‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 211 sur 260 · SOUS-ORDRE DES PROBOSCIDIENS · texte numérisé non relu

SOUS-ORDRE DES PROBOSCIDIENS

Voici des animaux qui nous rappellent les Mammifères monstres dont on ne retrouve plus que les restes fossiles : ce sont les Eléphantidés. Leur taille est énorme: ils sont massifs: leurs membres ressemblent à des colonnes, leurs doigts sont invisibles extérieurement, leurs pieds sont des masses charnues portant en avant cinq sabots aplatis correspondant aux cinq doigts. Le développement extraordinaire de leur nez, qui est soudé à la lèvre supérieure, forme une trompe ou proboscis, constituant un organe de préhension et de tact; cette trompe est percée dans toute sa longueur de deux tubes dont les orifices sont les narines ; elle se termine par une sorte de petit doigt charnu, mobile et préhensile. La dentition est incomplète par absence totale de

Okapi.

Fis. 1025, — Mammouth.

Un entrepôt d'ivoire en Afrique occidentale ; stock donnant une idée des massacres qui s'accomplissent.

canines, puis par absence d'incisives à la mâchoire inférieure; des défenses d'ivoire, très développées chez les mâles, représentent les deux incisives de la mâchoire supérieure. Les molaires (fig. 1022), au nombre de quatre, sont énormes: leur face travaillante atteint une longueur de 0,40 sur 0,10 de largeur ; elles s'usent avec le temps et sont remplacées par de nouvelles, d’arrière en avant. Le crâne est énorme (fig. 1021) et les os frontaux sont extrêmement épais ; ces os sont creusés de nombreuses cavités qui en diminuent le poids; les os pariétaux et prémaxillaires ont une structure analogue. Le cerveau est énorme et offre des circonvolutions nombreuses et compliquées ; les Éléphants sont d’ailleurs fort intelligents. La peau est très épaisse, plissée, clairsemée de gros poils.

Ces animaux vivent en troupes, préférant les forêts et recherchant le voisinage de l'eau ; ils sont essentiellement herbivores et s'attaquent à différents arbres ; lorsqu'une région forestière ne leur fournit plus la nourriture nécessaire, ils émigrent vers d'autres lieux. En dehors de cet inconvénient, ils sont pacifiques, vivent entre eux paisiblement, montrant une grande sollicitude pour les Jeunes. Les troupeaux sont guidés par un vieux mâle qui veille à la sécurité générale.

Les Proboscidiens de l'Ére Tertiaire se sont manifestés par l’apparition de types Éocènes récemment découverts en Égypte : le Moœærithérium, sans défenses et sans trompe, et le Paléomastodonte, chez

lequel s'allongent les incisives et apparaît une petite trompe. Les Mastodontes (fig. 1023) possèdent des défenses à la mâchoire supérieure comme les Éléphants, mais ils en ont aussi à la mâchoire inférieure; ces défenses représentent le développement considérable des incisives, esquissé chez le type précédent. Les molaires sont très puissantes, mamelonnées et capables de broyer des végétaux résistants. On connaît plusieurs espèces de Mastodontes et l'on a pu se convaincre que leur évolution est caractérisée par l'allongement des défenses supérieures et de la trompe et par la régression des défenses inférieures. [ls passent ainsi aux Éléphants, parmi lesquels on peut citer l'Éléphant méridional, trouvé à Durfort (Gard); cet animal attéignait une hauteur de plus de 4 mètres.

Un Prosboscidien bien curieux, contemporain des premiers Mastodontes, est le Dinothérium (fig. 1024). La tête de cet animal était énorme et armée de deux fortes défenses recourbées à la mâchoire inférieure. Ces défenses, dirigées vers le sol, pouvaient être utilisées pour attaquer la terre et chercher des racines dont l'animal se nourrissait probablement ; la trompe était assez courte. Le Dinothérium devait atteindre une hauteur de 5 mètres et une longueur de 6,50.

Aux temps Quaternaires, le Mastodonte a disparu de l'Ancien Continent, mais il a persisté dans l'Amérique du Nord durant l'époque Pléistocène. En Europe vivaient alors plusieurs Proboscidiens, tels

À Mere

Éléphant des Indes.

C1, Ch. Ried.

Éléphant d'Afrique.

Cercle d'Éléphants rabatteurs pour la chasse au Tigre.

que l'Éléphant antique (E. antiquus), haut de 4,50; l'Éléphant ancien (E. priscus) était moins gros. On a trouvé dans l'île de Malte de très petits Éléphants dont une espèce, l'Éléphant de Falconer, n'avait que | mètre de hauteur.

Mais, parmi ces animaux, le plus classique est le Mammouth (fig. 1025) ou Éléphant primitif de Cuvier (Elephas primigenius). Cet animal, dont l'Homme préhistorique a dessiné, gravé ou peint la représentation, était fort répandu en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Ce sont des ossements de Mammouth que l'on supposait avoir appartenu à des Hommes gigantesques et disparus qui auraient été nos ancêtres; mais on a fini par découvrir des squelettes entiers de Mammouths et même des cadavres munis de leur chair, de sorte que ces fables se sont effondrées.

Le premier de ces cadavres fut trouvé en 1799 ; il était engagé dans les glaces, près de l'embouchure de la Léna, en Sibérie : il avait encore la plus grande partie de sa chair et de sa peau, laquelle était recouverte d'une abondante fourrure de crins noirs et de laine rousse. Le savant russe Adams rapporta ce Mammouth en 1806. Le dernier trouvé le fut, en 1900, sous la glace des rives de la Berezofka (Russie). En Europe, ses débris ont été retrouvés en France, Belgique, Allemagne, Italie, etc. Le Mammouth porte des défenses fortement recourbées à droite et à gauche et dont la longueur pouvait atteindre 5 mètres et le poids 80 kilogrammes.

Il existe actuellement deux espèces d'Éléphants bien différenciées : l'Éléphant d'Afrique et l’Éléphant des Indes.

L'Eléphant d'Afrique (Elephas africanus) est le plus gros des Mammifères terrestres ; il habite les parties centrale et méridionale de Ce continent Son frontest plat; ses oreilles, très grandes, lui servent souvent d'éventail; ses défenses sont énormes et peuvent atteindre chacune un poids de 50 kilos. Cet animal n’est pas domestiqué: il ne vit qu'à l'état sauvage et est l’objet d’une chasse exagérée, à cause de son ivoire. Cette substance donne lieu à un commerce très actif, dont l'avenir est naturellement lié à l'existence de l'animal; or, ce dernier, perpétuellement traqué, décimé, diminue énormément et est appelé à disparaître complètement de l'Afrique dans un délai prochain ; la rapidité de sa destruction rappelle celle du Bison ; le gaspillage que l'on en fait est incroyable : on massacre parfois j jusqu'à cinquante de ces malheureuses bêtes pour trouver un seul porteur d'ivoire! Les règlements existants sont rédigés d'une manière si lamentable qu'ils n'ont aucune action et ne sont pas appliqués.

L'Éléphant des Indes (E. indicus) est un peu moins gros: son front est fortement bombé, ses oreilles sont plus petites, ses défenses moins développées. On ne le détruit pas : on en fait un animal domestique des plus précieux : c’est une bête de somme pour les gros

Damans (Procavia).

transports, patiente, intelligente, et sachant accomplir adroitement la besogne qui lui est demandée. Mais on ne peut pas compter sur sa reproduction ; on ne connaît qu'un seul cas de reproduction en captivité : c'est celui de Schœnbrunn, près Vienne; une femelle eut un petit après vingt années de ménagerie; le père y était captif depuis douze ans. C'est donc aux troupeaux sauvages qu'il faut aller en emprunter pour remplacer les pertes de la domestication.

L'Eléphant capturé se livre d’abord à un violent exercice pour essayer de reconquérir sa liberté; mais on le laisse s’agiter jusqu'à ce qu'il tombe de fatigue. Alors on commence à le soigner ; on lui apporte: de la nourriture, puis on le mène à l’abreuvoir, auquel il se rend, escorté de deux Éléphants domestiqués. À son retour, il paraît résigné à son sort. Les animaux domestiqués sont employés durant un certain temps à compléter l'éducation des nouvelles recrues.

L'Eléphant des Indes habite toute l'Asie tropicale au sud de l’Himalaya, l’île de Ceylan et les grandes îles Malaises.

Il faut ajouter ici quelques petits animaux de la famille des Hyracidés : les Damans. Ces Proboscidiens sont petits et n'ont pas de are c'est-à-dire pas de trompe; aussi leur présence auprès des Éléphants peut-elle paraître assez surprenante. Il est vrai qu’on a beaucoup hésité avant de prendre une détermination. Leur aspect de petites marmottes et leur dentition lesavaient fait considérer tout d’abord comme des Rongeurs; mais Cuvier signala certains caractères qui les rapprochaient des Rhinocéros, lesquels sont des Périssodactyles ; puis, sans leur faire quitter les Ongulés. on les orienta, à cause de la conformation de leurs pieds, vers les Tapirs, et c’est auprès de ces derniers que les classe Carl Vogt (1). Mais Claus et Moquin-Tandon les placent déjà avec les Éléphants, probablement à cause de l’existence dans leurs organes reproducteurs d'un placenta zonaire (2).

Les Damans, qui ont à peu près lataille d’un Lapin, sont arrondis et dodus ; leur tête se termine par un museau pointu : leurs oreilles sont petites et cachées sous le poil ; leur queue est très courte. Les pattes également courtes se terminent par quatre doigts en avant et trois en arrière; ces doigts sont réunis par la peau et munis de petits sabots. La plante des pieds porte des coussinets à l’aide desquels ils peuvent adhérer au support et grimper à la manière des Geckos sur des surfaces verticales lisses. [l existe quatorze espèces de ces animaux, distribuées en Afrique, en Syrie et en Arabie: tels sont le Daman du Cap (Procavia capensis), celui d'Abyssinie (P. abyssinica), celui de Syrie (P. syriaca), etc. La plus grande espèce, celle du Cap, mesure 40 cent. Ces animaux recherchent, les montagnes rocailleuses et nichent dans les trous, les anfractuosités ; ils mènent la vie des Marmottes et en cas de danger se préviennent par des sifflements.

Les Dendrohyrax (fig. 1026) sont arboricoles et adroits grimpeurs, grâce à leurs coussinets; ils logent dans des creux d'arbres.

(1) Car Vocr. — Les Mammifères (Masson, éditeur).

(2) C. CLAUS. — Traité de zoologie (épuisé).

ig. 1026. — Dendrohyrax.

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