CI. Anschütz. CI. Ber dge
Quelques types de jeunes Orangs-outans en captivité.
La famille des Anthropoïdés ou Anthropomorphes représente pour nous l'intérêt le plus grand, non pas que l’homme descende de ces Simiens, car nous ne pouvons pas descendre de nos contemporains, mais parce que ce sont les plus élevés des Catarrhiniens, les formes les plus rapprochées de la nôtre et parce qu’il existe des Hominiens fossiles qui nous rapprochent plus encore de ces animaux, si élevés en organisation et en intelligence. Les Anthropomorphes n'ont pas de queue ; leur coccyx est semblable à celui de l’homme: leur face est nue et ils n'ont pas d’abajoues. Ces animaux sont caractérisés d'abord par la longueur des bras : chez l'Homme debout, l'extrémité du bras pendant atteint le milieu de la cuisse: dans la même attitude, celui du Gorille arrive au genou, celui de l'Orang-outan au milieu de la jambe, et celui du Gibbon touche le sol. Quant à l'existence du poil, plus ou moins abondant chez les différentes espèces d'Anthropomorphes, on ne peut le faire intervenir comme caractère zoologique pour les différencier de l'Homme : il n’y a là qu'une différence de degré. Ces animaux, qui présentent encore de fortes canines, comprennent les genres Gibbon, Orang-outan, Gorille et Chimpanzé.
Les Gibbons (fig. 1099) sont les plus petits des Anthropoïdés et les plus éloignés de l'Homme; leur caractère principal est l'extrême longueur-des bras. La face est aimable, les oreilles sont petites, le nez est moins aplati que chez les autres anthropomorphes et les maxillaires sont peu proéminents. Leur fourrure est épaisse et soyeuse, le cerveau est de conformation plus inférieure. Les Gibbons habitent les forêts de l’Indochine et des îles de la Sonde. Ils sont gracieux et agiles, se nourrissent de fruits, de feuilles, d'œufs d'Oiseaux, d’Insectes ; la captivité leur est intolérable ; ils en meurent généralement.
L'espèce la plus grande est le Siamang (Hvylobates syndactylus), dont la taille est de 90 cent.; la longueur de ses bras lui donne une agilité extraordinaire et il circule dans les arbres avec une remarquable maîtrise. [l appartient à la presqu'île de Malacca et à la grande île Sumatra. Une jolie espèce, à face encadrée de blanc et à extrémités <galement blanches, est le Gibbon dit à mains blanches (H. Jar). ‘On l’a remarqué évoluant dans les arbres, ses pieds préhensiles chargés de provisions, et s’enfuyant de branche en branche rien qu'avec ses longs bras. Le Houlock (H. hooloch), commun en Birmanie, circule en troupes assez nombreuses: son agilité dans les arbres est extraordinaire. Une dizaine d'espèces de Gibbons habitent ainsi l'Asie méridionale et les îles Malaises.
L'Orang-outan (Simia satyrus) ou Homme des bois, popularisé par un joli roman d'Élie Berthet, est de taille moins grande que le Gorille ; mais ses bras sont si longs que, chez un individu dont la hauteur atteint 1M,40, l'écart des mains avec les bras étendus est de 2,60. Les jambes sont courtes et peu musclées, le ventre est gros, le poil roux. Cet animal habite plusieurs des îles de la Sonde: il
REP vit dans les forêts marécageuses Fig. 1099, — Gibbon. avec sa femelle et sa progéniture.
Ses mouvements sont lents, réfléchis, ce qui n'exclut pas l’agilité; il se construit des nids dans les arbres. En captivité, l'existence des orangs est généralement mélancolique et courte; ils sont cependant ingénieux et susceptibles d'attachement.
Chez ces animaux, il existe dans le cou deux sacs laryngiens accolés et formant caisse de résonance ; le pelage est rougeâtre. Pour la captivité, on ne peut s'adresser qu'aux jeunes ; ce sont d’abord des enfants exigeants, puis ils meurent généralement des suites du voyage qu'on leur a imposé pour les conduire en Europe; d'ailleurs ils ne résistent pas aux affections pulmonaires dans le climat de nos pays. On a parfois divisé les Orangs-outans en deux ou trois espèces ; il y a actuellement lieu de ne considérer que des variétés. ;
Les Gorilles sont les plus grands des Simiens; ils sont aussi les plus forts: leur largeur de poitrine est impressionnante; ces animaux ont de très fortes canines, une musculature très développée ; le mollet se distingue beaucoup mieux que chez les autres espèces de la famille; c’est le plus puissant des Anthropoïdés : debout, sa taille est de 1,80 ; ce qui domine dans les proportions de son corps, c'est le développement du tronc, car les membres inférieurs sont courts. La tête énorme est d'apparence bestiale, la crête osseuse du crâne et les maxillaires sont extrêmement développés; ces caractères, joints à l’arcade sourcilière proéminente et à la dentition très forte, en font certes un animal d'aspect effrayant.
Le Gorille habite une importante partie de l'Afrique; on le croyait autrefois localisé au Gabon et au Congo, où il n’est d’ailleurs pas très répandu. Depuis, on a découvert sa présence en troupes dans l'Afrique orientale, mais M. Trouessart estime qu'il s’agit là d’une espèce différente et que cela ne doit pas surprendre si l’on considère les quatre races de nègres qui habitent le même espace. Le Gorille y vit comme l'Homme, en tribus se déplaçant selon les exigences de leuralimentation.
Il est amusant de retrouver bien des fantaisies dans les récits de chasseurs d'autrefois. Battel prétendait que le Gorille poursuivait l'Éléphant à coups de bâton.
M. de La Brosse les accusait de capturer les négresses, qu'ils soignaient d'ailleurs très bien. M. de Chaillu, en 1856, comparaît leur voix au roulement du tonnerre, etc.
« C'est seulement en ces dernières années, dit M. Trouessart, que le capitaine belge Arrhenius a pu pénétrer dans la région des Grands Lacs, rencontrer une troupe nombreuse de Gorilles et en rapporter plusieurs dépouilles » (1).
C'est dans la chaîne des monts Virunga, sur les pentes du volcan Mikeno, que vivent ces animaux ; ils y sont sédentaires dans de véritables forêts de Bambous gigantesques, dont ils dévorent les jeunes pousses et les épillets. Dans l’une de ces forêts, le capitaine Arrhe-
(1) E.-L. TROUESSART. — La Pluralité des espèces de Gorilles, « Bulletin
du Muséum », 1920.
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. de M. A.-J.-W. de