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ORDRE DES INSECTIVORES

Nous entrons ici dans la catégorie des Mammifères à dentition complète; les Insectivores ont en effet trois sortes de dents et sont en outre caractérisés par des molaires hérissées de tubercules pointus, mais avec de curieuses variations, dans le détail desquelles nous ne pouvons pas entrer ici. Par son organisation, le cerveau indique un état très net d'infériorité : les hémisphères cérébraux sont lisses. Les Insectivores sont plantigrades, généralement avec cinq doigts munis de griffes à chaque pied. Leur nourriture se compose principalement d'Insectes et leurs dents pointues visent la perforation des parties dures de ces petits animaux. On le voit, ces Mammifères sont ainsi des plus utiles à l'Homme, qui cependant les connaît peu, parce qu'ils sont nocturnes. L'ouïe et la vue sont peu développées; certaines espèces souterraines sont aveugles, la peau restant naturellement fermée sur l'œil: mais l'odorat et le toucher sont très fins. La forme de leurs extrémités varie avec leur genre de vie. Les uns rappellent, par leur aspect général, les Souris, d’autres les Gerboises, d'autres les Écureuils où les Spalax, les Ondatras, les Myopotames: les Insectivores paraissent ainsi suivre une ligne parallèle à celle des Rongeurs. Comme chez ces derniers, on trouve d'ailleurs des fourrures extrêmement fines et des piquants singulièrement défensifs. Les formes sont très variées et cela résulte de leurs différents genres de vie, car ces animaux peuvent être arboricoles, marcheurs, sauteurs, fouisseurs, nageurs; en outre, certaines espèces ont une petite trompe; ils portent généralement des glandes cutanées qui produisent une sécrétion musquée; si l'on excepte les grimpeurs et les sauteurs, ils sont nocturnes. D'autre part, la queue est très variée dans ses dimensions et dans sa protection. Les clavicules existent chez toutes les espèces, sauf chez les Potamogales. Enfin l'Amérique du Sud et l'Australie sont les seuls continents sur lesquels il n'existe pas d'Insectivores ; il est vrai qu'ils y sont remplacés par des Marsupiaux mangeurs d’Insectes.

Cet ordre est divisé en un petit nombre de familles que nous allons étudier successivement.

La famille des Soricidés renferme les Musaraignes (fig. 1034), qui ressemblent beaucoup à des Souris, mais dont le museau est long, pointu et mobile; les oreilles et les yeux sont petits, les extrémités ont cinq doigts, la queue est écailleuse. Ces petits animaux qui trottent comme des Souris sont extrêmement répandus et sont représentés par plusieurs genres et espèces nocturnes.

La Musaraigne commune (Sorex araneus) est très répandue en Europe et dans le centre et le nord de l'Asie ; elle y habite les plaines et les montagnes. Les individus de cette espèce sont très batailleurs, même entre eux, mais ils sont d'une grande utilité pour l’agriculture, car ils ne détruisent pas seulement Insectes, Vers et Mollusques, mais aussi des Rongeurs; leur taille est de 8 cent. Une espèce fort petite, dont l'aire de dispersion est également très large, est la Musaraigne pygmée (S. minutus), qui ne mesure que 5 cent. de longueur ; en Europe elle descend jusqu'en Italie. Un peu plus grande (17 cent.) est la Musaraigne des Alpes (S. alpinus), localisée, comme son nom l'indique, au relief de la chaîne alpine, dont elle habite la zone des forêts. Une autre espèce est la Musette ou Musette des Sables (Crocidura russulus), dont l'aspect est celui d'une petite Souris ; au cours des hivers elle se rapproche des villages : elle y trouve de meilleurs abris. Au même genre appartiennent la Crocidure des champs (C. sua-

Crâne de Hérisson.,

veolens) et la Crocidure bleutée (C cærulea ) ; la première se trouve dans les Alpes et l'Afrique du Nord, la seconde en Asie Méridionale. La Crocidure étrusque (C. etruscus) est fort petite; sa taille n'est que de 4 cent. C'est le plus petit Mammifère d'Europe; elle occupe la région circa-méditerranéenne.

La Musaraigne d'eau ou Crossope aquatique (Crossopus fodiens) recherche le bord des eaux dans les régions montagneuses et y détruit Vers, Insectes, Mollusques et Poissons : ses extrémités ne sont pas palmées, mais elle n'en est pas moins fort agile, attaque les Carpes en les poussant dans un coin favorable, leur saute sur la nuque, leur ouvre le crâne et leur dévore le cerveau et les yeux.

Les Chimarrogales et les Nectogales appartiennent à l'Extrême- Orient.

Des Insectivores bien typiques et d'une grande utilité sont les Erinacéidés, qui représentent les plus grandes formes de l'ordre en Europe. Chez ces petits animaux les pattes sont courtes et les oreilles bien formées. Les Hérissons sont principalement caractérisés par la présence de piquants forts et courts sur toute la surface dorsale et sur les côtés du corps ; ils peuvent dresser ces piquants et se rouler en boule lorsqu'ils sont en danger; ils habitent l'Ancien Continent, vivant indifféremment dans les forêts ou les plaines et s’abandonnant au sommeil hivernal. Le Hérisson d'Europe (Erinaceus europæus) n’est pas assez connu et insuffisamment protégé (fig. 1035); de vieilles légendes lui font encore du tort, malgré les grands services qu’il rend à l’agriculture. Sa longueur est de 30 cent.; son museau se termine par un petit groin; sa queue est très courte; il habite l'Europe et l'Asie ; il est doux et craintif. Les muscles peauciers qui lui permettent de garder la position enroulée sont tellement développés qu'il est impossible à un homme de dérouler l'animal ; seul, le Renard y parvient par un moyen bien digne des Canidés : il l’arrose d'urine. C'est au début de la nuit que le Hérisson sort de son abri et chasse : il se nourrit principalement d'Insectes, mais aussi de Rongeurs, de petits Oiseaux et de Serpents, notamment de Vipères, contre lesquelles il montre une grande habileté. [l offre une résistance extraordinaire aux morsures de ce Reptile et ne paraît pas en éprouver le moindre inconvénient ; il a d’ailleurs été reconnu que son sang est venimeux, et c'est ce qui explique son immunité.

Ce genre est représenté en Âsie par un certain nombre d'espèces ; quelques-unes existent en Afrique.

Dans la même famille, on trouve des espèces caractérisées par une queue longue, presque nue, et un grand nombre de dents ; elles appartiennent à l'archipel Malais : ce sont les Gymnures, parmi lesquels celui de Raffles (Gymnura Rafflesi) a 40 cent. de longueur. Un autre qui monte jusqu'en Birmanie n'a que 13 cent.

La famille des Talpidés, également représentée en Europe, comprend des fouisseurs, des coureurs et des espèces aquatiques; les premiers sont les plus nombreux; tous sont localisés dans l'hémisphère boréal. Les fouisseurs, comme les Taupes, sont merveilleusement outillés pour circuler sous terre; leurs extrémités antérieures sont larges, en forme de petites pelles tournées en dehors et en arrière, ce qui facilite le rejet des matériaux abattus ; elles portent de fortes griffes plates et tranchantes. Le corps est cylindrique et plus large en avant ; la queue est courte ou absente : les yeux sont petits, cachés, ou recouverts par la peau; il n'y a pas d'oreilles externes.

Ces animaux (fig. 1036) rendent quelques services à l'agriculture par le gran nombre de bestioles nuisibles qu'ils détruisent dans le sol arable ; ils forent leurs galeries avec une assez grande rapidité et surprennent ainsi les vers blancs et autres larves.

La Taupe commune ou d'Europe (T'alpa europæa) est caractérisée par une forte dentition qui se rapproche de celle des Carnivores. Les membres postérieurs sont faibles, la queue est courte, le museau est allongé et terminé en petit boutoir. La taille peut dépasser 15 cent.; le pelage est sombre, fin et velouté. Cet animal si utile présente aussi bien des inconvénients; il multiplie continuellement ses galeries et creuse sans relâche, car la re-

Fig. 1036. — Taupe.

C1. Berrit Tanrec commun.

ig, 1037. — Condylure. Fig. 1038, — Potamogale.

cherche de sa nourriture l'y oblige; aussi saccage-t-il bien des cultures et notamment les jardins; l’arrosage des arbres fruitiers disposés en espaliers est ainsi fort difficile, car les galeries suivent souvent la base des murs et l'eau s'y précipite inutilement. Dans les champs, l'abondance des taupinières formées de matériaux rejetés est fort désagréable aux agriculteurs. L'habitation de la Taupe, ou donjon, est disposée avec art dans une partie du sol protégée par un arbre ou un mur; elle communique avec tout le réseau de chasse de l' animal, qui s ‘en trouve généralement assez éloigné. La Taupe mange énormément, mais ne se nourrit d'aucun végétal ; elle vit solitaire, sauf au moment des amours.

Une espèce aveugle (T. cæca) est particulière à l'Europe méridionale. D'autres espèces sont asiatiques et appartiennent au même genre. En Amérique, ce sont les Scalopes, parmi lesquels on observe la Taupe du Canada (Scalops aquaticus), qui ne paraît pas être aquatique ainsi qu'on l'a cru autrefois ; elle habite la partie orientale du Canada et des Etats-Unis; elle est privée de canines. Les Scapanes se rencontrent dans les mêmes régions ; ils sont nocturnes. Les Condylures (fig. 1037) sont remarquables par une rosette de petites lames cartilagineuses qui orne leur boutoir ; l’une des espèces doit son nom à ces petits organes tactiles : c'est le Condylure étoilé (Condylura cristata), de l'Amérique du Nord.

À la famille des Talpidés appartiennent encore les Desmans, que l’on classait autrefois avec les Rongeurs. Ce sont des plongeurs à extrémités palmées, avec queue écailleuse et comprimée latéralement ; ils portent une petite trompe qui est préhensile et constitue un organe de tact. Les dents sont au nombre de quarante-quatre. Sous la queue existent des glandes dont la sécrétion possède une forte odeur de musc.

L'espèce la plus grande mesure 25 cent. : c'est le Rat musqué ou Desman de Moscovie (Myogale moschata), répandu dans le bassin de la Volga. Il habite une chambre creusée dans la berge des étangs ou des cours d’eau calmes; cette chambre occupe un niveau situé au-dessus des crues et communique avec les eaux par une galerie dont l'extrémité s'ouvre assez profondément pour être à l'abri des glaces. La fourrure est douce comme celle de la Taupe et luisante comme celle de la Loutre. A l’eau, cet animal est d’une grande agilité; il se nourrit de Mollusques, Sangsues, larves, etc. On le chasse pour sa fourrure qui sert à fabriquer des bonnets et pour sa queue dont l'odeur éloigne les mites. Le Desman des Pyrénées (M. pyrenaïca) est beaucoup plus petit (fig. 1039) : il ne mesure que 12 cent. Il se différencie encore de l'espèce précédente par une trompe plus longue et une queue poilue grêle et légèrement comprimée à son extrémité seulement. Du côté français de la chaîne, il habite principalement la région de Luchon; du côté opposé, on le trouve jusqu ‘en Espagne centrale En été, 1l Lhae beaucoup à terre. Des espèces voisines existent en Asie, y compris le Japon, et en Amérique du Nord.

Il existe encore parmi les Insectivores un petit nombre de familles exotiques. Celle des Potamogalidés ne comprend qu'un genre et une espèce habitant la côte occidentale d'Afrique (fig. 1038) : c’est le Potamogale veloce (Potamogale velox), dont la taille atteint 28 cent. La queue est énorme et longue; à sa base elle est presque

Fig. 1041.

Macroscélide.

aussi grosse que le corps et constitue pour cet animal aquatique un vigoureux organe de natation d'autant plus utile que ses extrémités ne sont pas palmées; ses membres sont courts et son aspect général, comme son pelage, rappelle la Loutre. Le Potamogale est le seul des Insectivores qui n'ait pas de clavicules; ses dents sont au nombre de quarante. Il se nourrit principalement de Poissons. Une espèce de la même famille, le Géogale oreillard de Madagascar, ne mesure que be Ce note plus petit mammifère connu.

La famille des Solénodontidés comprend les Almiquis, particuliers aux Antilles : Haïti, Cuba. L'Almiqui paradoxal (Solenodon paradoxus) mesure 20 cent.; sa queue est presque aussi longue.

Les Centétidés appartiennent à Madagascar et comprennent plusieurs genres qui par certains caractères se rapprochent plus ou moins de l’une ou l’autre des fa-

Fig. 1039. — Desman. Fig. 1040. — Chrysochlore,.

milles de l'ordre. En outre, les uns ont des piquants comme les Erinacéidés, les autres ont un pelage soyeux.

Le Tanrec commun (Centetes ecaudatus) est le plus gros des Insectivores ; il mesure 40 cent.; ses piquants n'occupent que la partie antérieure du Corps ; il est privé de queue. Par certains caractères du crâne et de la déntition, il se rapproche des Marsupiaux; ses canines rappellent celles des carnassiers. Cet animal est nocturne ; il habite les forêts des montagnes et s'endort durant la saison sèche et froide.

Les Ericules sont couverts de piquants et se roulent en boule. Les Microgales ont au contraire un poil soyeux et une longue queue; chez le Microgale longicaudata, la queue atteint le double de la longueur du corps. Les Oryzoryctes sont fouisseurs et ressemblent à la Taupe. Les Limnogales sont aquatiques avec extrémités palmées.

Les Chrysochloridés sont les Taupes dorées de l'Afrique australe. Voisines des Tanrecs, elles rappellent cependant nos Taupes par l'aspect extérieur et par leur genre de vie; mais leur museau est moins long et la queue est absente (fig. 1040). Leur fourrure est remarquable par les beaux reflets auxquels elles doivent leur nom. L'espèce typique est la Taupe dorée du Cap (Chrysochloris aurea) ; d'autres ont été observées en Afrique orientale et dans l'Angola.

La famille des Macroscélidés renferme les Insectivores sauteurs: elle appartient à l'Afrique; ses formes rappellent les Gerboiïses, mais leur petite trompe les distingue immédiatement et leur queue ne porte pas de pinceau (fig. 1041). Ces animaux recherchent les régions arides et rocailleuses. Le Macroscélide de Rozet (Macroscelides Rozeti) est le Rat à trompe d'Algérie; sa taille est de 12 cent. Les Rhynchocyons habitent l'Afrique centrale et orientale.

Les Tupaïdés sont des Insectivores grimpeurs qui rappellent un peu les Écureuils, avec des formes moins gracieuses ; il sont essentiellement arboricoles et appartiennent aux Indes, à l'Indochine et à l’archipel Malais. Les Toupaies ont le museau allongé, les membres postérieurs plus longs que les antérieurs ; ils portent une grande queue à longs poils et ont trente-huit dents. Le Toupaïe Tana (Tupaia tana) est le plus grand; il mesure 28 cent. ; il est particulier à Bornéo et Sumatra. Le Toupaïe ferrugineux (T. ferrugina) est ainsi appelé de la teinte rouille de son pelage; sa taille est de 18 cent. Il présente trois ou quatre variétés distribuées en Birmanie, Indochine, îles Malaises. Les Ptilocerques ont quarante-deux dents; leur queue est nue et écailleuse, sauf à son extrémité: ils habitent les mêmes îles.

La famille des Galéopithécidés comprend deux formes auxquelles on a donné le nom de Dermoptères, à cause de la membrane ou patagium qui, de chaque côté du corps, s'étend de l'épaule à l'extrémité de la queue; ces petits animaux peuvent l'étendre à volonté et s'en servir comme d’un parachute pour descendre obliquement d’une branche ou d'un arbre à l’autre. Il est à remarquer que les Galéopithèques ont des affinités non seulement avec les Insectivores, mais aussi avec les Carnivores et avec les Lémuriens, ordres dans nee ils ont été successivement placés. Dans l’ordre que nous étudions, ils représentent un sous-ordre avec ses caractères intermédiaires entre les Insectivores et les Chéiroptères, quoique les doigts de ces derniers soient très différents. Ces animaux portent deux mamelles pectorales ; ils sont inoffensifs et nocturnes. Le Galéopithèque volant puces volans) mesure 40 cent.; il appartient aux îles Malaises et habite les forêts, où il dort durant le jour suspendu aux branches par ses extrémités postérieures et enveloppé dans ses membranes comme les Chéiroptères.

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