LES MALACOSTRACÉS
Ces Crustacés, fort nombreux et variés, représentent les formes supérieures du groupe. Ils ont tous vingt et un segments, sauf quelques rares exceptions ; ils ont des antennes sensitives et non natatoires. [ls n'ont pas d'œil médian. [ls passent aussi par une première phase embryonnaire de Nauplius, puis par une phase dite Zoé plus compliquée, enfin par une phase Musis qui les amène à leur état définitif. Il peut arriver que tout ce développement se passe hors de l'œuf, à l’état libre dans l’eau; mais on voit aussi des cas où les premières phases se passent dans |’ ‘œuf et alors, au moment de l’ éclosion, l'animal ressemble plus ou moins à son état adulte.
On divise ces Crustacés en deux sections : la première, comprenant les formes inférieures, est appelée Edriophthalmes, c'est-à-dire ayant les yeux sessiles, par opposition à la seconde, celle des Podophthalmes, qui ont les yeux pédonculés et où l'on a ae les plus élevés en organisation, par exemple les Homards et les Crabes. Cette classification, un peu ancienne, a été modifiée par les auteurs récents: elle sera cependant conservée dans ses grandes lignes.
BESSEDRIOPEUHALMES
Comme nous venons de le dire, les yeux à facettes de ces Crustacés sont posés à plat sur leur carapace et ne sont jamais portés sur un pédoncule articulé mobile. De plus les anneaux de leur thorax sont libres et non soudés en un céphalothorax; ils portent sept paires de pattes ambulatoires.
On range dans les Édriophthalmes deux ordres principaux bien distincts, les Zsopodes et les Amphipodes ; nous négligerons quelques divisions secondaires, par exemple les L'eptotracés (Nebalia).
Les Isopodes, dont on aura immédiatement une idée en se sou-
fe N NE
cale ‘fous serouxt.
Femelle portant le mâle M entre ses appendices abdominaux. Fig. 245, -
Pilotis rongés par Limnoria lignorum (d'après Kotoïd).
venant des Cloportes, sont caractérisés par la disposition générale de leur corps, large, aplati, bombé sur le dos, et susceptible souvent de se rouler en boule. Beaucoup d’entre eux sont terrestres et ils ont alors transformé leur appareil respiratoire: d’autres vivent dans l’eau douce, notamment dans les cavernes; il y en a enfin de marins et de parasites.
Ces animaux ont six ou sept paires de pattes semblables ; les premières portent des lamelles minces respiratoires. Ils se développent directement, sans métamorphoses.
Parmi les Isopodes, qui sont très nombreux, nous indiquerons : les Asellus, dont on trouve des représentants dans nos ruisseaux et une forme aveugle dans les eaux des cavernes: les Lygies, dont le type est la Lygia Oceanica, qui ressemble à un gros Cloporte vert et vit en abondance sur les rochers de nos côtes. C’est un animal marin et cependant il fuit devant la marée, car il redoute d'être submergé. L'Anilocre se fixe sur la peau des poissons par des pattes transformées en grifles. La femelle porte ses œufs et ses jeunes sous l'abdomen, où elle les incube dans une sorte de sac membraneux. Le rite albidus, sorte de cloporte blanchâtre, vit dans les fourmilières. L’Oniscus murarius est le type de nos Cloportes susceptible Es se rouler en boule; le Porcellio lui ressemble, mais il ne se roule
s. Les Serolis, pouvant atteindre la dimension d’un Crabe, habitent fée grandes profondeurs marines, ainsi que les mers antarctiques. Les Sphæroma sont, en quelque sorte, des Cloportes marins pouvant se rouler en boule. On en trouve sous les pierres de nos côtes. Le Bathynomus giganteus, de 25 cent. de long, vit dans les grandes profondeurs, aux Antilles.
Citons encore les Bopyres (fig. 243), qui vivent en parasites sur d'autres Crustacés; ce sont leurs es qui forment les verrues hémisphériques que l'on voit sur la carapace des Crevettes: les mâles sont microscopiques et on les trouve auprès des femelles. Toute une série considérable de genres et d’ espèces se rapportent à des [sopodes extraordinairement déformés, vivant en parasites d'autres Crustacés, de Cirrhipèdes, de Crabes, et voire même de la Sacculine, elle-même parasite des Crabes. Un petit Isopode, Limnoria, vit dans les bois
Phronymes dans leurs petits tonneaux transparents.
Nyctiphanus australis (d'après Bronn).
immergés, les estacades et les carènes de bateaux; il y fait des dégâts considérables analogues à ceux des Tarets.
Les Amphipodes. — Les Amphipodes sont aplatis latéralement, et leur abdomen est recourbé sous leur thorax. Les pattes thoraciques portent des branchies et leurs pattes abdominales sont locomotrices. Ils ont des yeux sessiles à facettes. Presque tous les Amphipodes sont marins. Ils incubent souvent leurs petits qui naissent sans métamorphoses. Tous ces animaux sont extraordinairement voraces.
Dans la famille des Crevettines, les Gammarus (fig. 241) abondent dans les eaux douces. Les Talitres pullulent sur les plages : on les connaît sous le nom de Puces de mer; ils y détruisent rapidement les débris de toutes sortes.
Les Phronymes (fig. 245)se taillent un petit tonneau dans un Pyrosome transparent et exécutent mille cabrioles; ils vivent dans la mer.
Les Caprelles ont un corps réduit à un fil; elles circulent parmi les algues littorales. Les mères portent leurs petits sur leur dos (fig. 244).
Les Cyamus (fig. 242), ou poux de Baleines, ont des pattes courbes, griffues, avec lesquelles ils s'accrochent à la peau des Cétacés.
Les CUMACÉS forment un petit groupe intermédiaire entre les Amphipodes et les Schizopodes. Ce sont de petits crustacés marins ayant l'aspect de larves.
LESJPRODOPELTHAEMES
Leurs yeux, portés sur un pédoncule articulé, mobile, peuvent souvent rentrer dans une logette protectrice. Ce sont les Crustacés supérieurs et aussi les plus grands, car certains Crabes de grande profondeur atteignent près de 3 mètres. La partie antérieure de leur corps est protégée par une carapace, le céphalothorax, souvent imprégné de calcaire.
Ils comprennent trois divisions principales : les Schizopodes, les Stomatopodes et les Décapodes; nous ne dirons que très peu de choses des deux premières, la troisième étant beaucoup plus intéressante.
Les Schizopodes ont l'aspect général d’une Crevette: ils ont huit pattes thoraciques bifurquées, et sont très répandus, soit à la surface de la mer, soit dans les. grandes profondeurs. Les formes les plus intéressantes sont les Mysis (fig. 246), qui pullulent sur nos côtes; elles sont remarquables par la présence d'une paire d’ organes auditifs placés à l’extrémité postérieure de l'abdomen; beaucoup possèdent des organes lu mineux placés sur la base des pattes, les mâchoires ou les côtés de l’abdomen et du céphalothorax ; les Nematoscelis ont d'immenses appendices.
Dans les mers polaires, certaines espèces (Euphausia |fis. ca les Noyctiphanes) [fig. 248], pullulent et éclairent les eaux de millions de petites étoiles.
Les Stomatopodes sont représentés dans nos mers par un fort bel animal, la Squilla mantis, de 20 à 25 cent. de long, qui nage rapidement au moyen de grandes palettes: une
Fig. 246.
Mysis oculata.
Squilla mantis, face ventrale.
Fig. 249, Larve de Squille.
de ses paires de pattes-mâchoires s'ouvre comme des ciseaux, armés de dents avec lesquelles il saisit sa proie. Ces crustacés sont comestibles et on les vend sur les marchés de la côte méditerranéenne. Les Stomatopodes, comme les Schizopodes, sont tous marins. Leurs larves (fig. 249) ont des formes très curieuses.
Les Décapodes sont la classe la plus élevée en organisation de tous les Crustacés: les Homards, Langoustes, Écrevisses, Crevettes, Crabes, Bernard-l'Ermite, donnent une idée générale des êtres qui sont groupés dans cette grande section. Ils sont abondants dans toutes les mers ; seules quelques formes vivent dans l’eau douce. Ils sont caractérisés par leurs dix pattes ambulatoires sortant de dessous une vaste carapace céphalothoracique. On les divise en trois sections : Macroures, Brachyoures, Anomoures.
Décapodes macroures.— Ces Crustacés sont caractérisés par le développement de leur abdomen (improprement appelé queue) dont le contenu charnu est comestible : Crevettes, Écrevisses, Homards. — Îl est terminé par une forte nageoire en éventail, au milieu de laquelle est une pièce triangulaire ou telson (fig. 250), qui continue le corps.
Sous l'abdomen on remarque de fausses pattes qui, chez la femelle, servent à attacher les œufs jusqu’au moment de leur éclosion. Le sexes sont toujours séparés.
Nous indiquerons quelques-uns des types les plus intéressants.
Une première famille, celle des Penæide, est représentée dans nos mers par une très grosse crevette (Penœus caramote), appelée caramotte sur les côtes de la Méditerranée ; on les pêche au chalut ou au casier et on les vend sur les marchés d'Espagne, d'Algérie, d'Italie.
Les Aristœus, habitants des grandes profondeurs, peuvent atteindre de grandes dimensions et sont souvent d’un rouge magnifique. Il en est de même des Gennadas, des Sergestes (fig. moe
Une autre famille, celle des Palæmonides, est celle des Crevettes proprement dites. Le type bien connu est la Crevette, transparente quand elle est vivante, qui, une fois cuite, devient rose : c'est le Palæmon serratus. On la pêche parmi les tes sous les rochers, dans les mares ou dans les herbiers, ou encore dans les fonds rocheux jusqu'à 20 ou 30 mètres de profondeur; elle peut dépasser 10 cent. de longueur. Elle est accompagnée de quelques autres espèces qui lui ressemblent beaucoup; par exemple, le Palæmonetes varians, qui se trouve en abondance dans les eaux saumâtres littorales.
Une espèce d’eau douce, le Palæmon fluviatilis, se trouve dans les lacs. D’ autres, par éxemple les Acantephyra, habitent dans les grands fonds, ainsi que les Nematocarcinus, remarquables par l'énormité de Éte antennes et de leurs pattes.
Citons encore les Pontonia, qui vivent dans les coquilles de Pinna, et le Typton spongicola, que l’on trouve dans certaines Éponges et qui fait claquer ses pinces,
Les Crangonides, dont le type est la Crevette grise, commune sur nos plages, ont des antennes à lame plate. On-en pêche de grandes quantités dans la mer du Nord.
L'ensemble des Pénéides et des Palémonides forme le groupe des Décapodes nageurs.
Ceux qui suivent sont, au contraire, des décapodes marcheurs ; ce sont les Homards, les Langoustes et les Écrevisses. Leurs pattes grêles servent uniquement à marcher; quand ils nagent, c'est à l’aide d2s battements de leur abdomeñ. À part l’Écrevisse d'eau douce, tous les autres sont marins.
La première famille est celle des Homarides, caractérisée par ses trois premières paires de pattes terminées en pinces, dont la première est la formidable paire de pinces que chacun connaît : l’une est plus longue, à dents nombreuses aiguës: l’autre, plus grosse et plus courte, à grosses dents mousses. Les Homards pondent à la belle saison, et ils habitent alors dans les trous des rochers ou des herbiers vaseux dans la zone des
Fig. 250. — Telson de décapode.
Penœus caramote.
(Méditerranée).
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LESYARTHROPODES 91
Palæmon serratus (crevette) dévorant un poisson.
laminaires littorales. Ils ont de belles couleurs bleues, veinées de jaune quand ils sont adultes et quand ils viennent de muer; quand ils sont vieux, ils sont plus décolorés et une foule de parasites, Balanes, algues, Serpules, se collent sur leur carapace.
Ils peuvent atteindre, y compris les pattes, plus de 90 cent.; les œufs des femelles sont attachés sous l'abdomen par un fil chitineux; elles en portent de 6000 à 10000. Les jeunes (fig. 251) éclosent l'été, à l’état de petits homards pouvant nager, mais une première mue qu'ils subissent à un mois les prive de leurs appendices natatoires. Leur évolution dans l’œuf est lente. On les pêche au moyen de nasses ou casiers, surtout sur nos côtes de Bretagne : ils sont rares dans la Méditerranée, abondants sur les côtes d'Irlande, d'Écosse et de Norvège, d'où viennent beaucoup de ceux qui sont consommés en France.
L'espèce européenne est le Homarus vulgaris ; elle est remplacée sur la côte nord des États-Unis et de Terre-Neuve par une espèce voisine, le Homarus americanus, dont on pêche d'énormes quantités pour en faire des conserves, notamment à l’île d'Anticosti, à l'embouchure du Saint-Laurent.
Les Homards vivent très bien dans de grands bassins, où on les nourrit de mauvais poissons.
Sur nos côtes, le Nephrops norvegicus se prend en assez grande quantité sur les fonds de 200 à 400 mètres et se vend sous le nom de langoustine. Ce joli Crustacé, blanc et rose, ne dépasse guère 30 centimètres.
Très voisine des Homards est la tribu des Astacines, dont le type est l'Écrevisse (Astacus fluviatilis) ; elle diffère très peu du Homard et se cantonne dans l’eau douce.
Il y a dans nos pays plusieurs espèces d'Écrevisses ; les plus communes sont l'Écrevisse à pattes rouges (Astacus fluviatilis) et à pattes blanches (4. pallipes). Elles vivent de préférence dans les ruisseaux d'eau courante, mais on peut les acclimater dans les rivières et les étangs, abrités de la trop vive lumière. Elles se cachent dans les trous et les anfractuosités des souches de vieux arbres. Elles se nourrissent de divers invertébrés, mais elles ont surtout une prédilection pour les débris de mammifères.
Les Écrevisses s'accouplent en automne et pondent une centaine d'œufs qui s'attachent par des filaments aux fausses pattes abdominales de leur mère; les jeunes mettent plus de six mois à se développer et restent encore un mois à l'abri des appendices de leur mère: après quoi ils la quittent. Ils subissent une mue, tous les ans, en été, et s’accroissent à chaque mue; mais il faut compter en moyenne dix ans pour qu'une Écrevisse atteigne la taille marchande.
Les Écrevisses tendent à disparaître des ruisseaux de France, où
Fig. 252. — Larve acanthosome d'Elaphocaris (S .Bate).
Fig, 251. — Larve du troisième stade du Homard américain.
Typton spongicola.
jadis elles furent si abondantes: le braconnage non réprimé, les eaux d'usines, les épidémies de parasites les ont fait disparaître rapidement.
La famille des Ervonidæ est représentée dans les grandes profondeurs par des espèces que l'on pourrait appeler les Écrevisses des abysses et caractérisées par la disparition de leurs yeux : tels sont les Polycheles, les Willemæsia.
Une autre famille importante, celle des Palinurides, autrement dit des Langoustes, est dépourvue de pinces. Leurs larves ont une forme très singulière, absolument différente de l'aduite : elles sont connues sous le nom de larves Phyllosomes.
La Langouste des côtes de France (Palinurus vulgaris) est abondante parmi les rochers sous-marins, aussi bien sur nos côtes océaniques que sur celles de la Méditerranée. Elle est d'un rouge brun violacé avec des ornements jaunes, hérissée de piquants. Elle peut atteindre un poids de 7 à 8 kilogrammes.
Les femelles portent d'innombrables œufs rouges fixés sous l'abdomen, où ils mettent six mois à se développer. Pendant l'hiver, les Langoustes émigrent dans les grands fonds, où elles muent; elles se rapprochent des côtes au printemps. Lorsque les embryons éclosent, ils sont à l’état de larves pélagiques foliacées, transparentes, minces, à longues pattes, les Phyllosomes. Tout récemment le Prolesseur Bouvier a démontré qu’un tout petit Crustacé blanc, ressemblant un peu à une Crevette, connu depuis longtemps sous le nom de Puerulus, n’est autre chose que la phase intermédiaire entre la larve Pbyllosome et la Langouste définitive.
Les Langoustes se pêchent au casier ou dans des filets dits trémails. Depuis plusieurs années on a introduit des Langoustes de la côte du Sénégal, que l’on apporte vivantes ; elles s'y acclimatent fort bien. Ces Langoustes diffèrent des nôtres par leur couleur verte et l'on a créé pour elles le genre Panulirus ; le P. regius se vend couramment sur les marchés de Paris.
Les Scvllares sont plus petits que les Langoustes, et leurs antennes, au lieu d'être de longs fouets, sont de courtes et larges palettes plates ; le
Nephrops norvegicus ou Langoustine.
Fig. 253.
Larve mysis de Sergestes.
Ecrevisse femelle portant ses œufs.
Stades successifs de la larve du Bernard-l'Ermite.
Scvllarus arctus est vendu sur les marchés des villes méditerranéennes sous le nom de Cigales.
Les Gébies (Gebia littoralis), Crustacés blancs, de 5 à 6 cent., se creusent des galeries dans les plages vaseuses.
Les Lithodes, très épineux, vivant dans les grands fonds, ont un abdomen recourbé sous la carapace (Lithodes ferox).
Les Galathées ont un peu l'aspect d’une Ecrevisse à queue courte recourbée sous le céphalothorax ; la Galathea strigosa est commune sur les côtes de France. Les Munida se trouvent dans les grandes profondeurs : elles sont remarquables par leurs longues pinces. Les Galathodes, également abyssales, sont aveugles. Ces derniers groupes sont souvent classés parmi les Anomoures.
Décapodes Anomoures.— Les formes les plus caractéristiques sont les Bernard-l'Ermite (fig. 254), animaux intermédiaires entre les Crustacés à gros abdomen, comme les Homards, et les Crustacés à petit abdomen, comme les Crabes. Au lieu d'être cerclé d'anneaux calcaires comme les autres Crustacés supérieurs, leur abdomen est couvert par une peau mince, non annelée; il ressemble à un petit cylindre rose et mou. C'est la partie faible de leur corps : ils sont obligés de l’abriter dans de vieilles coquilles de gastéropodes.
Or, ces coquilles sont asymétriques et roulées en spirales : aussi, pour s'y loger, le Bernard contourne-t-il son abdomen, qui devient à son tour asymétrique et courbé
Bernard-l'Ermite sorti de sa coquille.
Scyllarus arctus.
Gebia littoralis (Aquarium de Banyuls).
latéralement ; les appendices abdominaux s'atrophient du côté droit: ceux de gauche seuls sont développés. Ils ont une paire de pinces, mais généralement inégales, l’une étant plus grosse que l’autre et pouvant même servir à boucher l’orifice de la coquille où s’abrite le Bernard.
Les Pagures sont très communs sous toutes les latitudes, sur les côtes et dans les grands fonds.
Les Bernard-l'Ermite peuvent facilement sortir de l’eau et certains d’entre eux s’aventurent loin du rivage à la recherche des détritus qu'ils font rapidement disparaître. [Il en est même qui peuvent vivre tout à fait en dehors de l’eau, leur appareil respiratoire s'étant adapté à la respiration aérienne.
Le Crabe des cocotiers (Birgus latro) est un Pagure qui peut atteindre la taille d'un homard moyen et se creuse des terriers, où il se cache le jour; il grimpe aux arbres à l’aide de ses fortes pinces. Ces animaux vivent dans les régions équatoriales de l'Océanie, où on les engraisse en captivité.
| en est de même des Cœnobites, qui pullulent autour des habitations pour dévorer les détritus et deviennent d’une grande familiarité.
Décapodes Brachyoures.— Ilsont un abdomen réduit, caché sous une vaste carapace développée transversalement ; le type est le Crabe. Leurs dix pattes, dont la première paire est transformée en pinces, s’insèrent sous le céphalothorax, de part et d’autre d'un lame en forme de plastron sur laquelle s'attache l'abdomen, qui est replié vers la région antérieure du corps, abritant les orifices génitaux et la portion terminale de l'intestin. Leurs yeux pédonculés peuvent se cacher dans une fossette.
Les Crabes courent et marchent sur le fond, mais quelques-uns ont modifié leurs pattes en vue de la natation; quelques autres peuvent vivre à terre, d’autres sont parasites. On les trouve dans toutes les mers, depuis la surface jusque dans les grands fonds. Les Crabes portent leurs œufs, souvent très nombreux, sous le céphalothorax, entre l’abdomen replié et le plastron ; ils sont attachés en grappe et les embryons en sortent sous une forme, dite Zoé, très curieuse par ses longues pointes, qui nage, puis se transforme en une seconde larve à gros veux, la Mégalope, qui conduit enfin au Crabe définitif. Les familles de Brachyoures sont extrêmement nombreuses.
Une première section, que l’on nomme Catométopes, comprend les Crabes à carapace carrée, dont le bord antérieur est rectiligne. Plusieurs vivent à terre ou sortent très souvent de l’eau. Le type est le Grapsus varius ; on le voit courir avec vivacité sur les rochers, bien audessus du niveau de la mer: il est de couleur noirâtre, avec des lignes jaunes.
Fig. 255, — Cystosoma Neptunt (Crustacé transparent des profondeurs, ayant de grands yeux rouges).
Galathea strigosa.
Cancer pagsurus ou tourteau, faces dorsale et ventrale du mâle et ventrale de la femelle.
Une autre espèce, le Nautilograpsus minutus, vit en commensal sur les tortues marines et se cache sous leur queue.
Les Gécarcins ont une carapace lisse, à bords latéraux arrondis ; ils vivent à terre et sont très communs dans les contrées tropicales, où ils se cachent dans les lieux ombragés: aux Antilles on nomme ÎJourlourou, le Gecarcinus ruricola; on en trouve sur de hautes montagnes loin de la mer, où cependant ils reviennent pondre en troupes nombreuses.
Ils se nourrissent de cadavres, d'ordures et aussi de végétaux. Ils sont comestibles (Cardiosoma).
Les Pinnothères sont arrondis et vivent en commensaux dans les Moules (P. pisum).
a seconde section comprend les nombreux crabes, dits Cyclométopes, dont la carapace, étroite en arrière, est arquée en avant.
Le Cancer pagurus est commun sur nos côtes où on le nomme tourteau, dormeur, crabe-de-lune, poing-clos; sa carapace peut atteindre 25 à 30 cent. de diamètre. Il habite sous les pierres, où on le pêche aux grandes marées ; on le prend aussi au casier et au trémail.
Le Crabe commun, Carcinus mœnas, pullule sur nos côtes; ses couleurs sont assez variables : vert dans les herbiers, gris dans les vasières, à face inférieure rouge et dos foncé dans les rochers. Il se nourrit de tous les détritus qu'il rencontre : c'est un grand nettoyeur des ports et des plages. Dans le golfe du Morbihan on en prend un très grand nombre que l’on cuit dans de l’eau de mer; on les expédie aux marchés des grandes villes. On en débarrasse les parcs à huîtres, dont ils sont les ennemis.
Les Crabes pélagiques ont leurs pattes de derrière aplaties, bordées de poils; ils les manœuvrent comme des rames, en godillant (Ex. Bathynectes).
Le Portunus puber est connu sous les noms de chèvre, de crabe enragé, d'étrille, de demoiselle (à Saint-Malo), de draguenelle, etc. ; il est très vif, court très vite, et se dresse en ouvrant ses pinces à ornements rouges et bleus; il peut dépasser 25 cent. d'envergure.
Le Gervon affinis est un Crabe de grande profondeur; le prince de Monaco en a pris à la nasse, jusqu'à | 400 mètres, de nombreux exemplaires, ayant près d'un mètre d'envergure.
Le Telphusa fluviatilis se trouve dans les cours d’eau douce de la région sud-orientale de l'Europe.
La troisième section est celle des Oxy-
Crabe des cocotiers.
pe
Callinectes diacanthus, crabe nageur
Geryon affinis. (d'après Gruvel).
stomes dont la carapace arrondie porte un cadre buccal triangulaire.
Citons les Dorippe de la Méditerranée, aux longues pattes veloutées ; les Calappa, gros Crabes qui peuvent cacher tous leurs appendices sous une carapace Jaune à taches roses, et protéger toutes leurs pièces buccales derrière deux pinces qui s'engrènent l'une dans l'autre.
La quatrième section, celle des Oxvrhynques, contient un nombre immense de Crabes dont la carapace se prolonge en avant en une sorte de museau pointu.
Le représentant le plus connu est le Maïa squinado, nommé vulgairement araignée ou chouette de mer, qui peut atteindre 60 ou 70 cent. d'envergure ; certaines espèces de grande profondeur dépassent 2 mètres.
Une cinquième et dernière section, nommée Notopodes, est caractérisée par le fait que ses dernières pattes sont infléchies sur le dos. Le plus connu de ces Crabes est la Dromie qui, à l’aide de ses pattes crochues, maintient sur son dos une Éponge ou une Ascidie dont elle se sert comme d'un bouclier; la Dromia vulgaris est commune dans la Méditerranée. Une forme très curieuse par ses pattes grêles est la Latreillea elegans ; citons encore les Homola à carapace quadrangulaire; ces deux derniers Crustacés vivent dans les grands fonds.
LES MÉROSTOMACES
On réunit souvent sous le nom de Mérostomacés des Crustacés formant les trois sections des Trilobites, des Xiphosures et des Gigantostracés. La plupart ont disparu, sauf la Limule.
Les Trilobites, qui existaient probablement dès l'époque précambrienne, après avoir peuplé les mers primaires. ont ensuite décliné pendant la période carbonifère pour s'éteindre définitivement dans le permien. On en connaît un très grand nombre de genres et d'espèces.
Leur corps se divise en trois régions : en avant, une sorte de bouclier arrondi, non divisé en segments, comparable au céphalothorax des Crustacés supérieurs ; au milieu, un abdomen divisé en segments articulés; en arrière, une plaque rigide, le pygidium, où les segments sont soudés, mais encore visibles. Deux sillons longitudinaux divisent le corps en une région moyenne bombée et deux latérales plus plates. Si l’on retourne l'animal, on voit toute une série d’appendices grêles. Les
quatre premiers sont des pattes-mâchoires, dont la dernière est plus grande que les autres :
. Cénobite.
Cardiosoma.
Maia squinado, araignée de mer.
les suivantes, toutes semblables entre elles, sont des pattes ambulatoires portant des branchies spiralées: le nombre de ces pattes est variable. Sur le dessus de la région antérieure se trouvent deux gros yeux à facettes; souvent des appendices, des épines, des ornements très variés sont répartis sur la carapace.
Les Trilobites pouvaient se rouler en boule, comme le font les Cloportes. Ils pullulaient aussi bien dans les eaux littorales que dans les eaux profondes: certains d’entre eux atteignaient un demi-mèêtre de long. Leurs embryons, grâce à leur carapace chitineuse, ont pu se fossiliser.
Les Gigantostracés étaient d'énormes Arthropodes dont on connaît des échantillons dépassant 2 mètres ; ils avaient des antennes qui, chez les Eurvypterus, étaient terminées par de grosses pinces, rappelant celles des Scorpions. Le corps était formé en avant d’une sorte de céphalothorax avec des yeux à facettes pareils à ceux des Trilobites; l'abdomen, formé d’anneaux, se terminait par une longue pointe comme celle des Limules. Ces étranges animaux vivaient à l'époque primaire. On en connaît deux genres principaux : les Eurypterus et les Pterygotus.
Les Xiphosures étaient aussi des Arthropodes des temps primaires. Le seul qui en reste est la Limule (fig. 258), dont quatre espèces sont actuellement vivantes dans les eaux équatoriales des Moluques et de la Floride et au Japon. La plus commune est le Limulus poluphemus, que l’on apporte quelquefois vivant en Europe. Ces étranges animaux sont, en raison du mélange de leurs caractères zoologiques, rangés soit parmi les Crustacés, soit parmi les Arachnides.
Une Limule est un animal assez plat, ayant environ 50 cent. de longueur totale, couvert d’une carapace lisse vert bronzé qui dissimule les appendices. Quand on regarde l'animal par le dos, on voit son gros céphalothorax demi-circulaire, suivi d’une pièce représentant l'abdomen, mais dont les six segments sont soudés entre eux; enfin une longue tige, comme un sabre, termine le tout. Sur le dessus du céphalothorax, il y a deux yeux simples sur la ligne médiane et deux gros yeux à facettes. De chaque côté de l'abdomen, six pointes aiguës partent d'une échancrure de la carapace. Cette disposition donne à l'ensemble de l'animal un.as-
Fig. 256. — Neolenus serratus, coupe transversale (d'après Walcott).
Neolenus serratus, face ventrale (d’ap. Walcott)
Fig. 258 — Limules, faces dorsale et ventrale.
Trilobites dans un calcaire silurien.
Dromia vulgaris portant une éponge.
pect de Trilobite très remarquable. Si on retourne la Limule, on voit ses appendices thoraciques qui se composent de sept paires de pattes dont la première est très courte et terminée par une pince. Les cinq suivantes sont des pattes dont la base dentée entoure la bouche et sert à la mastication, et l’autre bout, généralement pourvu d'une pince, d'appareil ambulatoire. La dernière patte est rudimentaire. Sous l'abdomen, il y a six paires de lamelles dont la première, plus coriace, recouvre les suivantes, qui sont respiratoires.
Un fait fort intéressant est à remarquer : au cours de leur développement, les embryons, qui sont renfermés dans une épaisse coque chitineuse provenant d'œufs de 2 millimètres, pondus dans le L.. : us A sable, passent par un stade qui rappelle
absolument les frilobites (fig. 259).
LESRPYCNOGONIDES
Voici encore un petit groupe dont les affinités sont incertaines: les uns les classent parmi les Arachnides, parce qu'ils ont huit pattes; les autres parmi les Crustacés, parce que ce sont des animaux à respiration aquatique. Ce sont des Arthropodes, tous marins, dont le corps est tellement réduit qu'il ne semble être que le carrefour où se réunissent ses immenses appendices : et, de fait, les organes, comme l'intestin, ont une partie centrale dans le corps, mais le reste, qui est le plus volumineux, à l'intérieur des pattes.
Sur nos côtes, dans les algues, on trouve de petites espèces qui ne dépassent guère | cent.; mais dans les grandes profondeurs on en a pêché qui dépassent 40 cent.
d'envergure. Le corps central est formé d'une tête fort réduite, mais portant un gros rostre à deux paires d’appendices À buccaux, puis un thorax servant surtout à l'insertion des huit pattes; enfin, en arrière, un petit moignon qui représente l'abdon ya point d'organes respiratoires.
Les ovules tombent dans la cavité générale et sont expulsés par des orifices spéciaux situés sur le quatrième article de chaque patte. Citons les Pycnogonum et les Numphons, petites formes de nos .
côtes: les Colossendeis, trouvés Jusqu'à 3000 mètres de profondeur et qui sont très grands.
Pterysotus buffaloensis, face ventrale (long. : 2 m.).
gigantostracé fossile de l'Etat de New-York (d’ap. Clarke et Ruedemann).
Fig. 259, — Larve de Limule au stade trilobite, face ventrale (d'apres Kingsley). men. Il
Fig, 260, — Nymphon Stromir.
Mâle portant ses œufs sur ses pattes ovigènes (d'après d'Arcy-Thomson).
ÉESNARTHROPODES 95