IV. — EMBRANCHEMENT DES ÉCHINODERMES
Il n'est guère de classe plus homogène que celle des Échinodermes; ses caractères sont bien nets : elle ne présente pas de ces formes douteuses qui, à la limite de certains groupes, chevauchent sur les voisins. Le nombre des animaux qu'elle renferme est très grand, leur aspect très varié : ils habitent les mers sous toutes les latitudes : on n’en connaît aucune espèce terrestre ou d'eau douce, ni même d'eau saumâtre. Ce sont des êtres franchement marins.
Ils sont tous bâtis sur le plan général d'une étoile à cinq branches, et dans chacune d'elles les organes se répètent si exactement qu'il suffit, le plus souvent, de connaître un cinquième de la bête pour être renseigné sur tout le reste de son organisation. Les cinq secteurs se réunissent au centre de l'étoile où se trouve la bouche, autour de laquelle sont réunis en anneaux les centres nerveux qui coordonnent les fonctions des cinq éléments. Ce plan fondamental est réalisé dans la plupart d'entre eux avec une grande netteté; chez d'autres, 1l est masqué par des perfectionnements et des adaptations secondaires qui le rendent moins
ÆEchinaster sepositus.
Cucumaria Planci.
Metacrinus
rotundus.
Opliotrix lineata.
apparent; mais on le retrouve après un examen attentif.
Disons tout de suite que les représentants les plus connus de ces Échinodermes sont les Étoiles de mer et les Oursins, que tout le monde à vus au bord de la mer.
Ces êtres ont un squelette solide qui, chez les uns, à la consistance d’une carapace calcaire continue : c'est le cas des Oursins; chez les autres, il est formé d'un réseau d'ossicules calcaires, à lle ouvertes : c'est le cas des Étoiles de mer; il se réduit à de fines particules calcaires, ou spicules, disséminées dans la peau chez les Holothuries. Sur ce squelette sont souvent plantés des piquants, comme on en voit chez les Oursins, où ils peuvent devenir énormes, ou chez les Etoiles de mer, où ils sont plus petits. On y trouve aussi de petites pinces, les Pédicellaires (fig. 80), dont nous expliquerons plus loin le rôle et la structure.
La locomotion s'effectue au moyen de petits appendices charnus, mobiles, souvent garnis d'une ventouse : ce sont les ambulacres: leur nombre est grand, et ils peuvent, à la volonté de l'animal,
Dorocidaris papillosa.
Asterias glacialis.
rester inclus dans le corps ou faire saillie au dehors, gonflés par l'eau que l'animal y comprime.
Ces Échinodermes se nourrissent tantôt d'herbes, tantôt des êtres microscopiques du plancton, qu'ils capturent avec leurs tentacules, tantôt de proies animales plus grosses, de coquillages, par exemple, tantôt enfin de la vase du fond de la mer, qu'ils avalent en grande quantité. Ces animaux se reproduisent par des œufs qui se transforment en larves presque toujours pélagiques, différentes de leurs parents.
Les Échinodermes comptent parmi les plus anciens habitants des mers (fig. 77) : on a trouvé leurs restes jusque dans le terrain cambrien, et leurs formes antiques ne paraissent pas avoir été très différentes de celles qui vivent actuellement ; elles sont également toutes marines.
Les Échinodermes comprennent cinq grandes divisions : les Stellérides (Étoiles de mer), les Échinides (Oursins), les Ophiurides, les Holothurides, les Crinoïdes. Nous allons exposer sommairement leurs caractères et leurs formes principales.
LES STELLÉRIDES
Cette famille comprend les Étoiles de mer ou Astéries. Ces animaux réalisent le plus complètement le plan général de la famille des Échinodermes, par leur forme en étoile à cinq branches si caractéristique.
Examinons l'une des espèces communes de nos côtes (fig. 81), l’Asterias glacialis. Les plus grandes peuvent dépasser 30 centimètres de diamètre: elles rampent sur les rochers à mer basse. Leur peau est toute couverte de gros tubercules ronds du milieu desquels émerge un gros piquant très pointu. Ce tubercule est tout couvert de petites pinces, les pédicellaires (fig. 80), souvent venimeuses, qui servent à l'Étoile à se défendre contre les petits animaux qui viennent se promener sur sa peau. Ces pinces ont deux
Fig. 80.
Pédicellaire d'Astérie,
à deux branches.
Astéries et Moules sur roches.
Fig. 81. — Anatomie d’une Astérie, À, Estomac:; B, Glandes digestives: C, Glandes sorties du bras; D, Ambulacres.
Retaster multipes.
branches disposées comme les lames d’une paire de ciseaux.
Si nous retournons l’animal, nous verrons au centre une bouche assez étroite qui n'est autre chose que le point de réunion de cinq sillons parcourant chaque branche de l'Étoile ; chaque sillon est bordé d'une double rangée d'ambulacres qui servent à l'animal à se déplacer et aussi à saisir les proies dont il fait sa nourriture. La bouche est entourée de dents calcaires solides, mais elle ne peut pas s'ouvrir largement pour permettre l'introduction dans l'estomac des coquillages trop gros dont l'Étoile se nourrit. Voici par quel singulier artifice elle supplée à ce défaut : l'estomac, qui occupe le carrefour au centre des cinq bras, est une poche transparente, élastique, très dilatable, que l'animal peut retourner et faire sortir par sa bouche. Quand il a rencontré un coquillage dont il veut faire sa nourriture, il le saisit avec ses ambulacres, l'entoure de ses bras, et vomit en quelque sorte son estomac, qui englobe sa proie. La digestion se fait extérieurement à l'animal et, quand :il l’a terminée, il réintègre son estomac à sa place normale et laisse tomber la coquille vide et parfaitement nettoyée.
C'est par ce procédé que les Étoiles de mer font d'énormes dégâts dans les parcs à huîtres et à moules. Les ostréiculteurs croient qu’en déchirant la bête en deux ils la détruisent, mais c'est une erreur; les Etoiles de mer sont en effet susceptibles de bourgeonner et de remplacer les bras qu'on leur a arrachés. C’est un moyen de multiplication très commun chez elles, et, en faisant deux morceaux d’une astérie, l'ostréiculteur, au bout de peu de temps, a deux ennemis au lieu d’un. Il est très fréquent de trouver des Astéries, ayant perdu un bras, portant un petit bourgeon en train de repousser au bout du moignon. On en trouve aussi qui, ayant perdu trois bras, en ont deux grands et trois petits en voie de formation ; elles présentent alors la forme dite en comète.
Ces animaux sont parcourus par un réseau de tubes aquifères qui,
Linckia multiforis (forme en comète).
Pentasonaster granularts.
partant d'une lamelle calcaire poreuse, la plaque madréporique, apportent l'eau de mer
aux ambulacres. À l'état de repos, ceux-ci rentrent comme une peau flasque dans l’intérieur du corps; mais quand l'animal veut s’en servir, il introduit de l'eau filtrant à travers la plaque poreuse et la pousse, sous pression, comme avec une pompe, dans les ambulacres ; ceux-ci, devenus turgescents, font saillie sur la face ventrale du corps, et l'Étoile de mer peut s'en servir comme de pattes. Si elle vient à lâcher le
sphincter qui ferme tout le système, l'eau s'échappe au dehors, les ambulacres redeviennent flasques et rentrent dans le corps. Dans chaque bras il y a un nerf qui se termine à son extrémité en une tache pigmentée probablement oculaire. Les cinq nerfs se réunissent à leur base en un collier qui entoure la bouche.
Les glandes génitales sont au nombre de dix, deux par bras; elles sont disposées de la même façon chez les mâles et les femelles; elles s'ouvrent chacune par une petite fente près de la bouche et laissent échapper leur produit directement dans la mer. Les œufs donnent naissance à une petite larve complètement différente de l'Étoile de mer qui l’a produite; elle nage au moyen de cils vibratiles, possède des appendices très compliqués; puis, bientôt, dans un coin de cette larve transparente, apparaît un bourgeon opaque, en rosette : c'est le commencement de l'Étoile de mer. Lorsqu'elle est assez grande, elle devient libre : la peau de la larve
Astropecten grimpant sur un rocher au moyen de ses ambulacres.
se flétrit, disparaît, et cette jeune Étoile, tombant sur le fond, n'a plus qu'à grandir pour devenir semblable à ses parents.
Les Astéries sont très abondantes sur les côtes de toutes les mers: elles diminuent ensuite de fréquence à mesure que la profondeur augmente, et deviennent rares dans les très grands fonds; on en a trouvé quelques-unes au delà de 6000 mètres.
Les Astéries des côtes ont des couleurs variées, très vives, surtout dans les pays équatoriaux; leurs piquants et leurs tubercules sont gros, saillants, très ornementés.
Au contraire, dans les formes abyssales, le
Solaster papposus (côtes de France).
Garçon tenant un Astropecten.