I. — EMBRANCHEMENT DES PROTOZOAIRES
U'EST-CE qu'un protozoaire ? — Ici se pose une question
qui, depuis bien longtemps, excite la curiosité, soulève les
polémiques, occasionne les publications des naturalistes et des philosophes.
Ces Protozoaires, dont le corps est presque toujours invisible à l'œil nu, qui souvent ne possèdent pas tous les éléments fondamentaux d'une cellule, sont-ils des animaux ou des plantes? Cette question théorique a sa répercussion pratique, puisque tout auteur d'un traité d'histoire naturelle, notamment de zoologie, doit se demander s'il va commencer ou non son ouvrage par un chapitre sur les Protozoaires.
On a cru résoudre la difficulté en créant, outre le règne animal et le règne végétal, un règne des Protistes. Mais ce n'est là, au contaire, qu'une complication, puisqu'il faut alors chercher la limite entre | = animaux et les Protistes, puis entre les végétaux et les Protistes.
La tendance actuelle des naturalistes est de considérer comme des végétaux inférieurs, notamment des algues, beaucoup de Protozoaires. Il n'y a guère de différence capitale, en effet, entre les corps reproducteurs des algues et les Protozoaires selles: les Péridiniens, avec leur carapace de cellulose, sont bien vraisemblablement des végétaux. Les Amibes ne sont probablement que des végétaux simplifiés.
Par contre certains êtres plus compliqués, comme les Radiolaires ou même les Infusoires ciliés, sont certainement des animaux.
La question n ‘est pas complètement résolue. Aussi, pour ne pas laisser de lacune dans cet ouvrage, après les réserves qui viennent d'être énoncées, il nous paraît nécessaire de conserver l’ancienne division des Protozoaires telle que la présentent les traités de zoologie récents.
Fig. 23. — A, Amibe, — B, Héliozoaire.
La forme la plus rudimentaire sous laquelle se présente un Protozoaire, celle qui réalise le grumeau microscopique et amorphe de protoplasma vivant dont nous avons parlé, est celle que l'on connaît sous le nom d'Amibe (fig. 23).
Les Amibes. — Il ne faudrait pas croire qu'une Amibe est un être très rare; il suffit pour s'en procurer plusieurs échantillons de prendre un peu de vase dans une mare et de la placer dans un verre ; les amibes montent le long de la paroi, où on les trouvera avec l'aide du microscope. Cet instrument révélera l’état rudimentaire de leur structure, qui se réduit à de fines granulations noyées dans le réseau protoplasmique transparent. [] n'y a point de paroi solide à ce corps qui se déforme et rampe en allongeant puis rétractant quelques points de sa surface sous forme de protubérances, dites pseudopodes, quelquefois très ramifiées (Protomyxa aurantiaca) | fig. 24]. Al’ intérieur de ce corps se trouve un petit organe sphérique, e noyau; c ‘est en quelque sorte son centre vital, qui est le point de départ de la reproduction; il se divise en deux parties quand l'animal, étant arrivé à sa taille définitive, doit se reproduire; puis le reste du protoplasma se divise ensuite, chaque moitié accompagnant une des parties du noyau; dans d'autres cas les fragments ne sont pas égaux et ce sont de petits bourgeons qui se séparent du parent. Ces phénomènes sont extrêmement compliqués et nous ne pouvons qu'indiquer leur existence.
| arrive souvent que pour des raisons physiques, par exemple la sécheresse, l'approche de la mauvaise saison, les Amibes et bien d'autres Protozoaires se contractent, sécrètent une croûte protectrice, en un mot s’enkvstent et sont ainsi en état de mort apparente; ils
peuvent ensuite, quand la belle saison revient, rompre le kyste et reprendre leur vie active.
L'Amibe se nourrit en englobant les corps étrangers qui se trouvent sur son passage ; elle restitue intacts ceux qui ne sont pas assimilables ; elle digère ceux qui peuvent lui être utiles. Elle respire en empruntant l'oxygène de l'air et elle rejette de l'acide carbonique; on peut
Enta Amæba coli (très grossie.)
l'anesthésier et arrêter ses mouvements au moyen de vapeurs de chloroforme.
Nous allons maintenant voir cette amibe peu à peu se compliquer et varier sa structure.
Les Protozoaires sont donc caractérisés par leur corps unicellulaire, et par le fait qu'ils ne se reproduisent jamais au moyen d'œufs. Quelquefois ils s'associent pour former des colonies. Le nombre des Protozaires est immense. On les divise en trois classes : 1° les Rhizopodes; 2° les Infusoires ; 3° les Sporozoaires ou parasites.
Fig. 24 — Protomyxa aurantiaca (très grossie.)
Ce sont des êtres microscopiques dont le corps protoplasmique peut émettre les appendices contractiles ou pseudopodes dont nous avons parlé plus haut, et qui servent soit à ramper, soit à saisir les proies dont ils se nourrissent. Ces pseudopodes ne sont que des parties du protoplasma qui y rentrent, quand leur rôle est fini, sans laisser de trace, et qui peuvent être émis par n'importe quel point de la superficie du corps.