‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 58 sur 260 · FF · texte numérisé non relu

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Spermatophore de la Seiche

(d'ap. Milne-Edwards).

Nautile fossile scié dans le plan médian (Museum).

Octopus arcticus.

À, Mâle montrant son bras hectocotylise ; B, Détail de ce bras.

Poulpe à yeux télescopiques,

la plus curieuse et produit les phénomènes les plus surprenants de mimétisme instantané.

La peau des Céphalopodes contient des glandes qui sécrètent une matière huileuse; chez quelques-uns, cette huile répand une odeur musquée très vive. On sait que les Cachalots se nourrissent de Céphalopodes; dans leur intestin, cette huile se concrète, se solidifie et forme des boules que l'animal évacue de temps à autre.

C'est l'ambre gris, utilisé en parfumerie, qui atteint une valeur énorme. Aussi les pêcheurs de Cachalots ne manquent-ils jamais d'explorer l'intestin de leur proie et quelquefois ils y trouvent une fortune.

Les Céphalopodes pélagiques sont doués de la faculté d'émettre de la lumière (fig. 222 et 223); ils ont des organes fort curieux, disséminés dans leur peau, qui sont chargés de cette fonction photogénique.

Les petits organes producteurs de lumière se composent d'une lampe et d'un réflecteur argenté. La lampe peut être comparée à un œil qui, au lieu de recevoir, à travers la cornée et le cristallin, les rayons lumineux impressionnant la rétine, aurait, au contraire, une rétine produisant la lumière et l’enver- 8 rait au dehors à travers un cristallin et une cornée. C'est la même structure, mais c'est le

Loges initiales d'une Spirule.

EE se : |

Embryon de la Seiche,

Pêche de la pieuvre en Tunisie et séchage aux cordages.

fonctionnement inverse. Nous avons parlé plus haut des chromatophores. Il y en a devant les organes lumineux, de sorte que quand une de ces lampes fonctionne et que l'animal étale devant elle une lamelle rouge, elle émet un rayon rouge; même effet avec une lamelle jaune ou verte, de sorte que les changements de teinte de la lumière peuvent se Eire instantanément.

Les organes lumineux sont surtout fréquents chez les Céphalopodes pélagiques de grande profondeur. Ils sont tantôt réduits à une paire d' organes, tantôt multipliés par centaines, au point que la peau en est couverte. Ces appareils servent à ces animaux à s'éclairerdans les profondeurs obscures de la mer; mais ils les utilisent aussi comme pièges pour attirer les petites bêtes qui passent dans le voisinage. On a aussi remarqué que les organes lumineux sont toujours placés de la même manière dans une même espèce, de sorte que, dans l'obscurité, ils fonctionnent comme des fanaux de navires, permettant aux individus de reconnaître leurs confrères, ou aux mâles de reconnaître les femelles de la même espèce, ou réciproquement.

Nous ne dirons rien de l'anatomie des Céphalopodes ; il faut pourtant dire quelques mots de l'appareil intéressant qui leur sert à nager. Le sac qui contient les viscères est ouvert, sous la tête, par une large fente d'où émerge un tube conique, le siphon ou entonnoir. L'animal fait entrer l’eau par la fente de son sac, la referme, puis, contractant brusquement les parois de cette poche, oblige l'eau à sortir par l’entonnoir. Il se produit alors un brusque mouvement de recul : l'animal

Octopus Digueti logé, avec ses œufs et ses jeunes, dans une coquille de Saint-Jacques (d’après de Rochebrune).

Ammonites planicosta (étage Liasien).

est lancé en arrière par la réaction de l'eau comprimée:; il fait des bonds de plusieurs mètres. On en voit souvent qui sautent hors de l’eau et retombent sur le pont des navires.

Quand les Céphalopodes veulent nager tranquillement, ils n’utilisent pas ce procédé à saccades; la plupart d'entre eux possèdent une nageoire bien développée à l'arrière de leur corps, qui fonctionne comme une hélice et donne une grande souplesse à leurs mouvements.

Chacun connaît l'os de Sèche, que l’on utilise pour permettre aux oiseaux en cage d'’aiguiser leur bec. C’est un corps ovale, blanc, calcaire, très léger, qui se trouve placé sous la peau du dos des Sèches. C'est leur coquille. Elle sert à la Sèche à la fois de squelette, produisant la solidité de son corps, et de flotteur, car sa structure poreuse la rend très légère. Dans certains Céphalopodes décapodes on trouve une coquille analogue, mais cornée, jaune ou brune, en forme de plume, placée sous la peau du dos, et peu solide.

Mais il y a deux Céphalopodes très curieux dont il faut signaler la coquille exceptionnelle : ce sont le Nautile et la Spirule (fig. 225). Ces deux animaux sont les seuls vestiges, actuellement vivants, d'une immense série de Céphalopodes anciens, à coquilles cloisonnées dont les plus connus sont les Ammonites ; ces êtres ont pullulé depuis les temps géologiques les plus anciens, puis ils ont disparu à la fin de la période crétacée, et seuls les Nautiles et les Spirules ont persisté. Les Nautiles ont une grosse coquille spiralée, nacrée à l'intérieur, composée d’un premier compartiment très grand, dans lequel loge l'animal, et

Eledone moschata (Aquarium de Banyuls).

d'une série de chambres plus petites allant jusqu’au centre de la coquille. Si l’on pouvait dérouler cette coquille, on verrait qu'elle a la forme d’un long cône dont le sommet est formé par la chambre initiale. Toutes ces chambres communiquent entre elles par un tout petit tube membraneux et calcaire, le siphon, qui, partant du corps du Nautile, aboutit au sommet du cône. Il ne faut pas oublier que, dans les formes fossiles, la grande famille des Orthocères avait la forme droite, en cône aigu, dont nous venons de parler.

Chez la Spirule, la coquille a aussi la forme d’un cône cloisonné, enroulé, formé de chambres communiquant par un tube ou siphon. Cette coquille est sous-cutanée, relativement petite, et par conséquent très différente de celle du Nautile. D'ailleurs ce sont deux animaux. très éloignés l'un de l’autre, qui n'ont de commun que la disposition chambrée de leur coquille.

ÉESRMOLIEUSOUES 83

Eledone Charcoti (antarctique). Cirroteuthis umbellata.

Les Céphalopodes respirent au * moyen d'une paire de branchies situées dans le sac viscéral et baignées par le courant d'eau dont il a été question à propos de la locomotion.

Un cœur très perfectionné se trouve | entre ces deux branchies; il envoie | le sang dans un réseau ‘compliqué | d'artères, de veines, de capillaires.

Disons, en passant, que le sang est bleu, grâce à un sel de cuivre, l'hémocyanine, qui joue le même rôle que le sel de fer, de couleur rouge, l'hémoglobine, des vertébrés. Les centres nerveux qui, chez les autres Mollusques, sont dispersés en plusieurs points du corps, sont ici condensés en un véritable cerveau, à la surface duquel on peut voir des circonvolutions enfermées dans un crâne cartilagineux, situé entre les yeux.

Les organes des sens sont fort intéressants et perfectionnés. Dans la bouche, se trouve une langue qui contient de très nombreuses papilles nerveuses; en arrière de la tête on trouve souvent des plis, des villosités qui sont considérées comme olfactives, sans cependant qu on en ait la preuve. Les yeux sont aussi perfectionnés que ceux des vertébrés ; on y trouve les mêmes éléments : un gros cristallin, une choroïde, une rétine, une sclérotique, un iris, une cornée, des paupières, le tout différant par des détails de l'œil du vertébré, mais bâti fondamentalement sur le même plan; disons cependant que l’eau de mer peut pénétrer par un petit orifice dans l'intérieur de cet œil et

Argonauta argo femelle dans sa coquille.

Cirroteuthis Grimaldii. Melanoteuthis lucens.

E ‘ que les éléments de la rétine sont tournés en sens inverse de ceux de la rétine des Vertébrés. Certaines espèces de grande profondeur ont des yeux portés sur des tubes semblables à une lorgnette.

L'audition se fait au moyen de deux organes vésiculaires creusés dans la base du crâne: ce sont des otocystes perfectionnés, renfermant une petite pierre calcaire; les terminaisons nerveuses s'étalent, comme dans l'oreille interne des Vertébrés, en crêtes et taches, indice d'un haut perfectionnement. Il est probable que ces organes cumulent, comme chez les Vertébrés, la fonction auditive et la fonction d'orientation, ou sens de l'équilibre, comme l'ont montré les beaux travaux du professeur ŸY. Delage.

Les mâles et les femelles se ressemblent, sauf par quelques détails secondaires. [ls sont tous ovipares ; leurs œufs sont déposés isolément ou en grappes, par exemple chez la Sèche.

Ceux qui vivent à l’état pélagique laissent leurs œufs flotter isolément ou les réunissent dans un cylindre glaireux d'où les jeunes s'échappent.

On remarque chez beaucoup de Céphalopodes une modification d'un ou deux des bras chez les mâles seulement, en vue de l'accouplement. Dans une même espèce, c'est toujours le même bras qui est ainsi transformé en hectocotvle.

Le mâle dépose, pendant l’accouplement, dans la cavité du man-

Rossia Caroli, faces ventrale et dorsale (croisières du prince Albert 1° de Monaco).

Sepia elegans, face dorsale.

Mastisoteuthis Anagna.

teau de la femelle, de petites cartouches très compliquées, contenant le liquide fécondateur. Ces appareils, les spermatophores, attendent là le moment de la ponte; ils éclatent alors et fécondent l'œuf au moment où la femelle va l’émettre. L’embryon sort de la coque de l'œuf lorsque son vitellus est absorbé; souvent il a la forme définitive de son espèce, mais on connaît de nombreux cas où les Jeunes ne ressemblent pas du tout à leurs parents; ils n'arrivent que progressivement à cet état. Ces transformations sont encore très mal connues.

Beaucoup de Céphalopodes sont comestibles; sur tous les marchés des côtes méditerranéennes on vend les jeunes Poulpes, les Elédones, les Calmars, les Sèches, etc. Sur les côtes de la Tunisie, les Poulpes sont capturés puis séchés et exportés en grande quantité en Syrie, en Perse, où pendant les temps de jeune et de carême on les consomme comme conserves.

Les Céphalopodes se divisent en deux grandes sections : les T'étrabranches, qui ont quatre branchies, et les Dibranches, qui n'en ont que deux.

Les Tétrabranches sont exclusivement représentés parles Nautiles, dernier vestige des innombrables Céphalopodes chambrés des époques primaire et secondaire. Les deux espèces actuelles sont localisées dans les mers chaudes de Java, Bornéo, Nouvelle-Calédonie, Samoa.

Les Dibranches comprennent tous les autres Céphalododes actuels. On les divise en Octopodes, qui ont huit bras, eten Décapodes, qui en ont dix.

Les Octopodes sont représentés dans nos mers par les Pieuvres ou Poulpes, qui sont surtout des espèces littorales, rampant sur le sol et ne nageant guère que quand elles sont poursuivies. La plus commune est la pieuvre vulgaire (Octopus vulgaris), qui peut atteindre jusqu'à 2 mètres d'envergure. Citons encore l'Octopus Digueti, qui dépose ses œufs dans de vieilles coquilles, où il les couve. À côté des Poulpes, il faut placer les Éledones, qui en diflèrent parce qu'elles n'ont qu'un rang de ventouses sur les bras. L'une d’entre elles est remarquable par la quantité de musc que contient sa peau.

Certains Octopodes se sont adaptés à la vie pélagique; les Alloposus sont devenus transparents, gélatineux, semblables à des Méduses, et peuvent devenir gros comme une barrique.

Les Cirroteuthis vivent dans les profondeurs de plus de 3000 mètres et sont très différents des autres Octopodes: ils n’ont ni radula, ni poche à encre, mais possèdent une paire de nageoires qui n'a d'analogue chez aucun autre Octopode. Les Melanoteuthis à peau noire ont deux organes lumineux dorsaux.

Il faut encore citer les Argonautes. Le mâle ne diffère pas beaucoup d’une Pieuvre ordinaire; la femelle sécrète une fort jolie coquille, délicate, fine, blanche, qui n’est autre chose qu'un nid, où elle dépose les innombrables petits œufs qu’elle pond en

Onychoteuthis Banksi (face ventrale).

Nautile gravé (Nouvelle-Calédonie).

été. Elle les couve en tenant sa coquille serrée entre deux de ses bras transformés en palettes membraneuses, jusqu'au moment de leur éclosion; la plus connue de ces espèce est l'Argonauta Argo, qui vit dans la Méditerranée.

Les Décapodes sont beaucoup plus nombreux; les familles qu'ils comprennent sontcommunes dans toutes les mers

Les Sèches (Sepia), caractérisées par l'os calcaire dont nous avons déjà parlé, sont surtout des animaux littoraux, ou de petite profondeur ; médiocres nageuses, elles se tiennent tapies parmi les herbiers ou sur la vase: elles s’approchent du bord pour y déposer leurs œufs en été. Les Sepioles ont deux nageoires. Non loin des Sèches on peut placer les Bélemnites fossiles.

Les Spirules, remarquables par leur coquille cloisonnée, sont assez voisines des Sèches; elles vivent seulement dans les grandes profondeurs de 3 000 mètres au moins.

Les Calmars (Loligo) sont des espèces à corps allongé ; on en prend, sur nos côtes, qui ont jusqu'à 50 centimètres de long et qui sont vendus sur les marchés sous le nom d'Encornet ; une espèce plus petite (Loligo media) se prend en abondance dans les pêcheries de la baie de Cancale et est excellente lorsqu'elle est consommée très fraîche.

Certains genres de forme analogue peuvent atteindre de grandes dimensions ; ils ont les ventouses garnies d’un cercle de dents cornées ; leur musculature est puissante ; les plus typiques sont les Ommatostrephes. D'autres ont transformé en crochets le cercle corné de leurs ventouses, et c’est dans cette famille que se trouvent les géants des Céphalopodes. On en a en effet mesuré qui dépassent 17 mètres, en y comprenant leurs tentacules.

Les Oigopsides comprennent une quantité considérable de formes pélagiques, délicates, de grande profondeur et de haute mer, souvent pourvues d'organes lumineux ; les plus remarquables sont les Chiroteuthis, aux immenses tentacules; les Pvyroteuthis, aux feux multicolores: les Cranchia translucides, les Grimalditeuthis, et bien d’autres encore.

Utilisation des Mollusques. — Les Mollusques ont, de tout temps, servi à l’homme comme aliment, parure et ornementation des objets à son usage.

Nous avons eu déjà l'occasion de parler des perles et de la nacre.

On fait encore des sortes de dentelles en enflant de petites coquilles nacrées sur des soies que l’on noue en réseaux; quelques modèles sont fort élégants. Collées sur des boîtes, des cadres, etc., les coquilles de diverses couleurs servent à faire de petits bibelots de bazar.

Les mollusques ont depuis longtemps servi de modèles pour des décorations de vases; on en voit sur des amphores, des coupes, des lampes, grecques, égyptiennes, étrusques. La pieuvre est reproduite sur des monnaies grecques. La coquille de Saint-Jacques a maintes fois été utilisée; les enlumineurs du moyen âge ne manquent jamais d'en orner le costume des pèlerins.

Dans des temps plus modernes, signalons la belle grille en serrurerie d’art du musée océanographique de Monaco, où les Pieuvres, les Buccins, les Pectens s’entremêlent de la façon la plus artistique.

Rappelons encore que certains coquillages sont utilisés comme monnaie: la Cypræa moneta, sous le nom de Cauri, est encore en cours en Àfrique centrale; la Nerita pulita dans le Pacifique, l’Olivella biplicata en Californie.

De gros coquillages sciés en rondelles fournissent aux naturels des îles de l'Océanie des anneaux d'ornement pour les bras et les chevilles (Turbo, Conus).

La Turbinella rapa, et surtout sa très rare forme senestre, est un objet de vénération pour les Hindous.

Grimalditeuthis.

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