‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 242 sur 260 · ORDRE DES HOMINIENS · texte numérisé non relu

ORDRE DES HOMINIENS

Cet ordre ne comprend qu'une famille et qu'un seul genre, le genre Homme (Homo). Si l'anatomie de l'Homme le place fatalement à côté des animaux, certains caractères le différencient des Singes les mieux organisés. C'est principalement le développement de son encéphale et de ses facultés intellectuelles ; on en trouve la confirmation dans le poids du cerveau, qui est de | 360 grammes en moyenne chez l'Homme civilisé : celui de l’Australien, Homme très inférieur, pèse encore | 180 grammes, et celui du Gorille, le plus gros des Singes anthropoïdes, ne pèse que 500 grammes. Chez l'Homme, les canines sont à peine plus développées que les autres dents, alors qu'elles constituent de véritables armes chez les Singes. Signalons encore le langage articulé, qui lui permet de prononcer des syllabes et de les grouper en mots et en phrases ; enfin l'attitude constamment verticale dans la marche, laquelle a déterminé à la partie supérieure de la colonne vertébrale la courbure cervicale qui n'existe pas chez les Anthropoïdés. Un autre caractère différenciant encore l'Homme est la disposition non préhensile de ses extrémités postérieures. Dans la nature, l'Homme est nu et sans défense ; il n’a pas, comme tant d'animaux, des armes naturelles : mais par son intelligence il a fini par pourvoir à tout ce qui lui manquait : elle lui a permis de surmonter les difficultés d’une existence primitive semée de dangers et de vaincre peu à peu les espèces animales qui lui étaient nuisibles. Il a pu se multiplier, se répandre et, toujours en plus grand nombre, franchir les siècles et former plus tard les étonnantes civilisations dont nous retrouvons les traces.

C'est au milieu du XIX° siècle que s’agita l’importante question de l'antiquité de l'Homme, de l'existence de l'Homme fossile, de celui qui fut contemporain des grands Mammifères disparus. Un archéologue de grand mérite, Boucher de Perthes, avait découvert dans les alluvions anciennes de la vallée de la Somme des silex qu'il présenta comme ayant été taillés par la main de l'Homme. Avec une grande patience, il multiplia ses recherches et finit par réunir une admirable collection. Malheureusement la science lui fit une longue et douloureuse opposition. On attribua au hasard la forme des objets trouvés, on prétendit que les alluvions dans lesquelles ils avaient été recueillis avaient été remaniées par l'Homme : on refusait toute authenticité à ses trouvailles. Cependant, vers 1860, quelques savants français furent mis en éveil par l'intérêt que les savants anglais paraissaient attacher aux recherches de Boucher de Perthes ; ils se décidèrent à visiter les carrières d’alluvions, purent voir que les dépôts en étaient intacts, et y trouvèrent des silex taillés : c’est alors que le grand paléontologiste français Albert Gaudry put proclamer l'importance des travaux de Boucher de Perthes et l'existence de l'Homme fossile.

Ceci rappelé, nous devons affirmer que l'Homme ne s’est pas produit spontanément à la base des formations Quaternaires: il existait sans aucun doute aux temps Tertiaires, car le terrain Chelléen nous fournit déjà un être évolué, fils de nombreuses générations, et qui pendant l'immense durée des temps Miocène et Pliocène s'était lentement développé. Cependant ce n’est que dans les formations peu nombreuses de l'Ére Quaternaire que l'on peut suivre l'Homme

fossile du Chelléen au Magdalénien.

Rappelonsd'abord que le Paléolithique, qui a fourni plusieurs espèces d'Hommesfossiles, est divisé en deux parties; le Paléolithique inférieur comprend, de bas en haut, le Chelléen, l’Acheuléen et le Moustiérien ; le Paléolithiquesupérieur comprend l'Aurignacien, le Solutréen et le Magdalénien.

Dans un magnifique travail publié en 1921 (1), M. Marcellin Boule, l’éminent professeur de Paléontologie du Muséum, a réalisé une intéressante mise au point de la question. L'auteur voulant, dans cet ouvrage, ne s'appuyer que sur des trouvailles indiscutables au point de vue de leur gisement géologique, n'hésite pas à déclarer douteux des restes auxquels on a accordé, dans le passé, une grande importance, comme le crâne de Cannstadt, le squelette du volcan de Denise, la mâchoire de Moulin-Quignon, etc., dont il est difficile d'affirmer l’âge. Au contraire, nous trouvons dans le Pléistocène inférieur, dans le Chelléen, un débris des plus intéressants, appartenant à l'Homme fossile le plus ancien que nous connaissions : il s’agit ici de la mâchoire de Mauër (fig. 1101), découverte en 1907, près de Heidelberg, à 24 mètres de profondeur, dans des sables dits de Mauër. Dans le même gisement figuraient l'Elephas antiquus et d'autres Mammifères du même âge. Ce maxillaire inférieur est très impressionnant ; il est extrêmement robuste, très large et complètement privé de menton; ces caractères sont simiens, mais la dentition est humaine. L'Homme à qui appartenait la mâchoire de Mauër, et qui semble revêtir une lointaine parenté avec l'Homme de Neanderthal, a reçu le nom de Homo Heidelbergensis.

Immédiatement au-dessus du Chelléen vient l’Acheuléen, qui a fourni les débris d’un crâne très humain et une mandibule très simienne (fig. 1102). La découverte a été faite en 1912, à Piltdown, au nord de Newhaven. Les savants anglais sont d'avis que tous les débris de Piltdown appartiennent au même individu; M. M. Boule ne le croit pas, car les caractères du crâne et ceux de la mandibule sont trop diflérents. En attendant, l'individu à qui appartenaient ces ossements reçut le nom de Homo Dawsoni, du nom du géologue Charles Dawson, qui en recueillit les débris. Cet Homme fossile, supérieur au précédent, pourrait se

Fig. 1100. — Objets de l’âge de pierre.

À, B,C, Silex taillés; D, Hache en pierre polie emmanchée,

Fig. 1101. — Mâchoire de Mauër (d'après M. M. Boule).

(1) Marcellin BOULE. — Les Hommes fossiles (Masson, édit.).

Race de Cro-Magnon : L'Homme dit de Menton, découvert en 1872.

rattacher à l'ascendance del’ Homo Sapiens. Ces deux découvertes de Mauër et de Piltdown indiquent donc qu'en ces temps si anciens, les Hommes étaient déjà bien différenciés, et cela recule singulièrement l'apparition de nos premiers ancêtres.

Au début du Moustiérien, se place ensuite le groupe important de l'Homme de Neanderthal, dont plusieurs individus ont été trouvés depuis le commencement du XVIII siècle. Une quarantaine de découvertes auraient été faites dans les dépôts de cette époque, mais beaucoup sont douteuses, telles que celle de Cannstadt, qui eut sa célébrité, mais dont la provenance est très obscure. Il n'en est pas de même de la calotte cranienne recueillie aux environs de Dusseldorf, en 1856, dans un vallon, dit Neanderthal, qui a donné son nom à l'espèce. Le crâne très surbaissé et la proéminence des arcades sourcilières intriguèrent grandement les savants de l'époque. Vinrent ensuite la mandibule d'Arcy-sur-Cure(1859),remarquable par la petitesse du menton, puis le crâne de Gibraltar (1848), étudié en 1864 ; la màchoire de La Naulette (1866), totalement privée de menton, caractère simien (fig. 1103); le crâne de Spy (1886), dont l’authenticité est bien établie par les ossements d’Elephas primigenius et Rhinoceros tichorhinus; c'est là une des plus belles découvertes qui aient été

Fig. 1105. faites. En 1889, la mâchoire

Crâne de La Chapelle-aux-Saints,. de Malarnaud ( g. 1104) venait rappeler les caractères ana-

tomiques de celle de La Nau-

lette. Mais c'est en 1908 que les abbés À. Bouyssonie, J. Bouyssonie et Bardon firent une découverte merveilleuse, celle de l'Homme Moustiérien de La Chapelle-aux-Saints (fig. 1105). C'est le mieux conservé des Hommes fossiles de cet âge que l'on possède, et le gisement qui le contenait renfermait également des débris de Rhinoceros tichorrhinus. En 1909, 1910 et 1912, quatre squelettes, deux adultes et deux enfants, furent découverts à La Ferrassie: puis, en 1911, ce fut le squelette de la Quina. Plus récemment, en 1921, un crâne a été découvert en Rhodésia : c’est celui de Broken hill, appartenant nettement au type de Neanderthal, avec front plus fuyant.

Fig.1104. — Mâchoire de Malarnaud (d'après M. M. Boule).

Tous ces débris représentent un type parfaitement homogène, portant des caractères très nets d'infériorité et très différent des types actuels. C'est l’Homo Neanderthalensis, dont le type de La Chapelle-aux-Saints, à l'aspect simien si impressionnant, est le plus beau représentant.

L'Homme de Neanderthal paraît avoir occupé une partie de l’Europe occidentale et méridionale, où 1l représentait un « ramuscule qui devait s'éteindre, une forme attardée, descendant peut-être de l'Homme de Mauër ». Mais il y avait déjà, dans les mêmes régions, un Homme d’une évolution plus avancée, ancêtre de l’Homme actuel. En effet, en 1901, on découvrit dans les grottes de Grimaldi, dites à tort de Menton, des squelettes nettement Moustiériens, qui appartiennent

à l’Homo sapiens fossile, et nous arrivons ainsi au quaternaire supérieur, à l’âge du Renne, ainsi appelé de l’abondance de cet animal.

Le règne de l’Homo sapiens prend alors un grand développement, en même temps qu'il acquiert des caractères que nous avons conservés, ce qui indique la grande lenteur de notre évolution physique. Les hommes de ce type taillaient la pierre avec soin; ils travaillaient également l’ivoire du Mammouth, les bois des Rennes et les os de divers animaux: ils fabriquaient des armes, des instruments d'usage domestique et entretenaient, entre peuplades, des relations économiques. Ils existait des artistes qui ont laissé des gravures et des peintures ocreuses sur les parois des grottes, des modelages en argile, des objets sculptés. Les Hommes du Paléolithique supérieur ont été divisés en trois races, qui sont, de bas en haut, celle de Grimaldi, de la fin du Moustiérien ; celle de Cro-Magnon, de l’Aurignacien, et celle de Chancelade, du Magdalénien. Les squelettes dont nous allons parler ont été découverts dans leur antique sépulture, accompagnés d'objets avec lesquels ils avaient été inhumés.

L'Homme de Grimaldi (fig. 1106) a été trouvé en 1901, au

Fig. 1108. — Crâne de Chancelade (d’après M. M. Boule).

cours des recherches entreprises par le regretté prince Albert Ier de Monaco, dans les grottes du même nom. Deux squelettes appartenant

au type négroïde furent atteints à 8",50 de profondeur et étudiés par le D' Verneau. Cette race paraît avoir eu une certaine importance

dans l’Europe sud-occidentale. L'Homme de Cro-Magnon (fig. 1107),

ou plutôt les cinq premiers squelettes de cette race, ont été trouvés en

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