurs membres postérieurs; elles y déposent leurs œufs, les recouvrent avec soin et retournent à la mer: c’est la chaleur du soleil qui fera le reste. -Les Tortues de mer sont activement chassées pour leur chair, leur graisse, leurs œufs, leur écaille. On les capture de différentes manières, mais prin-
vement se produit de côté; la tête et le cou trouvent leur place transversalement ; les yeux sont placés haut.
L'Hydroméduse de Maximilien (Hvydromedusa Maximiliani) est très aplatie ; le cou est très long, la queue très courte (fig. 836). Apercevant une proie, cet animal projette brusquement la tête en avant : il peut ainsi. saisir des Poissons, tout en se dissimulant sur la vase dont il a la couleur. Chacune des extrémités porte quatre ongles. L'Hydroméduse se trouve dans les marais du Brésil.
cipalement à l'aide de filets spéciaux. Autrefois on employait en divers pays, notamment à Madagascar, le Rémora, Poisson que nous avons décrit plus haut, et qui possède une sorte de ventouse dorsale qui lui permet de se fixer très fortement aux corps lisses. Le Rémora, retenu par une corde, était jeté à la mer dans la direction de la Tortue flottante et endormie que l'on venait de découvrir;
heureux de retrouver son élément et désireux d’ y rester, le Rémora se fixait au plastron Tortue et il n y avait plus
qu'à tirer doucement sur la corde pour avoir :
la Tortue et le Rémora que l’on réservait
pour la prochaine chasse.
Dans la famille des Sphargidés nous trouvons seulement le Luth (Dermochelys coriacea) qui se différencie par plusieurs caractères très nets des autres Tortues marines (fig. 835). Chez lui, en effet, la colonne vertébrale est séparée de la dossière, ce qui a incité Boulenger à créer pour lui un sousordre particulier. Chez le Luth, une peau coriace et épaisse recouvre tout le | corps, y compris la carapace dont les pièces sont noyées dans les téguments. La dossière comprend sept carènes proéminentes; l'extrémité | postérieure en est presque pointue; lesmembres ne portent pas d'ongles. Cet animal habite principalement l'Atlantique ; sa taille atteint exceptionnellement 2 mètres.
De toutes les Tortues de mer ou Chelonidés, c'est le Caret (Chelone imbricata) qui est le plus recherché à cause de son écaille. C’est un animal dont la taille peut atteindre | mètre; il doit son nom aux treize grandes plaques imbriquées qui recouvrent sa dossière. Décapées, ces plaques translucides, tachées de brun, constituent l’écaille du commérces La dossière est élégamment carénée : en son milieu, et tout le pourtour est bordé : de plaques plus petites et dont l’ensemble forme une ceinture dentée. Les extrémités
Fig. 835. — Sphargis Luth.
USE nos
Caret .dont la carapace a été décapée pour découvrir l’ecaille.
La Tortue Matamata (Chelvys fimbriata) est une Tortue bien étrange (fig. 837). La tête est aplatie, triangulaire, terminée en avant par une sorte de petite trompe; la bouche est très largement fendue. En outre, des petits appendices déchiquetés, appartenant à la peau, garnissent le menton, la gorge et le cou: toutes ces particularités donnent à cet animal une physionomie fort laide. Les écailles vertébrales sont séparées, chacune, des deux rangées d'écailles costales, par une profonde gouttière, ce qui produit un relief très accusé. La taille peut approcher de | mètre. Cet animal se nourrit de Poissons et de Batraciens. Il habite les Guyanes et le bassin de l’Amazone.
Dans la famille des Chélydridés nous trouvons des Tortues palustres spéciales aux États-Unis; ce sont des espèces à tête large, à membres robustes et à queue grosse. La Chélydre serpentine (Chelydra serpentina) est caractérisée par un bec tranchant et crochu, deux barbillons au menton, les extrémités assez largement palmées, les ongles forts, la queue épaisse ; sa taille peut dépasser | mètre. C’est un animal plutôt nocturne. Une autre chélydre, la Tortue de Temminck (Macroclemmys Temmincki), est de taille sensiblement plus forte; ses mœurs sont à peu près les mêmes que celles de la précédente.
Le Platysterne à grosse tête (Platysternum megacephalum) appartient à la famille des Platysternidés; c'estune Tortuede 20 cent.
de longueur, roro par sa grosse tête cuirassée qui ne peut rentrer sous la carapace : la queue est très longue.
D'autres Tortues palustres ont été introduites par G.-A. Boulenger dans l'importante famille des Testudinidés, en compagnie des Tortues terrestres ; nous allons les signaler d'abo:d. L'espèce la Dlus connue est la Cistude d'Europe ou Tortue de Brenne (Emys orbicularis).
EESSRERTMIEES 223
Chelone mydas.
Chez cette espèce, le plastron ne ferme pas complètement la carapace: un vide le sépare de la dossière sur une certaine étendue. Le cou est robuste, la queue longue, les ongles sont forts. La teinte générale est très foncée, avec der. >2mbreuses vermiculures jaunes. Lataille, habituellement de 20 cent., peut être dépassée. La Cistude affectionne les eaux calmes, à fond de vase; c'est ainsi qu'on la trouve, parfois encore, dans les étangs et marais de la Brenne. La ponte a lieu en un point sableux et sec, proche des eaux; la femelle creuse un trou, y dépose avec soin ses huit à dix œufs et les recouvre en tassant la terre avec ses pattes d'abord, son plastron ensuite. Cette espèce habite l'Allemagne et le sud-est de l'Europe; elle déborde en Orient, jusqu'en Asie centrale. En certaines localités, on en a entrepris l'élevage. Il suffit pour cela de lui assurer un ou plusieurs bassins suffisamment profonds. La Cistude d'Europe est d'une grande utilité dans les jardins, car elle y détruit les Limaces et les Escargots.
Les Emydes (fig. 838) sont voisines des Cistudes, mais leur plastron, formé d'une seule pièce, est immobile: il peut fermer la dossière au point de ne laisser passer que la tête et les membres. Ces animaux sont généralement de forme déprimée et très bons nageurs.
L'Emyde caspienne (Clemmys caspica) est plus grande que la Cistude d'Europe ; elle peut atteindre 40 cent.; sa carapace est un peu plus large en arrière qu en avant, la tête est plate en dessus, les membres sont forts ; cet animal habite le bassin de la Caspienne, l’ Aie Mineure, la Perse. L'Emyde sigris (C. leprosa) ne mesure que 20 cent.; on la trouve en Afrique du Nord.
Les Tortues terrestres se reconnaissent immédiatement à leur carapace très bombée et à leurs pieds épais, non palmés et munis de griffes. Alors que les Tortues précédemment étudiées étaient lentes à terre et toujours agiles à à l’eau, celles-ci sont, durant toute leur vie, lentes, lourdes, maladroites, n'ayant pas d'autre ressource en cas de danger que de rentrer tête et membres sous leur carapace.
La Tortue grecque (Testudo græca) de l'Europe méridionale et principalement sud-orientale est bien connue dans nos pays. La Tortue mauritanique (T. ibera) l’est plus encore; ce sont des espèces que l'on place parfois dans les jardins pour leur faire détruire les Limaces et Escargots, mais il ne faut pas oublier que les Tortues terrestres sont surtout herbivores, de sorte qu'il est important de leur fermer la porte du potager.
La Tortue étoilée (T. elegans) de la Birmanie et des Indes est remarquable par le relief de la carapace, dont chaque écaille est très proéminente. Une espèce du Brésil : la Tortue marquetée (T. tabu-