‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 23 sur 260 · CI. Saville-Kent · texte numérisé non relu

CI. Saville-Kent

Récif de Madrépores à mer basse (Grande Barrière d'Australie).

y sont en commensales et non en parasites; elles ont une utilité considérable pour leur hôte, comme nous allons le voir plus loin. Ces petites algues ont des couleurs très variées et ce sont elles qui par leurs reflets et leurs teintes propres sont la cause principale de ces merveilleux jeux de lumière. Et cela est si vrai que les coraux de profondeur sont toujours pâles et sans éclat, parce qu'ils ne renferment pas d'algues, celles-ci ne pouvant vivre sans la lumière du soleil, qui devient insuffisante à partir de 37 mètres de profondeur.

On croyait, il n'y a pas encore longtemps, que les innombrables petites bouches entourées de leur couronne de tentacules étaient préposées à la capture de la nourriture de tous les individus coralliaires de la colonie. C’est bien ainsi que les choses se passent dans les actinies et dans les coraux de profondeur. Mais pour ce qui est des coraux de récifs, il en est tout autrement. Au moins, pour beaucoup d’entre eux, jamais, quand on les ouvre, on ne trouve rien dans leur cavité. L'alimentation se fait d'une autre manière; ce sont les petites algues commensales qui puisent, grâce à leur chlorophylle et à la lumière solaire, les éléments nutritifs dans l’eau, et le coralliaire se nourrit ensuite de ces algues qui surabondent dans ses tissus.

La température joue un grand rôle dans la vie des coraux construc-

Pocillopora aurita.

teurs de récifs. En effet, ils exigent un minimum de température de 20°, et ils ne s’établissent jamais dans des eaux qui, ne serait-ce qu'un jour par an, descendraient au-dessous de 20°. Cette exigence entraîne la répartition des récifs de coraux dans les eaux exclusivement équatoriales. Dans l'hémisphère nord ils ne dépassent pas le 30° degré de latitude, sauf aux îles Bermudes (32°) où un rameau du Gulf Stream amène une veine d'eau chaude; dans l'hémisphère sud ils s'arrêtent au 27° degré de latitude.

Sous l'équateur il leur arrive de supporter impunément des températures de 56° au soleil pendant la marée basse. [ls se défendent en sécrétant un enduit de mucus. Cette influence considérable de la température sur la vie des coraux de récifs est encore plus nette lorsqu'on remarque que certaines espèces vivent dans la zone réellement équatoriale ou torride, mais n’en sortent pas, tandis que d'autres espèces vivent dans les deux bandes subtorrides qui encadrent la première. La ligne de température où l’eau ne descend pas au-dessous de 239,4 marque, au nord et au sud, la séparation entre la ceinture torride et les deux ceintures subtorrides.

Outre les qualités de température, d'aération de l’eau, qu’exigent les coraux, il en est une autre indispensable à leur prospérité : c'est la limpidité de l’eau, qui doit être dépourvue de sédiments en suspension. Les particules solides disséminées dans l’eau finissent par tomber au fond, et si elles tombent sur des coraux elles les font périr, pour peu que cette sédimentation se prolonge. Les coralliaires se défendent en rétrécissant leurs ouvertures pour réduire au minimum l'accès des particules. C’est ainsi que, dans les colonies en forme de boule, ce sont les individus du pôle supérieur qui périssent les premiers si l’eau vient à se charger de particules solides, leur bouche étant ouverte en haut, tandis que ceux des côtés dont la bouche est oblique reçoivent moins de sédiment et résistent mieux. Aussi n'est-il pas rare de voir de grosses colonies en boule dont le haut est mort, tandis que les parties latérales disposées en ceinture sont vivantes.

On ne sait rien de positif sur la vitesse de croissance des coraux et, par conséquent, sur le temps que ces animaux mettent à construire les récifs. Ce qui est certain, c’est que l'accroissement doit varier selon les espèces et aussi selon les conditions d'éclairement, de profondeur, d’agitation et de pureté de l’eau. Les observations de Dana font penser que les coraux mettent | 000 ans à croître de 1",50. Gardiner estime qu'un banc de coraux qui débute à une profondeur de 40 mètres doit employer | 000 ans à affleurer à la surface. Peut-être un récif met-il ce temps à se produire, mais les coraux isolés grandissent plus vite, caron a observé un individu de 5 mètres sur une carcasse de navire naufragé soixante-quatre ans auparavant, ce qui donne 8 centimètres par an.

Les récifs de coraux.— D'après les indications qui précèdent, on voit que les coraux se divisent biologiquement en deux grandes catégories : ceux qui, vivant à une profondeur de 40 mètres au maxi-

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