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ORDRE DES ONGULÉS

Nous allons parler maintenant de très nombreux herbivores caractérisés par un ou plusieurs grands ongles appelés sabots et qui enveloppent complètement l'extrémité de chaque doigt: ce sont les Ongulés. Pour marcher ils ne s'appuient que sur les sabots: ils sont

onguligrades (fig. 1002). Les Ongulés sont spécialement construits ‘

en vue de la course; la longueur de leurs membres en est généralement le signe le plus visible; cette longueur est due à l'allongement considérable des métacarpiens et des métatarsiens. Le squelette présente aussi des caractères indiquant chez ces animaux la difficulté ou l'impossibilité de se livrer à des mouvements compliqués; c’est ainsi qu'il n'existe pas de clavicules chez les adultes. Nous verrons plus loin que la diminution du nombre des doigts, dans le temps, est tout à fait remarquable et qu'elle aboutit à notre époque au doigt unique du cheval.

Les Ongulés actuels sont presque tous herbivores ; ; ils y sont obligés. par l'impossibilité de saisir autrement qu'avec leurs lèvres; ce régime correspond à une dentition formée de molaires et d'incisives : les canines n'existent qu'exceptionnellement chez certaines espèces. Les molaires, larges et plates, mises en action par des mâchoires qui leur font exécuter des mouvements de meule, sont propres à broyer les végétaux ; ce sont des dents à croissance continue. en est de même des incisives, destinées à couper les herbes. Les canines n'existent chez certaines espèces qu'à l’état d'armes défensives, comme chez les Suidés (Hippopotame, Porcins); on les désigne alors sous le nom de défenses ; elles ont disparu chez les Ruminants munis de cornes.

Les Ongulés paraissent descendre d’un animal Tertiaire assez singulier : le Phenacodus, qui présentait la réunion de caractères que l'on ne trouve plus que dispersés chez des types assez éloignés lesuns des autres ; il avait cinq doigts à chaque extrémité.

Dans le terrain Tertiaire des Montagnes Rocheuses (Amérique du Nord), on a trouvé un grand nombre d'ossements de Dinoceras (fig. 1003). Ce Mammifère atteignait la taille de l’Éléphant des Indes, mais il était plus massif; son crâne portait trois paires de cornes, sortes de protubérances osseuses analogues à celles des Ruminants. Les deux canines supérieures formaient de longues et larges lames de poignard; ses pieds avaient cinq doigts. Le Dinoceras avait un très petit cerveau, comparé au volume de son corps. Le Coryphodon, du Tertiaire d'Europe, présentait certaines analogies avec le Dinoceras.

Le Lophiodon, du Calcaire grossier où pierre à bâtir des environs de Paris, se rapprochait du Tapir actuel, mais il n'en avait pas la petite trompe. Le Palæotherium (fig. 1004) paraît intermédiaire entre le Tapir et le Cheval actuels ; ses dents le rapprochent du RhinOCÉTOS ; il a été découvert dans le gypse ou pierre à plâtre de Montmartre, à Paris. Les membres de ce fossile se terminent par trois doigts; celui du milieu était beaucoup plus développé que les deux autres. Le Palæotherium avait été reconstitué par Cuvier, sur quelques ossements, avant la découverte du squelette entier. Le Cainotherium a également laissé de nombreux débris.

Les Rhinocéros ont fourni plusieurs genres : les premiers (Acerotherium) avaient quatre doigts et pas de corne sur le nez (fig. 1005); les genres qui ont suivi présentent trois doigts et le renforcement progressif des os nasaux, correspondant au développement de la corne.

Du curieux Phenacodus paraissent également descendre d’autres Ongulés dont l’évolution aboutit au Cheval actuel. Cette évolution est principalement caractérisée par la diminution du nombre des doigts, qui s'atrophient et disparaissent un à un. C'est ainsi que les doigts sont au nombre de cinq chez le Phenacodus, de quatre chez le Pachynolophus et de trois chez l’Anchitherium. Les deux doigts externes deviennent plus courts chez l'Hipparion (fig. 1007), resté sans descendance: ils sont très atrophiés chez l'Équus tertiaire et n'existent plus chez le Cheval actuel. Les dents présentent aussi une évolution qui révèle une alimentation omnivore passant progressivement à l'alimentation herbivore.

Parmi les Ongulés à doigts pairs, il faut citer l’Anoplotherium (fig. 1006), découvert par Cuvier dans le gypse de Montmartre. Cet animal possédait deux doigts indépendants à chaque extrémité et une très longue queue.

Les Ruminants présentent aussi une évolution des doigts etdesdents. L'Oreodon a cinq doigts,

Fig. 1002. — Pieds d'Ongulés.

À, De Cheval; B, De Bœuf; C, De Rhinocéros; D, D'Hippopotame ; E, D'Éléphant.

4 | Fig. 1003.

le Dinoceras.

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Fig. 1009. — Rhinoceros Merki,

Elasmotherium,

dont un très réduit, et l’'Hyæmoschus n'en a plus que quatre. Le Xvphodon (fig. 1008) en a deux bien développés, mais les deux doigts extérieurs sont extrêmement atrophiés: les deux doigts normaux subsistent seuls chez le Mouton actuel. Ajoutons que les cornes des Ruminants sont apparues fort petites et se sont peu à peu développées à travers les temps.

Avec le Mammouth vivait aux temps Quaternaires le Rhinocéros à narines cloisonnées ou à cloisons nasales osseuses, qui portait sur le nez deux cornes de grandes dimensions; on a trouvé cet animal à plusieurs reprises dans les glaces de la Sibérie, avec sa chair et sa peau recouverte d'une fourrure grossière. Une autre espèce, le Rhinoceros Mercki (fig. 1009), possédait également une abondante fourrure et habitait une grande partie de l'Asie. Un Ongulé voisin des précédents, l'Elasmotherium (fig. LT portait, non sur le nez, mails sur le front, une corne extrêmement puissante; sa taille variait de 4 à 5 mètres de longueur.

Parmi les Ruminants Quaternaires, il faut signaler l'existence de plusieurs Cerfs disparus, et en particulier du grand Cerf des Tourbières, dont les bois, palmés et analogues à ceux de l'Élan actuel, présentaient une envergure qui pouvait atteindre 4 mètres. L’Aurochs

Fig. 1007. — Hipparion.

ou Bœuf primitif était de grande taille et avait les cornes droites et horizontales. Parmiles Suidés, l’Hippopotame peuplait les rives des cours d'eau de l'Europe centrale.

7 On a divisé les Ongulés d'après le nombre de leurs doigts s'appuyant sur le sol, car ce nombre, nous l'avons vu, est très variable. On a donc formé un premier groupe renfermant toutes les espèces qui ont à chaque pied un nombre ‘impair de sabots : c’est le sous-ordre des Périssodactyles ou Imparidigités; on en a établi un autre pour ceux qui en ont un nombre pair: c’est celui des Artiodactyles ou Paridigités.

Enfin un troisième pour les Proboscidiens. Ces derniers, ou Polydactyles, diffèrent des précédents par la forme des sabots et la disposition du carpe. D'autre part, de

nouvelles formes fossiles, découvertes depuis peu, semblent parfois Mdiquer un passage des autres Ongulés aux Proboscidiens. Le sous-ordre des Attiodactyles renferme, à côté des Suidés, le groupe important des Ruminants, qui représente le plus grand nombre des animaux de cette division, et qui sont : les Tragulidés, les Camélidés, les Cervidés, les Cavicornes et les Girañdés.

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