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LES SPONGIAIRES

Bateaux pour la pêche des éponges, en Grèce.

On sait peu de choses sur la biologie des éponges. Elles croissent très lentement et celles qui commencent à atteindre la taille commerciale ont au moins six ans. Elles produisent des larves qui propagent l'espèce au loin, mais elles font aussi des bourgeons et si deux individus se trouvent voisins ils se fusionnent pour n'en plus faire qu'un. Si on vient à couper une éponge vivante en fragments, chacun d'eux reconstitue ce qui lui manque et cela forme autant d'éponges nouvelles.

On aessayé en divers endroits de reproduire des éponges, notamment sur les côtes de Dalmatie, de Provence, mais les résultats ont été à peu près nuls: des recherches plus intéressantes ont été faites sur les côtes de Tunisie, par M. Allemand Martin.

Les éponges industrielles appartiennent à plusieurs genres ; la principale est l'Euspongia officinalis dont la variété mollissima fournit les plus belles éponges du Levant: les variétés adriatica et arabica sont de moins bonne qualité. Puis vient l'Euspongia Zimocca, qui est l'éponge fine dure du commerce; puis l'Hippospongia equina, qui est l'éponge grossière de Tunisie exportée de Sfax à Marseille.

Aux Antilles, en Floride, aux Bahamas se trouvent des sortes commerciales qui ne sont que des variétés des éponges méditerranéennes, mais d'une qualité inférieure.

Les principaux lieux de pêche sont, dans la Méditerranée :

la côte de Syrie (Jafla, Alexandrette), l'Archipel grec (Hydra, Égine), l'Archipel turc (Kharki), la côte de Tripolitaine (Tripoli), la côte de Tunisie (Djerba, Zarzis,

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MARCHE D'EPONGES

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| & - " A Gabès, Sfax) [fig. 58.

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sau), la Floride (Key- West). On trouve encore des Éponges ailleurs : en Adriatique, Maroc, mer Rouge, Nouvelle - Calédonie, Martinique, Guadeloupe; mais ces gisements sont peu impor-

Fig. 59. — Carte des Pêcheries de Tunisie.

CI. de M. Allemand Martin, Gangava, filet pour la pêche des éponges, en Tunisie.

tants; on en rencontre quelquefois sur les côtes de Provence ou du Roussillon (Banyuls-sur-Mer).

La pêche des Eponges se fait de différentes façons. Sur les côtes de Syrie ce sont des plongeurs qui descendent jusqu'à 35 et 40 mètres le long d’une corde lestée d’un morceau de marbre blanc, afin qu'ils la retrouvent plus facilement. Il y en a qui restent dit-on jusqu'à 3 minutes sous l’eau, puis, après avoir récolté ce qu'ils ont pu apercevoir, ils remontent; mais cette pêche détermine des troubles graves dans la santé des pêcheurs, qui souvent meurent jeunes de maladies de cœur et de la moelle épinière.

La pêche à la gangava est beaucoup plus répandue. On nomme ainsi une sorte de drague ou de chalut dont l'ouverture peut avoir jusqu'à |2 mètres, et qui est traînée sur le fond par un bateau à voile, dit sacolève, de 15 à 30 tonneaux. Théoriquement, la pêche avec cet engin, qui détruit tout sur son passage, n'est autorisée que pendant un certain temps, mais pratiquement les pêcheurs font ce qu'ils veulent, car la surveillance est impossible et ils ruinent si bien les fonds que les éponges diminuent de plus en plus. Ces bateaux restent souvent deux ou trois mois en mer, où ils sont ravitaillés par des bateaux plus grands qui prennent leur pêche et fournissent en échange des objets usuels. <

Depuis plusieurs années, la pêche au scaphandre a pris d'assez

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Examen du fond avec la lunette d'eau,

Scaphandrier pêcheur d'éponges, à Sfax.

grandes proportions. Les scaphandres sont installés sur les sacolèves, et les plongeurs restent souvent de deux à quatre heures dans l’eau; ce métier est presque aussi dangereux que la pêche en plongeant à nu ; en 1896, on acompté jusqu à cent vingt morts pour causes d'accidents ou de maladies contractées en scaphandre. Cette situation est aggravée par la dureté des patrons pêcheurs grecs qui, en haute mer, obligent leurs hommes à descendre jusqu’à 50 mètres ; il a fallu organiser une surveillance armée pour réprimer ces abus.

Les petites barques qui ne peuvent s'éloigner de la côte servent à la pêche au miroir. Que l'on se figure un seau de zinc dont le fond est remplacé par une vitre. En limmergeant à moitié, on supprime le clapotement superficiel de l'eau et on peut voir à 10 mètres au fond. On harponne les éponges que l'on distingue ainsi au moyen d'une sorte de fourche à trois ou six branches, emmanchée au bout d’une très longue perche. Les pêcheurs apportent tous les jours leur pêche à terre, et les éponges, revêtues encore de leur peau foncée, constituent ce qu'on appelle la pêche noire. Elle est vendue immédiatement aux entreposeurs qui lui font subir un traitement spécial. Les patrons des sacolèves font ce traitement à bord de leur bateau et les éponges qu'ils débarq uent sont nettoyées, blanchies et forment ce qu’on appelle la pêche blanche.

Les éponges sont laissées vingtquatre heures au grand air; la putréfaction se fait vite et elles sont bientôt débarrassées de leurs tissus vivants: on enlève au couteau ce qui en reste. On lave ces éponges qui sentent fort mauvais et on les laisse sécher au grand air. On les lave encore, on les piétine dans l’eau, puis on les comprime dans de grands sacs qui sont expédiés en Europe où on achève de les blanchir et de les parer pour la vente. Ces derniers traitements chimiques détériorent les éponges; mais le public veut des éponges bien blanches, sans se rendre compte que ce blanchiment les brûle et qu il aurait tout avantage à acheter des éponges jaunes ou brunes, bien

Marchand d'éponges ambulant.

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