‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 4 sur 260 · CI. de M. Krempf · texte numérisé non relu

CI. de M. Krempf

Récifs de Coraux, à mer basse, sur les côtes du Tonkin.

rentes bien nettes: les unes sont courantes, les autres stagnantes: nombre de plantes et d'animaux ne s’accommodent que de l'une ou de l’autre. Dans les deux cas il y a sur les bords une zone littorale généralement couverte d'une riche végétation de plantes aquatiques où vivent en foule des animaux qui viennent y pondre; les larves de toutes sortes y pullulent; c'est là que beaucoup d'insectes terrestres viennent déposer leurs œufs; la vase littorale contient en quantité des Vers, des Mollusques, des Crustacés.

Comme la mer, les eaux douces renferment une quantité d'êtres flottants constituant un plancton d’eau douce analogue à celui de l'eau salée; ce plancton (fig. 7), très riche en Aloe minuscules, est composé principalement de petits Cros, de Rotifères, d'Infusoires et des larves d'une foule d’autres animaux littoraux, ainsi que des Poissons. Dans les lacs très profonds, le plancton diminue rapidement et disparaît vers le fond.

Quant à la faune abyssale des grands lacs, elle est représentée par un petit nombre de Mollusques et de Crustacés de petite taille et quelques Poissons. Forel a remarqué que les conditions d'existence dans les lacs varient selon les climats et aussi l'altitude: leur faune varie donc selon les diverses catégories de nature physique de leurs eaux.

Notons enfin qu'il n'y a qu'une classe d'animaux vivant exclusivement dans l’eau douce : ce sont les Batraciens, que l'on n'a jamais rencontrés dans les eaux salées. S'ils ne se trouvent pas directement dans l'eau, ils n'en quittent point le ae car leurs larves au moins sy développent généralement (fig. 8). Toutes les autres classes du règne animal ont es représentants soit à terre, soit dans la mer, même les Rotifères, qui sont cependant, pour la plus grande partie, des êtres dulcicoles.

Mais il faut remarquer qu'un grand nombre d’animaux terrestres sont adaptés à la vie au bord des eaux douces; il suffit de citer, parmi

Euplectelle (Eponge siliceuse).

les oiseaux, les palmipèdes et les échassiers, que l’on retrouve aussi au bord de la mer.

Entre leurs doigts se sont développées des palmures destinées à la natation ou à la station debout sur la vase; chez ces derniers, les pattes et le cou se sont allongés pour pouvoir fouiller dans la vase à plus grande profondeur, et leur bec a subi des modifications analogues dans le même but. Des Mammifères s'adaptent aussi à cette même existence ; leurs doigts se réunissent par une membrane et leur fourrure épaisse empêche l’eau de toucher leur peau.

Le milieu dulcicole présente, quoique à un moindre degré, comme le milieu marin, une homogénéité assez grande: les fleuves, rivières et souvent les lacs, forment un réseau continu parfois très étendu qui occasionne la dispersion sur de vastes espaces de certains animaux d'eau douce, tels que les Mollusques, les Crustacés, les Insectes. Cette dispersion est encore accrue par d'autres causes secondaires, telles que les communications fluviales de bassin à bassin dans les pays plats par des inondations, des canaux, ou par le transport des œufs par les oiseaux, le vent, etc.

Laissons maintenant les êtres aquatiques et étudions les conditions de la vie des animaux terrestres.

Les modifications que la faune des animaux terrestres subit par suite de l’action du milieu sont beaucoup plus grandes que chez les faunes marine et d’eau douce. La nature du sol terrestre est beaucoup plus

variable que celle du fond aquatique uniformément couvert de vase ; les modifications de la température de l'air sont plus amples et plus brusques ; les végétaux sont bien plus variés, ce qui entraîne la variation des animaux qui s'en nourrissent ou lé utilisent dans d’autres buts ; l'influence de l'altitude, de la sécheresse ou de l'humidité du sol détermine ‘d'énormes différences dans la flore et la faune:

D'immenses régions glacées aux pôles, désertiques et sans eau dans les continents, peuvent être considérées comme très pauvres. en animaux. Les faunes équatoriales, dans leur ensemble, diffèrent beaucoup de celles des régions tempérées ou froides. Les petites îles ne sont point peuplées comme les continents, les forêts comme les. prairies, les montagnes comme les plaines, les granites comme les calcaires, les lacs comme les ruisseaux, les cavernes comme les collines. À quelques mètres de distance, certaines conditions du milieu peuvent changer et déterminer la présence d'animaux complètement différents.

Mais, à terre, comme dans la mer, il y a des êtres qui sont peu sensibles aux modifications des climats, de la nourriture ; ils s'accommodent à peu près partout de ce qu'ils trouvent, quitte à ne quelques. légères adaptations de leurs organes. Ce sont des êtres cosmopolites, que l’on trouve en tous pays; mais ceux-là sont peu nombreux. Au contraire, ceux qui sont sensibles aux variations de la température et

n'acceptent qu'une certaine nourriture

ont une répartition beaucoup plus restreinte; c'est la grande majorité. Il leur faut des conditions précises de nourriture, de sol, de température, d'altitude, qui restreignent d'autant plus l'aire de leur dispersion que ces exigences deviennent plus nombreuses.

Il faut encore remarquer que certaines espèces animales ne se rencontrent que dans des espaces très restreints, non pas parce quelles ne pourraient trouver ailleurs des conditions semblables, mais parce qu'elles.

représentent souvent les derniers vestiges d'’ancêtres qui partout ailleurs ont disparu et ne persistent plus que à.

La faune d'un pays est donc la résultante de l’action sur les êtres vivants d’une foule de conditions extérieures : les unes tendent à favoriser leur croissance et leur multiplication; les autres ont, au contraire, pour effet de diminuer le nombre des espèces et des individus et de mettre une barrière à leur extension en surface.

Supposons .que dans un pays jusque-là tout à fait dépourvu d'animaux, une espèce vienne s'installer:

sirelle trouve une température, une nourriture, une humidité, à sa conve-

Fig. 7. — Plancton d'eau douce.

À, Actinophrys sol ; B, Volvox aureus ; C, Coleps hirtus ; D, Limnocodium; E, Philodina citrina ; F, Brachionus CAGE G, Nour fe clavulatus ; H, Cypris punctata ; I, Ceriodaphnia quadrangula ; J. Cyclops ; K, Branchipus stagnalis ; L, Larve du Culex pungens; M, Nymphe du même.

nance, elle va prospérer et pulluler; ses descendants, faisant la tache d'huile, vont rapidement étendre leur domaine pour se procurer la nourriture néces-

Fig. 8. — Meétamorphoses de la Grenouille.

: Oies.

Palmipèdes

À, Œufs; Bet C, Croissance de l'embryon: D à I, Croissance du têtard : J, Jeune

Échassier : Spatule.

grenouille portant encore un peu de la queue du tétard; K, état parfait.

saire. Mais le pays n'est pas illimité, ni complètement plat; si les nouvelles générations rencontrent HE montagnes où l'air est plus froid, où les plantes qu ‘elles mangent ne croissent plus, elles vont s'arrêter ; elles trouveront là une barrière infranchissable : d'un autre côté, elles pourront se heurter à un désert sans eau ni végétation, à un bras de mer qu'elles ne pourront traverser; la carte que l'on pourra

dresser de leur aire géographique se trouvera donc nettement déli-.

mitée par ces frontières naturelles infranchissables pour elles. Ailleurs le pays s'étendant toujours vers les pôles deviendra de plus en plus froid, et, à un moment donné, les animaux ne trouvant plus la condition nécessaire de température arrêteront leur extension ; la frontière sera moins nette et moins brusque que dans les cas précédents, mais elle n'en existera pas moins.

Mais alors il se passera, à la limite, un phénomène adaptatif fort intéressant ; les pionniers de l'espèce, poussés par le besoin de nourriture, modifieront quelques-uns de leurs caractères physiques ; par exemple, des êtres qui, dans le climat doux, n'auront qu'une légère fourrure, en acquerront une plus épaisse pour lutter contre le froid ; ou bien leurs jeunes se développeront plus tard pour attendre la belle saison ; en un mot, il se fera une adaptation au climat nouveau. Naturellement cette adaptation ne bouleversera pas de fond en comble l’organisation de l'animal, elle ne portera que sur des caractères secondaires qui constitueront des variétés nouvelles de l'espèce fondamentale. Par exemple, si l'animal vivait dans les prairies, quand il s’installera dans une forêt, il sera plus foncé; s'il passe d'un terrain calcaire à un terrain granitique, sa coquille deviendra plus mince; ses couleurs changeront s'il se nourrit d'une autre plante que celle qu'il avait l'habitude de manger jusque-là.

Mais nous avons envisagé le cas où le pays habité par notre animal n’en contiendrait pas une seule autre espèce; ce cas n'est Jamais réalisé, et il faut introduire dans le problème un nouveau facteur: la présence d'autres animaux qui se heurtent au premier; qui, eux aussi, ont besoin de se nourrir; qui se multiplient et qui, par conséquent, ont à lütter contre les concurrents pour avoir leur part de place et de nourriture. C'est la lutte pour l'existence, qui toujours se manifeste, de sorte que jamais l'animal ne rencontre le champ complètement libre pour s'installer et s'étendre; il devra utiliser les moyens de défense dont il est pourvu ; s’il en manque ou s'ils sont insuffisants, il devra en acquérir ou les perfectionner ou se résigner à disparaître devant ses concurrents mieux pourvus. Îl peut aussi arriver que, mieux armé que la race autochtone, l'envahisseur se substitue complètement à elle. — Nous !

devons supposer que cet animal initial était forcément un herbivore, puisqu'il ne Ï trouvait pas d'autre animal installé dans son pays d'adoption. Mais, comme il vient d'être dit, il est certain d'y trouver non seulem2nt d’autres herbivores, mais aussi

des carnivores qui lui donneront la chasse. Le nombre de ses descendants sera fortement réduit par les carnivores. Ajoutons encore que nombre de parasites, le trouvant à leur goût, s’installeront sur ou dans son corps, et tantôt le détruiront, tantôt le mettront en état d'infériorité pour la lutte. Finalement, de l’ensemble de toutes ces conditions favorables et défavorables, réulieralun équilibre pour l'espèce. Si les conditions sont, en majorité, favorables, notre espèce accroîtra le nombre de ses représentants et étendra son domaine; si les conditions défavorables prédominent, elle périclitera, diminuera de nombre, restreindra son aire et finira même par s'éteindre. C'est ainsi que les changements de climat qui se sont produits aux diverses époques géologiques ont été néfastes à de nombreux animaux qui ont disparu d'une période à une autre.

Un fait curieux à noter, c’est que, d’une manière générale, plus la surface occupée par une espèce animale est étendue, plus les individus - de cette espèce sont grands. Autrement dit, les individus d'une espèce vivant dans une île restreinte sont plus petits que ceux de la même espèce vivant dans une grande île et surtout dans un continent. Il en est de même pour les animaux vivant dans les mares, qui sont plus petits que leurs frères des étangs et des lacs; on peut obtenir expérimentalement Eee uibhende entilans des récipients de tailles diverses les œufs d’une même ponte d’une grenouille ou d’une lymnée. Il peut arriver que, dans les pays très éloignés et séparés par

Différences apportées dans le développement de certaines plantes par l'habitat. A, Mentha sylvestris; B, Veronica anagallis ; C, Cynodon dactylon, plantes des environs de Paris. A! B' C! formes

sahariennes des mêmes espèces (d’après M. Chudeau).

sont dans ce cas; beaucoup d’entre eux se recouvrent pendant la mauvaise saison d’une croûte solide ; ils s’enkystent, ne manifestent plus de vitalité, et sortent de cet engourdissement lorsque la température remonte à un degré convenable. D'autres s’enferment dans des nids soyeux ou s’enterrent pendant la période hivernale. Chacun connaît la transformation du pelage des Mammifères à l'approche de l'hiver (fig. 11).

D'une façon générale, les animaux sont beaucoup plus sensibles aux variations brusques de température, même s’il ne s’agit que d’un petit écart, qu'aux variations lentes, même quand elles représentent une grande différence.

Cependant il ya, entre les divers animaux terrestres comme chez les marins, des différences de sensibilité très considérables; la plupart sont très sensibles à ces variations et leur aire de dispersion est restreinte; maisil y en a d’autres, beaucoup moins exigeants, pour lesquels l'influence de la température est secondaire au point de vue de la distribution géographique. Certains animaux même s’'acclimatent complètement dans des régions à climat très différent de celui de leur origine, lorsque le passage d’une localité à l’autre se fait lentement, sans saute brusque de température. Il faut encore signaler l’acclimatement, aux environs de Paris, par exemple, d'un certain nombre d'animaux méridionaux, intro-

Océan /ndien

Aâ/antique

Fig, 9. — Carte palæogéographique des continents durant la période triasique. duits avec les denrées alimentaires. Jusqu'à présent

ces cas sont exceptionnels.

d'énormes obstacles en apparence infranchissables, on trouve des faunes Les variations de l'humidité produisent des modifications anaayant des éléments analogues ; c'est ce qui arrive pour l'Amérique et logues. Dans les pays très secs où, cependant, il existe une saison des

l'Afrique du Sud, séparées par l'Atlantique. On a tout lieu de croire que ces pays étaient autrefois réunis en un immense continent dont les deux extrémités, actuellement émergées, étaient reliées par un vaste pays aujourd'hui effondré sous les eaux (fig. 9). Les faunes des deux pays actuels, pourtant si lointains et séparés, renferment les derniers représentants d'une faune beaucoup plus vaste et continue, ce qui explique leurs points de ressemblance.

Les ancêtres locaux sont donc fort importants à considérer lorsque l’on veut comprendre les raisons de la ressemblance et de la composition d'une faune avec celle d'un autre pays.

Nous avons déjà fait remarquer l’importance de la température comme facteur fondamental de la distribution géographique des êtres; on a pu se rendre compte que si d'un point qui peut être considéré comme présentant les meilleures conditions de température possible pour un animal, celui-ci s'écarte progressivement en longueur ou en hauteur, il arrive à une région plus chaude ou plus froide, qui n'est plus la meilleure pour l'animal considéré: il dépérit, est moins fécond, et finit par disparaître. Si ces êtres ont une température de prédilection, ils peuvent cependant vivre audessus et au-dessous de cette limite ; mais s'ils s'en écartent trop, ils tombent dans une sorte de vie ralentie: le plus souvent l'augmentation de la température accélère le développement, qui est retardé par sa diminution. Ces modifications sont d’ailleurs très variables et dépendent des espèces et du milieu habituel où elles vivent. Certains animaux, comme la Marmotte (fig. 13), hivernent, s’engourdissent, ont une vie ralentie, pendant laquelle ils: consomment leurs réserves de graisse, et peuvent supporter longtemps dans cet état de très basses températures; presque tous les êtres qui vivent dans les mares gelées en hiver

Port du genévrier en montagne et en plaine.

pluies, c’est pendant cette période que se fait la reproduction des animaux ; elle est généralement courte et alors le développement embryonnaire est accéléré. Pendant la période de sécheresse, les animaux se mettent à l'abri en s'enfermant dans le sol, où ils subissent une période de vie ralentie analogue à l’hivernation des animaux des climats froids.

L'action de la lumière est fort importante à noter, car elle modifie considérablement l'aspect d'une faune entière; tout le monde sait que les pays tropicaux sont la patrie des animaux bariolés, aux teintes éclatantes, des ciseaux merveilleux, des poissons de surface aux plus étonnants coloris. Plus on monte dans les pays tempérés et froids, plus ces teintes s'éteignent, s'atténuent, pour faire place aux tons grisâtres, aux nuances estompées, pour finir dans les régions polaires aux plumages ou pelages blancs de la saison d'hiver, qui permettent à leurs porteurs de se confondre avec la neige ambiante. De même les oiseaux de nuit se couvrent de plumes rousses ou grises, particulièrement curieuses chez les perroquets nocturnes, qui tranchent si nettement avec leurs étincelants collègues diurnes.

Mais il existe dans tous les climats des animaux nocturnes qui fuient la lumière, se tiennent cachés le jour et ne sortent que la nuit; cette disposition est particulièrement accentuée dans les pays chauds, où un grand nombre de mammifères ne quittent leurs repaires qu'après le coucher du soleil. Dans nos climats, ils sont moins nombreux, mais représentés surtout par les Chéiroptères ou chauves-souris (fig. 10).

Dans les régions montagneuses principalement se trouvent des grottes profondes habitées par des animaux qui jamais ne sortent à la lumière du jour.

Ces cavernicoles acquièrent des caractères très spéciaux dus à ce qu'ils vivent en dehors de l’action des rayons lumi-

neux, des variations de la température, dans un milieu sans végétaux, dans un air généralement saturé d'humidité. Ils se trouvent ainsi dans des conditions de stabilité de milieu qui annihilent presque toutes les causes de variations auxquelles sont soumis les animaux du dehors. Ils peuvent être considérés comme des types archaïques représentant actuellement l'état où se trouvaient leurs ancêtres ; ils sont dans des conditions analogues à celles de animaux des grandes profondeurs de la mer ; aussi quelques- -uns de leurs caractères sontils semblables : par exemple, la réduction et la disparition de leurs yeux, que compense l'allongement de leurs appendices locomoteurs et tactiles: la décoloration de leurs téguments. Une faune considérable de Crustacés et d'insectes vit dans ces cavernés; on peut encore citer le célèbre Protée des grottes de la Carniole, batracien décoloré dont les yeux sont atrophiés, qui reprend sa pigmentation cutanée quand on le fait venir à la lumière.

Les animaux qui vivent dans les arbres des forêts, les arboricoles, ont modifié leur organisation pour courir sur les branches et sauter d'un arbre à l’autre : les mains et la queue prenante des singes en sont un exemple classique (fig. 14); d'autres ont développé leurs griffes ou produit des membranes entre leurs membres pour servir de parachute (fig. 12).

Il faut encore remarquer qu'une des causes de la grande dispersion des animaux est dans le développement de leurs moyens de locomotion ; ilest certain que les animaux qui volent bien ont une aire de dispersion beaucoup plus grande que ceux qui se déplacent peu ou mal; les oiseaux migrateurs étendent énormément leur répartition géographique. Mais il peut arriver que cette extension active ne soit pas plus effcace que l'action des eaux ou des vents pour répandre les animaux ; certains d'entre eux acquièrent ainsi une répartition considérable par des moyens mécaniques indépendants de leur volonté ; des Insectes, des Mollusques, des Vers, sont véhiculés à de grandes distances par les Oiseaux, par des bois flottés, des bateaux.

Nous avons dit que beaucoup d'animaux exigent une nourriture déterminée : certains Insectes ne peuvent vivre qu à la condition de trouver une certaine plante: il en résulte donc qu'en établissant la carte de dispersion de l’insecte, on établit du même coup, au moins partiellement, celle de la plante. Il en est de même pour les parasites qui ne vivent que sur certains animaux.

Nous avons déjà parlé de l'importance du régime alimentaire sur la biologie générale des êtres ; nous savons que les animaux herbivores sont répandus dans tous les climats susceptibles de produire des végétaux et que les carnivores sont confinés dans les mêmes régions, puisque leur alimentation est liée à la présence des herbivores qu'ils poursuivent.

Ces différences de régime influent énormément sur la structure du corps, sur la dentition, le tube digestif, les moyens d'attaque, etc., mais aussi sur la composition générale d'une faune où les herbivores sont toujours plus nombreux que les carnivores. D'autre part, les carnivores recherchant toujours une ou plusieurs espèces spéciales d'herbivores, il s'ensuit qu'entre les chasseurs et les chassés :l existe une relation qui, mettant toujours les mêmes antagonistes en présence, influe beaucou» sur l'aspect général de la faune de leur pays. Ces faits ne se rapportent pas à quelques cas particuliers, mais à tout l'ensemble

Fig.13. — Marmotte des Alpes (Arctomys).

Fig. 10. — Barbastelle (Synotus).

Protée anguillard (Proteus an£uinus).

Fig, 11. — Hermine (Zctrs).

Fig, 12. — Ptéromys AE

des animaux. Mais cette question de la nourriture entraîne encore une autre conséquence. Chez beaucoup d'animaux migrateurs, les jeunes ne mangent pas les mêmes aliments que les adultes. Il faut donc que les parents viennent pondre dans des endroits où les jeunes, en éclosant, trouveront la nourriture spéciale qui leur convient. C'est une des causes principales de la migration de certains animaux, qui changent de pays selon les saisons pour procurer à leurs } jeunes les aliments nécessaires à leur premier âge et qui, à la saison suivante, les emmèneront dans d’autres parages mieux appropriés à leurs besoins d'adultes.

Dans cette lutte pour l'existence, les animaux ne se contentent pas d'employer la force : beaucoup d'entre eux ont recours à la ruse; ils se dissimulent de leur mieux, non seulement en se cachant, mais encore en adaptant la coloration de leurs téguments à celle des objets qui les entourent. C'est ainsi que des Papillons rappellent à s'y méprendre la couleur et les accidents des écorces, des feuilles ou des fleurs sur lesquelles ils se posent habituellement; nous verrons des Mollusques, des Poissons (fig. 15), modifier à volonté la couleur et l’ornementation de leurs téguments pour se mettre en harmonie avec les fonds ou les algues parmi lesquelles ils vivent. Ces modifications sont connues sous le nom de mimétisme : c'est donc la propriété que possèdent certains êtres d'en mimer d'autres dans le but d’en tirer quelque avantage pour eux-mêmes.

Les exemples qui précèdent se rapportent au mimétisme par homochromie, ou similitude de couleur; mais, dans d’autres cas, le mimétisme est encore plus perfectionné ; ce n'est pas seulement la couleur, mais aussi la forme générale ou partielle du corps qui se modifie à tel point que des animaux en copient d'autres ou ressemblent à des morceaux de bois : tel est le Bacille, ou à des feuilles; par exemple, la Phyllie imite une feuille sèche (fig. 16); le papillon Kallyma imite une feuille avec ses nervures et son pétiole (fig. 17); quand il se pose sur une branche, il se confond avec les véritables feuilles, qu'il imite

Fig. 14. — Atèle (Afeles).

Comment disparaissent le Rhinocéros bicorne et l'Hippopotame.

jusque dans ses moindres détails; des serpents non venimeux en copient d’autres qui le sont. Le but de tous ces êtres est de tromper les

animaux qui les chassent, en se rendant aussi peu visibles que possible, ou en prenant, eux inoffensifs, l'aspect d'autres animaux redoutables et bien armés.

Ajoutons que les modifications dans la coloration des téguments sont souvent liées à l'alimentation et que l’on peut expérimentalement les produire en modifiant le régime alimentaire de ces animaux; par exemple, on arrive à changer les nuances de certains papillons en nourrissant leurs chenilles avec des plantes spéciales.

Il faut aussi remarquer que l'intervention de l'homme modifie rapidement les faunes terrestres, d'eau douce et même littorale.

Les animaux disparaissent le plus souvent parce que l’homme les effraie par ses chasses et les détruit soit pour s'en préserver, soit pour s'en nourrir, soit pour utiliser leurs dépouilles pour se vêtir ou se parer; mais il faut bien avouer que c'est souvent aussi par désœuvrement, snobisme et sottise. [I] n y aurait pas à chercher bien loin le nom de certain grand personnage qui a parcouru l'Afrique en tuant sur son passage tout ce qui passait à portée de son riffle américain pour s'attribuer le record de la tuerie. Nous assistons ainsi à la fin des Éléphants, des Hippopotames, des Girafes, des Oiseaux de paradis (fig. 18), et de combien d’autres qui n’existeront bientôt plus que dans nos musées, sous la forme de grotesques peaux bourrées.

Par contre, la modification des rapports entre les parties les plus éloignées du monde par suite de la rapidité des communications permet la dissémination de certains animaux : c'est le cas de notre vulgaire escargot, du lapin, du rat, de la mouche domestique et d'un certain nombre d'animaux de diverses classes qui sont en train de devenir cosmopolites.

L'action de l'homme ne s’est pas fait seulement sentir sur les animaux qu'il a domestiqués ou dispersés, ou supprimés, mais aussi sur les races dites inférieures de sa propre espèce. Et ce n'est pas un des phénomènes les moins curieux de l’histoire de la vie sur la terre de voir que les races perfectionnées, supérieures par leur intelligence, attestée par le poids de leur cerveau, raffinées quant aux arts et aux sciences, ont perfectionné aussi leurs vices et leurs tares; elles les ont transmis aux races inférieures que l'alcool, la syphilis, la tuberculose et autres « produits civilisés » ont fait disparaître plus vite et plus sûrement que la conquête à main armée. Nos successeurs, avant un siècle, ne trou-

Fig. 16. — Phyllie.

Fig. 18. — Paradisier.

Petit Emeraude.

NS

Fig, 15.

Antennarius marmoratus.

veront plus de représentants de ces races dont nous voyons le déclin et dont plusieurs se sont définitivement éteintes depuis peu.

Des conditions d'existence diverses que recherchent les animaux terrestres et qu'ils trouvent réunies sur un certain espace résulte leur réunion en groupes biologiques ayant les mêmes besoins et les mêmes aptitudes. Depuis longtemps les naturalistes ont essayé de délimiter ces provinces zoologiques et d'établir des cartes exprimant les limites de ces régions (fig. 19). Mais selon qu'ils étudiaient tel ou tel groupe, les limites de ces provinces variaient énormément et il fallait faire autant de cartes distinctes qu'il y avait d'espèces animales. Ce fait provient en grande partie de ce que les zoologistes étudient presque uniquement la faune actuelle, qui n’est en réalité que la résultante des états géologiques antérieurs de la faune. Mais l'étude plus précise des conditions particulières de la vie animale permet d'établir des provinces qui représentent réellement une unité biologique, dans chacune desquelles un nombre important d'animaux spéciaux montre une différence fondamentale avec les voisines. Ces divisions ne correspondent pas toujours aux continents actuels envisagés au point de vue purement géographique.

Notons d'abord deux régions polaires, arctique et antarctique, à faune terrestre réduite aux Oiseaux migrateurs et à quelques Insectes, auxquels il faut ajouter, au Nord, un petit nombre de Mammifères. La bordure de la zone polaire entourant l'Océan glacial du Nord et le nord de l'Atlantique correspond à une . région glacée pendant une grande partie de l’année: elle contient une faune spéciale pauvre dont on retrouve l’analogue dans les hautes montagnes à glaciers.

Une vaste ceinture comprenant la moitié de l'Amérique du Nord, les deux tiers nord de l’Europe et la moitié de l'Asie forme la région tempérée paléarctique riche en animaux habitant les plaines, les forêts et la région inférieure des montagnes. Autour de la Méditerranée, une vaste ceinture de terres européennes, asiatiques et africaines, forme un bassin spécial correspondant à une faune particulière.

Toutela partie saharienne de l'Afrique, l'Arabie, le centre de l’Asie et de l'Australie sont principalement constitués par de vastes plaines déserti- . ques pauvres en animaux, chaudes en Afrique, glacées en Sibérie.

L'Amérique centrale ou néotropicale, l'Afrique équatoriale, la région indo-malaise et australienne du nord, forment de vastes territoires forestiers

Comment disparaît l'Éléphant d'Afrique.

chauds, à faunes particulièrement abondantes et variées d’une région à l'autre, riches en Oiseaux, en Reptiles, en Mollusques, en Insectes.

On retrouve dans l'Amérique et l'Afrique du sud les vastes plaines ayant l'aspect des steppes désertiques, ou des montagnes peu boisées sèches, ou des savanes desséchées pendant une partie de l’année; les animaux n y abondent que pendant la saison humide : ils émigrent ou s'enterrent le reste du temps.

Toutes ces terres de l'hémisphère sud ne sont séparées que depuis un temps relativement court; aussi n'est-il pas étonnant de constater des affinités faunistiques entre des pays aussi distants que l'Afrique et l'Amérique du Sud qui formaient jadis un seul continent; Madagascar a des rapports avec l'Afrique pour une part, avec l'Inde pour l’autre.

Toutes ces grandes régions se subdivisent en provinces de moindre étendue, caractérisées par une faune spéciale, comme par exemple les grands lacs d'Afrique, la Nouvelle-Zélande, les îles coralliennes de l'Océanie, etc., les steppes, les toundras. Nous ne pouvons naturellement insister ici sur ces particularités. Ajoutons cependant que dans tous les pays en bordure de la mer il faut noter une zone côtière où les plantes et les animaux tels que les oiseaux, les insectes, comportent des représentants qui n'existent plus à l’intérieur des terres.

Quelques indications sont maintenant nécessaires rélatives aux sexes et à la reproduction des animaux. En dehors de la structure anatomique des organes reproducteurs qui n'est pas la même chez les mâles et les femelles d'une même espèce, il existe des caractères extérieurs qui, très souvent, distinguent les individus de sexe différent. C'est ainsi que l’on peut observer des écarts de taille; chez les uns, les mâles sont plus grands; chez d'autres, ce sont les femelles. Ailleurs, chez les Oiseaux, par exemple, les femelles ont des

rieurs; tantôt ils sont simultanément, tantôt successivement, mâles et femelles.

La plupart des animaux doivent s’accoupler pour donner naissance à des œufs, puis à des larves; il y a fécondation de l'œuf par le spermatozoïde, et si leur rencontre ne se produit pas, l'œuf reste infécond. NÉS dascerins cal peut se produire des jeunes sans fécondation préalable de l'œuf. C'est ainsi qu'à une certaine période de son existence, le Phylloxera n'est plus représenté que par des femelles donnant plusieurs générations successives de femelles sans mâles; il y a ce qu'on appelle parthénogénèse ; puis à un autre moment les mâles reparaissent et la reproduction sexuée reprend. Chez d'autres animaux, les œufs à coquille mince, dits œufs d'été, ne sont pas fécondés : ils produisent cependant des larves; les œufs d'hiver à coquille épaisse seuls sont fécondés.

Un bon nombre d'animaux présentent une condition très particulière de développement; ils ont des générations alternantes. Un individu produit un jeune qui grandit, mais diffère complètement de son parent; puis celui-ci donne à son tour un jeune qui ressemble à son grand-parent. Les enfants ne ressemblent donc jamais à leur mère, mais toujours à leur grand mère, et les différences sont considérables.

Beaucoup d'animaux, avant d'atteindre à leur forme définitive, passent par des états jeunes, ou larves, qui diffèrent énormément de leurs

teintes ternes, se confondant avec la couleur du sol ou des herbes où elles font leur nid; les mâles, au contraire, ont des couleurs vives, des plumes aux formes étranges, disposées très gracieusement; ils se parent pour séduire les femelles. Les choses peuvent aller si loin et les mâles peuvent être tellement différents des femelles que ce dimorphisme sexuel entraîna souvent les naturalistes à considérer les deux sexes comme appartenant à des espèces distinctes. Ce que l'on voit chez les Paons, où le mâle est si dissemblable de la femelle, se trouve chez d'innombrables animaux, en particulier chez les insectes (fig. 20 et 22).

Le plus souvent les organes, mâles et femelles, sont portés par des individus différents. Mais il existe de nombreux animaux qui portent les deux sexes; ces hermaphrodites se trouvent surtout chez les animaux infé-

À <<" A ME Q'U-ÆE

Page 1