‹ Histoire naturelle illustrée; les animaux, les invertébrésChapitre 92 sur 260 · ANSE LE PA · texte numérisé non relu

ANSE LE PA

Fig. 629.— Cavité branchiale (d’ap. Edmond Perrier). A, d'un Squale ; B, d’un Téléostéen. — A, Narines ; B, Mandibules ;

Fig, 628. — Pharynx, estomac et intestin muni des appendices pyloriques A chez un Salmonidé

Fig. 627. — Repli spiral.

À, Dans l'intestin d'un sélacien ; B, Dans l'intestin d'une raie.

la masse liquide dans laquelle ils sont plongés.

L'appareil digestif est très simple. Les dents, qui ne sont que très rarement des organes de mastication, sont très variées dans leur forme et leur nombre. Elles peuvent être larges et disposées en pavages (Raie) ou bien longues et pointues et alors elles peuvent être grandes et fortes ou petites et fines et même en velours. Leur situation peut être limitée aux mâchoires, comme chez les Sélaciens, ou bien recouvrir toutes les parois de la bouche : intermaxillaire, vomer, pièces du palatin, langue. Elles sont parfois caduques, et dès qu'elles tombent remplacées par des dents nouvelles. L'intestin présente deux caractères importants : chez les Plagiostomes, les Crossoptérygiens, les Ganoïdes, c'est la valvule ou repli spiral (fig. 627), disposé à l'intérieur de l'organe et destiné à augmenter sensiblement le trajet des aliments et à faciliter ainsi leur absorption: chez les Ganoïdes et les Téléostéens, ou du moins chez un grand nombre des Poissons appartenant à ces deux ordres, ce sont les appendices pyloriques (fig. 628), sortes de cæcums placés au début de l'intestin et qui paraissent sécréter un liquide que l'on rapproche du suc pancréatique des Vertébrés supérieurs. Parmi les glandes annexes, on peut citer

Fig. 630.

Position de la vessie natatoire V,

(d'après Parker et Haswell).

le grand développement du foie et l'absence de glandes salivaires.

La vessie natatoire (fig. 630) est un organe qui manque à certains Poissons, notamment aux Plagiostomes et aux Pleuronectidés; elle est généralement unique et dorsale ; elle est reliée à l'œsophage par un canal sans fonction importante et qui est même parfois fermé. La vessie natatoire remplit un rôle hydrostatique qui permet au Poisson de s’équilibrer avec son milieu pour S'y soutenir sans effort.

L'organe essentiel de la respiration est représenté par les branchies, qui sont généralement formées de nombreuses lamelles disposées comme les dents d’un peigne.

Chaque Poisson porte plusieurs de ces peignes de chaque côté de la tête; ils sont disposés dans deux chambres branchiales (fig. 629).

Ces chambres se closent extérieurement, chez les Poissons osseux, par une large porte ou opercule (fig. 631) qui s'ouvre et se referme alternativement; c'est ce qu'on appelle vulgairement et à tort les ouïes.

L'opercule est osseux dans sa partie supérieure et membraneux à sa partie inférieure pour en faciliter les mouvements; en ce point, il est généralement soutenu par des pièces arquées dites rayons branchiostèges.

L'eau inspirée par le Poisson passe

E R D U S—= M Q A ni k à g)

Fig. 632.

Appareil circulatoire d'un poisson.

À, Oreillette; B, Ventricule ; C, Bulbe aortique; D, Tronc aortique; E, Capillaires branchiaux ; F, Racines aortiques; G, Cercle céphalique ; H, Artères céphaliques : I, Aorte dorsale; J, Veines caudales:; K, Veine porte rénale; L, Rein; M, Veine rénale efférente ; N, Intestin:

O, Veine porte hépatique; P, Foie:

©, Veine cardinale postérieure ; R, V. c.

antérieure; S, Veine latérale; T, Sinus

veineux ; U, Canal de Cuvier.

C, Arc hyoïdien ; D, Arcs branchiaux ; E, Œsophage; F, Event; G, Branchies: H, Fentes branchiales : J, Cloisons séparant les arcs branchiaux : K, Pseudobranchie ; L, Opercule.

de la bouche dans les chambres branchiales, baigne les branchies et, après s'être chargée d'acide carbonique, s'échappe, soit par les fentes branchiales, recouvertes d'une membrane non osseuse chez les Plagiostomes et les Cyclostomes, soit par les fentes operculaires, comme chez les Crossoptérygiens, les Ganoïdes et les Téléostéens.

Le cœurdes Poissons ne comprend qu'une oreillette et un ventricule communiquant entre eux (fig. 632); ilrenferme toujours du sang veineux et correspond ainsi au cœur droit des Mammifères. Le ventricule se prolonge en avant par le bulbe aortique d'abord et l'artère branchiale ensuite, d'où partent autant de paires d'arcs vasculaires branchiaux qu'il y a de branchies; ces arcs se divisent en vaisseaux capillaires pour atteindre les branchies. Dans

Fig.631.— Tète de poisson.

o, Opercule.

‘ ces derniers organes, le sang veineux s'empare de l'oxygène dissous

dans l’eau et abandonne son acide carbonique: il redevient rouge vif, gagne les deux racines aortiques et se rassemble dans l'aorte descendante, d'où il est distribué dans le corps entier pour être ensuite ramené par un système veineux en partie lacunaire jusqu'à l'oreillette du cœur.

Comme nous l'avons dit plus haut, les Poissons sont ovipares, sauf quelques exceptions, et les œufs sont fécondés par le mâle après la ponte. Chez les Plagiostomes il y a accouplement ; il en est de même chez quelques Téléostéens ovovivipares. Le liquide séminal du mâle porte le nom de laitance et les œufs celui de frai ; le plus souvent l'œuf est percé de manière à faciliter l'introduction des spermatozoïdes. Beaucoup de Poissons sont extrêmement prolifiques; la ponte de certains Pleuronectes représente plusieurs millions d'œufs.

Nous adoptons ici la classification établie par M. Ed. Perrier (1), bien qu’elle soit déjà ancienne et ait été remaniée, notamment par les auteurs anglais et américains. Les ichthyologistes comme G.-A. Boulenger ont établi une classification plus en rapport avec les caractères et les affinités des familles des Poissons, mais celle d'Edmond Perrier est plus simple et plus facile à comprendre sans connaissances anatomiques spéciales ; ce savant a donc établi dans cette classe six ordres, qui sont :

1° Ordre des Cyclostomes . . . . «+ « . Lamproie. 29 — Plagiosiomes equin.

39 — Dipneutes rt. Ceratodus.

4 — Crossoptérygiens. . « . + < . Polyptère.

50 = Canotdes OCR Esturgeon.

6° = Téléostéens Perche.

Le premier ordre forme la sous-classe des Marsipobranches ou Poissons cartilagineux, à branchies en forme de poches: le second,

(1) Edmond PERRIER. — Traité de Zoologie; les Poissons, Masson et Cie, édit.

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Lichia prisca (Éocène du Monte-Bolca).

celle des Elasmobranches, également cartilagineux, à branchies en lames, avec généralement de chaque côté cinq à sept fentes branchiales. Les quatre derniers ordres sont réunis dans la sous-classe des Cténobranches, Poissons presque toujours osseux, à branchies pectinées et à orifice branchial latéral unique. L'ordre des Téléostéens, de beaucoup le plus important à l'heure actuelle, renferme plus des neuf dixièmes des espèces connues.

Les Poissons sont les plus anciens de tous les Vertébrés et nous allons signaler quelques-unes de leurs formes fossiles les plus typiques.

Deux groupes de Poissons se manifestèrent durant l'ère primaire : les Placodermes d’abord, les Ganoïdes ensuite. Comme leur nom l'indique, les Placodermes avaient la peau recouverte de plaques osseuses ; aussi les désigne-t-on parfois sous le

Fig. 633. — Nageoire hétérocerque.

À, Queue de Paleoniscus; B, De Squale renard; C, D'Esturgeon.

RÉ nom de Poissons cui- SRE rassés. Leur colonne di vertébrale n'était pas complètement ossifiée

et leur queue était hétérocerque (fig. 633), c'est-à-dire formée de deux lobes très inégaux.

L'aspect de ces animaux rappelait certains Crustacés apparus avant eux. Le mieux armé paraît être le Céphalaspis, car ses nageoires ellesmêmes étaient cuirassées et articulées: les autres genres les plus connus du groupe étaient : Pterichthys (fig. 635), Pteraspis, Coccosteus, etc.

Les Ganoïdes, tels que les Paleoniscus (fig. 634), marquent un progrès sur les précédents ; néanmoins ils sont encore bien inférieurs aux Ganoïdes actuels, à l'Esturgeon, par exemple. La colonne vertébrale non ossifée et la queue hétérocerque les rapprochaient des Placodermes, mais ils avaient la peau recouverte d'écailles ; il est vrai que ces écailles étaient osseuses, résistantes et brillantes; elles se sont parfaitement conservées dans les terrains. Les Poissons primaires présentaient sur la tête un vide appelé trou pariétal, et dans lequel se trouvait vraisemblablement un œil impair ou œil pinéal.

Au début des temps secondaires, les Poissons ne sont représentés que par des débris peu importants : on a trouvé des dents assez voisines de celles du Cératodus actuel, lequel vit encore en Australie; chez les Ganoïdes de cette époque, on observe une tendance marquée à l'ossification du squelette. Plus tard, certains terrains fournissent un grand nombre de Poissons Plagiostomes, voisins des Requins. Les écailles des Poissons secondaires se rapprochent par leur consistance de celles des formes actuelles, et chez plusieurs espèces la queue est presque symétrique : Lepidotus. Les calcaires lithographiques de Solenhofen (Allemagne) et les schistes de Cirin (Ain) sont de remarquables gisements de Poissons. Vers la fin de l'ère, les Poissons osseux prennent une assez grande extension et se rapprochent sensiblement de nos espèces modernes à queue homocerque : Microdon (fig. 636), Platycormus. Nous sommes loin déjà des Placodermes ou Poissons cuirassés des premiers temps primaires dont les mouvements étaient fatalement très limités. Les espèces secondaires nous révèlent la souplesse et, du même cou», le développement de l’activité physique chez les Poissons.

Durant l'ère tertiaire, les Poissons osseux se sont extraordinairement multipliés. Certains gisements, notamment celui de Monte-Bolca (Italie), en ont fourni d'admirables plaques à divers musées : Sparnodus, Lichia, Platax. Les Poissons cartilagineux sont des Squales, parmi lesquels on remarque un Requin actuel: le squelette peu résistant de ces animaux ne s'est pas conservé dans les terrains, mais leurs dents abondent dans certaines couches du début des temps tertiaires.

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Fig. 634, — Paleoniscus.

F1$. 636. — Microdon.

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