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LES CRUSTACÉS

Cette première section des Arthropodes est, comme on l’a vu, constituée exclusivement par des animaux aquatiques, respirant par conséquent au moyen de branchies. Le corps est toujours recouvert d'une couche de chitine, qui tantôt reste mince et transparente, tantôt se charge de carbonate de chaux, pour former la carapace calcaire et pierreuse que l’on connaît chez les Crabes et les Homards.

Leur corps est formé d’un nombre variable d’anneaux, mais il est remarquable que tous les Crustacés supérieurs que nous désignerons sous le nom de Malacostracés en ont vingt et un, tandis que les Crustacés inférieurs ou Entomostracés en ont un nombre variant de sept au moins à plus de soixante. Certains de ces segments se fusionnent.

Un membre de Crustacé (fig. 227) peut être considéré comme formé d'une pièce fondamentale, le coxopodite, articulé avec l'anneau, supportant un basipodite, sur laquelle s'attache un doigt ambulatoire principal, formé de plusieurs petits segments : c'est l'endopodite, et un autre accessoire : c’est l’exopodite respiratoire.

Il peut se faire que certaines parties manquent et que d’autres, au contraire, multiplient les appendices. On conçoit que des modifications soient apportées dans les détails lorsqu'il s’agit d'appendices adaptés à la mastication, à la marche, à la nage, à l'incubation (fig. 227).

L'appareil digestif comprend un tube toujours rectiligne traversant, sans se replier, le corps depuis la bouche antérieure jusqu'à l'anus postérieur. Il est pourvu d'appendices buccaux (fig. 228 et 229), adaptés au genre de nourriture, et d'un estomac renflé, qui souvent contient des pièces dures pour broyer les aliments. Un gros foie déverse son produit dans l’estomac.

L'appareil respiratoire se compose, le plus souvent, de lamelles très minces, dépendant des appendices locomoteurs, dans lesquelles le sang circule et respire (fig. 233); ces lamelles sont agitées par des muscles ou placées dans un courant d'eau, afin d'activer l’hématose. Chez les formes les plus inférieures,

Fig.232.— Larve phyllosome de Scyllare, avec ses sros yeuxa facettes (d’ap.Bride).

Fig. 233. — Patte respiratoire de Nébalie.

La

El LA :

| IS Fig. 229, — Ecrevisse (d'après Huxley). ne, À, Premier et, B, Deuxième maxillipèdes.

la respiration peut se faire à travers les parties amincies de la ca- Fig. 230. — Deux jeunes écrevisses LAPACES attachées à l’une des rames de Le sang est transpa- la mère (d'après Huxley). rent, quelquefois bleuâtre, et il baigne les organes: il est, chez les plus élevés en organisation, mis en mouvement par un cœur dorsal, auquel font suite des artères: mais souvent celles-ci manquent, et le cœur même peut faire défaut.

Des glandes spéciales, en petit nombre, jouent le rôle d'organes excréteurs.

Le système nerveux se compose d’une double chaîne Fig, 231

ventrale de ganglions (fig. 234); l'œsophage la traverse Ce entre les deux premières paires, dont la supérieure, beau- nerveuse coup plus grosse, joue le rôle de cerveau. Il y a, théori- du quement, une paire de ganglions par segment du corps; Homard, en réalité, il y en a toujours moins, par suite de fusions.

La plupart des Crustacés ont des yeux, qui sont tantôt rudimentaires, tantôt très compliqués; les yeux perfectionnés sont dits à facettes ; ils sont constitués par un grand nombre d'yeux élémentaires juxtaposés (fig. 232).

es organes de l'audition ne sont connus que chez un petit nombre d’entre eux ; les antennes portent des poils spéciaux qui sont certainement des organes tactiles.

Les Crustacés, sauf les Cirrhipèdes, ont les sexes séparés. [ls produisent des œufs qui donnent naissance à une larve, dite Nauplius, dont le corps, non segmenté, est pourvu de six pattes bifurquées ; puis, souvent, des métamorphoses compliquées se produisent.

Nous diviserons les Crustacés en deux groupes : 1° les Entomostracés, qui sont les plus inférieurs; 2° les Malacostracés, qui sont les plus élevés en organisation.

LES ENTOMOSTRACÉS

On réunit sous ce nom toute une série de petits Crustacés qui n'ont guère de liens entre eux. Ils n'ont pas d'yeux composés; leur corps est formé d’un nombre variable de segments. Ce sont : 1° les Phyllopodes: 29 les Ostracodes; 39 les Copépodes ; 49 les Cirrhipèdes.

LESEPAMÉEBOPROBDES

Les Phyllopodes sont certainement, parmi les formes les plus anciennes, celles qui se rapprochent le plus du type originaire des Crustacés. Walcott en a récemment découvert dans le cambrien. Nous ne parlerons pas des subdivisions de ce groupe; nous signalerons seule-

ment trois formes intéressantes vivant dans les eaux douces de nos pays. La première est l’Apus cancriformis (fig. 234), animal de 5 ou 6 cent. de long, vert bronzé, dont la face dorsale est protégée par un vaste bouclier et qui a un grand nombre de pattes lamelleuses. Les femelles sont très nombreuses; les mâles sont, au contraire, tellement rares qu'il est probable que la fécondation est exceptionnelle. Les œufs peuvent résister longtemps, peut-être plusieurs années, à la sécheresse : c'est ce qui explique qu'on voit subitement les Apus apparaître, dès qu'il y vient de l'eau, dans des mares desséchées depuis longtemps.

Les Branchipes ont un corps allongé rappelant vaguement une Crevette; ils vivent dans les mares et les fossés et nagent sur le dos au moyen de leurs nombreuses rames thoraciques:; la forme commune de nos pays est le Branchipus stagnalis: mais on trouve dans les eaux concentrées des marais salants une forme très voisine, l'Artemia salina, qui est probablement due à l'adaptation des Branchipes dans ce milieu très spécial (fig. 237).

itons encore les Daphnies, qui pullulent dans les mares et les bassins. Ce sont de tout petits Crustacés à carapace bivalve, pourvus de longues antennes qui leur servent à nager.

On rattache quelquefois à cette famille des Phyllopodes une très importante série de fossiles primaires, les Trilobites, actuellement disparus. Il est préférable de les étudier avec les Mérostomacés.

ÉESOSRRACODES

Les Ostracodes sont avant tout caractérisés par une carapace bivalve qui peut s'imprégner de calcaire :

les deux moitiés en sont réunies par un ligament élastique qui les force à s'ouvrir et par des muscles antagonistes qui permettent de les rapprocher.

Ces petits animaux vivent dans l’eau douce et dans la mer; ils nagent au moyen de petits appendices, au nombre de sept ou huit

Coquilles de grandes Balanes.

Fig. 234, — Apus cancriformis, face ventrale (d'après Schaffer).

Fig. 235. — Copulia vitrea

Fig. 236. — Calocalanus pavo (d'après Giesbrecht).

(d'après Giesbrecht).

Peroderma cylindricum, parasite fixé dans l'œil d'une sardine.

paires en tout. Les Cvpris représentent la forme la plus commune qui pullule dans les mares.

BESRCORERODES

Ce sont des Crustacés pour la plupart excessivement petits, dont beaucoup même sont microscopiques. Ils pullulent dans les eaux douces et marines au point de former souvent de véritables nuages. Ils prennent une part importante à la constitution du plancton, d'autant plus intéressante à connaître qu'ils forment la base de la nourriture animale d’une foule de poissons pélagiques, tels que la Sardine.

part quelques formes parasites qui sont plus grosses et dont les téguments sont opaques, les autres ont une carapace quelquefois si transparente que l'on peut voir eur organisation interne. Les premiers segments de leur corps sont soudés et surmontés d'un œil impair en forme d'X et suivis d'anneaux libres. Sur les premiers sont des antennes et des pattes bifurquées, sur l'extrémité postérieure des appendices ramifiés qui sont extraordinairement variés. Souvent les antennes sont immenses; d'autres portent un balancier caudal ressemblant à des plumes, les pattes à des éventails de la plus grande élé-

Fig. 237. d | Artemia Fig. 239, gance et des couleurs salina Fig. 238. Coronula les plusriches. Beau- (d'après Argulus foliaceus, diadema, coup d'entreeux pro- Leydig). face dorsale. de profil. durent de ann

mière. Souvent il y

a une très grande différence entre le mâle et la femelle d’une même espèce.

Tous ces Copépodes sont ovipares ; leurs œufs, après la ponte, res-

tent enfermés dans une paire de sacs pendus aux côtés du corps de la

Lepas anatifera, sur un morceau de bois,

Concholepas fixés sur une Coronule.

femelle, où ils continuent leur développement jusqu'au moment où ils éclosent sous forme d’une larve, Nauplius, à trois paires d'appendices bifides: puis le nombre des segments du corps augmente par l'arrière à chaque mue : il acquiert alors la forme Cyclope et devient adulte quand il possède ses derniers segments.

Généralement les parasites passent leur stade nauplius dans l'œuf et éclosent au stade cyclope; ils se fixent alors sur leur hôte, perdent leurs appendices locomoteurs, et peuvent tellement modifier leur structure et leur aspect qu'ils n'ont plus rien d'un Crustacé; c'est l'étude de leur embryogénie qui seule permet de reconnaître leur nature.

On divise les Copépodes en deux grandes sections, selon qu'ils sont libres ou parasites.

Parmi les Copépodes libres (fig. 235 et 236), signalons les Calanus qui abondent dans le plancton, les Calocalanus aux magnifiques appendices en forme de plumes, les Cyclopes qui pullulent dans les eaux douces.

Les Copépodes parasites sont tellement différents de ceux qui précèdent que leur forme extérieure rappelle plutôt des Vers. Certains d'entre eux, les Caligus, sont moins déformés que les autres; ils établissent la transition entre les deux groupes: on les trouve sur la peau de certains Poissons, les Squales, les Poissons-lune, les Merlans, les Morues. D'autres, comme les Lernéens, prennent l'aspect de vers cylindriques avec des membres atrophiés.

Certains de ces animaux (Penella) vivent en parasite sur les Cétacés et ont toute leur tête enfoncée dans la peau de leur hôte.

Citons encore le Peroderma cylindricum, parasite de la Sardine.

Il y a certaines familles de ces parasites qui vivent exclusivement dans la branchie des Ascidies; d’autres, dans la cavité palléale des

Sèches ; on en trouve aussi dans les An-

nélides, les Actinies, les Mollusques, etc.

Il faut enfin mentionner un dernier

représentant d’une famille spéciale, l’Ar-

| gulus foliaceus (fig. 238) ; ce très singu-

lier crustacé, dont le corps est extrêmement mince et plat, montre un mode curieux d'adhérence à son hôte au moyen de ses pattes-mâchoires transformées en ventouses, avec lesquelles il s’attache aux Carpes. D'autres espèces se fixent sur d’autres poissons.

Fig, 240. — Larve nauplius de Sacculine (d'après Y. Delage).

Pollicipes cornucopicæ.

Scrolis Bromleyana, .

faces ventrale et dorsale.

Anilocre, parasite des poissons.

LESYCTRREMPERDIES

Chez ces animaux adultes rien ne révèle leurs rapports avec les Crustacés; il a fallu l'étude approfondie de leur développement pour montrer leur véritable nature. [ls se présentent ordinairement sous deux aspects différents : la Balane et l’Anatife, auxquelles il faut ajouter quelques formes parasites.

Les Balanes sont ces innombrables petites verrues calcaires, coniques, qui couvrent les rochers de nos côtes et que l'on retrouve dans toutes les mers et aussi dans les grands fonds.

Les Anatifes, que l’on appelle aussi Bernaches, se trouvent sur des pièces de bois, où elles sont attachées au moyen d’un pédoncule cylindrique, extensible, qui a l'air d’un morceau de tuyau de caoutchouc. Elles sont pourvues de coquilles calcaires blanches au sommet de ce pédoncule, et l’on voit sortir entre elles un panache de filaments noirâtres qui ne sont autre chose que les pattes du Crustacé.

Ces animaux sont hermaphrodites; leurs œufs donnent naissance à une larve qui a la constitution du nauplius: elles nagent, puis se transforment en une autre larve, la Cypris, à carapace bivalve pareille à ce que nous avons vu chez les Ostracodes. Puis l'animal se fixe soit sur un rocher, comme c'est le cas général des Balanes, soit sur un corps flottant, comme font les Anatifes ; il sécrète alors ses plaques calcaires, son pédoncule et ne peut plus quitter son support. Quelques espèces ne sont pas hermaphrodites, mais le mâle est très petit et vit en parasite sur la femelle.

Parmi les Cirrhipèdes nous citerons quelques exemples choisis d'abord chez les formes sans pédoncule, dont le type est la Balane, qui est représentée par plusieurs genres et de nombreuses espèces sur les rochers de toutes les mers. Les Coronules sont de grosses Balanes qui vivent en parasites sur la peau des Cétacés (fig. 239).

Les Pollicipes (P. cornucopiæ) ont un pédoncule couvert de petites écailles; on les trouve en très grand nombre sur les rochers les plus exposés aux vagues de l'Océan; ils abondent à Belle-Ile, aux îles Glénans; on les récolte pour manger les ovaires contenus dans le pédoncule, Les Conchoderma vivent en parasites sur la peau des Cétacés.

On rattache aux Cirrhipèdes deux formes très singulières de parasites, la Sacculine et le Peltogaster, qui vivent sur les Crustacés supérieurs. Quand on examine le

Bathynoma gisanteum, très réduit, faces ventrale et dorsale (d'après Bouvier).

LESYARTHROPODES 89

Fig. 241. — Gammare.

Fig. 242, — Cyame.

Crabe vulgaire, on voit sous la queue de certains individus une masse ovale, molle, jaune, qui n'est que la partie externe d'un animal dont tout le reste du corps est dans l’intérieur du Crabe. Cette partie extérieure est un sac renfermant les organes génitaux de la Sacculine, dont le corps proprement dit se réduit à un réseau de tubes ramifiés innombrables, véritables racines qui s’introduisent dans tous les or-

Mosidotea

Labœne à (Nouvelle- ganes, jusque dans les yeux du malheureux Crabe, Zemble). et y puisent la nourriture à ses dépens. Rien dans

cet être ne rappelle un Crustacé, mais il produit des œufs d'où sort un Nauplius, qui se métamorphose ensuite en une Cypris, laquelle, après avoir nagé, se pose sur un petit Crabe très jeune; là elle introduit à travers ses téguments un stylet par lequel elle fait passer la partie vivante de son organisme dans son hôte: elle l'inocule d’une sacculine qui se ramifñe partout et qui, une fois adulte, apparaît sous la queue de sa victime comme un gros sac à œufs. Les Peltogaster ont une évolution analogue chez les Bernard-l'Ermite.

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