‹ Histoire parlementaire de la Révolution française (volume 2)Chapitre 13 sur 104 · CAMP DE JAI.J-S · texte numérisé non relu

CAMP DE JAI.J-S

leurs des nouveaux constituants. La majeure partie des habitants du Vivarais prit alors la généreuse résolution de ne point être l'éclin des vociférations révolutionnaires. Guidée au contraire par ses dignes chefs , elle se lit un devoir de concourir aux moyens d'amener un nouvel ordre de choses. M. de Malhosc et autres chefs se concertèrent sur-le-champ pour opérer un mouvement général... Ces messieurs n'avaient communiqué leurs projets qu'à un très-petit nombre de hdèles sur la foi desquels ils pouvaient compter. Il était de leur plus grand intérêt de connaitre l'esprit de la masse qu'ils devaient plus tard mettre en mouvement. Pour y parvenir et n'inspirer aucun soupçon , ils organisèrent ce rassemblement général connu sous le nom de camp de .lalès, sous prétexte d'imiter ces fédérations partielles dont quelques provinces et la capitale avaient déjà donné l'exemple. Alors et de toutes les communes on vit arriver des hommes qu'il était nécessaire de bien connaitre alin de les bien employer... Ce fut en parcourant ces groupes, en les étudiant attentivement, en leur faisant des harangues équivoques, en rassurant les timides, en semant des nouvelles encourageantes, en détournant l'attention des traîtres, que MM. les chefs royaux furent bientôt convaincus que la masse des bons l'emportait beaucoup sur celle des méchants et que plus tard ils pourraient sans danger s'opposer aux projets des désorganisateurs.

«C'était là tout ce qu'ils s étaient promis du premier rassemblement du camp de .lalès ; mais de quelle importance n'étaient-elles pas, ces observations qui les mettaient à portée d'utiliser tel homme et d'annihiler la mauvaise volonté de tel autre ! Tout à coup un idan vaste fut conçu , discuté, et les hases en furent définitivement iixées. Chaque ami, chaque brave fut alors secrètement sommé de concourir de tous ses moyens, physiques, nrwraux ou pécuniaires au succès du grand œuvre. Les membres se lièrent entre eux , se communiquèrent leurs moyens et leurs idées. Une correspondance active, secrète e.t bien suivie, établit une communication non interrompue entre les villes, les bourgs, les hameaux, les côtes et les montagnes... Une des meilleures dispositions, un des moyens les plus h;d)iles et les plus efficaces de la coalition, ce fut de placer dans les administrations et les mairies des honunes intègres et totalement dévoués à la cause du ciel et du monarque... Il est de fait que dépareilles gens mis à la tête des autorités étaient autant de sentinelles placées dans le camp ennemi et prêtes à lui donner le change sur les mouvements du dehors. Outre ces grandes précautions, des hommes ardenis, intrépides et nourris de l'amour de leur souverain, étaient chargés de parcouiir les connounes, d'y entretenii'

le fou sané lîe la Ijoiine rauso, do se conoerler avec les (hors, itc relever l'état do la population, de oonnaUre la force, l'esprit, les moyens de chaque canton et le contingent qu'il pouvait fournir. Je puis d'autant mieux parler de ces faits que j'étais un de ces nobles agents et chargé spécialement du service des montagnes... Cependant la multiplicité des ressorts que les chefs avaient été obligés de faire mouvoir au milieu des groupes qui composaient le camp de Jalès, pour en connaître et préparer l'esprit, n'avait pu échapper aux partisans de la révohition mêlés dans leurs rangs. Ceux-ci, quoiqu'on petit nombre, avaient à peu près deviné que le but du camp de Jalès n'était pas de fraterniser en faveur du nouveau système. Ils avaient pour eux les décrets existants et l'autorité en vogue ; donc ils commencèrent à se réunir et à murmurer contre les vues secrètes de ceux qu'ils nommaient les aristocrates. Quelquesuns même faisaient circuler les mots de liberté , d'égalité et de patriotisme; mais ils prêchaient dans le désert, et ne furent compris que de leurs sectateurs, qui par là même se classèrent pour ce qu'ils étaient dans l'esprit de MM. les chefs du parti royal, qui dans la suite ne les perdirent pas de vue.

"Néanmoins comme le but que se proposait la coalition était parfaitement et complètement rempli, les chefs crurent qu'il était prudent, pour ne point donner l'éveil au gouvernement, de ne répondre l»as aux murmures de ses adhérents. Ils essayèrent au contraire d'éloigner leurs soupçons , en donnant l'ordre à chaque détachement de se retirer, et c'est ce qu'ils firent, non sans être secrètement convaincus que bientôt ils seraient mis en action. Ainsi finit le premier camp de Jalès » (1).

Séance du soir. — Le 4 du mois d'août dernier, une insurrection s'est manifestée dans la ville Saint-Étienne-en-Forez. M. Berthéas , soupçonné d'accaparer les grains, en était l'objet. Des attroupements s'étant formés devant sa maison, la municipalité a requis la garde nationale qui s'y est aussitôt transporti'O ; moins foi'te que les séditieux , elle a été obligée de se replier. Alors la municipalité a fait traduire M. Berthéas dans les prisons, afin de le soustraire à la mort. Le peuple est accouru vers la prison, et, malgré les sollicitations des officiers municipaux, il a enfoncé les portes, s'est emparé de M. Berthéas et l'a massacré. Le lendemain 3, les assassins se sont

(1) Histoire des guerres de Vivarais, etc., par AnJriol Vincent, l'un des principaux chefs de l'insurrection, sous-directe\ir des vivres des armées chrétiennes et ro3'aIes du Midi, breveté le T" mars 1790, par S. M. Louis XVIII. Privas, 1817.

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