‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 24 sur 260 · CI. Saville Kent · texte numérisé non relu

CI. Saville Kent

Récif de Madrépores à mer basse (Grande Barrière d'Australie).

mum, dans des eaux pures, chaudes, éclairées, peuvent construire des récifs, et ceux qui, vivant dans des eaux profondes et obscures, ne peuvent bâtir de récifs.

Nous allons étudier rapidement ces constructions, qui sont connues sous le nom de récifs de coraux. Ces récifs, qui existaient déjà dès les temps paléozoïques (fig. 77), ne sont pas, comme on pourrait le croire, exclusivement composés fe polypiers; c'est un ensemble très complexe où les algues calcaires jouent aussi un grand rôle.

Aux coraux proprement dits et aux algues calcaires, il faut ajouter quelques animaux appartenant à des familles différentes, mais qui, par leur aspect analogue et leur genre de vie similaire, f6nt partie des récifs au même titre que les coraux: ce sont les Millépores, les Héliopores, les Tubipores.

L'ensemble du récif est dans un état d'équilibre instable, dû à l'accroissement produit par les coraux vivants et à la diminution causée par d'innombrables destructeurs ; il y a, en effet, dans le récif, toute une population de Mollusques, de Vers et d'Éponges perforants qui, sans relâche, taraudent en tous sens le calcaire des polypiers. Il s'ensuit que de temps à autre des morceaux du récif s'eflondrent; les blocs sont lancés à la côte par les vagues, ou bien tombent sur le fond où leurs débris sont collés entre eux par les êtres microscopiques sécréteurs de chaux. Il en résulte un calcaire compact, véritable brèche, dont les vieux coraux forment la base.

Les récifs de coraux, ainsi constitués, ne prennent pas des formes et des dispositions quelconques. [ls sont soumis à des lois bien définies qui ont été mises en évidence par les recherches patientes de nombreux naturalistes, parmi lesquels il faut citer Darwin, Dana, Agassiz, Gardiner.

Mais il reste encore bien des points à compléter, car les explications données par eux ne s'appliquent pas à tous les cas.

Si l'on examine la répartition des récifs de coraux autour d'une île, on

remarque qu'une bande de ces constructions est directement accotée à la côte, formant une sorte de trottoir ou frange : d'où le nom de récif frangeant qu'on lui donne; si la côte est très abrupte, ce récif frangeant est étroit, car on est vite rendu aux fonds de 40 mètres qu'il ne peut dépasser. Si la côte est plus basse, il y a plus d'espace pour le récif. Plus au large on aperçoit, quand le sous-sol est assez plat, une véritable barrière rocheuse étroite, séparée de la côte par une région d'eau calme : c'est le récif barrière, contre lequel la mer brise avec violence. La région calme entre les deux récifs est le lagon. Quand la marée est haute, les deux récifs sont submergés. À marée basse, la frange et la barrière sont à sec, mais non le lagon. La barrière forme une véritable muraille à pic ; le sommet contre lequel brisent les vagues est surtout formé d'algues calcaires et de coraux en boule ; les espèces rameuses sont étagées le long de la muraille en dessous du niveau du ressac et dans le lagon. Au pied de la muraille tombent les débris

Navire brisé sur un récif de Coraux.

cassés par les vagues: ils sont soudés par de petits organismes tels que des Éponges, des Foraminifères, des Bryozoaires et autres animaux sécréteurs de calcaire, et peu à peu ils s'exhaussent et servent de support à de nouveaux coraux vivants. C’est ainsi que peu à peu la ceinture s'élargit.

Cette ceinture-barrière est-coupée çà et là par des passes qui, généralement, sont situées en face des embouchures de cours d’eau, car

Atoll avec végétation de cocotiers.

les coraux, détestant l’eau douce et les sédiments terreux qu’elle entraîne, ne poussent pas dans les parages qui en contiennent. Un des plus beaux exemples de ces récifs variés est la Nouvelle-Calédonie. Sur la côte orientale de l'Australie on peut encore citer la Grande Barrière, qui n'est qu'un immense récif de 2 400 kilomètres de long.

Une autre forme de récifs, qui abonde dans le Pacifique, est connue sous le nom d’Atoll. Ce sont des récifs isolés en plein Océan, sans aucune terre sur laquelle ils s'appuient ; il n'y a que des coraux et pas d'autre roche. Ces atolls ont une forme circulaire, en anneau, dont le centre est occupé par un lagon communiquant avec la mer par une passe étroite. L'ensemble de l'atoll n'a que quelques mètres audessus du niveau des hautes mers; sa partie la plus élevée fait face au vent dominant de la région, et la passe est à l'extrémité opposée de ce diamètre, c'est-à-dire sous le vent. Une ceinture de coraux entoure l'atoll; le lagon en contient aussi, surtout sur ses bords, où l’on trouve les formes rameuses délicates. Quelquefois l'anneau est incomplet et présente par suite plusieurs passes. Ailleurs, quand on a affaire à de vieux atolls, la passe est fermée et le lagon comblé par des débris et des sédiments. Les dimensions de ces atolls peuvent être seulement de quelques centaines de mètres, ou bien aller jusqu’à 120 kilomètres, comme celui qui termine au nord la Nouvelle-Calédonie, auquel on a donné le nom d'Entrecasteaux.

Ces atolls ne contiennent ni cours d’eau ni sources : la seule eau douce qui s'y trouve provient des pluies, et elle ne s’y collecte pas, la roche toujours poreuse et calcaire, puisqu'elle est formée entièrement de coraux, absorbant rapidement l’eau de pluie. Aussi la végétation de ces atolls est-elle très spéciale et composée seulement de plantes capables de résister à ces conditions si défavorables. Leurs espèces

Polypiers jurassiques sur la côte du Ché (Charente-Inférieure).

sont peu nombreuses, mais, comme compensation, les individus pullulent. Parmi ces végétaux, il faut citer les Palétuviers, qui forment une ceinture verdoyante d'arbres dont les racines plongent directement dans l’eau de mer. Au-dessus dominent les panaches des Cocotiers, puis les Pandanus, les T'ournefortia argentea, les Hibiscus, et enfin le Portulaca oleracea ou pourpier. Les oiseaux de mer, bons voi-

Un Atoll, vu du large.

liers, fréquentent ces récifs : les Frégates, les Sternes, les Fous ainsi que des Pigeons verts (Ptinilopus coralensis) et noirs (Phlægenas pectoralis). Il n'y a ni serpents, ni lézards, ni batraciens; en revanche, deux gros crustacés, mangeurs de détritus, abondent : le Crabe des cocotiers (Birgus latro), qui vit dans des terriers, au pied des arbres : il a des pinces d'autant plus redoutables qu'il atteint la dimension d’un fort homard; le Cenobites perlata, qui loge dans de vieux coquillages ; il est aussi très abondant, principalement autour des cases des indigènes. Les insectes abondent.

Le lagon est peuplé d'une foule énorme d'êtres marins, parmi lesquels, après les Coraux, les Mollusques tiennent une place prépondérante. Les Huîtres perlières y sont nombreuses aux îles Tahiti, Gambier, Sous-le-Vent, etc. On les y exploite pour la nacre et les perles. Les grandes Tridacnes, ou bénitiers, y atteignent d'énormes dimensions ; les Trochas et les Turbos, que l’on récolte pour la nacre de leur coquille, les Chames, les Porcelaines, etc., sont très abondants. Les Oursins et les Étoiles de mer et surtout les Holothuries y atteignent de grandes dimensions; ces dernièressurtout sont pêchées, vidées et séchées, puis vendues sur les marchés chinois sous le nom de Trépang.

De très nombreux Poissons, aux couleurs étincelantes, vivent dans ces lagons; il faut citer, parmi eux, toute une famille dont les grandes dents plates servent à brouter les coraux.

Comment les coraux construisent-ils ces atolls > Ce ne sont pas les explications qui manquent, mais si elles sont satisfaisantes pour certains cas particuliers, elles ne s'appliquent pas à tous. Voici les principales. Rappelons que les coraux constructeurs de récifs ne vivent pas audessous de 40 mètres de profondeur.

La première, et la plus ancienne théorie, est celle de Darwin. Supposons, et c'est la vérité dans une grande partie du Pacifique, que le sol, par suite de mouvements de l'écorce terrestre, s’enfonce lentement sous les eaux. Une montagne, formant une île, se trouve encerclée par une barrière de coraux. Peu à peu la montagne s'enfonce: mais les coraux, obligés pour vivre de rester à la surface, exhaussent le récif-ceinture d'une quantité égale à l’abaissement de la montagne. Plus tard la montagne finit par disparaître entièrement sous les eaux : il ne reste plus que sa ceinture de coraux, qui marque à la surface de la mer son ancien emplacement, comme la grille de son tombeau. L'atoll est constitué: il continue à croître, car le mouvement de descente se poursuit ; et cela peut durer des centaines de siècles, comme le montre le forage exécuté récemment dans l’atoll de Funafuti, où, à 339 mètres de profondeur, on était encore en pleins coraux.

À ce niveau, les coraux devaient remonter à l’époque tertiaire.

Maisil n'ya pas partout enfoncement d'îles, car, au contraire, certaines îles montrent des montagnes entièrement constituées par des récifs de coraux fossiles :

c'est le cas de Tahiti, île qui est cependant entourée de récifs vivants. Il y a eu là soulèvement du sol sous-marin et non enfoncement.

Sir John Murray pense qu'il y a, sur le sol sous-marin, des montagnes, en particulier des cônes volcaniques. Ce fait a été prouvé par de nombreux sondages. Sur le sommet de ces cônes se Fig.77.— Favosites punctata font des dépôts, comme partout sur le

(Polypier dévonien). fond de l'Océan, de coquillages, d'’al-

BESSCŒOLRENMERES 39

Dendrophyllia ramea, polype vivant épanoui.

luvions, de débris variés. Quand ce dépôt sédimentaire est assez épais pour arriver à 40 mètres au- -dessous de la surface de l'eau, les premiers coraux s'y installent et grandissent jusqu'au moment où ils atteignent le niveau de la mer. Les vagues brisant sur le bord favorisent la pousse des algues calcaires : cela constitue la bordure en saillie. Le bas-fond des Chagos, dans l'océan Indien, que Darwin prenait pour un récif en voie de disparition par enfoncement rapide, est, au contraire, un récif en voie de construction qui, un jour, dans Atelques siècles, affleurera à la surface. Les îles Laquedives et Maldives sont de même origine, mais d'un âge plus ancien et leur évolution est complète.

Agassiz fait remarquer que beaucoup de volcans forment des cônes de cendre peu solides que le vent, la pluie, l'action des vagues démolissent rapidement. Quand, après avoir été ainsi rasés, ces anciens cratères sont à quelques mètres au-dessous de l’eau, ls coraux com. mencent à y construire. Il en est de même pour des îles formées de sable calcaire aggloméré, sous l'influence de la pluie, en une roche conipacte et submergées ensuite par enfoncement. Ces coraux s'y sont établis. Gardiner admet une origine analogue à celle décrite par Agassiz, à savoir que le substratum est formé d'anciens volcans; les coraux de profondeur s'y sont installés, puis leur mélange avec des sédiments a surélevé le sol jusqu’à ce que sa distance à la surface soit suffisamment petite pour que les coraux constructeurs s'y établissent.

La Grande Barrière d'Australie, qui a 2 400 kilomètres de long, n’est probablement qu'un récif de coraux établi au sommet d'une chaîne de montagnes disparue sous les eaux à l’époque tertiaire; le corail actuel n'y forme qu’une croûte de 20 à 25 mètres d'épaisseur.

Les récifs de coraux et les atolls sont très nombreux dans l'océan Pacifique et dans l'océan Indien; on les trouve à peu près partout où la température de l’eau est supérieure à 20°, c'est-

Fungia des iles Philippines.

Dendrophyilia, polypier sec.

Halislossa echinata (Nouvelle-Guinée).

à-dire jusqu'aux 32° degré de latitude nord et 27€ de latitude sud. Dans l'Atlantique on ne les trouve que sur la côte américaine, du Brésil à la Floride, en passant par les Antilles. Sur la côte africaine, ils sont réduits à des vestiges insignifiants dans le voisinage de l'ile San Thomé, sous l’'Equateur.

Nous avons donné quelques détails sur les récifs de coraux et la vie des êtres qui les construisent. [l nous faut maintenant indiquer sommairement les types principaux de ces Coralliaires.

On doit mettre de côté immédiatement une série de coraux, tous fossiles, depuis longtemps disparus: ce sont les T étracoralliaires.

Les vrais coraux, construits sur le type de symétrie se répétant six fois, sont les Hécoriliates.

On y trouve d’abord une série de genres dont le squelette est poreux, comme réticulé : ce sont les Madréporaires perforés, par opposition avec les imperforés, dont le squelette est compact. Dans ce groupe, signalons la très grande famille des Porites, dont les polypes sont souvent très petits et extrêmement nombreux dans Une méme colonie;

Les Eupsammides comprennent des espèces simples et d'autres réunies en colonies; les unes vivent dans les grandes profondeurs de la mer, les autres dans les eaux superficielles.

Citons les Dendrophyllies, à polypes jaunes, qui peuvent former des rameaux de 2 mètres de hauteur: les Astroïdes, qui forment des bancs

Fungia vivante (d'après Gardiner).

Leploria phrygsia (mer des Indes).

Pocillopora squarrosa (Tahiti).

rudimentaires au niveau de la surface, sur les côtes rocheuses de la Méditerranée (A. Calycularis). Les Balanophyllies, à individus isolés, abondent sur nos côtes. Signalons encore les Agaricia, les Phyllastrea, les Lophoseris, qui revêtent des formes fort élégantes.

Les Fungies ont une structure discoïdale, à très nombreux rayons ; jeunes, elles ont un fin pédoncule les fixant au sol; plus tard, il se brise et la Fungie adulte, qui ressemble un peu à une grosse Actinie, est libérée. Les formes simples de cette famille peuvent se compliquer pour devenir très différentes du type primitif (Herpetholitha).

Parmi les madréporaires imperforés, les espèces abondent ; signalons la série des Astrées, qui comprend d'innombrables coraux : les Echinopores, les Galaxées, les Prionastrées, les Mérulines, les Mussa, les Méandrines, les Symphyllies, les Astrangia, et bien d’autres encore.

Paille ile qui prennent une part active à la construction des récifs, citons les Pocillopores, les Seriatopores. Parmi les coraux rameux vivant à de grandes profondeurs, il faut signaler les Oculinides, dont les genres Amphihelia et Oculina comprennent de fort belles espèces. Toute une série de formes isolées, fort élégantes, ressemblant à des soucoupes dentelées, vivent aussi dans les grands fonds; les plus belles sont les Stephanotrochus et quelques autres voisines. Certaines Carvophyllies se rapprochent davantage des fonds côtiers; il en est de même des Flabellum, qui, au lieu de rester circulaires, ont été comme comprimés au point de prendre une forme en éventail.

ALCYONAIRES

Nous trouvons, dans ce groupe, un nouveau type d'animaux coloniaux, dont les formes sont le plus souvent très gracieuses et les cou-

Branche de Corail épanoui (Aquarium de Banyuls).

Lophohelia (Maroc).

leurs très belles. Ils sont caractérisés par des polypes en forme de fleurs à huit pétales, chacun d'eux étant barbelé et correspondant à huit loges intérieures, séparées par huit cloisons. Ces êtres diffèrent donc des Coralliaires qui sont construits sur un plan à six répétitions. Les polypes ainsi formés sont placés dans une écorce ou peau charnue, portée sur un squelette ordinairement souple, rameux, de consistance cornée, qui, le plus souvent, donne sa forme à la colonie; il n'y a que quelques espèces dépourvues de ce squelette qui, quelquefois, est calcaire.

Le Corail. — Le type le plus connu de ces Alcyonaires est le Corail (Corallium rubrum). — La forme habituelle sous laquelle se présente le corail est complètement artificielle; nous ne le voyons qu’à l'état de bijoux montés, de perles enfilées en colliers ou en petites branchettes polies. Quelquefois on le voit encore sous forme de rameaux rouges polis, fort élégants, qui font l'ornement des étagères. Tous ces objets ne sont que les transformations plus ou moins artistiques du squelette d'un animal marin, dont on a éliminé toutes les parties molles. Quand on étudie une branche de Corail sur les lieux de pêche, ou mieux encore dans un aquarium marin, on voit qu’elle est recouverte d'une écorce souple, charnue et rouge. Quand une branche de Corail est bien vivante, on voit de petits bourgeons blancs sortir de l'écorce, s'épanouir lentement et finalement s’étaler en une charmante fleur à huit pétales, d’un blanc pur, qui tranche sur le rouge de l'écorce environnante. Le squelette s'accroît sans cesse par l’adjonction de nouvelles couches de calcaire que le tissu vivant dépose à sa surface; il s’allonge par la pointe de ses branches qui, de loin en loin, en bourgeonnent de secondaires. Tous les polypes blancs

Gorgonella (Aquarium de Banyuls).

Gorgonia verrucosa (Aquarium de Banyuls).

Isis hippipuris.

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