‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 51 sur 260 · A) AU · texte numérisé non relu

A) AU

Fig. 180, — Taret américain (Xylotrya Gouldi).

A, Jeune commençant à creuser le bois et ayant encore la forme d'un bivalve ; B, Individu plus âgé, avec la palette qui sert à fermer son tube; en bas, coquille; C, Adulte jeune avec les deux siphons, la pa-

lette et la coquille.

Édifices effondrés par l'action des Tarets (d'après Kofoïd).

ces pieux, on entrelace souvent des branches d'arbres et le tout forme une longue haie: c'est un bouchot. Les moules se fixent sur les branches, sur les pieux. Pour remplacer celles qu'on enlève pour les vendre, on choisit les plus belles d’entre elles et on les met dans un petit sac en filet ou dans un panier, que l'on suspend aux pieux. Les jeunes embryons qu'elles émettent se fixent aux supports qu'ils rencontrent, et, au début de l'été, on voit une foule de moules microscopiques recouvrant comme une poussière noire les branches des bouchots. On circule sur la vase dans de petites barques à fond plat dites acon.

À terre, on nettoie les moules, on les lave, puis on les expédie.

Les côtes de Hollande produisent une grande quantité d'excellentes moules, dont beaucoup sont vendues à Paris.

Perles et Nacre. — Les Perles sont connues depuis la plus haute antiquité: la Bible les mentionne, ainsi que les plus anciens contes chinois.

De tout temps on s'est évertué à connaître l’origine de ces objets précieux, et les légendes les donnent comme des larmes de naïades et d'anges, des condensations des rayons de l'aurore.

La poésie est belle, les perles aussi, mais les naturalistes sont des gens très prosaïques, et la vérité leur Dlait mieux que la légende. Ils sont arrivés à savoir que la plus belle des perles n’est que le tombeau brillant d'un parasite, d'un T'énia, d’un vulgaire Ver solitaire !

Nous avons vu, dans un chapitre précédent, que les Cestodes ou Vers solitaires passent leur existence sous deux formes : l’une adulte, le ver proprement dit, parasite dans l'intestin d’un hôte: l’autre larvaire, enkystée, sous forme/de sac, dans les tissus d'un autre hôte. Pour que l'évolution complète du parasite se produise, il faut que l'hôte contenant la larve soit mangé par un autre animal, dans l’intestin duquel la larve prend sa forme de ver adulte.

Il en est de même pour le parasite produisant les perles. Il a son état de ver adulte dans l'intestin d’un Poisson, une Raie, et sa forme larvaire dans les tissus de la Pentadine ou Huître perlièré, Quand la Raie vient à manger la Pentadine, le parasite larvaire libéré s'accroche à la paroi de l'intestin de cette Raie et y prend sa forme de Ver adulte. C'est ce Ténia qui pond des œufs d'où sortent des larves qui

Dragues à Huitres, à Cancale,

vont infester de nouvelles Pentadines, et le cycle re- e commence. è

Or, ces larves gênent les Pentadines; mais elles n'ontpas le moyen des’endébarrasser, etellessontréduites à les envelopper d'une couche nacre: c’est la perle. Le parasite, qui a la forme d'une vésicule plus ou moins grosse, pleine d'eau, se trouve enveloppé d' un enduit qui s ’épaissit sans cesse de couches superposées d'une nacre * brillante, à lamelles concentriques, multiples, à reflets irisés. [l finit par mourir et, quand on scie la perle, on le trouve au centre, flétri et ratatiné. La perle est donc le résultat de la réaction de l’huître contre le parasite qui perfore ses tissus.

Tantôt la perle se produit dans le manteau, le rein, les muscles de la Pentadine. Il peut arriver qu'elle se détache, tombe entre la coquille et le manteau, et que là, pour se défaire de ce caillou gênant, l'animal l'entoure de nacre, l’enfouisse dans sa coquille, où on peut la retrouver en brisant son enveloppe. Quelquefois, un grain de sable s'introduit entre les valves et l’huître l'entoure de nacre: cela constitue des « perles de nacre », beaucoup moins belles que les vraies perles d'origine parasitaire; quelquefois de petits Poissons, du genre Fierasfer, s'introduisent sous le manteau de l’huître, qui s’en débarrasse en les couvrant de nacre: ils se voient alors comme un petit poisson nacré scellé à la coquille. Les Chinois utilisent cette particularité, en introduisant entre les valves des coquilles nacrigènes de petits bouddhas en porcelaine ou en plomb qui, au bout de peu de temps, sont recouverts de nacre.

Les Japonais ont récemment obtenu de très belles perles en enveloppant une petite boule de nacre dans un morceau du manteau d’une huître perlière et en greffant ce petit sac sur une autre huître. Au bout de plusieurs années, la petite boule est recouverte de substance perlière : ce sont les perles japonaises dont on a tant parlé récemment.

Les vraies perles se forment dans le manteau; il en existe d’autres, dites baroques, irrégulières, comme soufflées, qui se forment dans d’autres organes et qui sont utilisées pour faire des bijoux de fantaisie.

Les vraies perles sont formées d’un grand nombre de minces couches d’une nacre spéciale très dure, entre lesquelles la lumière, en se jouant, leur donne leur orient. Ces perles sont très difficiles à dissoudre dans un acide faible comme est le vinaigre, et il faut reléguer dans les légendes l’histoire de Cléopâtre.

La couleur des perles est indépendante de leur orient;

Embryon d’'Huitre très grossi et vu par transparence (d’après Dautan).

les plus

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