LES CÉPHALOPODES
Les plus élevés en organisation, parmi les Mollusques, sont les Céphalopodes.
Chacun connaît, au moins de nom, ceux de ces animaux qui vivent sur nos côtes, par exemple la Pieuvre, la Sèche ou le Calmar. Ce sont des êtres très compliqués, dont certains organes sont aussi perfectionnés que ceux des vertébrés : tels sont leurs yeux, leur bouche, leur cœur, etc.
Ce sont tous, sans aucune exception, des animaux marins et l'on en a trouvé dans toutes les mers, à la surface et dans les grandes profondeurs. Cette grande dispersion dans des milieux très divers a beaucoup influé sur la constitution de ces animaux; ils sont extraordinairement variés dans leur forme, tout en conservant intactes les grandes lignes fondamentales de leur structure.
Si l'on examine une Pieuvre, on voit qu'elle se compose de trois parties : une couronne de reel garnis de ventouses, une tête pourvue de deux gros yeux, un corps en forme de sac. Les tentacules surmontent la tête, laquelle est suivie du sac rempli par les viscères.
Chez la Pieuvre il y a huit bras; chez la Sèche, il y en a dix; chacun de ces animaux est le type d'une des deux grandes divisions des Céphalopodes, les Octopodes et les Décapodes. Les deux bras supplémentaires de la Sèche (fig. 220) sont de longs tentacules que l'animal peut rouler dans une poche spéciale et qu'il déroule avec une extrême vitesse quand une proie à sa convenance passe à sa portée; il la harponne au moyen de ventouses placées à l'extrémité de ses tentacules.
Les ventouses (fip. 221) sont très caractéristiques des Céphalopodes; ce sont des organes en forme de coupe, dont le fond est mobile et fonc-
Fig. 221.
Ventouse &'un Chiroteuthis.
Fig, 222, Fig. 223.
Abraliopsis à organes lumineux,
Histioteuthis bonelliana à organes lumineux.
Mandibules d'Architeuthis
: À, Supérieur; B, Inférieur (réduit).
tionne comme le piston d'une pompe. Le vide se fait dans la cavité de la ventouse et, plus l'animal contracte son muscle, plus elle adhère solidement. S'il vient à relâcher ce muscle, le vide cesse et l'adhérence disparaît. Si l’on se figure que dans une Pieuvre de moyenne taille il y a près d’une centaine de ces ventouses sur chaque bras, et qu il y en a huit pareils, on voit quelle résistance elles dévelonvent et, de fait, la bête se laisse couper en morceaux plutôt que d'abandonner lérocher auquel elle se cramponne.
Dans les Céphalopodes Décapodes, les ventouses portent en plus un cercle corné, coupant, ou denté en scie sur ses bords, de sorte que l'organe fonctionne comme un emporte-pièce.
La bouche, placée au sommet de la tête, au centre de la couronne de bras, est entourée d’une lèvre circulaire protractile ; deux mandibules cornées, pareilles à celles d’un bec de perroquet, coupantes, pointues, en sortent. La radula sert à mettre en miettes les gros morceaux que les mandibules ont coupés. Une grosse langue, toute garnie de papilles nerveuses, des glandes qui sécrètent une salive empoisonnée, se voient dans cette masse compliquée qui forme le bulbe buccal.
Fe Céphalopodes se nourrissent de crustacés et de coquillages.
Les Céphalopodes pélagiques poursuivent leurs proies et les capturent grâce aux ventouses de leurs tentacules ; mais chez ‘Plusieurs d’entre eux ces ventouses sont transformées en houppes de filaments gluants dans lesquels viennent s'empêtrer les innombrables bestioles flottantes du plancton, par exemple chez les jolis Chiroteuthis(fig. 224).
Calmar (face ventrale), les bras, les deux tentacules pendants, le siphon et, en bas,
les nageoires
Fig. 224, — Churoteuthis, (Ommastrephes).
ÉBSEMOBEUSOUES
bi ds ms min re " 4 D
Spirula (d'après Chun) : A et B, Faces ventrale et dorsale; C, Organe lumineux placé entre les nageoires.
La peau des Céphalopodes renferme une quantité énorme de cellules en forme d'étoile qui contiennent une gouttelette de pigment foncé : ce sont les chromatophores. Si l'animal tient cette gouttelette contractée, la couleur de la peau transparente est claire; mais si la gouttelette s'étale, elle devient une étoile colorée en rouge, brun, jaune, rose, noir, vert. L'animal change alors de couleur. Ce changement est instantané, et, de plus, il est volontaire ; ë l'animal peut fermer tous ses chromatophores, ou bien n'ouvrir que certains d’entre eux, par exemple les rouges. Il prend alors une coloration rouge; s'il ferme tous ses chromatophores, sauf les jaunes, il devient jaune. Il peut encore ouvrir dans un point des chromatophores d'une certaine couleur, ailleurs un groupe d'une autre couleur, il prend alors un aspect marbré, tigré, tacheté, zébré, etc.
À quoi cela lui sert-1il ? C’est un moyen de défense. S'il veut passer inaperçu parmi des cailloux de teintes diverses 1l se colore par plaques rappelant la marbrure du sol sur lequel il rampe ; s’il se promène sur du sable jaune, il ouvre ses chromatophores jaunes et il est très diffcile de l'y distinguer. C’est encore un moyen de se dissimuler dans les eaux : s'il ferme tous ses organes colorés, il devient alors presque transparent.
Les Céphalopodes sont pourvus d'une glande, annexée à la partie terminale de l'intestin, qui sécrète une matière d’un noir intense dont il suffit de quelques parcelles pour rendre une grande masse d’eau pareille à de l'encre. Quand le Céphalopode se sent poursuivi, il lâche une bouflée de son noir, ferme brusquement ses chromatophores, ce qui le rend incolore, puis il fait un crochet, pendant que son ennemi est aveuglé dans le nuage d'encre.
D'autres animaux possèdent cette faculté de changer de couleur, mais nulle part elle n'agit avec une pareille rapidité; la volonté de l'animal s'y manifeste de la façon
Fig. 225, Nautilus pompilius.
Nautile scié montrant les cloisons et le siphon.
Spirule (coupe du corps) [d’après Chun].