ORDRE DES TÉLÉOSTÉENS
Cet ordre renferme à lui seul plus des neuf dixièmes des Poissons vivants, et presque tous les Poissons d'eau douce lui appartiennent. Les Téléostéens sont principalement caractérisés par l'ossification complète du squelette : c'est l’ancien ordre des Poissons osseux. Les vertèbres bien formées sont biconcaves et les côtes sont bien développées. Les écailles, rarement absentes, sont molles et régulièrement imbriquées ; la caudale est homocerque, c’est-à-dire formée de deux lobes égaux. Comme les Ganoïdes, ils possèdent quatre paires de branchies libres protégées par deux opercules dont le mouvement ouvre ou ferme les deux ouvertures branchiales. La vessie natatoire qui existe chez presque toutes les espèces est close chez les unes et communique avec l'œsophage chez les autres. [1 n’y a pas de valvule spirale dans l'intestin, mais on trouve généralement à à l'origine de cet organe des cæcums pyloriques. Il est à remarquer que, chez certains Téléostéens, les nageoires impaires, notamment la dorsale et l’anale, sont en partie épineuses comme chez la Perche, et que chez d’autres elles sont entièrement molles, comme chez la Tanche. Cette particularité a permis de diviser cet ordre si nombreux en deux groupes importants : celui des Malacoptérygiens ou Poissons munis de nageoires à rayons mous, et celui des Acanthoptérygiens ou poissons munis de nageoires à rayons épineux; mais nous allons successivement étudier les Téléostéens en les distribuant, suivant Ed. Perrier, en trois sousordres principaux : les Physostomes, les Apodes etles Physoclistes. C'est dans ce re que nous trouverons les Acanthoptérygiens. Quant aux Plectognathes et aux Lophobranches, que beaucoup de zoologistes considèrent comme des sous-ordres distincts, ce sont des groupes faisant partie, dans la classification adoptée 1 ici, du sous-ordre des Physoclistes,
ES
La pêche du Saumon en Colombie britannique.
DO DSCORDREMDESSPENSOSLOMES
Ce sous-ordre est composé de MALACOPTÉRYGIENS dont la vessie natatoire communique avec l’œsophage. Il renferme le plus grand nombre des Poissons qui entrent dans notre alimentation, et notamment presque tous les Poissons de nos eaux douces.
Les Siluridés offrent des caractères bien nets; la peau est privée d'écailles : elle est donc généralement nue; mais certaines espèces portent des écussons osseux. La dentition est bien développée. Une chaîne d'osselets relie la vessie natatoire à l'oreille; il existe toujours des barbillons. Dans cette famille, la dorsale et l’anale peuvent être courtes ou bien très longues et s'étendre sur presque toute la longueur du corps. Les Siluridés sont des poissons généralement d'eau douce: ils habitent les étangs et les marécages des régions chaudes; quelques espèces exceptionnelles affectionnent les eaux saumâtres ou marines.
Le Clarias anguille (Clarias anguillaris) présente un grand développement de la dorsale et de l’anale, qui l’une et l’autre s'arrêtent tout près de la caudale. La bouche du Clarias est transversale et ses barbillons sont au nombre de huit, dont deux fort grands. Le corps est arrondi en forme d’'Anguille et peut atteindre la taille de 70 cent. Le Clarias habite les marécages du bas Nil: il peut vivre assez longtemps hors de l’eau et voyage à la manière des Anguilles pour passer d’un étang à l’autre. Clarias lazera (fig. 664) habite toute l'Afrique du Nord, y compris le Congo. Le Saccobranchus fossilis appartient aux Indes.
Le Glanis (Silurus glanis) possède une nageoire anale très longue, ne faisant qu'une avec la caudale, qui est arrondie; mais la dorsale placée très en avant est toute petite et il n'y a pas, en arrière, d’adipeuse, sorte de seconde petite nageoire rayonnée qu'on rencontre chez beaucoup de Siluridés. La bouche est transversale, les barbillons sont au nombre de six, la mâchoire inférieure est proéminente. La couleur générale est un noir verdâtre. Le Glanis est avec l'Esturgeon l'un des plus grands Poissons d'eau douce d'Europe; les plus gros ont été trouvés dans le Danube.
Le Silure chat (Ameiurus catus), le Cat-fish des Anglais, présente
MT 77 SR la dorsale et l’anale
ee \ courtes, et une adi- Æ— peuse; il porte huit
€ barbillons ; sa couleur est sombre comme celle de la plupart des Siluridés. Ce Poisson habite les États-Unis.
L'Arius marin (Arius thalassinus) se trouve dans la Mer Rouge et l'Océan Indien ; d'autres espèces appartenant à des genres voisins aiment les eaux saumâtres. Chez les Machoirans (Arius), Siluridés de l'Asie, de la Guyane et de Madagascar, le mâle se charge du soin des œufs; il les porte dans sa cavité bucco-branchiale durant la période d'incubation, au nombre de dix à vingt, parfois davantage; les jeunes y restent également et jusqu'à résorption de la vésicule. Pendant ce temps le mâle ne prend aucun
Silure ou Poisson-Chat.
Saccobranchus fossilis.
Malopterurus electricus.
Plecostomus bicirrhosus.
aliment, ainsi que l’a montré M. Jacques Pellegrin qui a étudié l’Arius à casque fendu (Arius fissus) de la Guyane.
Le Doras (Doras costatus) présente tout le long de la ligne latérale des boucliers osseux; il habite les marécages de la Guyane et il émigre souvent par terre durant la saison sèche.
Le Malapterure électrique (Malopterurus electricus) n'a pas de nageoire dorsale rayonnée, mais l’adipeuse est assez grosse: la caudale est arrondie; sa taille peut atteindre 1",50. L'organe électrique est largement disposé en couche gélatineuse sous la peau et divisé en deux moitiés. Le Malopterure se trouve dans les eaux du Nil et de toute l'Afrique tropicale. Le Stygogène des Cyclopes (Sfvgogenes cyclopium) habite les eaux des lacs et des rivières des Andes.
Le Chétostome peint (Chætostomus heteracanthus) | fig. 665 | et la Loricaire de l'Amazone (Loricaria lanceolata) habitent tout le bassin de l’Amazone. Le Plecostomus bicirrhosus habite les eaux douces du Venezuela. Chez l'Asprède crapaud (Aspredo batrachus), la femelle, après avoir pondu ses œufs, les place dans des petites cavités, sortes de cellules qui se forment à ce moment dans la peau de son ventre; ce Poisson habite l'Amérique tropicale. L'Érémophile (Eremophilus mutisii) habite les eaux de la haute vallée de Bogota, dans les Andes.
Parmi les Siluridés, il y a lieu de signaler l'existence de petites espèces, qui sont parasites d'espèces plus grandes de la même famille.
M. J. Pellegrin a notamment décrit la Vandellia Wieneri, sorte de Poisson-sangsue, armé pour la fixation surl'hôte.
Les Myctophidés ou Scopélidés comprennent des espèces nombreuses privées de vessie natatoire; ces Poissons ont une adipeuse et de grandes ouvertures branchiales; ils sont tous marins (fig. 666). Le Scopèle ponctué (Myctophum punctatum) a le corps long et comprimé, avec écailles cycloïdes, lisses ; il appartient à la Méditerranée. La plupart des Poissons de cette famille habitent les grandes profondeurs et sont pourvus d'organes producteurs de lumière. Chez les espèces abyssales, ces organes sont ordinairement disposés sur la face ventrale ou sur les côtés (M. gemellari); chez Scopelus Benoiti, ils occupent la partie dorsale. D’autres espèces n'ont que des yeux rudimentaires et sont aveugles : le Bathypteroïs dubius y supplée à l’aide de longs filaments tactiles: chez Ipnops Murravi, les yeux sont absents.
Les Salmonidés sont caractérisés par la présence, en arrière de la dorsale, d'une adipeuse. La vessie natatoire est grande et simple, les appendices pyloriques sont nombreux; enfin, chez ces animaux, les œufs tombent dans la cavité abdominale avant la ponte. Certaines espèces sont marines et ne remontent les cours d’eau qu'à certaines époques ; d'autres demeurent dans les eaux douces : rivières à eaux limpides ou lacs. Les Poissons de cette famille sont tous carnassiers.
Les Saumons (fig. 667) ont le corps allongé, fusiforme, merveilleusement proportionné pour la natation puissante et rapide; leurs écailles sont petites, leur bouche est remplie de dents coniques. La distinction
Myctophum $emellartr.
Fig. 667, — Saumons.
1, Commun; 2, Bécard; 3, Jeune, venant d’éclore; 4, Jeune, après l'absorption de la vésicule ; 5, Jeune, plus âgé, ou saumoneau,
des espèces est assez difficile, car l'habitat, l’âge, le sexe, amènent des modifications sensibles: la coloration, notamment, varie d’une manière extraordinaire. Ces Poissons habitent l'hémisphère nord, où ils préfèrent les régions froides ou tempérées.
Chez le Saumon commun (Salmo salar), la ligne du dos est droite et la ligne ventrale sensiblement courbe; la bouche est largement fendue: la couleur générale est ardoisée, métallique, parsemée de petites taches noirâtres. Cet animal peut atteindre | mètre, parfois davantage. Lorsque les Saumons remontent les cours d’eau pour la reproduction, ils présentent des couleurs plus vives et le rouge se manifeste sur le ventre et les nageoires inférieures, mais, dès qu'ils ont frayé, ils perdent leur parure nuptiale et s'en retournent à la mer avec leur teinte ordinaire. Dans les Iles Britanniques, on nomme Parr le tout jeune Saumon à forme de Truite et de couleur terne; dès qu’il acquiert l'éclat métallique, on le désigne sous le nom de Smolt; cette transformation se produit ordinairement au début de sa deuxième année, mais il a toujours la forme d'une Truite. Ce n’est qu'après avoir séjourné en mer qu'il en revient grandi, grossi, formé, et qu'il prend le nom de Grilse: les taches du jeune âge ont disparu : il va mêler son existence à celle des adultes et remonter les cours d'eau. On a remarqué que c’est toujours en mer que se produit la croissance; c’est encore en mer que les Saumons qui redescendent les fleuves, épuisés et amaigris, retrouvent rapidement leur beauté et leur vigueur. En Europe, les Saumons remontent les fleuves jusqu'aux lacs suisses et pénètrent même dans certains de leurs tributaires; ils franchissent les parties torrentielles des cours d’eau par bonds successifs, se servant de leur queue comme d'un ressort. Dans les points où une chute trop élevée serait infranchissable pour eux, l'Homme a parfois établi des degrés, des bassins disposés en escaliers : ce sont les échelles à Poissons.
M. Louis Roule a fait sur les mœurs du Saumon des observations fort intéressantes, desquelles il résulte qu'en général ces animaux passent en eau douce une période juvénile ou d’alevinage égale à deux ans. Le jeune Saumon cherche ensuite des eaux de plus en plus
profondes et, dès prrvmerer D de ’ res qu'il est parvenu en mer, il se précipite dans l’obscurité des zones abyssales, qu'il habite durant un laps de temps, de deux à quatre années.
Ayant alors atteint l’âge de la reproduction, il revient aux eaux douces, mais, contrairement à ce que l'on : supposait, cette migration de ponte est généralement unique. M. L. Roule a également observé que pour les rivières de Bretagne, les estuaires les plus favorisés, en ce qui concerne la montée, appartiennent à celles
Pêche du Saumon à la roue.