ORDRE DES CHÉIROPTÈRES
Tous les Mammifères que l’on appelle Chauves-souris sont caractérisés par une membrane qui commence à la nuque, enveloppe les quatre membres et parfois la queue. Les pieds sont proportionnés à leur taille, mais les doigts des mains, sauf le pouce, sont munis de métacarpes et de phalanges très longs, et c'est par l'écartement de ces
quatre doigts, aussi aimes -— longs que leur corps, que s'ouvre et s'étend la membrane, qui forme ainsi deux ailes; le pouce porte une forte griffe (fig. 1042).Cesailes sont mues par des muscles très développés, insérés sur une crête osseuse sternale analogue au brechet des Oiseaux.
Elles remplissent aussi le rôle de parachute.
D'ailleurs, elles paraissent dériver du patagium de certaines espèces arboricoles appartenant aux Marsupiaux, aux Rongeurs, aux Insectivores et aux Lémuriens. La rapidité du vol est très variable; certaines espèces réalisent des vitesses semblables à celles de l’Hirondelle : d’autres ont un vol bas, saccadé et maladroit. La dentition des Chéiroptères est complète et analogue à celle des Insectivores, ét de même que l'on a établi l'ordre des Pinnipèdes pour les Carnivores aquatiques, on a établi celui-ci pour les Insectivores aériens. Les Chauves-souris ont les oreilles grandes, avec oreillon ou tragus dont la forme varie avec les espèces; le développement du pavillon assure une ouïe plus fine venant compenser la faiblesse de la vue.
Le corps est très velu et de teinte sombre: les membres postérieurs portent de fortes griffes qui servent à la suspension de l'animal pour le sommeil et l'hivernage; certaines espèces se suspendent par le pouce du membre antérieur pour un repos de courte durée. Chez les Chauvessouris, le sens du toucher est extrêmement développé; on pourrait même dire qu'il s'agit d’un sens supplémentaire qui leur permet de pressentir l'obstacle, de manière à l'éviter, et cela sans que la vue intervienne, car on en a fait l'expérience avec des individus aveuglés. Les Chauves-souris sont nocturnes ou crépusculaires: dans nos climats, ces animaux s abandonnent au sommeil hivernal; aux premiers froids ils se retirent dans des grottes, des ruines ou des clochers, se suspendent, la tête en bas, en des coins abrités et s’engourdissent jnsqu'au printemps. Les espèces sont nombreuses et présentent des ormes variées : on en connaît plus de quatre cents; elles sont toutes utiles. On a divisé l'ordre des Chéiroptères en deux sous-ordres : celui des Microchéiroptères ou petites Chauves-Souris, qui sont insectivores, et celui des Mégachéiroptères ou grandes Chauves-Souris, qui sont frugivores.
SOUS-ORDREMDESEMICROCHEIRORTIERES
Les Petites Chauves-Souris sont distribuées dans quelques familles dont nous allons parler; on en compte plus de trois cent cinquante espèces généralement insectivores ; leur dentition est parfaitement disposée pour broyer les tissus chitineux des Insectes. Les yeux sont fort petits, le sens tactile est très développé ainsi que l’ouïe; ces petits animaux ont souvent des appendices nasaux plus ou moins développés et couverts de poils fins probablement tactiles. Certaines espèces hivernent dans les édifices, les grottes, les arbres creux; d’autres émigrent à l'approche de l'hiver.
La famille des Phyllostomidés ne comprend que des espèces américaines, parmi lesquelles on remarque les Vampires (fig. 1045). Dans cette famille, les appendices cutanés du nez sont très développés et compliqués : ils donnent à ces animaux une physionomie très bizarre. Le Vampire commun (Vampyrus spectrum) présente une longueur de 14 cent. et une envergure de 72 cent.; il recherche les forêts de l'Amérique centrale et se nourrit d'Insectes et de fruits. On a rapporté d'étranges histoires sur son compte; cependant, il semble bien que lorsque le Vampire est à court de nourriture, il
Fig. 1042. — Chéiroptères.
1, Squelette de Vespertilion ; 2, Tête de Rhinolophe ; 3, Tête de Barbastelle ; 4, Tête d'Epomophore.
Jeunes Chauves-souris américaines accrochées à une branche.
cherche à sucer le sang des animaux ou des hommes endormis; mais le fait serait plutôt exceptionnel et les plaies ainsi produites, et qui ressembleraient à celles que déterminent les Sangsues, sont sans gravité.
D'autres genres sont les Phyllostomes du Brésil et du Pérou, les Desmodes du Mexique, les Diphyllies du Brésil.
Les Emballonuridés n'ont généralement pas d’appendices nasaux ; ils sont distribués en Amérique, en Malaisie et en Nouvelle- Zélande. En Égypte, la Chauve-Souris si commune dans les hypogées est le Rhinopome à petite feuille (Rhinopoma microphyllum), ainsi appelé de la forme de son appendice nasal (fig. 1044).
Cent cinquante espèces appartenant principalement à l'Ancien Continent forment la famille des Vespertilionidés,avec un certain nombre de genres privés de feuille nasale. Les Oreillards, comme leur nom l'indique, ont de grandes oreilles reliées sur le front par leur base. Ils appartiennent à l'hémisphère boréal. L'Oreillard commun (Plecotus auritus) est européen ; sa longueur est de 8 cent., son envergure de 24. Il s’abrite tout le jour et ne sort le soir qu'assez tard, restant actif toute la nuit. Sur le sol il n'est pas maladroit et grimpe contre les murailles avec une certaine agilité. Pour hiverner, il choisit des lieux sûrs, bien abrités, dont l'atmosphère est calme et sèche. Cette espèce se rencontre aussi en Àsie occidentale et en Afrique septentrionale. La Barbastelle (Svynotus barbastellus) habite l'Europe moyenne (fig. 1043); ses oreilles sont sensiblement moins développées que dans l'espèce précédente; sa taille est de 9 cent., l'envergure est de 27. Son vol est moins vif et paraît parfois maladroit; elle sort plus tôt le soir et est assez résistante aux intempéries. Les Vesperugos ont la tête large, des oreilles courtes, la langue très longue. Le Vesperugo Noctule(V/esperugo noctula) se trouve dans tout l'Ancien Continent: il mesure || cent. et 38 d'envergure. Ces petits animaux préfèrent les forêts, les jardins; ils se retirent dans les arbres creux, d'où ils sortent le soir de bonne heure, pour chasser les Insectes. Le Vesperugo de Leisler (VW. Lesleri) est plus petit ; son vol est très irrégulier: il habite l’Europe et l'Asie. La Pipistrelle (V. pipistrellus) mesure 7 cent., l’envergure 18: elle est européenne, mais on l’a observée aussi en Àsie et en Afrique septentrionale ; elle hiverne tard et reparaît au printemps avant les autres espèces. Son vol est vif avec des détours brusques qui lui permettent souvent d'échapper à ses ennemis. Le Vesperugo de Nathusius (W. Nathusii), d'Europe, et le Vesperugo oriental( V.abramus),d'Asie,
de Malaisie et d'Australie, sont des espèces voisines de
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Fig. 1044. — Rhinopome d'Égypte.
Fig. 1045. — Vampire.
la Pipistrelle. L'espèce marginée (V. Kühlii) habite les montagnes peu élevées d'Europe et les côtes de la Méditerranée et de l’Adriatique.
Une autre espèce, nettement alpine, s'élève beaucoup plus haut: elle dépasse la zone des forêts : c'est le Vesperugo maure (V. maurus). Le Vesperugo boréal ( V. borealis) est crépusculaire et nocturne; il habite le nord de l'Europe et se livre à des migrations à grandes distances. Le Vesperugo discolore (V. discolor) est européen et asiatique; il fréquente les Alpes jusqu’à l'altitude de 2000 mètres, recherchant les forêts. Lorsque s'annonce l'hiver, il se rapproche des villes; on l'a observé à Paris. La Sérotine (V. serotinus) est remarquable par l'étendue de son aire de dispersion qui comprend l'Ancien et le Nouveau Continent (fig. 1046). Le Vesperugo nocturne (VW. noctivagans) est une petite espèce de 5 à 6 cent. ; il habite l'Amérique du Nord.
Les Vespertilions (fig. 1047) ont les oreilles longues et nettement séparées ; on en compte quarante-cinq espèces. La distribution géographique de ce genre est très vaste. Les espèces européennes les plus répandues sont le Vespertilion Murin (Vespertilio murinus) et le Vespertilion de Bechstein ( V. Bechsteini). Le premier mesure 12 cent. avec une envergure de 38 cent.; il habite l'Europe moyenne et méridionale, l'Afrique septentrionale et une partie de l'Asie; cet animal a un vol lent et bas: il fréquente les agglomérations. Le second habite le nord de l'Europe: il est de taille plus faible. Certaines espèces aiment le voisinage des cours d’eau, des étangs et rasent en volant la surface des eaux ; elles y trouvent plus d'Insectes.
La famille des Nyctéridés offre des caractères intermédiaires entre les Vespertilionidés et les Rhinolophidés. Les espèces qui en font partie ont des appendices nasaux peu développés. Les Mégadermes ont de grandes ailes et pas de queue. Le Mégaderme Lyre (Megaderma lyra) mesure 8 cent., habite les Indes et la Chine; il est insectivore et, paraît-il, carnassier. Les Nyctères appartiennent à l'Afrique.
Les Rhinolophidés ont des appendices nasaux très développés, qui se présentent en forme de feuilles et sont plus compliqués que dans la famille précédente. Ils sont distribués dans l'Ancien Monde. Les Rhinolophes (fs. 1048) en constituent le principal genre;
Fig, 1046. — Sérotine.
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Arbre couvert de Roussettes, aux Indes.
Fig. 1047. — Vespertilion.
on leur a donné le nom de Fer à Fig. 1048. — Rhinolophe.
cheval, à cause de la forme de la feuille nasale. C'est ainsi que, parmi les espèces appartenant à ce genre, on trouve le Grand Fer à cheval (Rhinolophus ferrum-equinum) et le Petit Fer à cheval (R. hipposideros). Le premier mesure 8 cent. avec 33 cent. d'envergure; il habite tout l'Ancien Continent. Il recherche pendant le jour l'abri des grottes et des ruines et n'en sort qu'au crépuscule; ces animaux s'y trouvent parfois en très grand nombre. Le Petit Fer à cheval n'a que 7 cent. de longueur. Il aurait parfois des habitudes de Vampire et ne dédaignerait pas de sucer le sang d'autres animaux. D’autres espèces sont localisées aux Indes, en Birmanie et aux îles Malaises. Il en existe aussi en Afrique méridionale. Les Phyllorhines ne se distinguent des précédents que par la disposition de leurs appendices cutanés.
On les trouve dans les mêmes régions.
En Amérique, on a songé à ces précieux Insectivores pour la lutte contre les Moustiques dans les régions marécageuses. Aux États-Unis, on a reconnu qu'une Chauve-Souris mange en moyenne cinq cents Moustiques par jour. Un abri construit dans le but de retenir ces animaux au bord d’un lac en loge 500 000 qui détruisent ainsi un nombre considérable de ces Insectes. Cette tentative procure chaque année 20 tonnes d’excréments, qui constituent un excellent engrais.