CI. de M. 1, Gain
Papous sur leurs nids de pierrailles (Ile Petermann).
Le petit Pingouin ou Pingouin torda (A. forda) se reproduit également en Bretagne ; sa distribution géographique se rapproche sensiblement de celle du Macareux: sa taille atteint 38 cent. La femelle ne pond qu'un œuf et le jeune est conduit à l’eau par ses parents, mais chaque année un certain nombre des petits ne survivent pas à cette première expédition et se tuent en tombant sur les rochers : ce fait a été observé chez tous les Uriidés et Alcidés.
Les Apténodytidés, que l’on appelle aussi Manchots, constituent dans les régions antarctiques de prodigieuses multitudes qui recouvrent les rochers et les escarpements de ces régions désolées. Ces Oiseaux sont caractérisés par l'extrême réduction des ailes qui ressemblent à des nageoires et par leurs plumes fort petites et qui se présentent comme des écailles imbriquées. La tête est petite, le bec droit ou presque droit ; les doigts sont au nombre de quatre, dont trois dirigés en avant et palmés. Leurs os ne sont pas pneumatiques, ce qui correspond à l'impossibilité dans laquelle ils sont de voler.
Les Manchots sont des plus curieux, des plus amusants dans leurs attitudes ; au repos, ces Oiseaux se tiennent debout et droits comme de graves personnages.
Chez le Manchot de Patagonie ou Pingouin royal (Aptenodytes patagonica), le dos est de teinte ardoisée, lesailes sont noires, le ventre est blanc. Comme son nom l'indique, il fréquente l'extrême sud de l'Amérique méridionale à l’époque de la ponte. Une autre espèce est l’A. forsteri.
Les Sphénisques ont le bec plus court et recourbé. Le Manchot du Cap (Spheniscus demersus) est fort joli ; sa couleur est gris foncé sur le dos, blanc sur le ventre, avec une bande foncée bordant agréablement la limite des deux teintes. Ces Oiseaux nichent sur le sol, dans lequel ils creusent des nids en partie souterrains. On a signalé de cette espèce une fort belle variété albinos.
Les Gorfous ont le bec plus aplati et recourbé; les plumes qui se trouvent au-dessus des yeux sont très longues et se relèvent en formant une double huppe d'un joli effet. Le Gorfou doré ou sauteur (Catarrhactes chrysocome) a été observé par M. Ch. Vélain, lors de son voyage à l'île Saint-Paul. Chez ces animaux, l'élevage des jeunes se fait en commun. Dès qu'ils peuvent sortir du nid, ils sont dirigés par les parents vers des emplacements réservés dans ce but et placés à l'abri des broussailles. Là, de véritables commères les veillent, les soignent, et parfois les châtient sévèrement quand l'éducation de ces bestioles l'exige. Le Gorfou doré est commun dans la partie australe de l'Océan Indien.
Dans les régions antarctiques, le Corfou huppé ou macaroni (C. chrysolophus) est pacifique et familier, mais il éprouve une désolation profonde lorsqu'on s'empare de ses œufs. Tous ces Manchots, maladroits et comiques sur la terre ferme, sont de merveilleux nageurs et plongeurs et leurs ailes leur rendent de grands services dans cet exercice qui a pour but la recherche du Poisson et des Crustacés.
Le genre Pygoscelis renferme plusieurs espèces de Manchots dont les gestes et les mœurs ont été étudiés par M. Louis Gain, membre de la mission Charcot. L'Adélie (Pygoscelis Adeliæ) est ainsi nommé
de la Terre Adélie sur laquelle Dumont d'Urville signala le premier l'abondance de ces Oiseaux. Il habite d’ailleurs tout le pourtour du continent antarctique. La tête, le dos, les ailerons sont noirs, le ventre est blanc, l'œil est cerclé de blanc: la hauteur de l’animal est de 60 cent. « L'Adélie, dit M. Louis Gain (1), est à la fois curieux et naïf, venant inspecter tout ce qui lui paraît étrange ; il s'avance en se dandinant de droite et de gauche, puis s'arrête à quelques pas du personnage ou de l’objet qui attire son attention, et, planté sur ses
CL dont Li Ga:
Jeune Manchot antarctique au nid (Ile Déception).
pattes, il étudie, cherche à comprendre, tout en poussant de petits cris interrogatifs ou étonnés, et en agitant lentement ses ailerons. »
Ces Oiseaux, qui paraissent assez maladroits pour marcher, obtiennent de grandes vitesses sur la neige, en glissant sur le ventre et en s’aidant des pattes et surtout des ailerons. Ils font dans les rochers de véritables ascensions, en multipliant les rétablissements. A l’eau, ils sont d'une stupéfiante agilité; ils s'y nourrissent de petits Crustacés qu'ils trouvent en très grande quantité; ils doivent aussi se méfier des phoques et des Orques, qui font de grands vides parmi eux. Leur agilité est encore bien surprenante lorsqu'ils veulent se poser sur un glaçon flottant ; ils y parviennent en faisant hors de l'eau un bond qui peut atteindre 2 mètres.
Au commencement du printemps, les Adélies quittent la banquise qui va disparaître et vont chercher, vers le Sud, la terre ferme pour y établir leurs rookeries, ou agglomérations sur les rochers; chaque rookerie occupe 200 ou 300 mètres d'étendue et elles se succèdent ainsi tout le long des rivages. Les mâles recherchent d’abord les femelles et font assaut d'amabilités; lorsque deux mâles désirent la même femelle, il y a bataille avec des poursuites qui répandent le désordre dans la rookerie et provoquent maintes protestations.
Le nid de ces Oiseaux se compose de quelques pierrailles que le mâle apporte une par une et que la femelle dispose avec, au centre, une petite dépression dans laquelle elle déposera deux ou trois œufs. La recherche des pierrailles multiplie les disputes et la protection du nid multiplie les soucis, car c’est à cette époque qu'arrivent les Stercoraires, qui cherchent à s'emparer des jeunes Adélies. L'alimentation des jeunes apporte dans la rookerie une grande activité ; c’est l’allée et venue continuelle des parents entre le nid et le point où la mer est le plus facilement accessible. Dès que les jeunes quittent le nid, les parents se séparent et il s'établit une sorte de commune. Les jeunes, groupés çà et là, sont placés sous la surveillance de quelques adultes et les parents ne cessent de pêcher pour les nourrir ; ils régurgigent dans leur gosier le contenu de leur estomac, et c'est dans ce gosier que le jeune va chercher sa nourriture, faisant disparaître sa tête dans le bec de l’autre. À l'approche de l'hiver, les rookeries sont abandonnées et les Adélies reprennent le chemin du Nord pour garder le contact avec la mer libre.
Le Papou (P. papua) est un peu plus gros que le précédent ; on le reconnaît à son bec rouge lie de vin et à la tache blanche triangulaire qu'il porte au-dessus de l'œil. Ces Oiseaux sont plus craintifs : leurs nids sont plus soignés ; leurs mœurs sont les mêmes.
Le Manchot antarctique (P. antarctica) est une espèce plus petite que l'Adélie ; ses rookeries sont extrêmement importantes. La mission Charcot en a observé quatre à l’île Déception, qui représentaient des centaines de milliers d'individus. Leurs agglomérations sont parfois situées à 100 mètres au-dessus des eaux. Ces Oiseaux ne se laissent pas approcher sans violents coups de bec et d’ailerons.
(1) Deuxième expédition antarctique 1908-1910, commandée par le D" Jean CHARCOT (Masson et Cie, édit.).
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