‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 71 sur 260 · CI. Soullier · texte numérisé non relu

CI. Soullier

Chenille du Sphinx de la vigne.

très développée ; au contraire, chez ceux qui volent bien, les deux segments postérieurs sont le plus développés.

Les pattes. — Les trois paires de pattes sont fixées sous le thorax, à raison d'une paire pour chacun des segments, par une articulation, dans une petite fossette, dite cavité coxale.

Dans toute patte d'insecte on trouve une série de segments creux articulés bout à bout et mobiles les uns sur les autres, grâce aux muscles qui y sont renfermés (fig. 321). Ces segments ont reçu les noms suivants : |° la hanche, qui relie la patte au thorax; 2° le trochanter; 39 Ja cuisse: 4° la be ou tibia: 59 le tarse: ce dernier est luimême formé de petits anneaux en nombre variable (3, 4, 5).

La hanche est habituellement courte, et le trochanter qui la suit est une petite boule articulaire qui sert uniquement à donner du jeu au membre. La cuisse ou fémur est au contraire sujette à de grandes variations ; c'est elle qui, renflée en massue, forme la partie la plus importante de la grande patte des Criquets; habituellement elle est plus courte. La jambe

Fig. 323, — Mante religieuse,

Fig. 322. — Corise striée,

ou tibia est le plus souvent de même longueur, mais plus grêle que la cuisse, et elle est ornée de griffes, tubercules, épines, etc., très variés. Enfin le tarse, formé de petits segments en nombre variable, souvent poilus, terminés par des griffes mobiles, porte souvent une sorte de petit coussinet sur lequel marche l'animal.

La forme générale de la patte est caractéristique du genre de vie de beaucoup d’Insectes. Chez ceux qui sautent, la cuisse et la jambe très longues fonctionnent comme un ressort : c'est le cas des Criquets: chez ceux qui nagent, la patte s'aplatit, élargit sa surface par une série de poils raides et sert comme d'une rame pour godiller. Chez les Mouches, qui courent sur les vitres, l’'adhérence est produite par de petites ventouses visqueuses du tarse. Les pattes sont courtes, plates, robustes chez ceux qui fouissent la terre; souvent on y observe des brosses de poils utilisées pour le nettoyage du corps.

Les pattes des insectes à l’état larvaire, par exemple chez les che-

nilles, sont des saillies tégumentaires avec des plis qui simulent des segments, mais sans articulations. Elles portent souvent des griffes à leur extrémité et des poils raides dispersés çà et là sur la peau.

Les ailes. — Pour se rendre compte de ce qu'est une aile d’Insecte, supposons un sac de caoutchouc dans lequel on soufflerait et sur lequel on appuierait ensuite les mains, de façon à l'aplatir et à coller les deux faces internes (fig. 320).

C'est ce qui se passe chez l'Insecte. L'aile est d'abord un bourgeon creux dans lequel pénètrent des trachées, tubes respiratoires dont il

Fig. 324. — Patte postérieure de l'Abeille domestique (d'après Hommel).

À, De la Reine; B, De l'Ouvrière, vue en dehors: C, De l'Ouvriere, vue en dedans ; D, Du Mäle,

sera parlé plus loin, puisils’allonge, s'aplatit, enfermant les trachées qui se trouvent ainsi pincées entre les deux parois accolées, et autour desquelles se dépose de lachitine formant les nervures. Ces nervures sont comme les tiges qui soutiennent l’étoffe d’un éventail. Les ailes sont articulées à leur insertion sur le dos du thorax, et des muscles puissants s'attachent à cette articulation.

Nous avons vu qu'il y a ordinairement deux paires d’ ailes. Quand n° yenaqu ‘une paire, ce qui est le cas des Diptères (Mouches), elle s’insère sur le mésothorax. Les Thysanoures sont dépourvus d'ailes; ce sont des formes archaïques représentant, en quelque sorte, la persistance actuelle des ancêtres des Insectes ; d’autres, comme les Poux, n’ont pas d'ailes, parce qu ils sont ee par le parasitisme.

Les ailes sont extrêmement variées dans leurs détails: l'on tire de ces caractères un des éléments fondamentaux de la classification des Insectes, ainsi que le montre la terminaison pière (Orthoptères, Coléo-

is. 325. — Anisoscelis bilineatus.

Fig. 326. — Sagra Buquet.

Fig. 328. — Stomoxe.

Fig. 327. — Titan.

ptères, Diptères, etc.) que l’on trouve si souvent dans les noms des ordres d’Insectes. Certains caractères fondamentaux de la structure des ailes coïncident avec des dispositions constantes des pièces de la bouche ou des formes fixes des métamorphoses, et l’ensemble des indications fournies permet d'établir des ordres naturels que nous énumérerons plus loin.

Les Diptères n'ont que deux ailes membraneuses, très minces. Tous les autres Insectes ont quatre ailes. Chez les Hyménoptères (Fourmis, Abeilles, Guêpes), les quatre ailes sont minces, de même forme, mais les postérieures, plus courtes, sont formées d'une membrane transparente portant peu de nervures; chez les Névroptères (Libellules), les nervures des quatre ailes égales sont beaucoup plus nombreuses et forment un réseau semblable à du tulle.

Chez les Lépidoptères, les ailes sont recouvertes d'une infinité de petites écailles colorées qui donnent aux Papillons leurs brillantes couleurs. Chez les Coléoptères on trouve une paire d'ailes cornées, les élytres, qui couvre deux ailes membraneuses cachées dessous: mais comme elles sont trop longues pour être abritées étendues sous les élytres, elles se plient en deux. Même disposition à peu près chez les Orthoptères (Sauterelles) où nous trouvons des élytres abritant les ailes, plissées comme un éventail,

L'abdomen est formé de trois à dix segments toujours bien nets, emboîtés les uns dans les autres à la manière des tubes d'une longue-vue, reliés entre eux par une membrane articulaire mince et souple (fig. 331). Chacun d'eux est percé d’une

Fig. 329, — Lophyre.

Grande Æschne au repos.

paire de petits orifices respiratoires, les ni in stigmates. Ordinairement l'abdomen est A \ "4 ) de forme ovale, les premiers anneaux EN étant un peu moins grands que les

. moyens et surtout que les derniers; cette disposition s'exagère surtout chez certains Hyménoptères dont les premiers anneaux abdominaux ne sont plus qu'un pédicule filiforme.

Souvent à son extrémité postérieure on trouve des appendices très compliqués dépendant de l'appareil génital.

Appareil digestif. — En décrivant la structure des pièces de la bouche, nous avons signalé leurs adaptations au régime de l’'Insecte: le tube digestif est aussi modifié d'une manière correspondante (fig. 333). Il part d'un orifice cœæsophagien qui s'ouvre au centre des pièces buccales, traverse la tête et le trou occià . pital, le thorax, puis l'abdomen, pour aller se terminer par un orifice anal toujours situé au bout du dernier anneau du corps. Sa longueur est très variable selon qu'il fait, dans l'abdomen, des boucles plus ou moins compliquées.

La première partie du tube digestif comprend un œsophage, un jabot et un gésier ; le jabot est plus ou moins développé : il sert à l'insecte à emmagasiner la nourriture et c'est dans son intérieur que se fait chez les Abeilles l'élaboration du nectar des fleurs en miel. Le gésier est une poche garnie de pièces chitineuses qui se trouve surtout développée chez les broyeurs.

La partie moyenne, dilatée et couverte de papilles, est connue sous le nom de ventricule chylifique, analogue de l'estomac des animaux supérieurs. Au point où il se termine débouchent des glandes très longues, dites tubes de Malpighi, organes urinaires. Des glandes

Gangylus sangyloïdes.

Fig. 330. — Satyre. A, Circé; B, Déjanire.

salivaires s'ouvrent dans la bouche; chez les Hémiptères et les Diptères, elles se transforment en glandes venimeuses; chez les Chenilles, elles donnent la soie Des glandes anales sécrètent des liquides corrosifs ou odorants.

Appareil circulatoire. — Le cœur est constitué par un long tube s'étendant depuis la tête jusqu’au bout de l'abdomen (fig. 334); la partie antérieure est l'aorte; la partie abdominale est dite vaisseau dorsal. Il se compose d’une série de chambres en forme d'ampoules contractiles, ayant chacune deux orifices par lesquels pénètre le sang. Le liquide est chassé vers la tête par les contractions successives des chambres qui se font d'arrière en avant.

Ce cœur repose sur une sorte de plancher formé de deux séries latérales de muscles triangulaires, dont les mouvements modifient la cavité de la chambre péricardique et, agissant comme une pompe, déterminent l'afflux de toutes les parties du corps vers le cœur. Le sang traverse l'aorte et pénètre dans quelques artères peu compliquées qui la terminent et se répand bientôt entre les organes, pour aboutir finalement à une grande lacune ventrale où il s’accumule avant de revenir au cœur.

Le sang est incolore: il contient des globules à noyau, amiboïdes, de forme ovale.

Appareil respiratoire. — Les Insectes respirent au moyen d'un réseau très com-

__ plexe de tubes ramiñés, de plus en plus : fins, qui, partant des orifices extérieurs pe ditsstigmates, transportent l'air dans toutes Se UNE © 10m CALCONDANES CU corps (fig. 332). Ces tubes sont les trachées.

ÉESSARITEROPRODES 105

Fig. 331. — Coupe longitudinale d'un Insecte (d'après Kolbe). A, Cerveau; B, Œiüil; C, Chaîne nerveuse; D, Vaisseau dorsal;

E, Œsophage: F, Glandes salivaires; G, Jabot; H, Ventricule chili- ; fique ; I, Intestin ; J, Tubes de Malphi£ghi ; K, Ovaire.

Le Lee Fig. 333. — Système ter ent nerveux, Fig. 334.

normalement trachéen et digestif Ventriculites Fig. 335. £ sur les côtés de l’Abeille du cœur Disposition schématique des anneaux (d'après Leuckart). (d'après de l'appareil trachéen A, Vésicule aérienne: Marchal). d'un Insecte

de l'abdomen

et du thorax ; Fig. 332. — Corps d'un acridien C, Jabot ; diquent le sens A, Cerveau; mais chez les montrant les orifices respiratoires D, Ventricule chylifique ; de la marche du B, Chaîne nerveuse; Insectes aqua- (d'après Lang). E, Ampoule rectale. sané. C, Stiémate.

tiquesils se déplacent ou se modifient, se portant par exemple au fond d'un long tube abdominal qui vient par l’autre bout s'ouvrir à la surface de l'eau. Il peut arriver qu'ils disparaissent entièrement, mais alors on voit des trachées se ramifier dans des appendices membraneux flottants, véritables branchies trachéennes à travers lesquelles se fait l'échange des gaz respiratoires (fig. 335, 336 et 33/7).

es trachées sont fondamentalement constituées par un tube à doubles parois très minces entre lesquelles s’enroule un fil spiral, épaississement de la membrane interne et destiné à maintenir le tube béant. L'air pénètre dans les trachées par les stigmates qui sont souvent garnies de poils destinés à empêcher les poussières d'entrer. L’Insecte peut les ouvrir ou les fermer à volonté.

Corps adipeux. — Lorsque l'on dissèque un Insecte, on trouve une quantité de cellules graisseuses qui, surtout chez les larves, sont une réserve alimentaire; d'autres cellules, par exemple dans le voisinage du cœur, de couleur rougeâtre, paraissent chargées d'éliminer certains déchets de l'organisme. Enfin il paraît certain que la production de la lumière est due à des cellules particulières du corps adipeux, localisées en certains points.

Les muscles. — Les muscles des Insectes sont formés de fibres striées très complexes, réunies en faisceaux, insérées par des tendons sur les pièces à faire mouvoir. Ils sont très nombreux. Dans le thorax on trouve des muscles préposés aux mouvements des ailes, des pattes. Chaque aile en porte deux destinés à l’élever et à l'abaisser. Mais comme les ailes sont, à l’état de repos, couchées en long sur le dos de l'animal, il faut, avant le vol, qu'elles viennent prendre leur position de mouvement; des muscles spéciaux sont destinés à cette opération. Pour les pattes on trouve des muscles insérés dans le thorax et dans leur intérieur.

Le système nerveux. — Le système nerveux des Insectes se compose d'une double file de ganglions qui, théoriquement, sont par paires, à raison d'une par anneau (fig. 338). Mais, en réalité, il se fait des coalescences qui réduisent le nombre des centres. Les paires de ganglions sont réunies par des connectifs nerveux qui partent du cerveau. Celui-ci se trouve dans la tête au-dessus de l'œsophage qui passe à travers le premier anneau de cette chaîne.

e cerveau résulte de la coalescence de trois paires de masses nerveuses embryonnaires : la première est celle qui contient les

centres optiques, la seconde innerve les antennes, la troisième cor- FR Te Les ve

respond au labre (fig. 340). Sous l'œsophage se trouve le ganglion sous-æsophagien, formé, lui aussi, par la fusion de trois centres nerveux qui président au fonctionnement des mandibules, des mâchoires et de la lèvre inférieure. Le cerveau est extrêmement complexe, et l’on est loin d'avoir actuellement élucidé toutes ses

Fig. 338. — Système nerveux central de Machilis maritima (d'après Oudemans).

À, Œil; B, Lobes optiques du cerveau; C, Cerveau : D, Œsophage,

B B, Ganglions nerveux :

d'Ephemera vulsala, montrant les branchies du côté gauche (d'après Miall).

(d'après Kolbe).

Lesflechesin-

parties. Le cerveau le plus compliqué corres-

pond au développement de l'intelligence chez Fig. 336. les Hyménoptères sociaux. Appareil Dans le thorax se trouvent trois paires de respiratoire

d'une larve

de Libellule (d'après Gazagnaire

et Kunckel).

À, Rectum transformé

ganglions, qui innervent les pattes et les ailes ; dans l'abdomen, un nombre variable de ganglions, mais toujours moindre de onze; il peut arriver qu'ils se fusionnent en une seule masse : nerveuse qui, même, peut s unir aux ganglions Fr tetes D thoraciques (fig. 339 et 342). RES DDR cu

Organes des sens : la vue. — Les Yeux à transformée en appafacettes atteignent la plus grande perfection. Les reil préhensile). Insectes ont aussi sur le front des yeux simples, dits ocelles : il y en a généralement trois (fig. 341). Une ocelle est une cupule cutanée, fermée par une lentille transparente, transformation de la cuticule : la cupule est remplie par des cellules, adaptées : celles du fond à servir de rétine; celles des côtés, de cônes transparents.

Les yeux composés résultent de la juxtaposition d’un grand nombre d'éléments visuels dits ommatidies (fig. 343 et 344). Chacune est formée d’une partie superficielle transparente, qui joue le rôle d’un appareil dioptrique, et d'une partie profonde innervée par e cerveau qui est la région sensitive ou rétinule. Chacun de ces éléments (il y en a 20000 chez les Libellules) correspond à un petit œil particulier, isolé de ses voisins par un étui pigmenté.

Chaque petit œil élémentaire fournit au filet nerveux qui est à sa base une petite image renversée de l'objet vu par l'animal, et c'est la superposition de toutes ces

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